samedi 20 février 2010

les juifs, partie 2

La période de l'usurier juif
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Jusqu'au XI° siècle, le régime économique qui dominait en Europe occidentale, se
caractérisait par l'absence d'une production destinée à l'échange. Les quelques villes
qui subsistaient de l'époque romaine, remplissaient principalement des fonctions administratives
et militaires. Toute la production était uniquement destinée à la
consommation locale et les domaines seigneuriaux se suffisant à eux-mêmes, entraient
seulement en contact avec le vaste monde par les marchands juifs qui s'aventuraient
dans ces parages208. Le rôle joué par les Européens dans le commerce ne pouvait être
que passif.

Mais avec le temps, l'importation des marchandises orientales augmentant toujours,
on a intérêt à produire directement pour l'échange. Le développement commercial
stimule ainsi la production indigène. La production des valeurs d'usage cède progressivement
la place à la production des valeurs d'échange.

Tous les produits indigènes ne sont pas recherchés en Orient. La production des
valeurs d'échange se développe d'abord là où diverses conditions sont réunies pour la
fabrication ou l'extraction de certaines marchandises particulièrement prisées à
l'étranger, des produits des monopoles. Ainsi, les laines d'Angleterre, les draps de
Flandre, le sel de Venise, les cuivres dinantais, etc. Là, dans ces endroits privilégiés, se
développent rapidement
« ces industries spécialisées dont les produits ont tout de [72] suite débordé,
grâce au commerce au-delà des lieux d'origine209 ».

De passif, le commerce devient actif. Les draps de Flandre, les tissus de Florence
partent à la conquête du vaste monde. Etant particulièrement recherchés, ces produits
sont ainsi source d'énormes bénéfices. Cette rapide accumulation de richesses rend
possible un développement accéléré de la classe marchande indigène. Ainsi, le sel fut
entre les mains des Vénitiens un puissant moyen de s'enrichir et de tenir les peuples
dans la sujétion. Dès l'origine, ces insulaires avaient fait, dans leurs lagunes, un sel qui
fut recherché par tous les peuples situés dans l'Adriatique et qui valut à Venise des
privilèges de commerce, des faveurs et des traités210.

Aussi longtemps que l'Europe vécut sous le régime de l'économie naturelle, l'initiative
du trafic commercial appartint aux marchands venus de l'Orient, principalement
aux Juifs. Seuls, quelques colporteurs, quelques humbles fournisseurs des châteaux
de nobles et du clergé parviennent à se détacher de la masse humble des serfs
rivés à la glèbe. Mais le développement de la production indigène rend possible la
formation rapide d'une classe puissante de marchands indigènes. Issus des artisans, ils
se les subordonnent en mettant la main sur la distribution des matières premières211.

Contrairement au commerce mené par les Juifs, nettement séparé de la production, le
commerce indigène est essentiellement basé sur l'industrie.
Partout le développement industriel va de pair avec l'extension commerciale.
« Venise eut l'avantage d'être à la fois une des villes les plus commerçantes et les
plus industrielles du monde. Ses fabriques servaient merveilleusement ses négociants
dans leurs relations avec l'Orient. Venise et les villes voisines furent remplies de fabriques
de toute espèce212. »

« En Italie comme en Flandre, le commerce de terre, par lequel il se prolonge, a
pour conséquence l'activité des ports : Venise, Pise et Gênes ici ; Bruges là-bas. Puis,
derrière eux se développent les villes industrielles : les communes lombardes et Florence,
d'une part ; de l'autre, Gand, Ypres, Lille, Douai, et plus loin, Valenciennes,
Bruxelles213. »

L'industrie lainière devint la base de la grandeur et de la prospérité des villes
médiévales. Les draps et les tissus constituaient les marchandises les plus importantes
sur les foires du Moyen Age214. Par là apparaît aussi la différence profonde entre le
capitalisme médiéval et le capitalisme moderne ; celui-ci reposant sur une formidable
révolution des moyens de production, celui-là uniquement basé sur le développement
de la production des valeurs d'échange.

L'évolution échangiste de l'économie médiévale s'avéra fatale pour les positions
des Juifs dans le commerce. Le marchand juif, important des épices en Europe et exportant
des esclaves, est remplacé par de respectables commerçants chrétiens auxquels
l'industrie urbaine fournit le principal aliment de leur négoce.
Cette classe commerçante indigène se heurte violemment aux Juifs, détenteurs
d'une position économique surannée, héritée d'une période antérieure de l'évolution
historique.

La contradiction croissante entre le commerce « chrétien » et juif se ramène donc
à l'opposition de deux régimes : celui de l'économie échangiste et celui de l'économie
naturelle. C'est donc le développement économique de l'Occident qui détruisit la fonction
commerciale des Juifs, basée sur l'état arriéré de la production215.
Le monopole commercial des Juifs déclinait à mesure que se développaient les
peuples dont l'exploitation l'alimentait.

« Des siècles durant, les Juifs furent les tuteurs commerciaux des peuples nouveaux.
Rôle dont ces derniers ne méconnaissaient pas l'utilité. Mais toute tutelle devient
incommode lorsqu'elle se prolonge. Des peuples entiers s'émancipent, tout
comme les hommes, et non sans lutte, de la tutelle d'autres peuples216. »

Avec le développement de l'économie échangiste en Europe, la croissance des
villes et de l'industrie corporative, les Juifs sont évincés progressivement des positions
économiques qu'ils occupaient217. Cette éviction est accompagnée d'une lutte farouche
de la classe commerçante indigène contre les Juifs. Les croisades qui furent aussi l'expression
de la volonté des villes marchandes de se frayer un chemