lundi 16 novembre 2009

origines religieuses du mondialisme

Les origines religieuses du mondialisme http://cuturl.fr/2AFMQ
Entretien avec Hervé Ryssen
Publié in Réfléchir et Agir N° 22 et Tabou N° 10 (juin 2006) Hervé Ryssen, vous venez de publier un livre qui met enfin en pleine lumière la logique mondialiste et ses soubassements religieux. Depuis trop longtemps, en effet, les intellectuels de la
mouvance nationale n’osent pas aborder les « sujets qui fâchent et s’interdisent de dénoncer la propagande cosmopolite.Pourriez-vous tout d’abord expliciter le titre de votre livre pour nos lecteurs ? HR : Je me suis penché sur la production écrite des intellectuels juifs afin de tenter de comprendre leur vision du monde. Après avoir
lu des dizaines d’essais politiques, de romans et de récits en tout genre, je me suis aperçu que le mot « espérance » apparaissait régulièrement dans les textes. Il s’agit bien entendu pour eux de l’attente d’un monde meilleur, du messie et de la « terre promise ».Rappelons que si les chrétiens ont reconnu leur messie, les juifs attendent toujours le leur.Cette attente messianique est au coeur de la religion hébraïque et de la mentalité juive en général, y compris chez les juifs athées. C’est le point fondamental. Quant au terme «planétarien », c’est un néologisme qui ne signifie rien d’autre que l’aspiration à un monde sans frontière.Mon travail est exclusivement centré sur les intellectuels juifs. Contrairement à ce que beaucoup de gens peuvent penser, l’utilisation du mot « juif » ne tombe pas encore sous le
coup de la loi. Je sais bien que nombreux sont ceux dans le milieu nationaliste qui se mettent à avoir des sueurs à la simple évocation de ce mot, mais c’est probablement parce qu’ils craignent de tenir des propos antisémites, qui sont effectivement aujourd’hui lourdement condamnés. Personnellement, je n’éprouve nullement cette crainte, puisque mes travaux sont exclusivement basés sur la recherche à travers les sources hébraïques. Disons que j’ai une approche rationnelle du sujet, et, osons le dire, totalement dépassionnée.On entend effectivement souvent parler chez les juifs de « terre promise » et de «messie », mais nous avons toujours du mal à comprendre ce que ces concepts signifient.La « terre promise », n’est-ce pas l’Etat d’Israël ?HR : Historiquement, c’est bien la terre du pays de Canaan, que Yahvé à donné à Abraham, ainsi qu’on peut le lire dans la Genèse, le premier livre de la Torah. Mais avant même la destruction du second Temple par les légions romaines de Titus et la dispersion, de nombreux juifs vivaient déjà dans la diaspora. Il n’en demeure pas moins qu’en 1917, avec la déclaration Balfour qui créait un « foyer juif en Palestine », certains juifs ont pu penser qu’en récupérant la « terre promise », les temps messianiques étaient enfin proches. Mais il ne faut
pas oublier que d’autres juifs, beaucoup plus nombreux, pensaient alors à la même époque que cette terre promise se situait plus au Nord, dans cette immense Union soviétique où, après la révolution d’Octobre 1917, tant de juifs apparaissaient aux plus hauts échelons du pouvoir.Cependant, il suffit de lire des textes un peu plus anciens pour s’apercevoir qu’au XIXe siècle,c’était la France - le pays des droits de l’homme - qui soulevait tous les espoirs et constituait aux yeux des juifs du monde entier la « terre promise ». La Vienne du début du XXe siècle,ou l’Allemagne de Weimar durant l’entre-deux guerres ont aussi pu être considérées comme des « terres promises », tant la culture et la finance, notamment, étaient à ce moment-là très largement influencées par les banquiers, les intellectuels et les artistes d’origine juive.On notera que cet espoir se termine toujours par une cruelle désillusion. Le fait est que l’Etat d’Israël ne constitue pas un havre de paix, c’est le moins que l’on puisse dire. Quant à la Russie judéo-bolchevique, elle s’est retournée contre les juifs qui ont été évincés du pouvoir après la Seconde Guerre mondiale. La « France des droits de l’homme » est aujourd’hui en voie de tiers-mondisation, et l’on entend depuis 2001 certains juifs appeler à fuir ce pays « antisémite », où les juifs subissent de plus en plus la colère des jeunes Arabes.
Bref, pour les juifs, tout semble se finir toujours très mal, où qu’ils aillent, quoi qu’ils fassent.La « terre promise » s’est aussi pendant longtemps incarnée dans le rêve américain. Dès les années 1880, des dizaines de milliers de juifs d’Europe centrale partent pour les Etats-Unis où ils espèrent une vie meilleure, loin des Cosaques, des pogroms et de ce tsar honni. Mais la «terre promise » la plus récente fut évidemment la Russie après l’effondrement du soviétisme.En quelques années, une poignée d’« oligarques » avait réussi à mettre le grappin sur une grande partie des richesses russes privatisées. Le plus connu d’entre eux, le milliardaire Khodorkovski, dort aujourd’hui dans les prisons de la nouvelle Russie de Vladimir Poutine.Manifestement, cette nouvelle « terre promise » n’a pas non plus été la bonne ! Bref, vous l’avez compris, depuis la sortie du ghetto, les juifs ne cessent de changer de « terre promise »,et leur errance se termine systématiquement par une déception. Seuls les Etats-Unis représentent toujours à leurs yeux cet Eldorado et nourrissent encore leurs espérances. Mais pour combien de temps ?Vous nous entretenez ici d’histoire et de géographie, mais le messianisme et l’idée de
terre promise ne sont-ils pas plutôt des concepts religieux ?HR : Nous rentrons ici au coeur du sujet. Si vous allez discuter avec un rabbin dans la rue des Rosiers, il va immédiatement vous dire que les juifs aspirent par-dessus tout à l’instauration d’un monde de Paix, un monde dans lequel tous les conflits auront disparu, qu’il
s’agisse des conflits sociaux, ou qu’il s’agisse des conflits entre races ou nations. C’est à ce monde de Paix universelle qu’il faut parvenir, parce que ce monde de Paix se confond pour eux avec les temps messianiques. Les auteurs sont ici assez clairs. Voici ce qu’écrit le philosophe Emmanuel Lévinas à ce sujet : « On peut grouper les promesses des prophètes en deux catégories : politique et sociale. L’aliénation qu’introduit l’arbitraire des puissances politiques dans toute entreprise humaine, disparaîtra ; mais l’injustice sociale, l’emprise des
riches sur les pauvres disparaîtra en même temps que la violence politique… Quant au monde futur, poursuit-il, notre texte le définit comme “humanité unie dans un destin collectif ”. »(Difficile liberté, 1963, pp. 85-86.)Le Grand Rabbin du Consistoire central, Jacob Kaplan a rappelé lui aussi dans Le vrai Visage du judaïsme (Stock, 1987) le passage célèbre qui est l’une des sources du messianisme juif : « le loup habitera avec la brebis, le tigre reposera avec le chevreau ; veau, lionceau,
bélier vivront ensemble et un jeune enfant les conduira. » (Isaïe, XI, 6 à 9). « C’est évidemment une image, ajoute Kaplan, des relations qui s’établiront entre les nations,heureuses de maintenir entre elles l’union et la concorde. »Dans son livre sur le messianisme, David Banon confirme bien cette vision du monde : «l’ère messianique telle qu’elle a été décrite par l’ensemble des prophètes consiste en la
suppression de la violence politique et de l’injustice sociale (1). »
Les prophéties hébraïques nous promettent donc à la fois une progression de l’humanité vers un monde unifié, et parallèlement à cela, la suppression des inégalités sociales. On reconnaît là évidemment aussi bien les sources primitives du marxisme que celles qui inspirent aujourd’hui notre idéologie planétarienne en ce début de troisième millénaire, et qui,publicité aidant, fait rêver tant de nos concitoyens. Voilà le point central de la vision juive du monde. C’est de là qu’il faut partir si l’on veut comprendre l’univers mental des juifs. Et c’est ce qui explique que les juifs ont toujours le mot « paix » plein la bouche. Leur « combat pour la paix » est incessant.Un exemple : En mars 2000, Chirac inaugura un « Mur pour la paix » sur le Champ de Mars, conçu par Clara Halter, l’épouse de l’écrivain Marek Halter : c’est une sorte de vestibule de verre, où la petite Clara a écrit le mot « Paix » en trente-deux langues, pour narguer, on imagine, les élèves-officiers de l’école militaire installés juste en face. Ces oeuvres ont une signification religieuse que bien peu de goys peuvent déceler.On peut donc avancer que le concept de « terre promise » ne signifie rien d’autre qu’un espoir de dimension planétaire, où toutes les nations auront disparu. C’est bien ce que nous dit le philosophe Edgar Morin, lorsqu’il écrit : « Nous n’avons pas la Terre promise, mais nous avons une aspiration, un vouloir, un mythe, un rêve : réaliser la Terre patrie (2). » Et c’est
aussi ce dont parle Jacques Attali, dans L’Homme nomade : « faire du monde une terre
promise (3). » C’est donc ce monde unifié, pacifié, qui sera la « terre promise ». Mais les textes nous laissent parfois penser que dans l’esprit de certains intellectuels, l’idée est prise au sens littéral : ce serait bien toute la Terre qui leur serait promise ! D’où certains comportement parfois un peu envahissants…
A en juger par la politique du président américain George Bush, il n’apparaît pas que
les conseillers sionistes, qui sont nombreux à ses côtés, agissent en faveur du monde de «paix » dont vous parlez. Comment expliquez-vous ces contradictions ?
HR : Il est indéniable que les chefs de la communauté juive américaine ont une bonne part de responsabilité dans la guerre en Irak. Il faut être aveugle pour ne pas le voir ; il faut être de mauvaise foi pour le nier. Leur poids politique dans les gouvernements américains successifs a d’ailleurs toujours été important depuis le début du XXe siècle. Les nationalistes américains comme le fameux aviateur Charles Lindbergh dénonçait en son temps les pressions du « lobbyjuif » (aux Etats-Unis, c’est un lobby parmi d’autres) pour pousser un peuple trop isolationniste à la guerre contre l’Allemagne nazie. Déjà, dans les années vingt, le constructeur Henry Ford avait pris la mesure du problème et faisait largement diffuser ce type d’informations dans un journal créé à cet effet. On rappellera encore que Madeleine « Albright » [/Korbelová] et les faucons du département d’Etat américain ont pesé aussi de tout leur poids dans la guerre contre la Serbie en 1999. Vous avez donc parfaitement raison en soulignant cette contradiction entre la foi messianique et les « opérations terrestres », si je puis dire. Mais c’est très sincèrement que l’on vous déclarera alors que ces guerres sont « oeuvre de «paix » ! Écoutez un peu Elie Wiesel, un prix Nobel de la « paix », justement, qui était naturellement un ultra-belliciste en 1991, quand il s’agissait, d’aller bombarder l’Irak : « Il ne
s’agit pas seulement d’aider le Koweït, disait-il alors, il s’agit de protéger le monde arabe tout entier. » Tous les Occidentaux devaient donc se mobiliser contre « le tueur de Bagdad »,coupable de faire peser une menace sur l’Etat d’Israël : « A sa guerre, écrit Elie Wiesel, il est impératif de faire la guerre. A la force destructrice qu’il emploie contre l’humanité, il faut opposer une force plus grande pour que l’humanité reste en vie. Car il y va de la sécurité du monde civilisé, de son droit à la paix, et non seulement de l’avenir d’Israël… Soif de vengeance ? Non : soif de justice. Et de paix (4). »Vous constatez ici que l’on n’hésite pas à se draper dans les grands idéaux de paix et d’amour quand il s’agit d’anéantir son ennemi. Mais il est bien entendu hors de question que l’Etat juif s’occupe lui-même de ces basses oeuvres militaires. C’est là le travail des Occidentaux, qu’il s’agit donc de convaincre, par des campagnes de « sensibilisation », d’aller déboulonner le dictateur. Une fois votre ennemi vaincu, votre inlassable combat pour la démocratie et « pour la Paix » se retrouve à nouveau en phase avec la situation politique.Après avoir écrasé ses ennemis, effectivement, on est toujours pour la « paix ».Vous parlez de « démocratie »… Quel rapport peut-il y avoir entre un système politique et la foi messianique ? La démocratie est-elle nécessaire à l’arrivée du messie ?
HR : La démocratie n’a pas toujours été le seul cheval de bataille des espérances
planétariennes. Pendant longtemps, l’idéal marxiste a aussi joué ce rôle. On sait que Marx luimême,et la grande majorité des principaux doctrinaires et des chefs marxistes étaient juifs :Lénine avait des origines juives, Léon Trotsky, Rosa Luxemburg, Georg Lukacks, Ernest Mandel, etc., de même que la quasi totalité des leaders de mai 68. Ce n’est pas un hasard, et il n’y a guère que le petit militant communiste de base qui ne s’en rende pas compte. Le marxisme aspire à l’établissement d’un monde parfait, où les religions, comme les nations,auront disparu en même temps que les conflits sociaux. Ce schéma, on le constate, entre
parfaitement dans le cadre messianique. La pensée de Marx n’est finalement que la
sécularisation de l’eschatologie juive traditionnelle. George Steiner a pu présenter le marxisme dans la perspective des prophéties bibliques : «Le marxisme, dit-il, est au fond un judaïsme qui s’impatiente. Le Messie a trop tardé à venir ou, plus précisément, à ne pas venir. C’est à l’homme lui-même d’instaurer le royaume de la
justice, sur cette terre, ici et maintenant… prêche Karl Marx dans ses manuscrits de 1844, où l’on reconnaît l’écho transparent de la phraséologie des Psaumes et des prophètes (5). »Ni Marx, Ni Lénine, Ni Trotsky ne croyaient en Dieu, et pourtant, leurs origines juives apparaissent en pleine lumière à travers la grille de lecture du messianisme juif. Le marxisme politique a néanmoins été marginalisé en Europe depuis la chute du Mur de Berlin. Le fait est que, dans les projets d’unification planétaire, la démocratie a triomphé partout où le communisme a échoué. On constate cependant que les groupes d’extrême gauche continuent de bénéficier de toute l’attention médiatique dans les sociétés occidentales : c’est parce qu’ils représentent le fer de lance du projet de société égalitaire et multiraciale et canalisent dans un sens mondialiste les oppositions radicales que suscite le système libéral. Cette utopie mobilisatrice est toujours nécessaire à un système démocratique désespérant, qui ne propose à sa jeunesse que de déambuler dans les supermarchés. C’est donc niché à l’intérieur même de la démocratie que le marxisme rend finalement ses meilleurs services. Marxisme et démocratie sont deux forces absolument complémentaires et indispensables l’une à l’autre dans le projet d’édification de l’Empire global. Sans le communisme, les opposants se dirigeraient immanquablement vers les courants nationalistes, et le Système n’y survivrait pas.
Après l’échec du communisme d’Etat, la démocratie multiraciale et les « droits de
l’homme » seraient donc l’arme absolue des forces « planétariennes » ?HR : L’objectif des mondialistes est de détruire les cultures traditionnelles enracinées pour parvenir à un monde uniforme. Cette aspiration à l’unité a été exprimé par le philosophe assidique Martin Buber, qui ne paraît pas vraiment se rendre compte qu’il nous donne ici la définition exacte du totalitarisme : « Partout, écrit-il, on trouvera [dans le judaïsme]l’aspiration vers l’unité. Vers l’unité au sein de l’individu. Vers l’unité entre les membres divisés du peuple, et entre les nations. Vers l’unité de l’homme et de toute chose vivante, vers l’unité de Dieu et du monde. » (Judaïsme, 1982, p. 35). Pour parvenir à ce monde parfait, il faut donc broyer, concasser, dissoudre toutes les résistances nationales et les identités
ethniques ou religieuses. L’« unité » ne pourra se faire qu’à partir de la poudre humaine et des résidus des grandes civilisations, et dans cette entreprise de destruction des civilisations traditionnelles, l’immigration joue un rôle essentiel. La doctrine des « Droits de l’homme »est ici une arme de guerre d’une terrible efficacité.Voici ce qu’en dit le Grand Rabbin Kaplan : « Pour l’avènement d’une ère sans menace pour le genre humain, nous devrions pouvoir compter beaucoup sur la déclaration universelle des Droits de l’homme… Le respect de la Déclaration universelle des droits de l’homme est une obligation si impérieuse qu’il est du devoir de chacun de contribuer à toutes les actions tendant à la faire appliquer universellement et intégralement. » L’humanité tout entière doit s’y soumettre. Autant dire que les « Droits de l’homme » sont l’outil privilégié pour voir se
réaliser les promesses de Yahvé. Là encore, ce n’est pas un hasard si René Cassin,
l’inspirateur de la déclaration de 1948, était aussi le secrétaire général de l’Alliance israélite universelle. En 1945, le général de Gaulle le nomma à la tête du Conseil d’Etat. Son corps repose au Panthéon, dans le temple des grands hommes de la république.Peut-on dire qu’il y a une homogénéité de pensée des intellectuels juifs sur la question de l’immigration ? HR : Les intellectuels juifs peuvent être libéraux, marxistes, sionistes, religieux ou athées.Mais toutes ces divergences n’invalident en rien le fondement messianique de leurs aspirations. Et sur l’immigration, justement, je puis vous confirmer qu’il y a chez eux une unanimité. Voici par exemple ce que nous dit Daniel Cohn-Bendit, ancien leader de mai 68 et
maire-adjoint de Francfort : « A Francfort-sur-le-Main, la population résidente est composée d’étrangers pour plus de 25 %, mais on peut dire que Francfort ne s’effondrerait pas si le pourcentage d’étrangers atteignait un jour le tiers de la population globale. » (Xénophobies,1998, p. 14.) Il est en cela parfaitement en phase avec le socialiste Jacques Attali, qui écrit, au sujet de l’Allemagne,confrontée au vieillissement de sa population : « Il faudrait en effet que la part de la population étrangère naturalisée atteigne un tiers de la population globale, et la moitié de celle des villes. » (Dictionnaire du XXIe siècle, 1998). Il y aurait aussi une autre solution, qui serait d’encourager la natalité allemande, mais Jacques Attali ne l’envisage pas,car seule une société multiraciale est garante de la réalisation des projets planétariens. Pour la France, Attali présente la même solution : « Il lui faudra tout à la fois se donner les moyens d’un net rajeunissement, accepter l’entrée d’un grand nombre d’étrangers. » (L’Homme nomade, 2003, p. 436). Un rapport récent de la Banque mondiale (novembre 2005) encourage aussi la Russie à ouvrir ses frontières et à entreprendre une grande politique d’immigration, qui serait « l’une des principales conditions d’une croissance économique stable » et permettrait de faire face au vieillissement de la population. Notons tout de même que Paul Wolfowitz, le président de la Banque mondiale, n’a jamais encouragé l’immigration arabe en Israël pour soutenir la démographie vacillante de ce pays.Les propos allant dans ce sens se retrouvent systématiquement chez la quasi totalité des intellectuels juifs, qu’ils soient marxistes, comme Jacques Derrida, socialiste, comme Guy Konopnicki, ou libéraux, comme Guy Sorman ou Alain Minc. Les uns et les autres présentent de surcroît une fâcheuse tendance à nous prendre pour des demeurés, en nous faisant accroire,
par exemple, que l’immigration n’a pas augmenté depuis vingt ans ou encore que l’insécurité ne serait en aucun cas liée à ce phénomène. Cohn-Bendit nous assure carrément que « pour enrayer le racisme, le mieux serait encore d’augmenter le nombre d’étrangers » ! Leurs propos à ce sujet sont hallucinants de culot. Voyez encore Guy Sorman qui nous explique tranquillement que la France d’antan, avec ses dialectes et ses patois, était somme toute « plus multiculturelle qu’elle l’est aujourd’hui ? » (En attendant les barbares, pp. 174-179). C’est un exemple parmi d’autres de ce culot à toute épreuve, dont ils sont très fiers, et qu’ils appellent
« houtzpah » (Prononcer Rroutzpah).L’objectif est de détruire le monde blanc, et, de manière plus générale, toutes les sociétés enracinées. Tous ces intellectuels nous assurent que cette évolution est inéluctable, et que par conséquent, rien ne sert de s’y opposer. On rappellera ici que dans le schéma marxiste, c’était déjà la société sans classe qui devait être « inéluctable ». Ecoutons le directeur de presse Jean
« Daniel »[/Bensaïd] : « Rien n’arrêtera les mouvements des populations misérables vers un Occident vieux et riche… C’est pourquoi la sagesse, la raison, consiste désormais à faire comme si nous allions recevoir de plus en plus d’émigrés dont il faut préparer l’accueil. » (Le Nouvel Observateur du 13 octobre 2005). Vous l’avez compris, il s’agit de nous interdire l’idée même de nous défendre. L’homogénéité du discours cosmopolite est à ce sujet vraiment étonnante.On entend souvent dire que les juifs étaient considérés par les nazis comme une « race inférieure ». Vos recherches, je crois, tendent à démontrer qu’ils auraient plutôt tendance à se considérer eux-mêmes comme « la race supérieure ». Qu’en est-il ? HR : Je puis vous assurer qu’il existe un orgueil immense d’appartenir au « peuple élu ».Et cet orgueil se combine chez les intellectuels, avec un mépris non moins grand pour les
nations sédentaires, considérés, comme très nettement inférieures. Les propos à ce sujet sont innombrables. Voici ce qu’écrivait par exemple Bernard-Henri Lévy, dans le premier numéro du journal Globe en 1985 : « Bien sûr, nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr, tout ce qui est terroir, bourrées, binious, bref franchouillard ou cocardier, nous est étranger, voire odieux ». Les « patries en tout genre et leurs cortèges de vieilleries » le dégoûte au dernier degré : tout cela n’est qu’un « repli frileux et crispé sur les identités les plus pauvres ». «
Parler patois, danser au rythme des bourrées, marcher au son des binious… tant d’épaisse sottise » l’ « écoeure ». (L’Idéologie française, 1981, pp. 212-216).
Le philosophe Emmanuel Lévinas a exprimé lui aussi sa foi dans les vertus du
déracinement et du nomadisme. Pour lui, la plus grande arriération, assurément, est celle que représentent les civilisations païennes de l’antiquité : « Le paganisme, écrit-il, c’est l’esprit local : le nationalisme dans ce qu’il a de cruel et d’impitoyable. Une humanité forêt, une humanité pré-humaine. » Assurément, tout cela ne vaut pas le génie des bédouins du désert : «C’est sur le sol aride du désert où rien ne se fixe, que le vrai esprit descendit dans un texte pour s’accomplir universellement… La foi en la libération de l’homme ne fait qu’un avec l’ébranlement des civilisations sédentaires, avec l’effritement des lourdes épaisseurs du passé… Il faut être sous-développé pour les revendiquer comme raison d’être et lutter en leur nom pour une place dans le monde moderne (6). »il ne suffit donc pas à ces intellectuels de nous raconter n’importe quoi, de nous endormir avec les droits de l’homme, de nous ligoter les mains dans le dos avec les lois répressives, et
de nous injecter dans les veines un corps étranger. Il faut aussi qu’ils nous glissent à l’oreille leur mépris pour nos vieilles cultures. Mais le mépris ne semble pas apaiser complètement leur esprit de vengeance. Il faut encore qu’ils nous insultent et nous crachent au visage : «ignorants, xénophobes, paranoïaques, stupides, délirants, etc. » : voilà ce que nous sommes.Dans La Vengeance des Nations (1990), Alain Minc, qui nous explique les bienfaits de l’immigration, nous assure que c’est « l’ignorance qui alimente la xénophobie » (p. 154), qu’il faut donc « lutter contre le délire xénophobe » et en finir avec cette « paranoïa française » (pp.208). Et pour ce faire, Alain Minc propose de favoriser systématiquement les immigrés par rapport aux Français sur le modèle américain. Comme le proclame le très médiatique Michael Moore, aux Etats-Unis, dans son livre sorti en 2002, ce n’est plus vraiment la peine de prendre de gants avec ces Stupid White Men (c’est le titre du livre), puisqu’ils ne comprennent rien à rien à ce qui leur arrive.
Et je ne vous récapitulerai pas ici de tous ces films innombrables dans lesquels les
cinéastes cosmopolites semblent assouvir leur vengeance contre la civilisation chrétienne et l’homme blanc en général. Il me paraît évident, au regard de toute cette logorrhée, que ces gens-là nous haïssent. S’ils étaient fluorescents, clignotants ou s’ils portaient un gyrophare sur le tête, on y verrait un peu plus clair !Comment expliquez-vous ce sentiment manifeste de vengeance, alors que les textesreligieux tendent vers la paix universelle ? D’où vient cette vengeance dont vous parlez ?HR : L’esprit de vengeance se retrouve dans de très nombreux textes. Il transparaît sous la plume de romanciers comme Albert Cohen, dans Frères humains, ou chez Patrick Modiano(La Place de l’Etoile). Le grand Gourou américain du courant afro-centriste, Martin Bernal,qui est un « blanc », lui aussi, a lui aussi évoqué ce sentiment : « Mon but est de réduire l’arrogance intellectuelle des Européens. » Maintenant, si l’on se plonge dans un passé plus lointain, on peut se rendre compte que ces permanences ont traversé les siècles sans prendre une seule ride.Au début du XVIe siècle, par exemple, Rabbi Chlomo Molkho, qui était considéré par de nombreux juifs comme une figure messianique, écrivit ses visions prophétiques très révélatrices dans lesquelles on retrouve l’idée d’une « vengeance contre les peuples » qui va s’accomplir. Il nous assure aussi que « les étrangers seront brisés » et que « les nations trembleront. » (Moshe Idel, Messianisme et mystique, 1994, pp. 65-66). Et Moshe Idel fait ce commentaire : « le poème de Molkho évoque clairement l’avènement d’une double vengeance : contre Edom et contre Ismaël », c’est-à-dire contre la chrétienté et l’islam, puis ajoute un peu plus loin : « Dieu révèle non seulement comment lutter contre le christianisme… mais encore comment briser la force du christianisme pour qu’advienne la Rédemption. » (page 48). C’est clair, non ? On peut trouver ce type de délire prophétique chez bien d’autres personnages historiques juifs, tel cet Isaac Abravanel (Editions du Cerf, Paris, 1992), qui était le chef de la communauté juive d’Espagne avant l’expulsion de 1492, et qui devint un des héros mythique des Juifs d’origine ibérique. Il a lui aussi exprimé très explicitement la vengeance du peuple d’Israël contre la chrétienté et appelait déjà « toutes les nations à monter vers la guerre contre le pays d’Edom » (vision d’Obadia, dans la Genèse 20, 13) (page 256).Pour ceux qui s’interrogent encore sur les raisons de cette haine séculaire, voici une petite explication : « Il est proche le jour où l’éternel tirera vengeance de toutes les nations qui ont
détruit le Premier Temple et qui ont asservi Israël dans l’exil. Et à toi aussi, Edom, comme tu as fait lors de la destruction du Second Temple, tu connaîtras le glaive et la vengeance.(Obadia)… Toute délivrance promise par Israël et associé à la chute d’Edom. » [Lamentations4, 22] (page 276).Cette haine vengeresse de vingt siècles a été aussi exprimée par le philosophe Jacob Talmon, qui écrit aussi en 1965 : « Les Juifs ont des comptes sanglants et très anciens à régler avec l’Occident chrétien (7). » Pierre Paraf, l’ancien président de la LICA (Ligue contre l’antisémitisme), rappelle, par la voix d’un personnage de son roman réédité en l’an 2000 : «Tant de nos frères, marqués de la rouelle, gémissent sous le fouet du chrétien. Gloire à Dieu !Jérusalem les réunira un jour ; ils auront leur revanche (8) ! » 2000 ans de haine ! Il faut croire que ces gens-là ont la rancune tenace !
On est effectivement assez loin des clichés du « pauvre petit juif persécuté » véhiculé au cinéma. Peut-on accréditer finalement l’idée communément admise, ou le « préjugé »,que « les Juifs veulent dominer le monde » ?HR : Vous savez, je n’ai pas d’idées personnelles à ce sujet, et je me contente d’analyser ce qui est écrit. Par conséquent, je ne puis affirmer qu’il s’agit d’une disposition générale de l’ensemble des intellectuels juifs. Mais cette idée a été exprimée par certains’entre eux. Le livre sur Abravanel confirme cette interprétation, sur la base des textes bibliques : « A l’époque messianique, écrit-il, Schmouel a pensé que toutes les nations seraient soumises à Israël, conformément à ce qui est écrit : “Son empire s’étendra d’une mère à l’autre et du fleuve aux extrémités de la terre” [Zacharie 9, 10] » (page 181). « Lors de la délivrance à venir, un roi de la maison de David régnera. » (page 228). Ce sera « la grande paix qui régnera sur la terre à l’époque du Roi-Messie. » (page 198). Nous avons bien ici la confirmation qu’Israël milite pour la « paix » ! Dans Flammes juives (9), un roman paru en 1936, et réédité en 1999 par Les Belles Lettres, Camille Marbo raconte encore l’histoire de jeunes Juifs marocains qui quittent leur mellah dans les années 20 pour s’installer en France. On y parle explicitement de « conquête du monde par Israël. » (page 10). On trouve plus loin ces passages : « Israël doit gouverner le monde, dit Daniel… - On a peur de nous, répétait le vieux Benatar, parce que nous sommes
de la race des Prophètes » (page 18) ; « Ce n’est pas encore notre génération qui peut conquérir la chrétienté. Vous pourrez, vous, jeter les fondements et vos enfants seront à pied d’oeuvre. Ils se mêleront aux chrétiens. Israël mènera le monde ainsi qu’il le doit. » (page126). Il existe encore bien d’autres textes sur le sujet.La volonté d’instaurer un gouvernement mondial n’est donc pas un délire d’ « illuminés», comme le dirait Taguieff ?HR : Il est bien certain que tout est mis en oeuvre pour nous faire renier nos racines, nos traditions, notre histoire, nos familles et nos patries, afin de mieux nous faire accepter la société « ouverte » chère aux esprits cosmopolites et l’idée d’un gouvernement mondial.AlainFinkielkraut a insisté sur ce point : « Le Mal, écrit-il, vient au monde par les patries etpar les patronymes (10). » L’homme post-moderne doit cesser de « pourchasser les traces dupassé en lui-même comme dans les autres. » Son titre de gloire, « c’est d’être cosmopolite, et de partir en guerre contre l’esprit de clocher (11). » A partir de là, on peut enfin admettre l’idée d’une « confédération planétaire », comme le souhaite le sociologue Edgar « Morin »dans tous ses livres, ou mieux encore, oeuvrer pour l’instauration du gouvernement mondial,ainsi que l’exprime Jacques Attali : « Après la mise en place d’institutions continentales européennes, apparaîtra peut-être l’urgente nécessité d’un gouvernement mondial. »(Dictionnaire du XXIe siècle). Tout cela, bien évidemment, n’empêchera pas le célèbre trappeur antifasciste Pierre-André Taguieff de s’indigner des élucubrations antisémites et de prétendre que l’idée domination mondiale est une aberration ou une « supercherie ».On ne peut nier cependant que les juifs ont connu d’atroces persécutions au fil des siècles. Comment eux-mêmes expliquent-ils leurs malheurs ?HR : C’est probablement le chapitre le plus étonnant de la question. Sur ce point, là encore,les explications sont tous concordantes et reposent la plupart du temps sur la théorie du «bouc-émissaire », qui voudrait qu’en période difficile, le gouvernement ou le peuple se retournent contre une victime toute désignée que l’on charge de « toutes » les fautes «
passées, présentes ou à venir ».Mais les principaux intéressés manifestent souvent aussi une incompréhension totale du phénomène. Ainsi, pour Clara Malraux (l’épouse de l’écrivain) la haine antisémite « est moins dure à supporter quand on la sait totalement et absolument injustifiée et que, de ce fait,l’ennemi se transforme en ennemi de l’humanité (12). » L’ennemi des juifs est l’ennemi de l’humanité toute entière. C’est aussi ce qu’exprime Elie Wiesel, qui écrit dans le tome 2 de ses Mémoires : « C’est ainsi et l’on n’y peut rien : l’ennemi des Juifs est l’ennemi de
l’humanité… En tuant les Juifs, les tueurs entreprenaient d’assassiner l’humanité tout entière (13). » En effet, tuer un juif, pour ainsi dire, par nature innocent, c’est forcément s’en prendre à toute personne innocente ou à tout autre communauté. C’est donc bien se définir comme l’ennemi de l’humanité. Il y a aussi une autre interprétation, plus classique, qui se base sur l’idée que les juifs seuls se définissent comme l’humanité, les autres nations n’étant, selon une
soi-disant formule du Talmud, que « la semence du bétail. »Dans son livre intitulé Le Discours de la haine, paru en 2004, le philosophe André Glucksmann assure que « la haine des Juifs est l’énigme entre les énigmes… Le juif n’est aucunement la source de l’antisémitisme ; il faut penser cette passion en elle-même et parelle-même, comme si ce juif qu’elle poursuit, sans le connaître, n’existait pas… Deux
millénaires que le juif embarrasse. Deux millénaires qu’il est une question vivante pour son entourage. Deux millénaires qu’il n’y est pour rien (14). » Vous l’avez compris, « le juif » est toujours innocent. Là encore, ce ne sont pas de témoignages isolés, et cette attitude semble être celle d’une majorité des intellectuels juifs. Emmanuel Lévinas a aussi exprimé cette opinion, tout comme un autre philosophe juif, Shmuel Trigano pour qui le phénomène antisémite est « resté inexpliqué malgré une bibliothèque immense sur le sujet (15). »
on entend aussi souvent dire que l’antisémitisme est une maladie mentale…
HR : Puisque le phénomène est inexpliqué, et que les juifs sont innocents, le problème ne peut logiquement venir que des goys. Ecoutons ce témoignage de Yeshayahu Leibowitz,philosophe des religions, trouvé dans le livre intitulé Portraits juifs : « C’est un phénomène qui est historiquement incompréhensible. L’antisémitisme n’est pas pour moi le problème des Juifs mais des goyim (16) ! » Dans le premier tome de ses Mémoires, Elie Wiesel écrit lui aussi : « Je n’étais pas loin de me dire : c’est leur problème, pas le nôtre (17). » L’explication par le dérangement mental des antisémites se retrouve très fréquemment sous la plume des intellectuels juifs. Le livre de Raphaël Draï, Identité juive, identité humaine,
publié en 1995, reprend cette idée : « L’antisémite prête au Juif les intentions qu’il nourrit luimême à son endroit… La dimension psychopathologique d’une telle construction doit retenir l’attention… Les Juifs mis en scène sont des Juifs projectifs ; l’image “judaïsée” est propre au délire des antisémites (18). »
L’écrivain russe Vassili Grossman, a exprimé la même idée : « L’antisémitisme, dit-il, est le miroir des défauts d’un homme pris individuellement, des sociétés civiles, des systèmes étatiques. Dis-moi ce dont tu accuses les Juifs et je te dirai ce dont tu es toi-même coupable. Le national-socialisme, quand il prêtait à un peuple juif qu’il avait lui-même inventé des traits comme le racisme, la volonté de dominer le monde ou l’indifférence cosmopolite pour sa patrie allemande, a en fait doté les Juifs de ses propres caractéristiques (19). » En somme, vous l’avez compris, l’antisémite rejette sur les Juifs ses propres tares. A ce niveau-là, cela
relève effectivement du domaine de la psychothérapie. Reste à savoir si c’est vraiment le goy qui en a le plus besoin !Notes (1) David Banon, Le Messianisme, Presses universitaires de France, 1998, pp. 15-16.(2) Edgar Morin, Un nouveau commencement, Seuil, 1991, p. 9.
(3) Jacques Attali, L’Homme nomade, Fayard, 2003, Livre de poche, p. 34.
(4) Elie Wiesel, Mémoires 2, Editions du Seuil, 1996, pp. 144, 146, 152.
(5) George Steiner, De la Bible à Kafka, 1996, Bayard, 2002, pour l’édition française.
(6) Emmanuel Lévinas, Difficile liberté, Albin Michel, 1963, éditions de 1995, p. 299.
(7) J.-L. Talmon, Destin d’Israël, 1965, Calmann-Lévy, 1967, p. 18.
(8) Pierre Paraf, Quand Israël aima, 1929, Les belles lettres, 2000, p. 19.
(9) Camille Marbo, Flammes juives, 1936, Les Belles Lettres, 1999.
(10) Alain Finkielkraut, L’Humanité perdue, p.154.
(11) Alain Finkielkraut, Le Mécontemporain, Gallimard, 1991, pp. 174-177.
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(12) Clara Malraux, Rahel, Ma grande soeur…, Editions Ramsay, Paris, 1980, p. 15.
(13) Elie Wiesel, Mémoires 2, Editions du Seuil, 1996, p. 72, 319.
(14) André Glucksmann, Le Discours de la haine, Plon 2004, pp. 73, 86, 88.
(15) Shmuel Trigano, L’Idéal démocratique… à l’épreuve de la shoah, Editions Odile Jacob, 1999,
p. 17.
(16) Herlinde Loelbl, Portraits juifs, L’Arche éditeur, Francfort, 1989, 2003 pour la version
française.
(17) Elie Wiesel, Mémoires, tome I, Le Seuil, 1994, pp. 30, 31
(18) Raphaël Draï, Identité juive, identité humaine, Armand Colin 1995, pp. 390-392.
(19) Vassili Grossman, Vie et destin, 1960, Ed. Julliard, Pocket, 1983 pour la traduction française,
pp. 456-8.
Les Espérances planétariennes, 2005, 432 pages, 26 euros
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Le gouvernement mondial
par Hervé Ryssen
http://herveryssen.blogspot.com/
Les aspirations à instaurer un gouvernement mondial trouvent leur justification première dans le désir de paix universelle. A cet égard, Julien Benda, pionnier dans son genre, traduit bien certaines aspirations mondialistes de l’entre-deux guerres. Dans La Trahison des clercs, il envisage lui aussi, dans sa conclusion, la fusion des peuples avec un enthousiasme prophétique très caractéristique : " La volonté de se poser comme distinct serait transposée de la nation à l’espèce. Et, de fait, un tel mouvement existe. Il existe, par-dessus les classes et les nations, une volonté de l’espèce de se rendre maîtresse des choses. On peut penser qu’un tel mouvement s’affirmera de plus en plus et que c’est par cette voie que s’éteindront les guerres
interhumaines. On arrivera ainsi à une "fraternité universelle" et dès lors, unifiée en une immense armée, en une immense usine, l’humanité atteindra à de grandes choses, je veux dire à une mainmise vraiment grandiose sur la matière qui l’environne, à une conscience vraiment joyeuse de sa puissance et de sa grandeur (1)." Après l’anthropologie, la génétique et l’écologie planétariennes, le pacifisme milite donc aussi pour la grande cause de l’unification mondiale. Julien Benda deviendra après la guerre un compagnon de route du Parti communiste. Ses idées généreuses ne l’empêcheront pas de justifier l’écrasement de l’insurrection hongroise et les procès qui s’ensuivirent. Le très célèbre savant Albert Einstein a été l’un des premiers personnages de l’époque contemporaine, peut-être même le premier, à revendiquer explicitement l’instauration d’un gouvernement mondial. C’est peut-être l’une des raisons qui lui vaut une telle adulation, car nous verrons un peu plus bas dans ce livre que son aura scientifique a été légèrement entachée depuis peu. Après la guerre, en novembre 1945, il publie un article dans la revue Atlantic Monthly : " Puisque pour l’instant, écrit-il, seuls les Etats-Unis et la Grande-Bretagne possèdent le secret de la bombe atomique, il reviendrait naturellement à ces pays d’inviter l’Union soviétique à préparer et présenter le premier projet de constitution d’un gouvernement mondial… Une fois le projet de constitution adopté par les trois grands, les nations plus petites seraient invitées à se joindre à ce gouvernement mondial… Un gouvernement mondial tel que je le conçois devrait être compétent pour juger de toute affaire militaire. Outre cette
compétence, je ne lui donnerais qu’un seul pouvoir, celui de s’ingérer dans les affaires intérieures d’un Etat dans le cas où une minorité opprimerait la majorité des hommes du pays, créant ainsi un climat d’instabilité pouvant conduire à une guerre. " " Même s’il est vrai que c’est une minorité qui est actuellement à la tête de l’Union Soviétique, je ne pense pas que la situation interne de ce pays constitue une menace pour la paix dans le monde ", tient-il à ajouter avec un certain aplomb. Dans un article paru dans le Survey Graphic du mois de janvier 1946, il écrit encore : " Le désir de paix de l’humanité ne pourra se réaliser que par la
création d’un gouvernement mondial (2). " Le sociologue Edgar Morin souhaite lui aussi l’instauration d’un gouvernement mondial. Il se défend cependant de promouvoir le paternalisme ou de vouloir instaurer un quelconque racisme à l’égard des populations du Sud. Car selon lui, c’est bien l’Occident qui est en
charge de ces grandioses réalisations. C’est là que se trouve le développement technologique et la puissance qui va permettre d’imposer ces perspectives au reste de l’humanité. Le bonheur des terriens passe nécessairement par un stade où les peuples du Sud doivent, de gré ou de force, se ranger à l’idée de la démocratie universelle, et pareils projets justifient sans doute un " droit d’ingérence " : " L’association humaine à laquelle nous aspirons, dit Edgar Morin, ne saurait se fonder sur le modèle hégémonique de l’homme blanc, adulte, technicien,occidental ; elle doit au contraire révéler et réveiller les ferments civilisationnels féminins,
juvéniles, séniles, multi-ethniques, multi-culturels. " Il ne s’agit donc pas de promouvoir une quelconque domination de l’homme blanc, mais simplement d’utiliser ses technologies et sa puissance militaire pour briser les régimes autoritaires et assurer le triomphe mondial de la démocratie. L’Occident, en quelque sorte, sera le laboratoire où se déroulera l’expérience multiculurelle, en même temps qu’il sera le garant du Nouvel Ordre mondial. " On ne saurait se masquer les obstacles énormes qui s’opposent à l’apparition d’une société-monde, dit-il. La progression unificatrice de la globalisation suscite des résistances nationales, ethniques religieuses, qui produisent une balkanisation accrue de la planète, et l’élimination de ces résistances, supposerait, dans les conditions actuelles, une domination implacable (3). "Dans son Dictionnaire du XXIe siècle, Jacques Attali fait aussi sienne l’idée d’un droit d’ingérence : " Dans un monde globalisé, connecté, écrit-il, chacun aura intérêt à ce que son voisin ne sombre pas dans la barbarie. Ainsi s’amorcera une démocratie sans frontière. " Selon lui, le Nouvel Ordre mondial doit pouvoir exercer le cas échéant une " domination implacable " comme l’a suggéré Edgar Morin avec quelque réticence. Les " institutions internationales ", dit-il, verront leurs compétences considérablement renforcées : " La prévention des conflits et des guerres impliquera qu’une autorité planétaire dresse l’inventaire des menaces, alerte les institutions financières, supervise les négociations entre pays, vérifie
l’application des accords, décrète des sanctions en cas de violations. " " Une organisation dela paix universelle commencera à être envisagée avec les premières discussions en vue de l’instauration d’un gouvernement mondial. " On parlera moins d’un droit d’ingérence que d’un " devoir d’ingérence ". La " mondialisation " aboutira finalement à son terme : " Après la mise en place d’institutions continentales européennes, apparaîtra peut-être l’urgente nécessité
d’un gouvernement mondial. "(1) Julien Benda, La Trahison des clercs, Grasset, 1927, 1975, p. 295.(2) Albert Einstein, Le Pouvoir nu, Propos sur la guerre et la paix, Hermann, 1991.(3) Edgar Morin, La Méthode 6, Ethique, Seuil 2004. Chapitre : éthique planétaire.
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4.11.06
Citoyens du monde...
Le discours planétarien, semble-t-il, n’a jamais été aussi omniprésent que depuis
l’écroulement du bloc communiste. Alors qu’auparavant, ces idées étaient principalementvéhiculées par la pensée issue de mai 1968 et le marxisme en général, il est aujourd’hui surtout le fait d’une génération d’intellectuels anciennement marxistes, mais ralliés à la démocratie libérale et à l’économie de marché. Jacques Attali, en France, en est évidemment l’un des exemples les plus accomplis, tant par la profusion de sa production imprimée que par le développement de ses idées et les fonctions éminentes qu’il a occupées à la tête de l’Etat français. Edgar Morin, Alain Finkielkraut, Albert Jacquard, Guy Sorman, Marek Halter, Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann, Alain Minc et Pascal Bruckner sont les principaux
représentants de cette pensée cosmopolite qui marque tant la France d’aujourd’hui. Fervents démocrates, leur pensée n’en reste pas moins toute imprégnée des mêmes idéaux planétariens que ceux de la pensée marxiste. Sur ce plan, aucune différence n’est décelable. Les uns et les autres aspirent au gouvernement mondial, à la suppression des frontières et au mélange des peuples et des civilisations, au moins en Occident. Le très célèbre philosophe Jacques Derrida, décédé durant l’été 2004 est, pour sa part, resté fidèle à ses convictions marxistes jusqu’à son dernier jour, mais sa pensée s’intègre parfaitement à celle de ses confrères démocrates. Les uns et les autres ont d’ailleurs conservé la marque de l’influence du freudomarxisme.
A travers Wilhelm Reich, Herbert Marcuse et le responsable étudiant Daniel Cohn-Bendit, le courant freudo-marxiste a eu une importance considérable au cours des événements de mai 1968. Son influence est encore perceptible dans la génération des intellectuels d’aujourd’hui.La frontière entre le marxisme et la pensée démocratique est floue, mouvante et perméable.Albert Einstein était aux marges des deux. Jacques Attali, qui était le principal conseiller du président socialiste François Mitterrand dans les années 1980, et qui est un des principaux propagandistes de l’idée planétarienne, présente une pensée qui mélange elle aussi freudomarxisme
culturel et libéralisme économique. L’homme a d’ailleurs été par la suite l’ancien
directeur de la Banque européenne de développement.La question est de savoir si l’idéologie libérale se serait acheminée vers l’idéal planétarien sans le concours des idées marxistes. Certes, l’idée de globalisation est déjà présente dans la philosophie des Lumières, mais à dose restreinte, et nul ne songe alors à la fusion des nations. En revanche, la pensée marxiste développe largement ce thème, symbolisé par le fameux slogan : « Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ». Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, la pensée libérale reprend à nouveau le dessus dans la surenchère planétarienne. Cette fois-ci, il ne suffit plus seulement de mettre sur pied le gouvernement mondial, mais aussi d’encourager le grand métissage et le déracinement universel. Le marxisme n’était pas allé aussi loin. Les deux courants d’idées sont aujourd’hui largement entremêlés, si bien qu’il
n’est plus guère possible, dans la pensée planétarienne, de distinguer ce qui lui est
spécifiquement marxiste ou libéral.
Citoyens du monde
Quand les jeunes se déclarent volontiers « citoyens du monde » dans la cour du lycée, on
peut penser légitimement que leurs convictions ne sont pas le fruit de profondes réflexions sur
leur condition, mais simplement le résultat des campagnes de « sensibilisation » médiatique.
Dans les débats télévisés ou dans les livres, par le biais du cinéma, de la presse et de la radio,
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le concept de citoyenneté mondiale est inlassablement ressassé, si bien qu’il est nécessaire de
se modeler sa propre culture personnelle pour tenter de sortir des sentiers battus, comprendre
le discours ambiant et décrypter les messages codés.
Le célèbre sociologue Albert Jacquard fait partie de ces intellectuels qui portent un regard
résolument planétarien sur le monde. Il n’est pas né dans un modeste village d’Auvergne ou
de Bretagne, non : « Je suis né sur une planète portant deux milliards d’hommes », tient-il à
nous dire d’emblée, dès la première page de son dictionnaire. Lui aussi ne rêve que
d’harmonie, de fraternité universelle et de paix pour le genre humain. L’homme le plus
heureux n’est pas celui qui se renferme frileusement sur sa famille, ses amis et son village,
mais celui qui s’ouvre à toutes les cultures du monde, qui cherche le contact avec l’homme
des autres continents :
« Tout humain que j’exclus des liens que je tisse est une source dont je me prive. Le rêve
est donc de n’exclure personne. » C’est dans cette perspective qu’il faut se déclarer parmi les
« citoyens du monde », à la suite de l’Américain Gary Davis qui, en 1947, avait déchiré son
passeport pour marquer son désir de voir disparaître toutes les frontières. A cette époque, le
ministre Georges Bidault s’était écrié : « Les frontières sont les cicatrices de l’histoire » ; or,
ajoute Albert Jacquard avec beaucoup de jugement et d’à-propos, « les cicatrices sont faites
pour disparaître. »
Une « communauté des peuples de la Méditerranée » serait un premier pas vers
l’unification du monde. « C’est une communauté culturelle méditerranéenne qu’il faut
construire » insiste-t-il encore dans un autre ouvrage. L’idée en effet est récurrente dans son
oeuvre. Ce serait, dit-il, « un exercice permettant de mieux organiser ensuite la communauté
de l’ensemble des nations. »
Le très prolifique essayiste Jacques Attali abonde évidement dans ce sens. Son
Dictionnaire du XXIe siècle révèle un grand visionnaire et un prodigieux créateur d’idées.
L’avenir de l’humanité n’a pas de secret pour ce prophète : La mondialisation, dit-il, se
poursuivra, s’accélérera et s’imposera grâce aux institutions internationales : « S’éveillera une
conscience de l’unité planétaire, grâce à quoi les organisations internationales trouveront les
moyens de leurs rôles ; l’ONU édictera les normes et fera respecter des devoirs ; une police
mondiale s’installera dans les zones de non-droit ; le FMI, chargé de lever et de répartir un
impôt mondial sur les transactions internationales, régulera des marchés financiers qui auront
cessé d’être des lieux et des agents de panique pour se mettre au service de la réduction des
injustices. »
C’est en fait là un scénario idéal, un objectif à atteindre ou au moins une étape vers
l’instauration d’un gouvernement mondial, mais, dit-il, « mille perturbations viendront
troubler le cours de ce fleuve tranquille. » En attendant l’avènement d’un monde meilleur,
nous sommes invités à acquérir les bons réflexes pour nous approcher un peu plus du paradis
terrestre qui est à notre portée : « Ce qui serait à faire pour éviter le pire est simple à énoncer :
mettre les sciences et la technologie au service de la justice ; profiter de leur formidable
potentiel pour supprimer toute pauvreté, casser les systèmes hiérarchiques et repenser la
démocratie ; encourager la diversité, partager les richesses, favoriser la santé et l’éducation,
éliminer les dépenses d’armement, s’ouvrir aux cultures des autres, favoriser tous les
métissages, apprendre à penser globalement. »
Dans cette nouvelle forme de civilisation, l’« hyperclasse » sera la classe dominante. Elle
sera « faite d’élites mobiles et transparentes entraînant la société entière vers l’utopie de la
Fraternité. Elle regroupera plusieurs dizaines de millions d’individus. Ils seront attachés à la
liberté, aux droits des citoyens, à l’économie de marché, au libéralisme, à l’esprit
démocratique. Ils cultiveront et développeront une conscience aiguë des enjeux planétaires. »
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Ces prophéties ne reflètent évidemment rien d’autre que des intentions et des convictions
personnelles. Elles ont en tout cas le mérite d’être énoncées clairement par un homme qui a
joué un rôle important dans la France de la fin du XXe siècle.
Parmi tous les penseurs planétariens de ce début de millénaire, il en est un dont
l’enthousiasme dépasse encore celui de Jacques Attali. Le livre de Pierre Lévy, World
Philosophie, est une ode à l’unification planétaire, déclamée sur un mode prophétique, aux
marges de la transe divinatoire. D’un bout à l’autre de l’ouvrage, c’est l’oracle qui parle :
« Désormais, la grande aventure du monde n’est plus celle de pays, de nations, de religions ou
d’ismes quelconques, dit-il ; la grande aventure est l’aventure de l’humanité, l’aventure de
l’espèce la plus intelligente de l’univers connu. Cette espèce n’est pas encore complètement
civilisée. Elle n’a pas pris encore intégralement conscience qu’elle ne formait qu’une seule
société intelligente. Mais l’unité de l’humanité est en train de se faire, maintenant. Après tant
d’efforts, voici enfin venue l’unification de l’humanité. » Il faut bien comprendre le propos :
Beethoven, Molière, Botticelli et Van Gogh ne sont que de la boue en comparaison de ce que
pourra produire l’humanité enfin unie qui est en train de prendre corps.
Pour nous, les humains de l’an 2000, « nos compatriotes sont partout sur la Terre. Nous
sommes la première génération de gens qui existons à l’échelle du globe », poursuit-il. « La
fin du XXe siècle marque un seuil décisif et irréversible du processus d’unification planétaire
de l’espèce humaine. » Le monde dans lequel vous avez vécu jusqu’à présent est en train de
mourir. Ne luttez pas, ne luttez plus. Laissez vous faire, laissez-vous guider. Vos membres
sont lourds, très lourds. Laissez-vous envahir par cet engourdissement bienfaisant… « Nous
allons comprendre que l’Orient et l’Occident sont promis au mariage, et qu’ils s’augmenteront
l’un de l’autre. A ce moment-là, seulement, l’humanité deviendra une avec elle-même » ;
« Regardez les Juifs : une pointe d’Orient en Occident, une goutte d’Occident en Orient » ;
« L’humanité est un grand tapis de perles scintillantes où circulent des formes lumineuses » ;
« nous sommes les fils et les filles de tous les poètes. Tous les efforts humains pour élargir
notre conscience convergent dans une noosphère qui, désormais, nous habite, parce qu’elle est
l’objectivisation de la conscience et de l’intelligence collective de l’humanité. » Laissez-vous
aller, laissez-vous faire… Vous dormez profondément maintenant. « Nous n’avons pas
d’ennemis : nous sommes une pluie de diamants où joue la lumière des mondes. »
Michel Serres n’a certes pas le talent lyrique de Pierre Lévy ; il s’en faut de beaucoup. Sa
langue est extrêmement confuse, ce qui ne laisse pas d’étonner pour ce scientifique qui siège à
l’Académie française. Nous nous bornerons donc à citer de courtes phrases, tant sa prose est
caillouteuse et souvent à la limite de l’intelligible. On perçoit cependant ça et là que l’écrivain
est imprégné de la même démarche planétarienne quand il fustige par exemple les
« absurdités aussi désuètes que les frontières entre nations ».
« Sans terre ni tribu, nous voilà citoyens du monde et frères des hommes », écrit-il encore.
Mais de nombreux passages de ses livres sont tout simplement illisibles, voire totalement
incohérents, comme le révèle ce propos, pris parmi d’autres : « La souche familiale délaisse le
sang au profit de l’adoption et d’un prolongement de la famille, désormais de choix dilectif,
vers l’humanité en général. Tout homme a droit de se sentir partout chez soi et auprès de tous
en famille. L’Occident advint de quitter le local et de porter en gésine cet universel. » Sous la
plume d’un académicien, de telles phrases sont assez singulières. Détail amusant : le visage de
Michel Serres ressemble étonnamment à celui de l’écrivain italien Alberto Moravia, qui
professe lui aussi de belles et nobles idées planétariennes. Même plumage, même ramage,
comme dirait ce bon monsieur de La Fontaine.
« Voici l’homme enfin humain parce que enfin universel », s’enthousiasme le grand
philosophe Alain Finkielkraut. « La communication et la connexion généralisées ayant effacé
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– miraculeux lifting – les rides que les frontières avaient sculptées sur le visage de l’humanité,
l’appartenance subie s’efface au profit de la relation choisie : chacun peut donner n’importe
quel prénom de la terre à son enfant, se brancher, sans quitter sa chambre, sur n’importe quel
divertissement, accéder aux catastrophes en direct, explorer les plus lointaines cultures,
débouler sans prévenir dans tous les lieux de mémoire, faire, en charentaises, du lèche-vitrines
aux antipodes et naviguer à sa guise dans les banques de données du grand mélange mondial
que sont devenues les traditions. » Finkielkraut traduit sans doute mieux ici ses propres
aspirations que la réalité, mais sa pensée éclaire la voie que nous trace la philosophie politique
contemporaine.
Alain Finkielkraut est cependant bien conscient que cet esprit révolutionnaire qui tend à
« faire table rase du passé » et à « créer un homme nouveau » a été déjà mis en pratique dans
l’URSS de Lénine et de Staline. A ce moment-là, dit-il, l’URSS « incarnait cette apothéose
face aux patries chauvines. » Elle représentait « la patrie de l’humanité » et périmait la
« scission de l’humanité entre compatriotes et étrangers. » Le marxisme avait attiré à lui tous
les esprits brûlant de messianisme égalitaire, et ne laissait qu’un espace assez étroit à une
autre idée de l’unification planétaire, mais il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui, la filiation
idéologique au marxisme n’est plus réellement porteuse, après l’effondrement de ce système
et les horreurs que l’on sait. C’est donc auprès d’autres intellectuels qu’il faut chercher ses
références et son cousinage.
Julien Benda était peut-être, dans l’entre-deux guerres, le seul représentant en France d’un
esprit planétarien mais non marxiste, et c’est auprès de lui qu’Alain Finkielkraut et Bernard-
Henri Lévy trouvent leur référence idéologique. Dans la Trahison des clercs, écrit
Finkielkraut, Julien Benda exalte « les idées des Lumières contre le Romantisme, prend la
défense de l’universel contre la glorification du particulier, affirme la liberté de l’esprit contre
l’enracinement de l’homme dans le sol de sa patrie, de l’esprit dans la tradition, de l’action
dans les moeurs, et de la pensée dans la langue. » C’est auprès de cet intellectuel de renom,
« grand desservant de l’Esprit » qu’il faut aller chercher les éléments porteurs de la nouvelle
civilisation. Dans le Discours à la nation européenne qu’il rédigea an 1932, il était le seul des
penseurs non-marxistes à déclamer le discours globaliste qui sera en vogue à la fin du siècle :
« Clercs de tous les pays, vous devez être ceux qui clament à vos nations qu’elles sont
perpétuellement dans le mal, du seul fait qu’elles sont des nations. Plotin rougissait d’avoir un
corps. Vous devez être ceux qui rougissent d’avoir une nation. » Le genre est un peu celui
d’un instituteur, mais au moins, la leçon a le mérite d’être claire.
La suppression des frontières et le mélange des peuples sont un idéal à atteindre, mais la
société ouverte ne sera viable qu’à la condition d’annihiler les instincts de race et les
particularismes locaux. Les races pures doivent être mélangées afin de dissoudre les
sentiments identitaires, susceptibles d’engendrer des résurgences de nationalisme. Les langues
elles-mêmes devraient disparaître au profit d’une langue commune. C’était déjà toute
l’ambition d’un homme comme Louis Lazare Zamenhof. Jeune lycéen de la bourgeoisie
polonaise cultivée, il s’était consacré très tôt à travailler à l’élaboration d’une langue comprise
par tous, à partir des racines courantes des langues les plus répandues. Ce travail aboutira à la
publication, en 1887, de l’ouvrage capital fondant l’Espéranto, Fundamento de Esperanto.
Zamenhof s’y expliquait : « Les hommes sont égaux : ce sont des créatures de la même
espèce. Ils ont tous un coeur, un cerveau, des organes générateurs, un idéal et des besoins ;
seules la langue et la nationalité les différencient… Si je n’étais pas un Juif du ghetto, l’idée
d’unir l’humanité ou bien ne m’aurait pas effleuré l’esprit, ou bien ne m’aurait pas obsédé si
obstinément pendant toute ma vie. Personne ne peut ressentir la nécessité d’une langue
humainement neutre et anationale aussi fort qu’un Juif qui a des compagnons de souffrance
sur toute la terre avec lesquels il ne peut se comprendre. Ma judéité a été la cause principale
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pour laquelle, dès la plus tendre enfance, je me suis voué à une idée et à un rêve essentiel, au
rêve d’unir l’humanité. »
posted by Hervé RYSSEN @ 10:47
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Les Espérances planétariennes
Le Libre Journal : Hervé Ryssen, Vous venez de publier un gros livre avec un titre un peu
mystérieux. Pourriez-vous nous expliquer de quoi il retourne ?
Hervé Ryssen : C’est très simple. J’ai analysé de très près la littérature et la philosophie «
cosmopolites », c’est-à-dire, qui aspire à la suppression des frontières et à l’unification du
monde. Je me suis rendu compte que le terme « espérance » revenait assez régulièrement dans
les textes, et correspondait parfaitement à ce que je voulais démontrer. Quant au terme «
planétarien », c’est un néologisme qui signifie très exactement ce qu’il veut dire. Je l’ai
préféré à « mondialiste », qui est aujourd’hui trop empreint d’idéologie.
LLJ : Que vouliez-vous démontrer ?
HR : Je voulais démontrer que la société multiculturelle n’est pas tant un phénomène naturel
que le résultat d’un discours idéologique inlassablement ressassé depuis des décennies.
Ce discours planétarien a encore gagné en vigueur depuis la chute du Mur de Berlin, et
aujourd’hui, toutes nos têtes pensantes, communistes ou démocrates, s’accordent à penser que
le gouvernement mondial est un idéal à atteindre. Ainsi, les années 90 ont vu une
exceptionnelle floraison de produits culturels affichant un cosmopolitisme débridé.
Les ouvrages de Jacques Attali, Alain Minc, Alain Finkielkraut, Marek Halter, Guy Sorman,
Pierre Bourdieu, Jacques Derrida, Edgar Morin, Albert Jacquard, BHL, Guy Konopnicki, pour
n’en citer que quelques-uns, sont particulièrement éloquents à cet égard. On y appelle très
clairement au métissage généralisé et à la dissolution des nations.
Un exemple assez amusant : Prenez le livre de Jacques Attali intitulé : Le Dictionnaire du
XXIe siècle, et sélectionnez les passages nous engageant dans cette voie planétarienne ;
mettez tout ça dans l’ordre, et vous obtiendrez un résultat assez comparable à un texte
sulfureux imprimé en Russie au début du XXe siècle. C’est très étonnant, mais le résultat est
encore beaucoup plus fort lorsque l’on se rend compte que le discours est similaire chez les
dizaines d’auteurs que j’ai pu décortiquer, qu’ils soient de nationalité française, russe ou
américaine, ou encore chez les auteurs allemands ou viennois du début du siècle (Einstein,
Hannah Arendt, Freud, Stefan Zweig, Joseph Roth, etc.). Les concepts, la mentalité, les
pirouettes intellectuelles, les contorsions idéologiques sont exactement les mêmes d’un auteur
à l’autre.
LLJ : Quels sont les grands thèmes abordés dans votre livre ?
HR : J’ai commencé par présenter la face scientifique de la grande idée planétarienne : depuis
la découverte d’un squelette d’australopithèque datant de trois millions d’années dans la
région des grands lacs africains, il est admis que tous les hommes du monde descendent d’un
ancêtre commun, et que Lucy – c’est ainsi qu’on l’a nommée – est la grand-mère de
l’humanité. Dès lors, il est de bon ton, dans la cour des lycées de se déclarer « africain », en
attendant d’être « chinois » ou « turco-mongol », le jour où l’on fera d’autres découvertes. Il
faut dire que cela permet aussi de ne pas prêter le flanc à de terribles accusations.
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Autre révolution de première importance : depuis février 2001, le décodage du génome
humain nous prouve que les races n’existent pas et que tous les hommes sont des frères. C’est
en tout cas ce que tient à nous dire le professeur Axel Kahn. Ces thèmes corroborent
évidemment l’idée d’unification du monde. Après avoir décrit l’idéal planétarien (le village
global, le nomadisme, l’apologie du métissage, la destruction de la famille “patriarcale”, etc.),
il fallait aborder la méthode planétarienne : On voit ici en pleine lumière l’immense mépris
dans lequel les auteurs cosmopolites tiennent les cultures traditionnelles des sédentaires. Dans
ce domaine, Bernard-Henri Lévy se distingue particulièrement, mais il est suivi de très près
par Daniel Cohn-Bendit et Alain Minc. Le thème de la culpabilisation fait bien évidemment
l’objet d’un chapitre à part entière, tout comme l’immigration, qui est aujourd’hui l’arme la
plus efficace dans la guerre à mort que l’Empire global mène contre les résistances ethniques.
Bien évidemment, je prends appui dans ma démonstration sur des centaines de citations. Je
m’étonne d’ailleurs que ce travail de débroussaillage n’ait jamais été effectué jusqu’à présent.
LLJ : Vous n’avez pas abordé la question européenne ?
HR : Si, si, bien sûr. Là encore, en lisant Jacques Attali, entre autres, on s’aperçoit que nos
intellectuels avaient déjà écrit qu’ils considèrent que cette construction est un marchepied vers
le gouvernement mondial. C’est écrit en toutes lettres, et il n’est nul besoin d’aller chercher
ces considérations dans les vieux textes d’avant-guerre. Bien entendu, j’ai eu l’immense
plaisir de conclure ce chapitre avec la baffe géante du référendum du 29 mai 2005.
Permettez moi une petite anecdote : lors d’un débat télévisé, Cohn-Bendit, fou de rage, avait
insulté Philippe de Villiers de la manière la plus outrageante. Que ce dernier n’ait pas relevé
l’offense est une faiblesse bien pardonnable sur un plateau de télévision., car après tout, il
vaut mieux passer pour un martyr, aux yeux des électeurs, que pour un homme violent et
impulsif. Mais les transports de haine de Cohn-Bendit m’ont paru très révélateurs. Il faut
comprendre, en effet, que les gens comme Cohn-Bendit vivent fébrilement l’époque que nous
vivons. Tout leur paraît favorable aujourd’hui, et ils s’imaginent que l’humanité est enfin à la
porte d’entrée des temps messianiques. Il faut savoir que dans la tradition mosaïque, l’arrivée
du Messie se confond avec l’unification du monde et la disparition des conflits, qu’ils soient
nationaux ou sociaux. Ici encore les textes sont très explicites (Emmanuel Lévinas, Jacob
Kaplan, George Steiner, etc.) Par conséquent, le NON des Français au référendum a
littéralement fait capoter une étape essentielle qu’attendaient impatiemment les esprits
planétariens. Mettez-vous à la place de Cohn-Bendit : il attend le Messie depuis 3000 ans ; on
lui dit enfin qu’il va arriver, qu’il est là, au coin de la rue, qu’il approche, et puis plouf ! tout
s’effondre parce qu’une poignée de résistants, d’abrutis réactionnaires qui ne comprennent
rien à rien, ont préféré leur vulgaire liberté tribale à l’ouverture des temps messianiques.
Avouez qu’il y a de quoi enrager !
LLJ : Vous voulez dire que c’est l’attente du Messie qui détermine les actes et les idées des
intellectuels cosmopolites ?
HR : Je ne parle ici que des intellectuels juifs. Pour eux, assurément, c’est la question
essentielle. C’est précisément ce point qui constitue la question centrale de l’esprit mosaïque
dans la mesure où elle se confond avec l’idée d’unification planétaire. Il faut comprendre que
les intellectuels juifs vivent dans cette attente, et c’est cette tension permanente qui donne un
sens à leurs actes et à leurs propos. Il est très rare qu’une oeuvre, chez eux, soit une production
neutre. A travers tous les livres que j’ai pu éplucher, à travers les nombreux films que j’ai pu
analyser, je me suis rendu compte que leurs productions étaient toujours empreintes
d’idéologie messianique. Ce qui ressort de tout cela, assurément, c’est que l’avènement du
monde nouveau passe par la destruction du catholicisme et du monde européen. Il faut avoir
lu les travaux de Wilhelm Reich et les ouvrages des “freudo-marxistes” pour comprendre
jusqu’où peut aller cette rage de destruction. Le thème de la “vengeance” se retrouve
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d’ailleurs aussi bien dans les textes religieux du XVIe siècle que chez certains romanciers
contemporains comme Albert Cohen. Ce sont ces permanences qui m’ont frappé le plus. Elles
traversent les siècles, se transmettent sans prendre une ride de génération en génération. Il n’y
a rien de secret là-dedans, et d’ailleurs, la totalité des livres à partir desquels j’ai travaillé se
trouvent dans les bibliothèques municipales de la Ville de Paris.
LLJ : Comment vous est venue l’idée de vous plonger dans toute cette littérature ?
HR : J’ai écrit ce livre un peu par hasard, après avoir découvert le livre de Soljénitsyne (Deux
Siècles ensemble) paru en 2003, qui met en relief le rôle du “petit peuple” dans la révolution
bolchevique. Comme j’ai été moi-même un fervent “bolchevik” pendant mes années
universitaires, je me suis étonné de n’avoir pas été au courant de cet aspect de la question. J’ai
alors repris un par un les grands livres traitant de “soviétologie”, et je me suis aperçu qu’en
réalité, tous les grands historiens (Stéphane Courtois, François Furet, Ernst Nolte, entre
autres) ont soulevé le problème, mais de manière très anecdotique. Cette question forme la
deuxième partie du livre, que j’intitule : La fin d’un rêve messianique. La troisième partie, qui
est aussi importante que la première, traite de l’explication de l’antisémitisme par les Juifs
eux-mêmes et de la mentalité cosmopolite en général, ainsi que de certains problèmes
d’actualité : l’antisémitisme noir, la mafia, les grandes escroqueries de ces dernières années,
qu’elles soient financières ou intellectuelles, les “boursouflures médiatiques”, etc.
LLJ : Vous avez conscience, j’espère, que vous vous attaquez à forte partie ?
HR : C’est amusant que vous disiez cela : c’est exactement l’expression que le romancier
Patrick Modiano met dans la bouche de l’un de ses personnages ! Mais je vais vous dire une
chose : je ne m’attaque à personne. Je me contente d’analyser assez froidement ce que je
découvre ici et là. Si la vérité aujourd’hui tombe sous le coup de la loi, le devoir du juge, en
tant qu’homme de lois, est assurément de la condamner. Mon devoir à moi, en tant qu’homme
de lettres, est de l’écrire. De mon point de vue, tout est donc parfaitement en ordre de ce côtéci,
d’autant que je me contente de mettre en forme ce que d’autres ont exprimé. En revanche,
je pense que le problème se situe en amont, si je puis dire : je pense en effet qu’il ne devrait
pas être permis de nous laisser insulter chez nous, dans notre pays. Quand M. Bernard-Henri
Lévy écrit que la culture « terroir-bourrée-binious » l’ « écoeure », comme il le dit si bien, il
faut ou lui infliger une très forte amende, proportionnelle à ses revenus colossaux. Je vais trop
loin, quand je dis cela ?
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Aux sources bibliques du mondialisme
Article paru dans le Rivarol du 14 octobre 2005.
En préconisant l’entrée la plus rapide possible de la Turquie dans l’Union européenne et en
célébrant les bienfaits (à venir) d’une " gouvernance mondiale ", Bernard Kouchner, invité le
3 octobre de France Inter, symbolisait parfaitement Les Espérances planétariennes. Celles
qu’a dégagées dans un livre éponyme le chercheur Hervé Ryssen au terme d’une analyse
serrée des ouvrages de nombreux intellectuels contemporains, marxistes ou démocrates (Alain
Minc, Jacques Attali, Edgar Morin, Marek Halter, Jacques Derrida, Pierre Bourdieu, Guy
Konopnicki ou encore Albert Jacquard), dont les objectifs affichés sont le métissage
généralisé, la suppression des frontières et l’unification du monde, dans un discours de plus en
plus débridé.
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" Le marxisme, un judaïsme impatient "
Pour l’auteur, l’obsession mondialiste hantant les esprits cosmopolites trouve une partie de
son explication dans la tradition mosaïque. L’attente du Messie constitue en effet le point
central des espérances des Juifs, mais il faut savoir que pour eux, l’ouverture des temps
messianiques se confond avec l’unification du monde et la suppression des conflits sur la
terre, qu’il s’agisse des guerres entre nations ou des conflits sociaux. Ici encore, les textes que
nous soumet Hervé Ryssen sont très explicites (Emmanuel Lévinas, Jacob Kaplan, David
Banon, etc.). Voilà pourquoi le mot " Paix " revient si régulièrement : il s’agit de promouvoir
un monde où les vieilles nations auront disparu au profit d’un gouvernement mondial, seul
garant de la Paix universelle, ainsi que le déclare Jacques Attali, dans son Dictionnaire du
XXIe siècle : " Après la mise en place d’institutions continentales européennes, apparaîtra
peut-être l’urgente nécessité d’un gouvernement mondial ".
Le marxisme, bien évidemment, s’inscrit dans ce cadre religieux, puisqu’il prévoit lui aussi
l’avènement d’un monde pacifié avec la disparition des classes sociales. Comme le dit
justement George Steiner, " le marxisme est un judaïsme qui s’impatiente. Le Messie a trop
tardé à venir… C’est à l’homme lui-même d’instaurer le royaume de la justice. " De fait, les
Juifs se sont engagés massivement dans le communisme international au XXe siècle, et ont
joué un non négligeable dans l’idéologie marxiste, aussi bien que dans les atrocités qui ont été
commises en son nom – il faut le dire.
Voilà ce que sont les " Espérances planétariennes " : c’est cette attente messianique, cette
tension permanente qui conduit à agir et à militer continuellement pour hâter l’avènement du
Messie. " Nous sommes les découvreurs de Dieu, le peuple-prêtre de l’humanité ", fait dire
Attali à l’un de ses personnages. Mais " peuple-militant " conviendrait mieux pour définir cet
état d’esprit, tant il est vrai que les intellectuels, les artistes ou les cinéastes juifs ne semblent
agir que dans ces perspectives planétariennes. Il est très rare que chez eux, une oeuvre soit
neutre. C’est précisément cette attente messianique qui donne un sens à toute cette production,
dans la mesure où elle se confond avec l’unification du monde. Là est assurément l’axe
porteur du judaïsme.
Ce qui ressort de tout cela, c’est que l’avènement du monde nouveau et des temps
messianiques passe par la destruction du catholicisme et du monde européen traditionnel. Il
faut avoir lu les travaux de Wilhelm Reich, de Marcuse et les ouvrages des "freudo-marxistes"
pour comprendre jusqu’où peut aller cette rage de destruction. Le thème de la "vengeance" se
retrouve d’ailleurs aussi bien dans les textes religieux du XVIe siècle que chez certains
romanciers contemporains comme Albert Cohen. Ces permanences sont étonnantes. Elles
traversent les siècles, se transmettent sans prendre une ride de génération en génération.
L’ARME DE l’IMMIGRATION
L’immigration est évidemment aujourd’hui l’une des armes des plus efficaces dans cette
entreprise de destruction des sociétés traditionnelles. Quand Dany-le-Rouge, maire-adjoint de
Francfort, pense qu’il serait bon que " le pourcentage d’étrangers atteigne un jour le tiers de la
population globale ", il tient exactement le même propos que l’ancien directeur de la Banque
européenne de développement, Jacques Attali, pour qui " il faudrait en effet que la part de la
population étrangère naturalisée atteigne un tiers de la population globale, et la moitié de celle
des villes " allemandes. " La barque est loin d’être pleine, assure encore Daniel Cohn-Bendit,
elle est même trop vide. "
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C’est cette " houtzpa ", ce culot monumental, qui permet par exemple au philosophe
Jacques Derrida d’affirmer : Il y a " beaucoup plus de place qu’on ne le dit pour accueillir
plus d’étrangers ", et d’ajouter : " l’immigration n’a pas augmenté, contrairement à ce que
l’on affirme. " Ce sont effectivement les racistes qui s’imaginent que l’immigration augmente,
alors même que tous les chiffres prouvent qu’elle régresse !
C’est aussi cette " houtzpa " qui fait dire à Cohn-Bendit : " On pourrait en déduire que pour
enrayer la xénophobie, le mieux serait encore d’augmenter et non de vouloir réduire le
nombre d’étrangers. "
Il est en cela d’accord avec le très libéral Guy Sorman, qui déclare : " Ce ne serait donc pas
la présence des étrangers qui susciterait le racisme, mais leur absence : le fantasme de
l’immigré serait le fourrier de la violence, beaucoup plus que l’immigré lui-même. "
Et c’est encore Guy Sorman qui nous assure que " la France, qui comptait des centaines de
dialectes, patois et langues régionales, il y a un siècle, était alors plus multiculturelle
qu’aujourd’hui ", assertion à rapprocher de celle de Nicolas Sarkozy le 19 septembre à
l’Institut : " Aujourd’hui, la France profonde est celle des banlieues à majorité musulmane ".
(voir Rivarol du 7 octobre 2005).
Le très brillant Alain Minc en arrive aux mêmes conclusions : " Le droit du sol, dit-il,
risque de rendre, dans une vision à très long terme, la France plus homogène que le droit du
sang l’Allemagne. "
C’est cela, la " houtzpa " : c’est cette aptitude singulière à prendre les " autres " pour des
demeurés, légèrement sous-développés. Tout cela est bien naturel, si l’on considère, avec
Jacob Kaplan, que " la communauté juive est, de part la volonté de D.eu, la graine qui fait
germer l’humanité future… Les idées du judaïsme, poursuit-il, fortes de la puissance de la
vérité et indestructibles par la violence, se répandent dans le monde pour devenir l’aliment
spirituel des peuples civilisés. "
Mais ne nous y trompons pas : il n’y a pas de racisme dans ce propos, pour la simple et
bonne raison qu’un Juif ne peut pas être raciste. " L’éthique du judaïsme, par définition, nie le
racisme, nous explique Elie Wiesel. Un Juif ne peut pas être raciste ; un Juif se doit de
combattre tout système qui voit l’autre comme un être inférieur. " Nous voilà donc rassurés !
Jean-Marc GUEGAN
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24.10.06
Les Espérances planétariennes (Introduction)
L'ouvrage comporte plus de sept cents notes de bas de pages, la plupart donnant les
références précises des citations. Ces notes n'apparaissent pas ici.
L’idée d’un monde sans frontière et d’une humanité enfin unifiée n’est certes pas
neuve. Ce qui est nouveau, en ce début de troisième millénaire, c’est que pour la première
fois de leur histoire, les Occidentaux ont le sentiment que l’humanité tout entière s’est
engagée résolument dans cette voie. La chute du mur de Berlin en 1989 et l’effondrement
du bloc soviétique ont sans doute été des facteurs importants dans cette prise de
conscience de l’unification du monde et de l’accélération du processus à la fin du XXe
siècle. De fait, c’est bien dans les années qui s’ensuivirent que ce que l’on a appelé la "
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mondialisation " est devenue l’objet d’un débat récurrent. Le triomphe de la démocratie
sur le communisme semble avoir ouvert la porte d’une ère nouvelle, d’un " Nouvel Ordre
mondial ", et paraît préparer l’ensemble des nations à une fusion planétaire devenue
inéluctable.
Le monde bipolaire, qui avait caractérisé le court XXe siècle (1914-1991), laissait
place provisoirement à un monde dominé par l’ " hyperpuissance " américaine, mais
surtout, la démocratie paraissait s’imposer sur tous les continents et offrir à l’humanité la
garantie d’un monde meilleur, au point que certains parlaient déjà de la " Fin de l’histoire
" : la société de consommation et le commerce se substitueraient aux impérialismes et à
l’instinct guerrier qui avaient jusqu’à présent marqué au fer rouge le destin de l’humanité.
Dans un nouvel esprit de coopération, les nations se rapprocheraient et ne tarderaient pas à
fusionner dans une république mondiale, seule garante d’une paix universelle.
La " Fin de l’histoire " telle qu’on nous l’avait prédite en 1992 avec le triomphe de la
démocratie, ne paraît cependant plus à l’ordre du jour depuis la chute des deux tours,
celles du World Trade Center, le 11 septembre 2001. Mais au lieu de stopper la marche en
avant de l’idéal démocratique, il semblerait au contraire que le spectaculaire événement
ait précipité le cours de l’histoire. La machine s’est emballée, et les démocraties
occidentales profitent du traumatisme pour étendre leur influence et accomplir leurs
volontés avec une vigueur renouvelée. Les Etats-Unis s’imposent dans le monde par leur
diplomatie, leurs forces armées, leurs incessantes manoeuvres occultes qui aboutissent
invariablement à des " grandes révolutions démocratiques " dans les pays pauvres, avec Tshirts
colorés pour la foule et triomphe médiatique mondial pour l’heureux élu, tandis que
les nations européennes se dissolvent dans un grand ensemble de plus en plus
multiethnique, aux contours imprécis, préfigurant sans tarder ce que doit être le monde de
demain : sans races et sans frontières.
Les Occidentaux qui font pression sur l’ensemble des pays en faveur de l’adoption d’un
régime démocratique, n’insistent pas moins sur la nécessité absolue du respect des
minorités et l’accueil des réfugiés, à tel point que la démocratie ne peut plus se concevoir
que comme ensemble " multiculturel, multiethnique, multiracial ". La fusion programmée
des nations du monde, on l’a compris, passe par l’instauration de sociétés " plurielles ",
dans le cadre de la démocratie parlementaire. Les deux concepts sont aujourd’hui
indissociables. Tel semble être le plan de montage de ces projets grandioses de
mondialisation qui, une fois encore, naissent de la pensée et de la volonté occidentales.
Déjà, le monde d’hier, ce monde que l’on appelait " bipolaire " était surtout une vision
de l’Occident. De nombreux pays d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique du Sud avaient certes
été secoués par nos luttes idéologiques et avaient dû choisir leur camp entre Moscou et
Washington, mais l’immense majorité de ces populations avaient conservé leurs modes de
vie ancestraux et avaient vécu tout au long du siècle à la manière traditionnelle, sans avoir
à choisir entre le système marxiste et l’économie de marché. Après la Seconde Guerre
mondiale, on eut coutume de regrouper ces pays sous le terme générique de " tiers-monde
", dans le sens de " troisième monde ".
[nbp : L’expression changea de sens et désigna par la suite les pays pauvres, qu’il était
d’usage à ce moment-là d’appeler également " pays sous-développés ". Dans les années
90, on préféra le terme plus " politiquement correct " de " pays en voie de développement,
puis, de " pays du Sud ".]
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Et ce troisième monde, précisément, n’était guère concerné par les querelles
idéologiques générées par la pensée occidentale. Gardons-nous donc de pécher par
occidentalo-centrisme.
Le concept de " mondialisation " est-il plus justifié aujourd’hui ? L’expression recouvre
d’abord un phénomène économique. Il est certain que la multiplication des échanges
internationaux, le développement d’un capitalisme mondial, les délocalisations
d’entreprises et l’apparition des nouvelles technologies de la communication ont
rapproché les économies du monde entier et accentué leur interdépendance. C’est dans
cette acceptation économique que l’on peut à bon droit parler de " mondialisation ". Celleci
semble être la continuation d’un long processus qui a commencé au XVIe siècle, avec
la découverte des nouveaux continents, et qui s’est poursuivi avec l’occidentalisation du
monde au XIXe par le biais de la colonisation de l’Afrique et de l’Asie, mais aussi par le
peuplement de l’Amérique du Nord et de l’Océanie. La mondialisation des idées (Darwin,
le socialisme, le libéralisme) avait parachevé l’hégémonie de l’Europe d’avant 1914 sur le
monde entier, hégémonie qu’elle a largement perdue à l’issue de deux guerres qui
s’étaient elles aussi mondialisées.
Il ne faudrait pas croire cependant que l’évolution des économies du monde vers une plus
grande unité soit un processus régulier, continu et forcément inéluctable. Les économistes
s’accordent à penser que le monde n’est pas plus ouvert aujourd’hui qu’il ne l’était à la
veille de la Première Guerre mondiale. En 1991, le niveau relatif d’exportation de capitaux
était plus faible qu’en 1915. Quant aux multinationales, elles restent largement déterminées
par leur ancrage national. Les firmes globales peuvent se compter sur les doigts d’une main.
Pour George Soros – le fameux spéculateur international – l’émergence du capitalisme
mondial s’est véritablement produite au cours des années 1970. En 1973, les pays
producteurs de pétrole, regroupés au sein de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de
pétrole), augmentaient pour la première fois le prix du baril. " Ces pays ont connu soudain
de gros excédents, alors que les pays importateurs ont dû financer d’importants déficits. Il
revint aux banques commerciales de recycler les fonds. Les eurodollars furent inventés, et
d’importants marchés off-shore se sont développés. "
Le sentiment diffus de la mondialisation est encore beaucoup plus récent. Ce n’est que
depuis le milieu des années 1990 que les Européens éprouvent confusément le sentiment
que le monde entier est entré dans une phase accélérée d’unification mondiale. Les
nombreuses délocalisations d’entreprises dans les pays à main-d’oeuvre bon marché et les
pertes d’emplois ainsi occasionnées alimentent régulièrement le débat sur ce sujet. On
peut ajouter à cela que la popularisation des voyages en avion, le développement du
tourisme et des flux migratoires ont renforcé l’idée que le monde est devenu un " village
global ". Mais à la vérité, il ne s’agit ici plus que d’une image, car si le paysan d’antan
traversait son village en charrette deux ou trois fois par jour, on admettra que seule une
infime minorité des êtres humains sur cette terre aujourd’hui fréquente assidûment les
aéroports internationaux. L’immense majorité de l’humanité reste encore enracinée à son
aire civilisatrice, voire même à son propre village de naissance. Les possibilités que vous
a offert la technologie internet ne vous ont pas donné pour autant de nouveaux amis à
l’autre bout du monde. Le " village global " en question, loin d’être une réalité, est une
perspective, une utopie mobilisatrice, et c’est précisément cette dimension idéologique qui
caractérise le monde occidental aujourd’hui.
La mondialisation économique dont on parle tant depuis une dizaine d’années n’est pas
le facteur primordial de cette conscience planétaire à l’ébauche. La " globalization ",
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comme disent les anglophones, n’est pas seulement pour nous un phénomène économique
dont nous prenons acte, mais une aspiration sourde à fondre les peuples de la terre dans un
creuset unique, à supprimer les frontières et à instaurer le gouvernement mondial. Toute
notre philosophie nous conduit dans cette voie : les libéraux réclament la libéralisation du
commerce en même temps que l’adoption par tous les peuples du monde du système
démocratique et de la " société ouverte ", tandis que leurs " opposants " dits "
altermondialistes " militent pour l’ouverture des frontières à tous les migrants et pour
donner toujours davantage de pouvoirs aux instances internationales, supposées seules
capables de régler les grands problèmes mondiaux, tels que la gestion des enjeux
écologiques, " l’échange inégal " entre le " Nord " et le " Sud ", et la faim dans le monde.
C’est dans cette perspective planétarienne que nous voyons s’édifier sous nos yeux depuis
peu cette société plurielle, multiethnique, multiculurelle, qui est l’étape obligée pour
parvenir à la grande fraternité universelle désirée par les idéologues occidentaux. Celle-ci
permet seule de dissoudre peu à peu les sociétés traditionnelles enracinées, qui sont les
principaux obstacles à ces projets. Par le jeu démocratique de la loi du nombre, elle
empêche toute réaction nationaliste dans la mesure où le poids des différentes minorités
devient plus important que celui de l’ancienne majorité. En favorisant les métissages, elle
sape les bases ethniques des peuples autochtones et supprime leurs réflexes identitaires.
D’un autre côté, l’immigration – légale ou illégale – présente l’inestimable avantage pour
les entrepreneurs de constituer un inépuisable réservoir de main d’oeuvre bon marché. La
société plurielle, on le voit, est dans ce domaine incomparablement plus efficace que la
société soviétique, qui a montré ses limites après une expérience de plus de soixante-dix
années, alors même que ses principes philosophiques étaient au départ les mêmes que
ceux qui sous-tendent aujourd’hui la société libérale dans le domaine du respect de la
personne humaine et de la fraternité planétaire.
L’édification des sociétés plurielles en Europe est incontestablement le phénomène
majeur de la fin du XXe siècle, pour ne pas dire de toute l’histoire européenne depuis
3000 ans. Le fait que les peuples d’Occident soient les seuls à s’être avancés dans cette
voie est tout à fait symptomatique du cheminement de l’idée planétarienne dans les esprits
au cours de ces dernières décennies. Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui dans
les grandes villes françaises n’est plus le même qu’il y a vingt ans : la société
multiethnique prend corps sous nos yeux d’une manière stupéfiante, sans lien véritable
avec les mutations économiques récentes. Le Japon, par exemple, dont l’économie est tout
autant mondialisée que la nôtre, n’est guère aspiré par ce maelström idéologique. C’est
parce que ce n’est pas un phénomène naturel, mais la réalisation d’un objectif politique
très caractéristique de la pensée occidentale.
Ces espérances planétariennes qui travaillent en profondeur les esprits occidentaux ne
sont pourtant pas apparues subitement avec la chute du mur de Berlin et la victoire des
démocraties, mais il est certain qu’elles ont connu depuis lors un regain de vigueur. Un
intellectuel comme Jean-François Revel, qui pouvait, en 1983, prédire la disparition de nos
démocraties, " minces et précaires parenthèses à la surface de l’Histoire " et la victoire "
probable, pour ne pas dire inéluctable " du communisme, peut faire sourire
rétrospectivement, au regard de l’évolution fulgurante du monde en quelques années. Il est
vrai que son pessimisme pouvait s’expliquer par la conjoncture de l’époque : la stagnation
de la résistance afghane contre l’URSS, la répression accrue en Pologne, la complaisance
des gouvernements occidentaux. Dix années plus tard, dans La Fin de l’histoire et le dernier
homme, un essai publié aux Etats-Unis en 1992 et largement traduit dans le monde, Francis
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Fukuyama annonce le triomphe des démocraties libérales, dans une " perspective
mondialiste ", comme indiqué en couverture, et rien moins que " la fin de l’Histoire ".
[nbp : Nous préférons utiliser pour notre part le terme " planétarien ", non pas par goût
du néologisme, ce qui est toujours délicat à manier, et surtout en titre d’ouvrage, mais
parce que le mot " mondialiste ", nous semble-t-il, revêt aujourd’hui un aspect
idéologique. Son usage a changé au cours de ces dernières années : la gauche radicale, qui
se disait mondialiste jusque dans les années 98-99, s’est revendiquée de l’antimondialisme
par la suite, puis de l’ " altermondialisme " en 2003. Le drapeau " antimondialiste " a alors
été conservé par les nationalistes, et le terme même de " mondialiste " semble parfois
revêtir une connotation insultante, en France, à tout le moins.]
Constatant la victoire des régimes démocratiques un peu partout dans le monde, cet
auteur américain écrit ceci : " Si les sociétés humaines à travers les siècles évoluent ou
convergent vers une forme unique d’organisation sociopolitique comme la démocratie
libérale, s’il n’apparaît point d’alternative viable à la démocratie libérale, et si les gens qui
vivent dans les démocraties libérales n’expriment aucun mécontentement radical à propos
de leur vie, on peut dire que le dialogue a atteint une conclusion finale et définitive. Le
philosophe historien doit être contraint d’accepter la supériorité et la finalité que la
démocratie libérale revendique pour elle-même. " Selon Fukuyama, l’Etat libéral doit être "
universel ", mais l’auteur n’entend par là que la reconnaissance accordée par chaque Etat à
tous ses citoyens, sans discriminations d’aucune sorte. Nulle part dans son essai n’est
évoquée l’aspiration à un Etat mondial, à un gouvernement mondial, même s’il est sousentendu
que les institutions internationales prendront en charge les destinées de l’humanité.
Il constate simplement que les " forces économiques favorisent maintenant l’abolition des
barrières nationales par la création d’un marché mondial unique et intégré ", mais il
n’envisage pas la destruction des nations et la disparition des Etats. Seul le nationalisme
agressif devra disparaître avec la victoire du modèle libéral : " Le fait que la neutralisation
politique finale du nationalisme ne puisse intervenir ni à notre génération ni même à la
suivante n’affecte pas la perspective bien réelle de la fin de celui-ci. "
Cet idéal de paix universelle qui accompagne le credo démocratique, comme il
accompagnait le credo communiste, soulève tout de même des interrogations, car, dit-il, "
les êtres humains se révolteront à cette pensée, à l’idée d’être les membres indifférenciés
d’un Etat universel et homogène, chacun étant le même que l’autre, quel que soit l’endroit
du globe où l’on aille. " C’est là le seul passage, dans les 380 pages très serrées de son
livre, où est évoquée l’éventualité d’un Etat mondial, et cette considération est
immédiatement suivie par des considérations de bon sens sur " l’ennui " que ce Nouvel
Ordre mondial pourra susciter. Les nouveaux citoyens du monde trouveront en effet que la
vie de consommateur est en fin de compte " lassante " ; [nbp : L’expression " Nouvel
Ordre mondial " est du président américain George Bush père, qui s’apprêtait à faire
bombarder l’Irak de Saddam Hussein en 1991. Le Nouvel Ordre mondial est censé
remplacer l’ère de la confrontation Est-Ouest après l’effondrement du système
communiste.]
" ils voudront avoir des idéaux, au nom de quoi vivre et mourir, et ils voudront aussi
risquer leur vie, même si le système international des Etats à réussi à abolir toute
possibilité de guerre. " Les étudiants de mai 1968, par exemple, " n’avaient pas de raisons
rationnelles de se révolter, parce qu’ils étaient pour la plupart des rejetons choyés de l’une
des sociétés les plus libres et les plus prospères de la terre. " Là est " la contradiction que
la démocratie libérale n’a pas encore résolue. " L’essai de Francis Fukuyama est
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finalement assez timoré ; certains intellectuels, nous allons le voir, avancent beaucoup
plus gaillardement dans cette perspective planétarienne.
Ces concepts en tout cas ne sont pas neufs ; ils poursuivent sous une nouvelle forme des
idées déjà émises notamment dans la philosophie des Lumières du XVIIIe siècle.
Tocqueville annonçait en 1848 " l’avènement prochain, irrésistible, universel de la
démocratie dans le monde. " Avant lui, Kant, le philosophe solitaire, envisage déjà en 1784,
d’établir " un état cosmopolitique de sécurité publique entre les Etats " pour qu’ils ne "
s’entredéchirent pas ". Le philosophe de Königsberg nourrissait de surcroît " l’espoir
qu’enfin un jour, après maintes révolutions et transformations, se réalise le dessein suprême
de la nature : un Etat cosmopolitique universel, tel qu’en son sein, toutes les dispositions
originaires de l’espèce humaine seront développées. " Cependant, les hommes du XVIIIe
siècle étaient bien trop imbus de préjugés raciaux pour envisager la société plurielle,
multiethnique et multiculturelle, telle que l’entendent nos modernes philosophes
planétariens. La vérité est que l’anthropologie selon Buffon, Maupertuis, Diderot,
d’Alembert ou Voltaire, reste à jamais un sujet sur lequel il vaut mieux ne pas s’étendre, si
l’on souhaite conserver les grands ancêtres dans le panthéon de la démocratie.
D’autre part, si le terme d’ " humanité " était à la mode dans la philosophie des
Lumières, la référence à la nation ne l’était pas moins, et les deux termes allaient presque
toujours de pair. Le " dévouement à l’humanité et à la patrie " faisait partie de la
phraséologie de l’époque ; de surcroît, le terme d’ " humanité " avait peut-être un sens
plus restreint qu’aujourd’hui, et dans le langage courant, il ne signifiait souvent guère
autre chose que " les gens ". Il est certain que les philosophes de cette époque ne pensaient
pas encore concrètement au grand métissage universel et au " village global ". On sait à
quel point les hommes de la révolution française étaient furieusement patriotes en plus
d’être humanistes. Babeuf, cet ancêtre du socialisme, est un fervent " défenseur de la
patrie " : " Il n’appartient de fonder une république véritable, dit-il, qu’aux amis
désintéressés de l’humanité et de la patrie ". Bien que la philosophie qui sous-tendait leur
combat fût humaniste, les soldats de l’An II n’avaient cure de la fraternité universelle, et il
leur importait davantage de détruire les régimes des " tyrans " en Europe que d’envisager
la fusion des peuples. La " Déclaration des droits de l’homme et du citoyen " illustre
parfaitement ce propos, puisqu’elle comprend bien le terme " citoyen " en plus de celui d’
" homme " indifférencié : c’est dire qu’on entendait par là tous les Français, qui étaient
maintenant tous égaux en droit, et c’est surtout en ce sens que l’on comprenait alors l’ "
universel ". Dans la toute nouvelle république, les étrangers, quant à eux, restaient
étroitement surveillés.
L’idée d’une " fin de l’histoire " soulevée par Francis Fukuyama n’est pas nouvelle non
plus. Hegel avait déjà défini l’histoire comme la progression de l’homme vers de plus
hauts niveaux de rationalisme et de liberté. Ce processus, selon lui, avait un point final
logique dans l’Etat libéral moderne, qui était apparu à la suite de la déclaration
d’indépendance américaine en 1776 et de la Révolution française. Marx partageait
également la croyance en la possibilité d’une fin de l’histoire.
Pour les marxistes, les classes sociales disparaîtront aussi inévitablement qu’elles
s’étaient formées jadis, et l’Etat disparaîtra par la même occasion. " La société, dit Engels,
que la production réorganisera sur la base d’une association libre et égale des producteurs,
enverra l’appareil de l’Etat là où est sa place, au musée des antiquités, à côté du rouet et
de la hache de bronze. " Il n’en reste pas moins qu’une phase transitoire de dictature reste
indispensable : le prolétariat s’emparera du pouvoir de l’Etat et transformera les moyens
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de production " provisoirement " en propriété de l’Etat. L’appareil d’Etat capitaliste, la
police capitaliste, le fonctionnarisme capitaliste, la bureaucratie capitaliste seront
remplacés par l’appareil du pouvoir du prolétariat, mais sans les antagonismes de classes ;
ainsi, l’Etat prolétarien dépérira de lui-même, naturellement.
Contrairement à d’autres formes de socialisme du XIXe siècle, le socialisme de Marx
avait forcément une vocation universelle. Selon lui, un processus historique emporte
malgré lui le capitalisme vers sa mondialisation et tend de toute façon vers l’instauration
d’un marché mondial dans lequel s’effaceront les frontières et disparaîtront les différentes
nationalités. Les prolétaires ne pourront alors se considérer que comme des individus
abstraits, sans attache, ce qui rendra possible le saut dans le paradis sans classe que sera la
société communiste. Ce prolétariat universalisé, sans nationalité, deviendra alors une sorte
de nation universelle, édifiée sur les décombres des vieilles nations et des particularismes.
De fait, c’est d’abord avec le marxisme qu’est apparu le messianisme planétarien à
l’époque contemporaine. Les propos de Boukharine au moment de la révolution
bolchevique de 1917 sont à ce sujet particulièrement éloquents : " Une époque nouvelle est
née, dit-il. L’époque de la disparition du capitalisme, de sa décomposition interne, l’époque
de la révolution communiste du prolétariat. Elle devra briser la domination du capital,
rendre les guerres impossibles, détruire les frontières des Etats, transformer le monde entier
en une communauté oeuvrant pour elle-même, accomplir la fraternisation et la libération des
peuples. " Ce sont là les lignes directrices de l’Internationale communiste, mais chacun aura
pu noter les étranges similitudes avec les propos des penseurs libéraux. Seules leurs
conceptions économiques les différencient : les premiers pensaient que la collectivisation
libérerait le prolétariat de l’exploitation de la bourgeoisie, tandis que les seconds ont pris la
mesure de l’échec de la société collectiviste. Pour le reste, on ne peut qu’être frappé de
constater à quel point les objectifs marxistes sont similaires à ceux des penseurs planétariens
d’aujourd’hui, et jusque dans la croyance au caractère inéluctable de l’unification et de la
fin de l’histoire. Le monde évolue inévitablement vers l’accomplissement de son destin, qui
est l’unification finale, et rien au monde ne peut empêcher ce processus. C’est une idée
récurrente du discours planétarien, et nous verrons que cette indéracinable croyance est
fortement liée à une foi religieuse.
La conjonction des vues s’explique aussi aisément du fait que les uns et les autres
puisent leur vision du monde à la même source – la philosophie des Lumières – qui
constitue la référence obligée des penseurs marxistes et surtout libéraux. Il a simplement
fallu la réactualiser, l’adapter aux réalités. Au XIXe siècle, avec la révolution industrielle,
elle était devenue un peu poussiéreuse et ne paraissait plus du tout pouvoir soulever
l’enthousiasme ni des masses ouvrières, qui ont surtout eu à pâtir de la société bourgeoise
libérale, ni de la jeunesse européenne, qui avait fait ses révolutions de libération nationale
en Europe tout au long du siècle, et qui aspirait maintenant à jeter bas la " vile bourgeoisie
". C’est donc d’abord le marxisme qui a repris le flambeau de la fraternité universelle en
même temps que celui de l’égalité sociale, tandis que l’esprit démocratique se fourvoyait
dans le patriotisme, facilitant le déclenchement de la Première Guerre mondiale.
Mais ne soyons pas trop sévères à l’égard de ce patriotisme. Il s’agissait d’un
patriotisme auquel beaucoup a pu être pardonné, et nos intellectuels d’aujourd’hui
éprouvent toujours une certaine bienveillance pour l’enthousiasme revanchard des
Français de 1914, car c’est bien grâce au sang d’un million quatre cent mille de ces
Français, " morts pour la France ", que les monarchies prussienne, autrichienne, russe et
ottomane ont pu être renversées, et que des régimes démocratiques ont pu être instaurés
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un peu partout en Europe. La chute des monarchies et des Empires a constitué la vraie
réjouissance des démocrates de cette époque. Si l’on veut bien prendre un peu de recul, la
question de l’Alsace-Lorraine n’est qu’un aspect très mineur au milieu de ces immenses
bouleversements qu’a occasionnés le conflit européen. Le militarisme de la république
française de 1914 reste donc toujours cher au coeur des penseurs planétariens, parce qu’il
s’agit d’abord et avant tout d’un militarisme susceptible d’imposer les idées universelles à
ceux qui ne les ont pas encore intégrées.
C’est d’ailleurs très exactement ce que nous dit l’historien Michel Winock, qui a
conceptualisé l’idée patriotique dans un sens planétarien en faisant la distinction entre " le
nationalisme ouvert, issu de la philosophie optimiste des Lumières et des souvenirs de la
Révolution (celui de Michelet, mais aussi du général de Gaulle), et le nationalisme fermé,
fondé sur une vision pessimiste de l’évolution historique, l’idée de la décadence. " Le
nationalisme ouvert, dit-il, est " enfant d’une nation jeune, expansive et missionnaire,
marqué par la foi dans le progrès et la fraternité des peuples. " Il est " celui d’une nation
pénétrée d’une mission civilisatrice, généreuse, hospitalière, solidaire des autres nations
en formation, défenseur des opprimés, hissant le drapeau de la liberté et de l’indépendance
pour tous les peuples du monde. " Au contraire, le nationalisme fermé est un nationalisme
" clos, apeuré, exclusif définissant la nation par l’exclusion des intrus : Juifs, immigrés,
révolutionnaires. " C’est " une paranoïa collective, nourrie des obsessions de la décadence
et du complot ", qui exprime " la peur de la liberté, la peur de la civilisation urbaine, la
peur de l’affrontement avec l’autre, sous toutes ses formes ". Ce nationalisme est
invariablement pessimiste : " La France est menacée de mort, minée de l’intérieur, à la
fois par ses institutions parlementaires, par les bouleversements économiques et sociaux,
où l’on dénonce toujours la "main du Juif", la dégradation de l’ancienne société, la ruine
de la famille, la déchristianisation ". C’est un " nationalisme mortuaire. "
Les guerres de la Révolution et de l’Empire sont ainsi hautement justifiées, puisqu’elles
ont eu le mérite de propager les idées des Lumières et de détruire une première fois les
vieilles nations aristocratiques en Europe. La Première Guerre mondiale, quant à elle, a
permis de liquider définitivement la double monarchie catholique d’Autriche-Hongrie, de
culbuter le Kaiser et d’instaurer la république en Allemagne, et surtout, de renverser le
tsar Nicolas II qui refusait toujours d’accorder la citoyenneté aux Juifs de Russie. C’est en
ce sens que l’on peut être patriote et belliciste. On applaudira l’enthousiasme patriotique
des soldats français qui sont partis au massacre de toute bonne foi pour récupérer
l’Alsace-Moselle, non pas parce qu’on approuve leur chauvinisme imbécile, mais parce
qu’on attend d’eux d’aller se battre pour les grands idéaux démocratiques. On blâmera
leur chauvinisme une fois la guerre terminée, sans plus d’égard pour leurs blessures et leur
dévouement.
C’est cette logique qui permet à Jean-François Kahn, le directeur d’un grand
hebdomadaire, de déclarer : " Je suis pour ma part aussi furieusement patriote que la raison
permet de l’être ", en ajoutant à la page suivante de son livre intitulé Les Français sont
formidables : " Il est effectivement "formidable" d’être français dès lors que ce concept
prend tout le sens extensif du terme que l’Histoire lui donne, et non la signification très
limitée que les nationalistes obtus et les réactionnaires apatrides (qui sont souvent les
mêmes) lui confèrent. "
[nbp : Jean-François Kahn, Les Français sont formidables, Balland, 1987, pp. 24-25.
On s’abstiendra de commenter ici ce curieux amalgame entre les " nationalistes obtus " et
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les " réactionnaires apatrides ". Le lecteur se l’expliquera naturellement après s’être
familiarisé avec la pensée planétarienne pendant la lecture de cet ouvrage.]
Dans le même registre, Jean Daniel, le patron d’un autre grand hebdomadaire
progressiste, fait une déclaration de foi patriotique de la même veine, lorsqu’il note : "
Déjeuner avec Azoulay [le fameux " banquier juif " et conseiller du roi du Maroc Hassan
II] : Ce Juif est un patriote marocain presque davantage que je ne suis un patriote français.
Presque. Autrement dit, le lien par la judaïté est très, très relatif quand il n’y a ni
persécution, ni contrainte, ni conscience religieuse. "
Le même patriotisme de circonstance s’épanche chez un écrivain d’inspiration
communiste comme Guy Konopnicki, qui avait célébré la victoire de l’équipe de France de
football lors de la coupe du monde de 1998. On aura compris que ce que Guy Konopnicki
apprécie dans l’équipe de France de football, ce n’est évidemment pas la France profonde
des terroirs, pour laquelle il a déjà exprimé son plus parfait mépris, mais la France métissée
Black-Blanc-Beur triomphante. Il est alors envahi d’une intense fièvre patriotique, arrache
le drapeau tricolore des mains de Jean-Marie Le Pen, et se met à chanter la Marseillaise à
tue-tête. C’est donc sincèrement, quelques années plus tard, qu’il se désole de constater que
l’hymne national est conspué par cette jeunesse immigrée qu’il a tant choyée. Le 6 octobre
2001, en effet, 70 000 spectateurs d’origine maghrébine sifflaient la Marseillaise lors d’un
match France-Algérie au Stade de France en présence du président de la République. Pour
Guy Konopnicki, c’était l’effondrement de son idéal d’une France multiethnique, de cette
France métisse tant désirée par l’intelligentsia : " Je suis atterré, dit-il, quand on conspue
cette Marseillaise que j’ai chantée, au milieu d’une foule de beurs, quand Zidane et
quelques autres nous ont apporté une si belle victoire. La France, c’est précisément ce pays
où, en dépit des difficultés, du racisme, nous vivons ensemble sans distinction d’aucune
sorte. " Il est donc très clair que ce n’est pas tant la France qu’il aime, mais l’embryon de
république universelle en miniature qu’elle représente.
Bien avant eux, le poète allemand Heinrich Heine, vomi par les nationalistes d’outre-
Rhin, exprimait son amour de la France républicaine qui l’avait accueilli. En 1830, après
l’abdication de Charles X – qu’il appelle " ce fou royal " – il s’enthousiasmait pour le
mouvement révolutionnaire français et pour le vieux général Lafayette : " Voilà déjà
soixante ans que, revenu d’Amérique, il a rapporté la déclaration des droits de l’homme,
ces dix commandements de la nouvelle religion " ; " Lafayette… le drapeau tricolore… la
Marseillaise… Je suis comme enivré. Des espérances audacieuses surgissent dans mon
coeur. " Quand on connaît les opinions de Heinrich Heine et son mépris pour les cultures
traditionnelles européennes, il est clair que là encore, ce n’est pas tant la France qui le
transporte d’amour et d’admiration que la république universelle qu’elle incarne. Quant à
ses " espérances audacieuses ", on gage qu’il devait penser à une nouvelle petite tournée
militaire, histoire de mettre l’Europe à feu et à sang et de faire voltiger les têtes
couronnées. C’est en ce sens, on la vu, que l’on peut se déclarer " furieusement patriote ".
Les intellectuels planétariens pétris des idées généreuses de pacifisme et de tolérance,
se retrouvent à la pointe du patriotisme et du militarisme agressif dès lors qu’il s’agit
d’une " juste cause " démocratique. C’est alors sans complexe que l’on embouche les
trompettes guerrières et que l’on se fait le propagandiste de la force armée. Ainsi, les
soldats français sont " formidables " en 1792, en 1914 et en 1940, quand il s’agit d’aller au
front pour détruire des régimes politiques non démocratiques. Tout autant " formidables "
sont les troupes soviétiques ou les partisans serbes luttant contre les nazis ; et il en est
pareillement des patriotes irakiens groupés derrière Saddam Hussein, que les Occidentaux
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ont largement soutenu dans sa guerre contre le régime des mollahs du voisin iranien au
cours des années 1980.
En revanche, les soldats français pendant la guerre d’Algérie ne sont plus que
d’infâmes tortionnaires. C’est ce que tient à nous dire Guy Konopnicki : " En ce temps-là,
les jeunes juifs de Paris s’engageaient radicalement contre le colonialisme français et son
armée de tortionnaires. " Les soldats serbes, refoulant les musulmans bosniaques ou
Kossovars se sont eux aussi transformés en " bêtes sanguinaires " responsables
d’immenses " charniers " humains. Ils seront donc bombardés par l’aviation américaine en
1999 dans une nouvelle opération " Juste cause ". Quant aux soldats irakiens de Saddam
Hussein, en 1991 ou en 2003, ils ne sont plus que des pions au service de la tyrannie que
l’on peut vitrifier sans état d’âme. Ainsi, on exaltera le patriotisme que lorsque celui-ci
correspond aux intérêts de la politique planétarienne. Quand la cause paraît bonne, on
arrachera leur drapeau des mains des patriotes occidentaux en chantant à tue-tête leur
hymne national afin de les entraîner dans le conflit. Les intellectuels progressistes,
toujours prêts à se mobiliser pour le pacifisme et la fraternité universelle, à signer toutes
les pétitions pour les droits de l’homme, sont alors saisis par une frénésie belliciste qui
envahit invariablement la presse et l’ensemble des médiats.
Cette attitude est directement le fruit du messianisme guerrier issu de la philosophie des
Lumières du XVIIIe siècle. Ce sont ces idées libérales, qui ont engendré les mouvements
de libération nationale tout au long du XIXe siècle, contre ce qu’il était d’usage d’appeler
les " tyrannies ", c’est-à-dire les régimes des monarques. Les libéraux allemands, hongrois
et autres Polonais chantaient la Marseillaise en 1830 ou en 1848, exaltant un patriotisme
républicain de bon aloi. L’identité des peuples n’était alors plus incarnée en la personne
du monarque couronné, mais dans la nation tout entière, dans le nouveau régime
républicain auquel on aspirait et dans le peuple en armes au besoin, ce qui préfigurait déjà
les grands massacres collectifs du XXe siècle.
Cependant, l’avènement du règne de la bourgeoisie et les affreuses injustices du
capitalisme triomphant vont susciter la méfiance et l’hostilité du monde ouvrier à l’égard
des idées libérales. Jamais en effet, les petites gens n’ont eu plus à souffrir qu’au cours de
cette période, qui reste à jamais l’une des plus hideuses de l’histoire pour les humbles et les
déshérités. Dans ces conditions, le socialisme était légitime. Mais le socialisme qui va
finalement s’imposer ne sera pas celui de Proudhon, de Blanqui ou de Sorel, ce socialisme
gaulois, imprégné du terroir, enraciné dans l’histoire et les traditions, mais celui de Karl
Marx. Dès lors, et jusque dans l’entre-deux guerres, c’est le marxisme qui entretiendra la
flamme du pacifisme et l’esprit universel hérité des Lumières : " Travailleurs de tous les
pays, unissez-vous ! " Les libéraux, quant à eux, conserveront la flamme de l’esprit guerrier
et patriotique des grands ancêtres, toujours prêts à mourir pour une " Juste cause ".
[nbp : " Juste cause " était le nom donné à une opération de bombardement américain
sur le Panama en 1990.]
L’idée planétarienne, on le voit, revêtait alors à la fois les habits du pacifisme militant
et ceux du patriotisme guerrier. Elle était déjà, à ce moment-là, le " système ", et
l’opposition au " système ".
Au début du XXe siècle, les concepts de pacifisme et de fraternité universelle étaient
encore largement absorbés par la galaxie socialiste, à l’intérieur de laquelle les théories
marxistes allaient s’imposer. Mais le marxisme était surtout vigoureux en Allemagne. A
ce moment-là, la France ne connaissait le marxisme que sous une forme abâtardie (Jaurès
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était spirituellement plus près de Michelet que de Marx) ; le socialisme fabien anglais
n’était pas du tout marxiste et, aux Etats-Unis, cette doctrine n’était l’affaire que d’une
poignée d’immigrants juifs venus de l’Europe de l’Est. Le marxisme ne franchira
vraiment le Rhin vers l’Ouest qu’après 1917.
Le courant anarchiste gardait alors une certaine vigueur, dans ses bastions italien,
français, russe et surtout espagnol. Mais ce socialisme libertaire était tout à fait similaire
aux principes du marxisme sur le plan de l’universalisme des idées : plus de religions, plus
de frontières, plus de nations ; l’instauration d’une société mondialisée reste l’objectif
terminal qui assurera enfin la paix universelle.
Il existait cependant encore au sein de la mouvance socialiste des courants travaillés
par des instincts " de race " – terme très en vogue à l’époque – où l’antisémitisme n’était
pas absent. En France, la haine de la République et de tout son arsenal idéologique était
évidemment largement alimentée par l’exploitation éhontée des ouvriers et les féroces
répressions qu’ils avaient eu à subir des gardiens de l’ordre démocratique. Les ouvriers se
souvenaient des 30 000 des leurs tombés au cours de la répression de la Commune en
1871. En de multiples occasions, sous Ferry ou Clemenceau, la République n’hésita
jamais à faire tirer sur le petit peuple pour assurer l’ordre bourgeois, ce qui explique
certaines rancoeurs. Le 1er mai 1908, sur la place de la Bourse à Paris, le prolétariat
révolutionnaire pendait haut et court l’effigie de Marianne la fusilleuse. " C’est l’acte le
plus significatif de notre histoire depuis le 14 juillet ", dira Charles Maurras dans L’Action
française du 4 août 1908. De fait, les syndicalistes, derrière Georges Sorel et les "
réactionnaires " se rapprochent, analysant leur opposition commune à l’hypocrisie
bourgeoise et constatant les similitudes de leurs conclusions. C’est en 1911 que naîtra le
cercle Proudhon, issu de la convergence de ces deux courants. La guerre de 1914 mettra
un terme à cette expérience, et la tendance sorélienne du socialisme sera marginalisée en
France par la suite, mais cette rencontre du nationalisme et d’un certain socialisme avait
été une matrice idéologique de toute première importance, puisque c’est à partir de cette
fusion que Mussolini formulera sa conception du fascisme, après s’être inspiré de
l’exemple français.
Le deuxième grand bouleversement doctrinal de cette période a lieu en 1916. Cette
année-là, Lénine publie sa plus importante contribution théorique au marxisme,
L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme. Comme les contradictions capitalistes
énoncées par Marx étaient en passe, au début du siècle, d’être démenties à la fois par le
cours de l’histoire et les conclusions qu’en tirait Bernstein sur l’amélioration du sort des
ouvriers, Lénine produisit un nouvel ensemble de contradictions, à partir des données
contemporaines. L’Impérialisme va devenir, pour l’époque moderne, l’équivalent du
Manifeste de 1848. Le coup d’éclat de Lénine est d’adapter la théorie marxiste à la
situation des pays arriérés. Pour Marx, en effet, c’était dans les sociétés industrielles
européennes que les contradictions internes et fatales du capitalisme devaient apparaître.
Lénine globalise ces contradictions : la course des puissances européennes au partage du
monde par la colonisation, dit-il, ne pouvait que se terminer par une guerre entre camps
impérialistes rivaux, et c’est de cette apocalypse que sortirait la révolution socialiste
mondiale. Ainsi, la théorie léniniste situait la force motrice de la révolution non plus dans
les luttes de classe internes mais dans la guerre entre nations. L’antagonisme entre les
nations exploiteuses de l’Europe et les peuples colonisés, légitimait la lutte du prolétariat
mondial pour sa libération. La théorie expliquait aussi pourquoi la révolution pouvait
connaître un tel retard dans les sociétés avancées : les profits impérialistes leur
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permettaient de mettre à la tête du mouvement ouvrier une aristocratie ouvrière qui reniait
sa base. Les marxistes isolés de la Russie arriérée étaient donc tout à fait fondés à prendre
le pouvoir. La Russie, le maillon le plus faible du capitalisme, devenait ainsi,
logiquement, le centre de la révolution mondiale.
La révolution bolchevique d’octobre 1917 allait soulever d’immenses espérances dans
le monde entier.
[nbp : Fin octobre, pour le calendrier julien de Russie ; début novembre 1917 pour le
calendrier grégorien en vigueur en Occident, avec un décalage de 13 jours.]
En 1918, après quatre années de guerre, le communisme russe représentait à nouveau
les espoirs des pacifistes européens, qui avaient été si cruellement déçus en 1914, où ils
n’avaient pu qu’assister, impuissants, au ralliement des masses au patriotisme dans tous
les pays d’Europe. Vainqueurs en Russie, les bolcheviks, qui devaient encore combattre
certaines résistances, voulaient la paix à tout prix afin de consolider leur révolution. Le 23
novembre 1917, ils demandaient l’armistice. Le 3 mars, ils signaient la paix de Brest-
Litovsk, laissant à l’Allemagne les immenses territoires s’étirant de l’Ukraine aux pays
baltes, et abandonnant sans état d’âme les alliés occidentaux. De leur point de vue, il ne
s’agissait évidemment pas d’une trahison, puisque cette guerre était pour eux une guerre
entre Etats capitalistes, et dans laquelle ils n’avaient aucun intérêt. Plus encore, le 7
décembre 1917, ils lançaient un appel aux peuples de l’Orient, dans lequel ils invitaient
l’Inde, l’Egypte et tous les peuples colonisés à secouer le joug de l’impérialisme,
affaiblissant encore les positions des Anglais et des Français. Voilà pourquoi le marxisme
représentait à ce moment-là l’idéal pacifiste planétarien et la libération des opprimés. La
IIIe Internationale des Travailleurs, espérait-on, allait réussir là où la Deuxième avait si
lamentablement échoué en 1914.
L’édification de la société soviétique en Russie allait pourtant mettre à rude épreuve les
idéaux révolutionnaires. Les anarchistes du monde entier allaient déchanter rapidement
après l’écrasement des partisans ukrainiens de Makhno et la sanglante répression de
Kronstadt en 1921. Ils seront à nouveau sérieusement malmenés par les Rouges au cours
de la guerre d’Espagne, alors même qu’ils représentaient une masse militante beaucoup
plus importante. Cependant, la grande majorité des intellectuels progressistes d’Occident
resta fascinée par la révolution bolchevique, sans considération pour les excès auxquels
elle avait donné lieu, et le gros des troupes resta acquis à la défense de l’URSS au moins
jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale et l’écrasement du nazisme, et même bien
au-delà pour ce qui est de la fidélité aux principes du marxisme.
Tous les pacifistes n’étaient pas des marxistes en 1918, mais ceux qui professaient ces
idées étaient catalogués comme tels par leurs adversaires. Le physicien Albert Einstein,
par exemple, a été après la Première Guerre mondiale l’une des têtes de file de ce
mouvement, ne cessant de réclamer le désarmement mondial dans ses conférences. S’il
cristallisait sur lui la haine des nationalistes allemands, ce n’était pas tant comme apôtre
du désarmement, que comme propagandiste du mondialisme, car pour Einstein, la paix
universelle ne pouvait être assurée que par la constitution d’un gouvernement mondial.
Dans l’Allemagne de la défaite, déchirée par la guerre civile et dans laquelle les
communistes jouaient le rôle principal, il s’exposait immanquablement aux accusations et
aux menaces de ceux qui voyaient en lui un traître et un bolchevik. C’est dire que ces
idées pacifistes étaient assimilées au marxisme à ce moment-là. Bien que moins
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dogmatique dans son combat pour la paix, l’écrivain viennois Stefan Zweig connu les
mêmes difficultés en Autriche.
Il est vrai que la révolution bolchevique avait enfiévré bien des esprits en Occident, et
provoqué des haines meurtrières de part et d’autre. " A cette sacralisation de la doctrine
marxiste, élevée presque au rang d’une théologie, écrit Pascal Bruckner, les penseurs
démocratiques ont riposté par un éloge de la modération chargée de freiner les
emballements de l’Histoire. Ce fut la grandeur d’un Karl Popper, d’un Isaiah Berlin, d’un
Raymond Aron que de se poser en démobilisateurs face à une espérance révolutionnaire
qui ne réclamait la liberté totale que pour répandre la terreur absolue. "
Un autre Viennois, le philosophe Karl Popper, avait en effet été séduit dans sa jeunesse
par le bolchevisme, mais il s’en était détourné rapidement, pour devenir le chantre de la
démocratie libérale. Comme Einstein, Joseph Roth et Stefan Zweig, Karl Popper, juif, lui
aussi, s’était exilé après la prise du pouvoir par Hitler. Il gagna Londres, où il publia en
1945 son fameux livre intitulé La Société ouverte et ses ennemis, dans lequel il exposait
une critique du marxisme et des systèmes totalitaires. Ce livre, qui allait devenir une des
références obligées des penseurs libéraux, a très largement inspiré un autre philosophe,
beaucoup plus connu aujourd’hui pour ses activités de spéculateur international.
Le milliardaire George Soros, en effet, reconnaît en lui son maître-à-penser, et se fait
l’apôtre de la " société ouverte " qu’il encourage partout dans le monde par le biais de sa
fondation. Car l’héritier spirituel de Karl Popper ne se contente pas de réfléchir sur des
concepts : il consacre surtout des milliards de dollars à promouvoir les idéaux
démocratiques, notamment dans les ex-pays du bloc de l’Est, dans cette Europe centrale
d’où il est originaire. Mais, comme il le dit lui-même, son action avait déjà commencé
avant la chute du mur de Berlin : " En 1979, quand j’ai gagné plus d’argent qu’il m’en
était nécessaire, j’ai créé une fondation, l’Open Society Found. Je lui avais fixé comme
objectif d’aider à ouvrir les sociétés "fermées", à rendre les sociétés ouvertes plus
vivables, et à encourager un mode de pensée critique. Par le biais de cette fondation, j’ai
été profondément impliqué dans le processus de désintégration du système soviétique. "
C’est là évidemment un propos qui peut nous emmener très loin dans l’interprétation de la
chute du régime communiste : est-il mort de ses propres faiblesses, ou bien l’a-t-on aidé à
mourir ?
Il est bien certain que les aspirations planétariennes ont pu être frustrées par ce qu’il
était advenu des pays communistes, qui étaient supposés, à l’origine, édifier une société
fraternelle pour les prolétaires, et qui étaient surtout supposés réaliser enfin l’unification
du monde. Ces déceptions vont éloigner peu à peu bien d’autres intellectuels occidentaux
du communisme international, au moins dans sa version soviétique.
L’un des principaux points de rupture fut assurément suscité par la politique soviétique à
l’égard de l’Etat d’Israël. Créé en 1948, cet Etat fut immédiatement reconnu par l’Union
soviétique qui espérait s’en faire un allié de poids au Proche Orient, mais les Juifs israéliens
trouvèrent un plus large appui financier aux Etats-Unis, vers qui ils se tournèrent
rapidement. Moscou changea alors brusquement de politique et soutint les revendications
arabes, ce qui plaça de nombreux intellectuels marxistes devant un dilemme cornélien :
comment concilier son soutien à la patrie des travailleurs et son amour pour l’Israël ?
Beaucoup se détournèrent définitivement de l’Union soviétique à ce moment-là, d’autant
plus que la radicalisation de la ligne antisioniste de l’URSS prit une teinte antisémite qui
s’accentua en 1951. La défense des refuzniks – ces Juifs russes que le régime soviétique
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empêchait de rejoindre l’Israël – et le respect des droits de l’homme en URSS fut alors un
des axes prioritaires du combat de ces tout nouveaux militants des droits de l’homme. De
nombreux Juifs prirent alors prétexte de ces nouvelles dispositions de l’Etat soviétique pour
se jeter à corps perdu dans un anticommunisme soudain et très particulier, et qui était
d’autant plus virulent qu’il permettait de renier un système dans lequel certains Juifs avaient
joué un rôle fort compromettant pendant une trentaine d’années.
Le témoignage de Soljénitsyne nous est ici de la plus grande importance. Celui-ci note
avec justesse que ni la famine organisée, ni les sanglantes répressions, ni les millions de
morts des goulags au cours de la terrible période des années vingt et trente en URSS,
n’avaient affecté le soutien des intellectuels progressistes occidentaux au régime
bolchevique. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les troupes soviétiques,
galvanisées par le cinéaste Eisenstein et le poète Ilya Ehrenbourg, selon la logique déjà
exprimée du " patriotisme modulable ", étaient applaudies par l’ensemble de
l’intelligentsia occidentale, en plus d’être largement approvisionnées en armes, en avions
et en matériel militaire de toute sorte par l’Amérique démocratique. C’est seulement
lorsque les armées nazies furent écrasées, en bonne partie grâce au sang versé par les
Russes, et que l’Union soviétique soutint les Etats arabes, que ces intellectuels
commencèrent à se détourner du régime. Cette tendance s’accentua très fortement lorsque
les Juifs d’URSS furent évincés des principaux postes de direction à partir de 1951. Le
combat pour les refuzniks devint alors la grande cause planétaire et bénéficia de toute la
puissance médiatique de l’Occident. L’idéologie des droits de l’homme ne semblait ne
s’être mise en branle que pour la défense des Juifs écartés du pouvoir en URSS. Mais les
dizaines de millions d’autres soviétiques qui eux aussi auraient sans doute choisi l’exil,
n’avaient d’autre choix que de souffrir en silence.
Néanmoins, les idées socialistes continuèrent encore longtemps à exercer un
formidable pouvoir d’attraction par le biais des différents courants issus du marxisme, qui
critiquaient certes l’URSS, mais qui conservaient intactes les espérances planétariennes du
communisme. La révolte de mai 1968 témoigne de la prédominance de cette idéologie
dans les universités d’Occident à ce moment-là. L’URSS n’était plus un exemple que pour
les vieux " staliniens " du Parti communiste, mais le mythe révolutionnaire trouvait à
s’alimenter largement dans le trotskisme, le maoïsme, l’anarchisme et, plus concrètement,
dans toutes les luttes de libération du Tiers-Monde. Tous continuaient à croire à ce
messianisme universel alimenté par les productions intellectuelles de " l’école de
Francfort ", représentée par Herbert Marcuse, Horckheimer, Theodore Wiesenthal
Adorno, Jürgen Habermas, qui furent les porte-drapeaux des révoltés, aux côtés de Marx,
de Lénine et de Mao. L’heure n’était donc pas encore advenue où il faudrait prendre la
mesure des succès incontestables de la démocratie libérale dans la réalisation des objectifs
planétariens, et de reléguer au placard les idéaux de sa jeunesse. Pour les étudiants de mai
1968, l’ennemi à abattre restait le capitalisme international, qui avait invariablement le
visage de la civilisation européenne, coupable d’avoir enfanté le capitalisme et
l’oppression, non seulement des prolétaires européens, mais encore, et surtout, des
travailleurs du monde entier. On soutenait le combat du Viet Minh comme on avait
soutenu les fellaghas du FLN algérien. Là encore, il ne s’agissait pas de trahison mais de
combat libérateur contre l’oppression capitaliste. Bientôt, dans le mythe révolutionnaire,
le prolétariat, la classe laborieuse européenne qui devait conduire la révolution socialiste,
allait être remplacée par les masses du tiers-monde qui peuplaient les pays du Sud et qui
bientôt peupleraient aussi de plus en plus largement les pays riches.
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Il était temps en effet de trouver une classe laborieuse de substitution. Les sociétés
occidentales connaissaient une mutation économique importante qui se caractérisait par
une forte progression du secteur tertiaire au détriment du secteur industriel. Avec le
passage à une économie post-industrielle, le nombre des ouvriers commençait à décroître.
Cette évolution de la société et l’enrichissement général qui accompagna cette mutation
économique et sociale n’entamèrent en aucune manière le combat des progressistes, dont
les convictions planétariennes allaient s’affirmer avec beaucoup plus de vigueur. Leurs
espoirs s’étaient alors reportés sur toutes les " minorités opprimées " : les immigrés, en
premier lieu, victimes de la colonisation, mais aussi toutes les catégories de gens qui
pouvaient se sentir oppressés par la société bourgeoise et la domination du " mâle blanc ".
Les revendications des féministes et des minorités sexuelles, conjointement avec les luttes
des peuples du tiers-monde, allaient nourrir l’idée que le prolétariat européen était
remplaçable, et ce d’autant plus que l’immigration allait fournir un réservoir de nouveaux
révolutionnaires, ou en tout cas de nouveaux électeurs.
Les petites gens ont évidemment eu à souffrir de la concurrence de cette nouvelle
main-d’oeuvre, taillable et corvéable à merci, importée par un patronat qui comptait sur ce
réservoir pour exercer une pression à la baisse sur les salaires. Les délocalisations
d’entreprises qui se multipliaient, et tous les problèmes liés à la coexistence des
communautés dans les cités autrefois ouvrières, frappèrent d’abord les travailleurs " de
souche " les plus défavorisés. Ce sont bien eux, en effet, les premiers qui ont eu à pâtir de
cette nouvelle forme de société, inventée par des idéologues et encouragée par le patronat.
De fait, l’afflux de la main-d’oeuvre étrangère en provenance du Maghreb et de l’Afrique
noire et l’immigration massive des années 1980-1990 avaient transformé
considérablement leur environnement. Un film français des années 1950, 1960, 1970 ou
même 1980 laisse voir une société de souche européenne. En l’espace d’une vingtaine
d’années, la société française a connu sur ce plan une profonde mutation, et c’est
incontestablement ce phénomène majeur qui accrédite en France l’idée qu’une société
mondiale est en train de s’instaurer.
Les cités ouvrières des années 60 étaient devenues de véritables ghettos urbains que les "
petits blancs ", devenus minoritaires, ne pensaient plus qu’à fuir. Si l’on veut bien regarder
l’évolution du monde occidental avec un peu de hauteur, on se rend compte, après un siècle
de combats, que le seul résultat tangible du communisme local en France est d’avoir
transformé ses municipalités en villes du tiers-monde, dans une étonnante conjonction de
vue avec le patronat. S’estimant trahis par leur défenseurs attitrés, délaissés par leurs
intellectuels au profit des immigrés et des minorités de toutes sortes, c’est bien légitimement
que les " petits blancs " se sont réfugiés dans les bras des " populistes ". Selon le Manifeste
du parti communiste de Marx, " les ouvriers n’ont pas de patrie " ; à moins bien entendu
qu’ils n’aient au contraire que cela. Dans la bouche des progressistes, les " prolétaires "
étaient désormais appelés avec mépris des " beaufs ", c’est-à-dire des Français de souche
arriérés, s’accrochant à leurs méprisables traditions et incapables de comprendre les
immenses progrès que représentait la société plurielle. Si au XIXe siècle, le marxisme se
traduit d’abord par la défense du monde ouvrier, la fin du XXe siècle va révéler en pleine
lumière toute l’importance de l’universalisme qui lui est consubstantiel, avec son projet de
société mondiale, d’Etat mondial, de gouvernement mondial.
L’idéal planétarien et la volonté d’édifier la société plurielle auront finalement pris le pas
sur le credo anticapitaliste. Le mouvement s’est d’ailleurs effectué tout naturellement, parce
que chez tous les penseurs marxistes, le capitalisme est, consciemment ou non, assimilé à
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une race blanche arrogante et impérialiste. Depuis longtemps, la vulgate marxiste entretient
l’idée que l’homme blanc est coupable de la plupart des maux sur cette terre. Il est le grand
responsable des pires crimes, des pires atrocités qui ont été commis dans l’histoire, du
massacre des Indiens d’Amérique au génocide des Juifs, en passant par toutes les horreurs
de la colonisation. Toute son histoire n’est que violence et obscurantisme. Sa religion est
une horreur, et toutes ses traditions ne valent certes pas les plus nobles coutumes d’une tribu
africaine. Pour finir, l’homme blanc a mis sur pied cette désespérante société de
consommation dans laquelle nous sommes aujourd’hui enlisés jusqu’au cou. Voilà ce
qu’enseigne le marxisme. Dans ces conditions on comprendra pourquoi la jeunesse
occidentale n’aspire qu’à railler la génération de ses parents et toutes les générations qui
l’ont devancée. Nulle part ailleurs dans le monde, on ne constate cette fascination pour la
société multiethnique, cet amour de la société ouverte, mais aussi cette aversion pour ses
propres traditions et pour son propre peuple que l’on espère voir s’éteindre au plus vite.
Cette entreprise de culpabilisation en profondeur ne pouvait déboucher que sur ce résultat.
Lorsque les tenants de la mondialisation revendiquent haut et fort la suppression des
frontières, non seulement pour les marchandises, mais aussi pour les hommes, ils savent
pertinemment que les mouvements migratoires sont à sens unique et se dirigent vers les
pays du Nord. Consciemment ou non, ils souhaitent bien la disparition de leur propre
espèce. C’est parce que les Français, et avec eux de très nombreux Occidentaux, sont
imprégnés de la conviction que leurs vieilles traditions, héritées du passé, sont des barrières
à l’amour universel entre tous les hommes de la planète. Ce qu’ils ne voient plus, c’est que
la volonté de construire la société plurielle en remplacement des sociétés traditionnelles, est
spécifiquement européenne et occidentale, et que nulle part ailleurs dans le monde, on
n’ouvre son territoire, on ne rejette son passé, sa religion et ses vieilles coutumes au nom
d’une très hypothétique paix universelle.
Dans ces conditions, on admettra que l’immigration actuelle est moins un phénomène
naturel que le fruit d’une idéologie universaliste qui travaille à la disparition des nations,
et qui correspond d’ailleurs autant aux aspirations marxistes que libérales. Les esprits
planétariens expliqueront que cette évolution est inéluctable, que les habitants des pays
pauvres tenteront de toute manière et par tous les moyens de passer dans les pays riches,
et qu’il est parfaitement illusoire de tendre des barbelés aux frontières tant que le
problème de la malnutrition ne sera pas résolu en Afrique ou ailleurs. La volonté politique
se conjugue ici au credo humanitaire pour ligoter les mains des Occidentaux devant ce
problème, et ce, au nom des droits de l’homme et de la démocratie. Mais à la vérité, ce
sont bien ces considérations idéologiques, et non des impossibilités matérielles qui
rendent les Européens impuissants à régler la question des flux migratoires. Avec des
moyens beaucoup plus misérables, les pays du Sud se permettent régulièrement d’expulser
de leurs territoires des dizaines de milliers de ressortissants étrangers en quelques jours
quand cela leur semble nécessaire : en septembre 2003, Djibouti a expulsé 80 000
Somaliens et Ethiopiens (15% de la population) entrés frauduleusement dans le pays ; en
1998, l’Ethiopie avait elle-même expulsé sans ménagement 50 000 Erythréens ; en 1996,
le Gabon s’était débarrassé de 80 000 clandestins et la Libye de 330 000 ; en 1983, le
Nigeria faisait décamper un million et demi d’indésirables, et récidivait en 1985 sans
provoquer les réactions épidermiques des médiats occidentaux.
De nombreux autres exemples pourraient être cités, mais pour démontrer que le
contrôle des frontières ne dépend que de la volonté politique, on pourrait encore soulever
les cas de la défunte URSS, de la Chine, ou de tout autre pays qui ne fait pas des " droits
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de l’homme " son unique système de référence et qui s’appuie aussi sur le droit légitime
de tous les peuples sur cette terre à exister sur un territoire déterminé, selon ses règles
propres, ses lois et ses coutumes. Après tout, c’est bien cette diversité qui constitue en
premier lieu la richesse du monde. Comme on le voit, l’immigration actuelle en Occident
n’est pas une fatalité, et son caractère " inéluctable " ne correspond à rien d’autre qu’à un
discours politique, dissimulé sous le masque de la " tolérance " et de l’idéologie des droits
de l’homme.
Les militants et sympathisants marxistes, défenseurs des pauvres et des humbles, ne
voient plus la contradiction qu’il y a à encourager une immigration massive, en plein
accord avec le patronat, alors même que celle-ci, clandestine ou légale, exerce de toute
évidence une pression à la baisse sur les salaires des Français les plus défavorisés et
détruit la vieille culture populaire. Le marxisme a eu pour résultat de déraciner chez les
Occidentaux toute conscience identitaire, à tel point que l’on se rebelle à l’idée de
défendre la culture auvergnate, jugée " réactionnaire ", mais que l’on est prêt à tout pour
sauver une tribu d’Indiens en Amazonie. Mieux encore : on se sentira beaucoup plus à
l’aise dans un quartier immigré que dans un quartier français, parce que l’on a acquis la
conviction que ces immigrés ne sont pas des intrus, mais représentent un prolétariat
mondial qui est le seul capable de débarrasser le monde de la société capitaliste, assimilée
plus ou moins consciemment à une race blanche oppressive et conquérante. Au nom de la
diversité, on prône alors la société plurielle, sans réaliser que toutes les traditions, quelles
qu’elles soient, se délitent dans la société de consommation occidentale, et qu’au final, on
aboutit à une société à l’américaine que l’on prétend abhorrer et combattre.
On constatera aussi un autre étonnant paradoxe du même genre, qui induit là encore
l’idée que la culpabilisation du monde européen, notamment à travers une historiographie
tendancieuse, n’est pas un phénomène naturel, mais qu’elle est bien le fait de certains
intellectuels qui ont entrepris la destruction de l’ancienne civilisation.
On sait que le marxisme s’oppose à l’emprise des religions, de toutes les religions,
considérées comme " l’opium du peuple ", ne servant qu’à faire oublier aux prolétaires
leur condition d’hommes exploités par le capitalisme et à légitimer la domination de la
classe possédante. Mais on ne peut que constater que la lutte des marxistes et des partisans
du laïcisme s’exerce bien davantage contre le catholicisme que contre le protestantisme,
par exemple, pour ne pas parler du judaïsme et de l’islam. Pourtant, le protestantisme est
une religion plus proche des réalités mercantiles. Ce sont les protestants qui pensent que la
réussite commerciale est le signe d’une élection divine, et non les catholiques. Ce sont les
protestants puritains anglo-saxons qui ont massacré les Indiens d’Amérique, parce que,
tout imprégnés de l’exemple de l’Ancien Testament et du peuple juif massacrant les
autochtones jusqu’au dernier, ils se croyaient le nouveau peuple élu prenant possession de
la terre de Canaan. C’est encore le protestantisme puritain qui représenta la religion dans
ce qu’elle a pu avoir de plus austère et de plus " rétrograde " : ce sont les puritains anglais
qui interdisaient les danses, le théâtre et les courses, et non les catholiques. Leur frugalité,
leur auto-discipline, leur honnêteté et leur aversion pour les plaisirs simples, constituaient
une sorte d’ascétisme séculier qui aurait dû logiquement rebuter les militants marxistes,
dont l’un des slogans de mai 68 était de " jouir sans entraves ". Et pourtant, c’est le
catholicisme qui cristallise la haine marxiste de la religion. Il faut donc bien qu’un
élément extérieur soit venu s’ajouter subrepticement à la vulgate anti-capitaliste. Il y a là
une contradiction qui ne peut s’expliquer que par une haine religieuse, présente dans le
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marxisme, mais que nous retrouvons dans nombre de produits culturels de notre société
démocratique occidentale.
On peut constater aussi que nulle critique ne s’élève jamais en Occident contre
l’hindouisme, qui est une des rares grandes religions qui ne soit pas fondée sur une
doctrine de l’égalité universelle. La doctrine hindoue divise au contraire les hommes de
manière rigide en un système de castes, qui définit les droits, les privilèges et les modes de
vie de chacune d’entre elles. Elle sanctifie la pauvreté et l’immobilisme social des castes
inférieures, en leur promettant la possibilité d’une renaissance plus élevée dans les vies
postérieures. En cela, cette religion devrait faire aussi l’objet des plus vives attaques des
doctrinaires du marxisme, tout comme l’islam et le judaïsme, par ailleurs. Mais là encore,
il n’en est rien, et seul le catholicisme fait l’objet des railleries habituelles.
Ces contradictions évidentes nous confortent dans l’idée que l’anti-catholicisme ne
représente pas seulement une réaction de la part des tenants de la liberté contre " l’ordre
moral " ; ce n’est pas seulement un parti pris progressiste contre l’ " obscurantisme ", mais
la manifestation d’une haine religieuse qui remonte bien au-delà du XIXe siècle et des
luttes sociales. Ces attaques incessantes contre la société traditionnelle européenne ne sont
pourtant pas l’apanage du marxisme, et force est de constater que le thème de la
culpabilisation est largement relayé aujourd’hui par le système démocratique, dans lequel
les médiats tiennent la place du véritable pouvoir, tant et si bien qu’il est difficile d’y
démêler l’influence du marxisme de celle de la pensée libérale. C’est parce que ces deux
courants politiques plongent leurs racines dans le même terreau du cosmopolitisme. C’est
là un élément qui contribue largement à estomper la division politique traditionnelle entre
la " droite " et la " gauche ".
La mondialisation n’est donc pas tant un phénomène économique que l’aboutissement
d’une volonté idéologique et politique très précise dont l’objectif est de parvenir à
l’unification du monde, d’une manière ou d’une autre. Dans cette perspective,
l’effondrement du bloc communiste en 1991 a été une étape majeure. Débarrassé du
boulet soviétique, le marxisme militant est alors apparu en Occident d’abord et avant tout
comme un vecteur des idées cosmopolites, et comme le fer de lance de la société plurielle.
Tandis que dans sa version soviétique, il revêtait les formes les plus réactionnaires et
militaristes, il ne se pose plus aujourd’hui que comme force de progrès, bénéficiant de la
complicité de la plupart des grands médiats ainsi que des subventions de l’Etat. Loin
d’avoir été brisé par l’échec de l’expérience soviétique, le marxisme occidental s’en est
trouvé au contraire libéré. Il s’est lancé depuis lors dans une propagande mondialiste, ou "
altermondialiste ", qui fait de la société mondiale, sans frontière et sans discrimination
d’aucune sorte, l’objectif ultime de son projet politique.
Les enjeux géo-stratégiques et l’antagonisme entre Moscou et Washington cachaient en
fait les extraordinaires similitudes idéologiques entre la pensée marxiste et l’idéal
démocratique. Il est tout à fait éclairant en effet de constater que ces deux idéologies
véhiculent les mêmes aspirations : toutes deux tendent dans leurs principes à l’unification
du monde, à la suppression des frontières, à l’instauration d’un gouvernement mondial et
à la création d’un nouvel homme. Mais sur ce plan comme sur d’autres, le modèle
soviétique a été un échec. Après la chute du mur de Berlin, il fallut établir un bilan de
l’expérience. Incontestablement, la démocratie avait triomphé partout où le communisme
avait largement échoué. L’édification de la société plurielle multiethnique et l’ébauche
d’un gouvernement mondial étaient l’oeuvre de la démocratie libérale. De plus, le
communisme avait failli dans sa tâche historique qui était d’édifier une société sans classe,
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dans le respect des droits de l’homme et des communautés. Au lieu de cela, l’Union
soviétique s’était transformée en camp retranché, où la liberté était surveillée, la vie
passablement difficile, et d’où il était de toute manière impossible de sortir, sauf pour les
Juifs, qui bénéficiaient de tout le soutien des pays occidentaux. Il était clair que la
réalisation des espérances planétariennes serait l’oeuvre de la démocratie et non le fruit de
l’expérience soviétique.
Depuis longtemps déjà en Occident, la plupart des intellectuels qui étaient pétris des
idées de société égalitaire et d’espérances messianiques, avaient fait leur deuil de la patrie
du socialisme comme idéal pour les travailleurs du monde entier. Depuis longtemps déjà,
les principaux groupes d’obédience marxiste avaient pris la mesure de l’échec du
soviétisme et effectué leur mutation. Ils avaient orienté leur combat dans un sens
planétarien, mobilisant davantage leurs troupes pour des causes humanitaires que contre le
mode de production capitaliste : l’égalité des citoyens, la " lutte contre les discriminations
", le combat contre le racisme, pour la reconnaissance des minorités nationales ou
sexuelles, pour l’abolition des frontières, pour la défense de l’environnement, dans une
vision écologique à l’échelle planétaire. Tous les espoirs messianiques du marxisme
semblaient déjà depuis longtemps s’accommoder de la démocratie libérale, tout en
conservant la vulgate révolutionnaire propre à mobiliser les idéalistes générés en masse
par une désespérante société de consommation.
Le romancier Mario Vargas Llosa a fort bien exprimé ce sentiment au sujet de
l’évolution de l’idée planétarienne : " L’un des idéaux de notre jeunesse, dit-il – la
disparition des frontières, l’intégration des pays du monde au sein d’un système d’échange
qui profite à tous – tend aujourd’hui à se concrétiser. Mais contrairement à ce que nous
croyions, ce n’est pas la révolution socialiste qui a suscité cette internationalisation, mais
ses bêtes noires : le capitalisme et le marché. C’est pourtant la plus belle avancée de
l’histoire moderne parce qu’elle jette les bases d’une nouvelle civilisation à l’échelle
planétaire, qui s’organise autour de la démocratie politique, de la prédominance de la
société civile, de la liberté économique et des droits de l’homme. "
L’intellectuel Michel Winock avait bien été obligé lui aussi de faire le même constat,
mais toujours obsédé par un problème qui semble tenailler nombre d’intellectuels : " Le
socialisme réel, dit-il, tel qu’il s’est édifié à l’Est de notre continent, s’est révélé une autre
société close, où les Juifs, aussi bien que d’autres minorités cherchent encore leur place.
Seule la "société ouverte" peut offrir les chances d’une véritable démocratie pluraliste, à
même d’intégrer les Juifs sans les contraindre à aliéner leur être propre, leur mémoire
collective, leur double solidarité (française et juive). "
Pour ces intellectuels, dont les pères idéologiques avaient enfanté pareille monstruosité,
la disparition du très encombrant régime soviétique a été un soulagement sans fin. Mais au
lieu de reconnaître leurs erreurs et de faire leur mea culpa, les intellectuels occidentaux
des années 1990 ont profité de ces bouleversements pour se jeter sans tarder dans l’autre
projet cosmopolite porté par la société démocratique. Le travail à l’intérieur de la
démocratie s’avérait beaucoup plus efficace. On a alors assisté, dans la littérature, la
presse et le cinéma à une accélération débridée de la pensée planétarienne, comme s’il
fallait oublier au plus vite les erreurs tragiques de l’époque précédente et exorciser les
crimes du communisme. Il n’y eut aucune repentance, aucune excuse pour les millions de
morts du goulag, les déportations et les assassinats perpétrés au nom de l’idéal
communiste et de la grande fraternité entre les peuples, de la part de ceux qui,
précédemment, s’en étaient fait les plus ardents propagandistes.
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En Occident, l’événement n’a eu finalement qu’une très faible incidence. La société a
continué à évoluer comme auparavant, sans bouleversement d’importance, si ce n’est
l’agitation accrue des intellectuels planétariens qui ont alors redoublé d’ardeur dans la
promotion de leur idéal. Il s’agissait d’oublier au plus vite son erreur, de repenser la
société égalitaire, d’ " inventer ", comme ils le disent, de nouvelles utopies. Les
idéologues étaient portés par un enthousiasme millénariste, comme si le messie avait été
retrouvé dans les décombres du mur de Berlin, et que le monde fraternel – cette fois-ci,
c’est la bonne – allait enfin advenir.
Cette nouvelle philosophie, qui chante l’unité du genre humain et la démocratie
plurielle en lieu et place du communisme, a véritablement pris son envol dans les années
1990. La floraison de la production intellectuelle planétarienne, qui s’impose réellement à
travers le marxisme dans ses versions culturelles de mai 1968, est alors poursuivie
aujourd’hui de manière peut-être encore plus extatique avec les intellectuels démocrates,
plus ou moins mâtinés de marxisme culturel, mais affranchis de toutes les pesantes
considérations économiques qui alourdissaient considérablement les ouvrages marxistesléninistes.
Leur mépris pour la vieille culture européenne et l’ancienne civilisation reste en
tout cas inchangé. C’est parce que les intellectuels des années 1990 sont les mêmes que
ceux qui ont fomenté l’esprit de mai 1968, ou se situent dans cette filiation, et qu’ils
entendent poursuivre autrement la réalisation des espérances planétariennes.
Les concepts en prêt-à-penser tels que " la Terre appartient à tout le monde " sont donc
toujours très largement en vogue, et pas seulement dans les cours des collèges et des
lycées. On aime à se déclarer " citoyens du monde " : c’est toujours moins ringard que
d’être vulgairement breton ou berrichon, et ce type de propos vous permet de ne pas prêter
le flanc à de terribles accusations. Conformément aux canons édictés par l’UNESCO, une
belle église picarde du XIIe siècle sera déclarée " patrimoine mondial de l’humanité ".
C’est bien ce que nous dit le philosophe Pierre Lévy quand il déclare : " Lorsque nous
écoutons des Japonais jouer du Beethoven ou des Chinois chanter du Verdi, nous ne
devons pas nous imaginer qu’ils ont été séduits par la musique "occidentale". Cette
musique n’est pas "occidentale", elle est universelle. " Nous sommes alors très loin de
l’idée d’une mondialisation qui ne serait que le constat de l’évolution économique. La
vérité est que ces réflexes ont bien évidemment été créés par une inlassable et permanente
campagne de sensibilisation qui a envahi depuis longtemps nos écrans de télévision.
Le système soviétique était une anomalie, puisqu’il ne correspondait pas du tout aux
idées généreuses qui avaient enthousiasmé des millions d’hommes et qui étaient
supposées être à la base de l’édification du régime. Avec la fin de ce système, on peut dire
que l’on revient à la normale, en quelque sorte. Enfin dégagée de l’encombrant fardeau
sibérien, l’idée communiste peut à nouveau jouer correctement son rôle, en toute
conformité avec ses principes, qui est celui d’être l’aiguillon de la démocratie, à l’intérieur
même de la démocratie libérale, finalement seule capable de nous frayer la voie vers la
société plurielle universelle. C’est dans l’opposition active que le communisme est
véritablement efficace. C’est dans l’opposition qu’il peut rendre les meilleurs services,
puisqu’il permet de maintenir les opposants au système libéral dans les perspectives
planétariennes. Il est en quelque sorte la soupape de sécurité d’un système libéral
désespérant, qui, du fait de son absence de transcendance et de ses aspirations purement
matérialistes, engendre fatalement des oppositions radicales. Celles-ci sont alors
récupérées par l’idéal communiste et conservées dans le bouillon du mondialisme. Sans
lui, les opposants à la démocratie bourgeoise et à la société de consommation se
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porteraient inévitablement vers les mouvements de réactions identitaires et ethniques, ce
que le système cosmopolite ne souhaite à aucun prix. Le scénario qui se déroule sous nos
yeux est donc celui que George Orwell avait imaginé dans son fameux roman-fiction
intitulé 1984, dans lequel le chef de l’opposition clandestine, le fameux et insaisissable
Goldstein, n’était finalement rien d’autre qu’un agent du système ayant pour mission de
canaliser les oppositions. Le communisme a donc réintégré le rôle qu’il n’aurait jamais dû
cesser d’avoir, qui est celui d’être une utopie mobilisatrice, nichée à l’intérieur de la
démocratie. Le soviétisme est mort ; peut-être même qu’il a été assassiné. Mais l’idéal
communiste paraît être soigneusement entretenu, réchauffé au sein de la démocratie
libérale, lové dans ses institutions. C’est ainsi que fonctionne la spirale planétarienne :
avec un système, d’un côté, et une opposition factice à ce système, de l’autre. Les deux
forces sont absolument complémentaires et indispensables l’une à l’autre.
La conjonction des idéaux planétariens des marxistes et des démocrates occidentaux
n’étant plus entravée aujourd’hui par le conflit géostratégique entre Moscou et
Washington, l’Occident peut enfin laisser libre cours à son instinct de domination
planétaire, représenté victorieusement par le modèle démocratique, que l’on tente
d’imposer à tous les peuples du globe. Comme à la glorieuse époque de la révolution
française, la " guerre aux tyrans " est donc déclarée. Mais cette fois-ci, la lutte est
transposée à l’échelle planétaire, et ce sont les Etats-Unis qui se sont mis immédiatement
à la tête des armées libératrices dès que l’URSS, démantibulée, ne fut plus en mesure de
s’opposer à ces desseins grandioses. La première guerre du Golfe contre l’Irak, en 1991, a
donc été suivie par le bombardement de la Serbie en 1999, puis, après les attentats du 11
septembre 2001, par l’invasion de l’Afghanistan, et par une deuxième guerre du Golfe qui
déboucha sur l’occupation de l’Irak.
On a beaucoup parlé de ces " néoconservateurs " qui entourent le président américain
George W. Bush et qui ont déterminé sa politique belliciste. Ces anciens trotskistes, qui
s’étaient tout naturellement mués en fervents démocrates dans les années 1980, au cours
de l’ère reaganienne, se montraient dorénavant prêts à toutes les guerres pour imposer
l’idéal démocratique dans le monde entier. Mais il faut dire, sous peine de ne rien
comprendre à l’évolution du monde, que l’intérêt de l’Etat d’Israël était en jeu dans la
guerre du Golfe, et que la plupart des néo-conservateurs de l’administration américaine
étaient eux-mêmes très influencés par le sionisme, et entendaient réduire à néant une
puissance irakienne qui aurait pu un jour menacer l’Etat hébreu.
De fait, les guerres américaines en Irak bénéficiaient incontestablement du soutien de la
plus grande partie de la communauté juive internationale. Ici, comme durant la guerre
contre la Serbie et contre l’Afghanistan, les intellectuels cosmopolites faisaient partie des
plus ardents groupes de pression bellicistes, pour la simple et bonne raison que ces guerres
correspondaient aux objectifs globalistes : les bombardements américains contre la Serbie
ont eu pour résultat de favoriser la progression de l’islam dans les Balkans, répondant en
cela à l’objectif mondialiste de favoriser l’émergence de la société multiethnique qui doit
accompagner l’établissement de la démocratie. Comme l’avait dit le général Wesley
Clark, commandant en chef de l’OTAN en Europe à ce moment-là : " Il ne doit plus y
avoir de place en Europe pour les sociétés ethniquement homogènes. "
L’invasion de l’Afghanistan par les troupes américaines, quant à elle, répondait aux
attentats du 11 septembre et à la nécessité de combattre dans le monde l’antisémitisme
véhiculé par l’islam. On constate donc que le système démocratique encourage l’islam à
l’intérieur des Etats occidentaux dans le but d’instaurer une société plurielle, mais le
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combat sur la scène internationale, où il s’oppose aux intérêts d’Israël et des Etats
occidentaux.
Ces guerres répondent donc parfaitement au projet d’édification de l’Empire global, qui
ne pourra s’imposer que sur les décombres des sociétés traditionnelles et des libertés
tribales. Dans cette perspective, le système médiatique représente évidemment la pierre
angulaire des espérances planétariennes, puisque c’est par le biais de permanentes
campagnes de " sensibilisation " que l’idée parvient à s’imposer progressivement dans les
esprits occidentaux. Il semblerait cependant que nos concitoyens éprouvent aujourd’hui
un sentiment plus ou moins diffus de défiance envers un discours politique lénifiant,
ressassé à outrance, et qui fait de l’abolition des frontières le sésame du paradis terrestre.
A cet égard, le rejet de la constitution européenne par le corps électoral, lors du référendum
de mai 2005 a peut-être été un signe annonciateur d’une prise de conscience d’un danger
imminent, qui semblait couver sous les idées les plus nobles et les plus généreuses. Car dans
l’esprit de ses partisans les mieux renseignés, la constitution européenne et la formation d’un
gouvernement européen, nous le verrons, préfiguraient assurément des projets beaucoup plus
vastes.
L’idée d’une paix universelle, que nous aurait assurée une Europe sans frontières, est
d’habitude un argument propre à séduire les Occidentaux, mais il faut croire que cette
fois-ci, nos compatriotes ont préféré leur liberté tribale à tous les mirages du mondialisme.
Aux promesses de " Paix " et de " Prospérité ", ils ont finalement préféré refuser poliment,
comme devant un camelot ambulant un peu fourbe qui aurait trop insisté pour nous vendre
son élixir miraculeux. Nous allons donc apprendre que, dans la bouche de certains experts,
les mots " tolérance " et " droits de l’homme " peuvent aussi être utilisés comme de
puissants anesthésiants, et que derrière un langage mielleux, des manières douces et de
belles promesses, peuvent se cacher des intentions inavouables.
posted by Hervé RYSSEN @ 00:36
http://herveryssen.blogspot.com/
Les Espérances planétariennes, 2005, 432 pages, 26 euros.
Commandes à : Éditions Baskerville, SDE Domiciliations,
14 rue Brossolette, 92300 Levallois.
Chèque à l’ordre de HERVE FRANCOIS. Ajouter deux euros de frais de port.
Commande on-line : http://www.ladiffusiondulore.com
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Jeudi 12 Octobre 2006
PSYCHANALYSE DU JUDAÏSME
Entretien avec Hervé Ryssen
Cette interview pour le Libre Journal fait suite à
l’article précédemment publié sur internet et intitulé
« les origines religieuses du mondialisme ».
LLJ : Hervé Ryssen, bonjour. Après la parution des
Espérances planétariennes, en 2005, vous avez poursuivi
vos recherches sur le judaïsme contemporain. Qu’est-ce
qui vous a amené à travailler sur ce sujet ?
Hervé Ryssen : Vous savez, en commençant ce travail, il
y a trois ans maintenant, je n’avais aucun plan prédéfini.
C’est en lisant les ouvrages des intellectuels juifs que je me
suis peu à peu rendu compte de l’extraordinaire homogénéité
de leur pensée. Qu’ils soient juifs religieux ou athées,
libéraux, socialistes ou communistes, sionistes ou
« parfaitement intégrés », j’ai retrouvé à toutes les époques,
et quelle que soit la nationalité et la langue d’origine, les
mêmes idées, les mêmes paradoxes, la même espérance
messianique. Tous aspirent, d’une manière ou d’une autre, à l’édification de la société
multiculturelle censée préfigurer l’Empire global de demain. A travers une inlassable
propagande médiatique, tous travaillent sans relâche à l’instauration de ce monde de « paix »
dont parlent les prophètes. Dans Les Espérances planétariennes, j’ai montré, avec des
centaines de références à l’appui, que cet activisme ne correspond à rien d’autre qu’à une
séculaire attente messianique : ils attendent leur messie et préparent la restauration du
Royaume de David sur les ruines des autres nations. Certains textes sont très explicites à ce
sujet. C’est de là qu’il faut partir si l’on veut comprendre l’univers mental des juifs. Et je puis
vous assurer qu’il est très différent de celui du goy, ainsi qu’il ne cessent eux-mêmes de le
répéter. Écoutez ce qu’en dit Elie Wiesel dans ses Mémoires : « Son rêve messianique, c’est
au royaume de David qu’il le rattache. Il se sent plus proche du prophète Elie que de son
voisin de palier… Tout ce qui a frappé ses ancêtres l’atteint. Leurs deuils l’accablent, leurs
triomphes le portent. »
LLJ : Quelles sont, selon vous, les principales caractéristiques de l’esprit juif ?
Hervé Ryssen : Si l’on se place du point de vue du téléspectateur, on note en premier lieu
que l’histoire du judaïsme est une succession de drames. De la sortie d’Égypte à Auschwitz,
en passant par la destruction du Temple et les ravages des Cosaques, les juifs n’ont de cesse
de vouloir donner au monde entier l’image d’une communauté persécutée. Les juifs sont les
« boucs émissaires », toujours persécutés, et toujours innocents. Maintenant, si l’on regarde de
près en disséquant les textes, je puis vous affirmer qu’il y a un immense orgueil d’appartenir
au « peuple élu » et un mépris non moins grand pour les cultures traditionnelles des goys.
Bernard-Henri Lévy, Emmanuel Levinas ou Alain Minc nous ont déjà déclaré leur dégoût
pour nos cultures enracinées. Il faut associer à cela un profond désir de « vengeance » (c’est
un thème lancinant) et une foi absolue en la victoire finale. Cet état d’esprit est parfois enrobé
dans une phraséologie égalitaire prônant la « tolérance », les « droits de l’homme », la
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« fraternité universelle ». D’autre fois, les choses sont exprimées avec beaucoup plus de
franchise. Bien entendu, je ne prétends pas que tous les juifs manifestent ces penchants. Le
petit couturier de votre quartier est probablement une personne fort sympathique, mais en
l’occurrence, ma recherche se base sur ce que j’ai pu découvrir dans les textes.
LLJ : Nous restons toujours ici dans une perspective politico-religieuse. Mais en quoi
cette singularité juive devrait-elle faire l’objet d’une « psychanalyse » ?
Hervé Ryssen : Après la rédaction des Espérances, l’année dernière, il me semblait que
l’analyse du phénomène « planétarien » n’était pas complète. Je constatais alors, sans pouvoir
l’expliquer, ce qui me semblait relever d’une « anormalité ». Je pense notamment à ces
ahurissantes dénégations des intellectuels juifs au sujet du rôle de leurs coreligionnaires dans
le régime bolchevique. Le plus grand dissident soviétique, Alexandre Soljénitsyne, a montré
en 2003, dans son livre intitulé Deux Siècles ensemble, l’implication de nombreux juifs dans
cette funeste expérience. La vérité est que de très nombreux doctrinaires, fonctionnaires et
tortionnaires juifs ont joué un rôle absolument accablant dans cette tragédie qui reste, avec ses
trente millions de morts, le crime le plus effroyable de l’histoire de l’humanité.
Et pourtant, il faut nous faut bien constater, avec Soljénitsyne que la quasi totalité des
intellectuels juifs refusent toujours aujourd’hui d’endosser leurs responsabilités et de faire leur
mea culpa. Leurs invraisemblables contorsions pour nous prouver leur bonne foi sont à ce
sujet hallucinantes de culot. On peut retrouver ces curieuses dispositions à nier les évidences,
à inverser les rôles et finalement à retourner l’accusation dans quelques autres cas. On pense
par exemple au rôle de certains juifs influents autour de George Bush dans le déclenchement
de la guerre contre l’Irak (Paul Wolfowitz, Richard Perle, Robert Kagan, etc.) ou encore à
celui de gros négociants dans la traite des Noirs. Que dire encore de cette « mafia russe »,
dont on nous a tant rebattu les oreilles, et qui n’a de russe que le nom ?
A côté de ces sujets délicats, systématiquement occultés, balayés sous le tapis, les médiats
grossissent démesurément le moindre incident qui parait relever de l’antisémitisme. Pas plus
tard que ce matin, sur France-info (30 septembre 2006), j’entends que le journal L’Est
républicain aurait refusé de publier une annonce nécrologique comprenant les termes
idéologiques : « victime de la barbarie nazie ». Immédiatement, cette information ridicule est
relayée dans les grands médiats, provoquant une fois de plus « l’émoi dans la communauté ».
Ce sont des réactions qui ne me paraissent pas « normales ». Il y a dans cette communauté une
émotivité de nature pathologique, une fragilité émotionnelle, un besoin de dramatiser qui
prend parfois l’aspect d’une paranoïa pure et simple. Comme l’a écrit justement Shmuel
Trigano, la communauté juive semble se complaire dans ce « lamento victimaire ». A côté de
cela, on note aussi une grande nervosité dès lors que « la communauté » est critiquée. On se
souvient qu’en 2000, les propos anodins et parfaitement justifiés de l’écrivain Renaud Camus
sur la « sur-représentation » des juifs à France-Culture avaient provoqué un tollé gigantesque
et totalement disproportionné. Le diagnostic médical insiste sur cette « grande intolérance à la
frustration ».
LLJ : Avez-vous pu recueillir des témoignages sur la difficulté que peuvent avoir
certains juifs à vivre leur judéité ?
Hervé Ryssen : Pour ce qui concerne les intellectuels, ce n’est vraiment pas ce qui
manque ! On retrouve l’obsession de leur propre judéité chez nombre d’entre eux, avec
l’expression plus ou moins prononcée d’une angoisse identitaire. Jean Daniel, Albert Cohen,
André Glucksmann, Serge Moati ou le romancier américain Philip Roth, entre autres, ont
exprimé cette angoisse. Le journaliste Alexandre Adler relève effectivement que la judéité
peut être parfois une « névrose obsessionnelle ». Il y a quelques mois, le grand Elie Wiesel
nous a fait une révélation dans son roman intitulé Un Désir fou de danser : « Suis-je
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paranoïaque, schizophrène, hystérique ? » (page 13). En 2003, le directeur de presse Jean
Daniel a fait paraître un livre intitulé de manière éloquente La Prison juive. Les uns et les
autres parlent de ce « mystère » du judaïsme sans comprendre la nature du mal qui les mine.
Bernard-Henri Lévy parle de « l’une des plus profondes énigmes qui se posent à la conscience
contemporaine. » Le judaïsme est donc pour eux un « mystère », une « énigme » qu’ils ne
parviennent pas à résoudre. Il faut dire que leur situation est unique dans l’humanité. Mettezvous
à leur place : depuis des siècles, ils ont été expulsés de la quasi totalité des pays où ils
s’étaient installés, et à côté de cela ─ ils n’en démordent pas ─ ils sont persuadés d’être le
« peuple élu » de Dieu et d’avoir une « mission » à accomplir sur cette terre. La vérité est
qu’ils se sentent parfois tout de même bien seuls dans ce monde, comme le dit Elie Wiesel qui
évoque « la dramatique solitude de ce peuple à vocation universelle. »
LLJ : Et à quoi correspond, selon vous, ce « mystère » du judaïsme ? Et surtout :
quel rapport avec la psychanalyse ?
Hervé Ryssen : Freud avait déjà réfléchi à la question, en son temps, en étudiant son cas
personnel, mais en projetant ses découvertes sur le plan universel. La « projection
pathologique », il faut le savoir, est en effet un concept freudien, pour ne pas dire typiquement
judaïque. Nous avons déjà vu cette tendance de fond à systématiquement inverser les rôles et
à retourner les situations. C’est ce qui explique pourquoi les intellectuels juifs, dans leur
ensemble, accusent les antisémites d’être des « malades mentaux ». Voyez ce qu’a déclaré
tout récemment Abraham Foxman, le président de la ligue antiraciste américaine, au sujet de
Mel Gibson, le réalisateur de La Passion du Christ, qui avait tenu des propos jugés
« antisémites » sous l’emprise de l’alcool, avant de s’excuser auprès de la communauté juive
sous l’effet d’on ne sait quelles pressions : « Qu’il soigne son alcoolisme est une bonne chose,
déclara Foxman en substance, mais il faudrait aussi qu’il soigne son antisémitisme. » Vous
l’avez compris, l’antisémitisme est pour eux une « maladie ». Les propos à ce sujet sont
innombrables. Et l’on comprend mieux à leur lecture pourquoi les opposants étaient enfermés
dans des asiles psychiatriques en URSS et dans les pays staliniens.
Freud a projeté sa propre pathologie sur le plan universel. Ce n’est pas pour rien qu’il a
commencé sa carrière en travaillant sur le phénomène hystérique. On trouve dans cette
pathologie tous les symptômes qui se calquent parfaitement avec ceux que j’ai pu déceler
dans le comportement et le discours des intellectuels cosmopolites. Les similitudes sont
vraiment étonnantes : La dépression, l’introspection, l’angoisse, la paranoïa, l’hyperémotivité,
l’amnésie sélective, la fabulation, la sensibilité à l’opinion des autres, l’égocentrisme, la
tendance à se donner en spectacle, l’incapacité à s’observer, l’intolérance à la frustration, le
délire mégalomaniaque, etc. Tout y est, et jusque dans les origines de la pathologie, que Freud
avait mis en évidence. Quand j’écrivais les Espérances planétariennes, je constatais sans
pouvoir la comprendre, que la question de l’inceste revenait de manière lancinante et
mystérieuse sous la plume de certains intellectuels juifs (Jacques Attali, Jurgen Habermas,
Stéphane Zagdanski…), comme s’il y avait des choses à cacher. J’ai poursuivi évidemment
mes recherches de ce côté, et ce que j’ai pu découvrir sur ce point est très éclairant.
Vous vous rendez compte, je pense, que vos travaux peuvent être insultants pour les
membres de la communauté juive ?
Hervé Ryssen : Écoutez, les intellectuels juifs jusqu’à présent, ne se sont jamais gênés pour
écrire des « psychanalyse de l’antisémite » et traiter leurs adversaires de « paranoïaques », d’
« antisémites pathologiques », de « pervers » et de « fous », dont les idées seraient
« nauséabondes ». Je me souviens encore comment le professeur Faurisson a été insulté
publiquement par les trois avocats des parties civiles au cours de son procès, au mois de juillet
dernier. Ne trouvant pas d’arguments scientifiques à lui opposer, et se sentant en position de
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force, ils se sont défoulés à leur manière habituelle. Cette propension aux insultes et à la
calomnie est un des traits de caractère de l’intellectuel cosmopolite. Bernard-Henri Lévy, Alain
Minc et Daniel Cohn-Bendit se distinguent tout particulièrement dans ce domaine.
Voyez encore ce qu’a déclaré Elie Wiesel à l’émission Tout le monde en parle, au sujet du
président iranien Ahmadinejad : « Le chef religieux de l’Iran est un fou, je veux dire
pathologiquement malade ; il est fou de haine. » (6 mai 2006). Ce à quoi il ajoute en toute
bonne logique : « Sa bombe ne menace pas Israël, mais le monde entier. » (projection
névrotique !) Vous l’avez compris : tous ceux qui s’opposent aux projets des juifs sont des
« fous », que le monde occidental a le devoir de combattre.
Mon propos à moi n’est pas d’insulter les juifs ni de favoriser l’antisémitisme. Je sais trop
bien qu’ils se nourrissent depuis des siècles de la haine que les autres leur portent, et la vérité
est qu’ils ont un besoin vital de cette haine pour resserrer les rangs de leur communauté. En
revanche, je crois que la « perfidie » des juifs, telle qu’elle a été dénoncée par l’Eglise et tous
les grands penseurs occidentaux à travers les âges (Tacite, Jean Chysostome, Pierre le
Vénérable, Luther, Voltaire, Dostoïevski, Wagner, Drumont, Céline et cent autres) ne
correspond pas au fond véritable de la personnalité juive. C’est ce que je pense avoir
découvert. Bien qu’aucune statistique ne soit disponible, je peux vous dire qu’il existe un très
fort taux de suicide dans cette communauté. Mon propos est simplement d’attirer l’attention
sur ce drame méconnu qui touche une partie de nos concitoyens, et je serais heureux si je
pouvais contribuer à les délivrer de leur « dybbuk », comme ils disent.
(Entretien également dans l’hebdomadaire RIVAROL du 13 octobre 2006 )
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23.10.06
La tendance diabolique
1. Intégrer les musulmans en Europe
Les intellectuels planétariens, qui encouragent l’immigration de manière frénétique dans
les pays européens depuis des décennies, ne cessent aujourd’hui de nous mettre en garde
contre le danger de l’islam radical, présenté comme un nouvel avatar du fascisme : c’est parce
que celui-ci les menace maintenant directement.
Écoutons par exemple Bernard Kouchner : « Chaque fois que je lis le Coran, dit-il, je suis
effrayé par l’esprit de supériorité qu’affiche cette religion prosélyte et conquérante… Je
demeure persuadé qu’un jour l’Europe devra affronter cet obscurantisme. Inutile d’arriver
avec un drapeau blanc : les fascistes islamiques sont nos ennemis. » Dans l’esprit de ces
intellectuels, il ne s’agit pas, bien entendu, d’expulser les musulmans que l’on a fait entrer en
masse, mais simplement de les neutraliser.
Ainsi, l’essayiste Pascal Bruckner rappelle, dans Le Figaro du 5 novembre 2003, qu’en
France, l’intégration de l’Église catholique à la République ne s’est pas opérée sans heurts :
« L’extraordinaire virulence du combat anticlérical en France et en Europe, écrit-il, confina
parfois à la barbarie. » Pareillement, l’islam « devra s’engager dans un type de réforme aussi
radicale que celle opérée par les catholiques et les protestants au cours du siècle écoulé. »
Et afin de dompter l’animal, Bernard Kouchner entend favoriser l’islam, au moins dans un
premier temps : « Ce serait simplement l’étape nécessaire à l’intégration… A nous de construire
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des mosquées, et pas dans les caves ! » C’est aussi ce raisonnement qui le conduit à soutenir les
projets de discrimination positive, qui consistent à systématiquement favoriser les immigrés au
détriment des Français de souche et des Européens : « Je suis assez pour », dit-il. (1)
Dans l’hebdomadaire Le Point du 13 octobre 2005 (en page 100), le romancier
international d’origine péruvienne, Mario Vargas Llosa donnait lui aussi son sentiment sur la
situation en France, à la veille des émeutes ethniques du mois de novembre. L’écrivain
progressiste ne cachait plus ses préférences. Sarkozy ? : « Un petit espoir pour la France. »
L’islamisme ? : « Le danger majeur de notre temps. » Si Mario Vargas Llosa est passé de
l’extrême gauche à un soutien à la droite libérale « dure » et pro-américaine, à l’instar de
nombre de ses congénères, ce n’est certes pas parce qu’il remet en question la société
plurielle, mais bien parce qu’il s’agit maintenant de rétablir l’ordre pour mieux la conforter.
2. Les combattre chez eux
En revanche, sur la scène internationale, il n’y a aucune raison de ne pas combattre l’islam
et le monde arabe, par tous les moyens. Daniel Cohn-Bendit était certes opposé à
l’intervention américaine en Irak en 2003, mais ce n’était que parce qu’il craignait que la
guerre eût pour résultat de déstabiliser toute la région. Une fois l’Irak écrasé sous les bombes,
il peut mieux exprimer le fond de sa pensée : « L’intervention des Etats-Unis, écrit-il, a
évidemment libéré les Irakiens. »
L’ancien anarchiste avait été plus ferme dans ses prises de positions au moment de la
première intervention américaine. En 1991, à la fin de la première guerre du Golfe, il déclarait
que la coalition « devait poursuivre jusqu’à Bagdad et abattre Saddam Hussein… Il est juste
d’affirmer que depuis vingt ans, on avait le droit et le devoir de renverser Saddam Hussein. »
Et son ami Bernard Kouchner précise : « C’est Wolfowitz, l’idéologue néo-conservateur
du Pentagone, qui est à l’origine de la décision. Il voulait même s’occuper simultanément de
l’Afghanistan et de l’Irak. » (2) Il est vrai que de nombreux juifs influents jouent un rôle
déterminant dans la politique américaine.
La question irakienne à peine réglée, l’Iran se pose en 2006 comme le porte-parole de la
résistance musulmane. Dans l’hebdomadaire Le Point du 22 décembre 2005, Bernard-Henri
Lévy titrait sa chronique : « Est-il encore possible d’arrêter les fascislamistes de Téhéran ? »
A côté de l’actuel régime iranien qui menace d’avoir la bombe atomique, les « velléités
guerrières » de Saddam Hussein étaient en fait « une aimable plaisanterie ». Il s’agit donc de
vaincre la « pusillanimité du monde libre ». « Il faut aller vite, écrit le philosophe, car il nous
reste peu, très peu de temps. »
Déjà, avant l’élection du président Ahmadinejad, le régime des mollahs inquiétait les
intellectuels et les faisait rêver d’une intervention armée. C’est un peu ce que dit Daniel
Cohn-Bendit de manière voilée : « Quand tu discutes avec des étudiants venus d’Iran, tu vois
très bien que tout en affirmant qu’ils ne veulent pas d’une intervention américaine, ils en
rêvent la nuit. » (3).
En 1983, après la révolution islamique, Guy Konopnicki prenait lui aussi ses désirs
personnels pour des généralités, et laissait entendre que les Iraniens ne rêvaient eux aussi que
de se faire bombarder pour pouvoir adopter le système démocratique occidental et la culture
américaine : « Car à Téhéran, ce n’est pas le Shah que l’on regrette. Ce sont les films
américains et la licence des moeurs importée d’Occident. » (4).
3. Le diable est antisémite
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L’ancien Premier ministre israélien Ehoud Barak, qui se trouvait aux États-Unis à la
veille des attentats anti-américains du 11 septembre 2001, a pu donner son analyse sur ce que
devait être la riposte antiterroriste. Dans le quotidien Le Monde du 14 septembre, il écrivait :
« L’ampleur même de ces actes et le défi qu’ils posent sont tels qu’ils devraient susciter un
combat mondial contre le terrorisme… Il est temps de lancer une guerre mondiale contre le
terrorisme, de la même manière que, jadis, l’Europe a combattu la piraterie maritime. »
Vous l’avez bien compris : si Israël est menacé, et si New York, la première ville juive du
monde et le coeur de la finance internationale, a pu être la cible de ces attentats, c’est aux
Occidentaux de riposter et de partir en guerre contre le monde musulman et les « ennemis de
la civilisation ». Israël, en effet, ne semble mener ses guerres qu’avec le sang des autres. On
diabolise ainsi les islamistes comme on a pu diaboliser les « fascistes ». Voici ce qu’écrit
encore Ehoud Barak : « La seule cause de ce qui arrive, c’est la nature diabolique du
terrorisme… Ils veulent détruire le style de vie occidental, même s’ils ne le connaissent pas
bien, en raison de frustrations diverses. Ils veulent menacer l’Occident, lui dicter ses choix,
l’humilier. »
On reconnaît ici le même discours chez le philosophe Bernard-Henri Lévy, qui écrivait
en novembre 2003 : « Un même démon manipule les militants de l’islam radical et les
maurrassiens d’hier et d’aujourd’hui. Et ce démon, c’est l’antisémitisme. » (5).
Le romancier américain de notoriété internationale, Norman Mailer, a pu lui aussi accuser
la présence du diable : « J’ai tendance à penser, conclut-il, que la meilleure explication du 11
septembre 2001, c’est que Satan a remporté une grande victoire, ce jour-là. Oui, Satan était le
pilote qui a lancé ces avions dans un dénouement aussi impensable. » (6)
Les hommes blancs, que l’on nous dépeints depuis des lustres comme pervers, hypocrites
et intrinsèquement méchants, auraient donc maintenant pour devoir d’aller dérouiller les
musulmans au Proche-Orient, tout en ayant l’obligation de les intégrer en masse dans leurs
propres pays.
Après nous avoir poussé à la guerre contre l’Irak en 1990, contre la Serbie en 1999, contre
l’Afghanistan en 2002, et à nouveau contre l’Irak en 2003, les intellectuels cosmopolites nous
poussent maintenant à la guerre contre l’Iran, avec une propagande outrancière qui vise à nous
faire accroire que notre devoir est d’aller « libérer » ces peuples « terrorisés » et qui « aspirent
aux droits de l’homme ». Pour un peu, on penserait que ce sont les mêmes qui nous auraient
poussé à faire la guerre à l’axe germano-nippon en 1940. Mais, après tout, ne s’agit-il pas de
bâtir l’Empire de la « Paix » ? Chacun aura compris, en effet, que si « le christianisme et
l’islam ont en commun d’être deux religions impérialistes », comme le dit Pascal Bruckner, le
judaïsme, lui, est une religion de Paix et d’Amour.
(1) Daniel Cohn-Bendit, Bernard Kouchner, Quand tu seras président, Robert Laffont,
2004, pp. 320, 183, 190.
(2) Daniel Cohn-Bendit, Bernard Kouchner, Quand tu seras président, pp. 228, 229, 219,
222.
(3) Daniel Cohn-Bendit, Bernard Kouchner, Quand tu seras président, Robert Laffont,
2004, p. 326.
(4) Guy Konopnicki, La Place de la nation, Olivier Orban, 1983, p. 138.
(5) Bernard-Henri Lévy, Récidives, Grasset, 2004, p. 886.
(6) Norman Mailer, Pourquoi nous sommes en guerre, Denoël pour la traduction française,
2003, pp. 93, 94, 108
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La tendance diabolique (2)
Ces lignes sont extraites de " Psychanalyse du judaïsme " (pp. 250-252)
Voici un texte stupéfiant de l’écrivain autrichien Joseph Roth, le fameux auteur de la Marche
de Radetsky. Dans un récit de 1934 intitulé L’Antéchrist est arrivé, Joseph Roth met ses lecteurs
en garde contre les agissements du Malin et nous apprend à le reconnaître sous ses
déguisements. On peut lire en épigraphe : « J’ai écrit ce livre comme un avertissement, une mise
en garde, afin que l’on reconnaisse l’Antéchrist, sous quelque figure qu’il apparaisse » :
« On reconnaît l’Antéchrist le plus clairement là où il métamorphose en chose vulgaire ce
qui est noble par essence, écrit Joseph Roth. Profaner le sacré, rabaisser le sublime, pervertir
le droit, défigurer le beau, est précisément le sens de tout son comportement. Non content que
le royaume lui soit donné sur ce qui est par essence vulgaire et qui n’est qu’une des
composantes du monde terrestre, il essaie d’étendre sa domination sur ce qui est noble. Mais
comme cet élément, s’il restait noble, ne tomberait jamais en son pouvoir, il commence par le
rendre mauvais. Il ressemble à un roi tyrannique dont le propre pays est un désert et qui, afin
de conquérir les pays voisins florissants, transforme tout d’abord ces pays florissants en
déserts, afin qu’ils ressemblent aux siens… L’Antéchrist a le pouvoir de transformer en désert
ce qui est florissant et, ce faisant, de nous aveugler au point que nous croyons que ce qui est
désert est florissant. Et, tandis qu’il détruit, nous croyons qu’il construit. Lorsqu’il nous donne
des pierres, nous croyons que c’est du pain. Le poison qui coule dans sa coupe a pour nous le
goût d’une source de vie. » (1).
Le plan de l’Antéchrist pour subvertir les nations est le suivant : « Rusé comme il est, il ne
commença pas par séduire les révoltés, mais d’abord et surtout les conservateurs. Il séjourna
tout d’abord dans les églises, puis dans les maisons des maîtres. Car c’est là sa méthode, à
laquelle on le reconnaît infailliblement, et c’est une erreur, l’erreur du monde qui croit qu’on
le reconnaît à ce qu’il soulève et incite à la révolte les humiliés et les asservis. Ce serait une
sottise, et l’Antéchrist est rusé. Il n’incite pas les opprimés à la rébellion, il incite les maîtres à
l’oppression. Il ne fait pas des rebelles, il fait des tyrans. Lorsqu’il a introduit la tyrannie, il
sait que la rébellion suivra spontanément. Ainsi, sa victoire est double, car il force pour ainsi
dire à entrer à son service les Justes qui par ailleurs lui résistent. Il ne persuade pas les
esclaves de devenir les maîtres : il fait des maîtres ses esclaves. Et ensuite, lorsqu’ils sont à
son service, il les contraint à réduire à l’esclavage les travailleurs, les humbles et les Justes.
Alors les pauvres, les humbles se révoltent d’eux-mêmes contre le pouvoir… Le monde se
trompe donc en disant que l’Antéchrist conduit les révoltés. Au contraire : il séduit les
conservateurs. En raison même de sa nature, il lui est moins facile d’approcher ceux qui
souffrent que les puissants. » De même, écrit Joseph Roth, l’Antéchrist « a transformé les
prêtres en menteurs afin d’inciter les croyants à nier Dieu. »
Mais qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas des juifs, dont parle Joseph Roth, mais bien des
antisémites : « Celui qui croit en Jésus-Christ et hait les juifs, son sein terrestre, les méprise ou
seulement en fait peu de cas, celui-là est le frère de l’Antéchrist… Vous êtes possédés de
l’Antéchrist… Vous enviez les juifs parce qu’ils conquièrent les biens terrestres. Telle est la
vérité. Vous voulez vous-mêmes tous les biens terrestres. C’est parmi vous et en vous qu’est
l’Antéchrist. »
Et c’est avec un certain aplomb très caractéristique, la « houtzpah » habituelle, que Joseph
Roth nous explique ensuite ce que doit être un bon chrétien, met en garde contre les brebis
galeuses, et donne ses directives pour régenter correctement l’Église. Il conclut ainsi sa
démonstration :
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« Les faux chrétiens haïssent ou méprisent ou font peu de cas du sein du Sauveur, c’est-àdire
des juifs. Car les juifs sont le sein terrestre de Jésus-Christ. Qui tient les juifs en peu
d’estime tient aussi Jésus-Christ en peu d’estime. Quiconque est chrétien estime les juifs.
Quiconque les méprise ou en fait peu de cas n’est pas chrétien et bafoue Dieu lui-même…
Quiconque veut cependant se venger lui-même sur les juifs, au nom de Dieu, comme son
représentant pour ainsi dire, celui-là est présomptueux et commet un péché mortel… Celui qui
peut haïr, quel que soit l’objet de sa haine, est un païen et non un chrétien. Et quiconque croit
qu’il est chrétien pour la simple raison qu’il n’est pas juif, celui-là est doublement et
triplement païen. Qu’il soit exclu de la communauté des chrétiens. Et si l’Église ne le chasse
pas, Dieu le chassera lui-même. » (2)
Contrairement aux pires préjugés antisémites, il faut croire que les juifs sont des êtres
pauvres, vulnérables et inoffensifs : « Vint alors à moi un homme faible, écrit Joseph Roth,
l’une des plus faibles victimes des puissants, c’est-à-dire un juif. »
Et il serait bon de faire preuve d’un peu plus de respect à son égard : « Nous autres, les
juifs, nous avons eu, nous aussi, une maison autrefois. Mais, chez nous, il était écrit que
l’étranger était chez lui dans notre maison. Et tous, parmi nous, s’en tenaient à ce
commandement. » (3) La longue tradition d’hospitalité des juifs est en effet bien connue.
Quelques pages plus loin, Joseph Roth nous met encore une fois en garde contre toute
tentation de s’opposer aux juifs : « Dieu seul a le droit de punir les juifs. Lui-même, Dieu Luimême,
hait les hommes qui haïssent les juifs… Vous, antisémites, vous êtes la main droite et
la baguette magique de l’Antéchrist. »
Il ne faudrait pas non plus penser qu’il y a dans ces lignes le moindre orgueil, la moindre
mégalomanie d’un écrivain juif. Ce serait une opinion antisémite de penser une chose pareille,
un affront au peuple juif tout entier, et aussi, une grave erreur d’interprétation : « Les anciens
juifs disaient qu’ils étaient le peuple élu de Dieu, écrit Roth. Mais à quelle fin disaient-ils cela
? Afin de donner naissance au Rédempteur du monde, à Jésus-Christ qui est mort sur la croix
pour tous les hommes. L’orgueil des juifs était donc en vérité humilité. » (4) Nous voilà donc
rassurés !
On peut à bon droit penser que Joseph Roth a pris ici un « malin » plaisir à inverser les
rôles. En réalité, ce serait bien les juifs, et non les antisémites, qui incarneraient selon lui
l’Antéchrist. L’auteur laisse d’ailleurs un indice assez grossier, en prétendant, dans un passage
du texte, que l’Antéchrist a aussi « organisé la guerre entre la Russie et le Japon ? », écrit-il, et
a pour habitude de : « voler des soldats qui meurent ? » (page 138). Or, il est de notoriété
publique que la guerre de 1905 du Japon contre la Russie a été très largement financée par le
richissime homme d’affaire américain Jacob Schiff, par haine du tsarisme. Jacques Attali a
d’ailleurs confirmé le rôle essentiel des financiers juifs dans cette guerre : « Max Warburg et
Jacob Schiff deviennent alors les financiers attitrés du Japon. Schiff effectue même en 1906
un voyage triomphal dans l’archipel, à la grande fureur des Russes. » (5) Quant au
détroussage des cadavres sur les champs de batailles, c’est une longue tradition chez les juifs
d’Europe de l’Est (6), que les soldats de tout le continent, qui regardaient de loin s’activer les
silhouettes noires penchées sur les cadavres, avaient l’habitude d’appeler les « corbeaux ».
Dans l’esprit de Joseph Roth, ce texte n’a donc pas seulement une valeur combative,
destinée à extirper du cerveau du goy toute trace d’antisémitisme. Il a aussi une fonction
d’exutoire : Joseph Roth a inversé les rôles pour exprimer de manière voilée la névrose du
judaïsme et la tentation, chez certains juifs, de s’identifier à l’Antéchrist et au diable en
personne. Il est intéressant à ce sujet de constater que l’oeuvre de « Satan », chez les chrétiens,
consiste à renverser systématiquement toutes les valeurs établies. Mais peut-être ne s’agit-il,
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chez ces intellectuels juifs, que d’un simple jeu intellectuel, un jeu certes fort malsain, et qui
n’est assurément que le produit d’une grave névrose.
1. Joseph Roth, L’Antéchrist est arrivé, 1934, dans Juifs en errance, Seuil, 1986, pp. 129,
130.
2. Ibidem, pp. 172-174, 214-218.
3. « Les étrangers sont chez eux chez nous » a déclaré un jour le président François
Mitterrand, qui était très « entouré ».
4. Joseph Roth, L’Antéchrist est arrivé, op. cit., pp. 237, 241, 214.
5. Jacques Attali, Les Juifs, le monde et l’argent, Fayard, 2002, p. 444.
6. Les Espérances planétariennes, p. 407.
Psychanalyse du judaïsme, 2006, 400 pages, 26 €
Commandes à : Éditions Baskerville, SDE Domiciliations,
14 rue Brossolette, 92300 Levallois.
Chèque à l’ordre de HERVE FRANCOIS. Ajouter deux euros de frais de port.
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2 commentaires:

wah fkir a dit…

Au début sévissaient les agents du NWO (Attali et acolytes)et leurs plans machiavéliques. Les guerres, le colonialisme, la famine étaient programmés pour déplacer les peuples de part le Monde et opérer ce grand mélange anarchique, le multiculturalisme et la destruction des états-nations. Mais le Tout Puissant dans son immense sagesse, va transformer les méfaits des Rabbins, en bénédiction pour l'humanité : les Musulmans sont un rappel à la croyance même lorsqu'ils sont combattus. Le Qoran livre sacré et Message divin inaltéré est en circulation massive et rappel les croyants aux principes originaux des lois d'Abraham, Moise, Jésus Christ, Mohammed (Paix et Salut sur eux).
Les mosquées apparaissent partout,"Dieu est grand" terrifie la gente talmude qui voit se répandre la foi qu'elle a pendant des siècles tenter de supprimer par la publication d'utopies et d'abominations de tout genre. La panique s'installe dans les états majors sionistes-talmudes, des opérations de diversion sont organisées :endosser aux Musulmans la responsabilité des attentats exécutés par le Mossad (New York 9/11), soutenir les Mercenaires encadrés par les services secrets du NWO (Ben Ladden l'ami de Bush, les bandes de terroristes encadrées par les CIA-MI6-MOSSAD), créer des polémiques stériles(voile, construction de mosquées, immigration, etc..). Objectif urgent: freiner la marche de la foi qui contamine toute les confessions, soulevant des questions sur Dieu, les Prophètes, les livres sacrés, bref un retour vers la religion, loin des utopies (socialisme, darwinisme, athéisme, modernisme, etc...). Bon courage à SSx, continuez à répandre la vérité et n'ayez aucune crainte, Dieu est vérité, Satan et ses enfants des menteurs !

Heretique a dit…

notre civilisation s'est attachée a trouver les conséquences des choses(science) mais en a oublié les causes : l'unique, le divin, l'innommable...

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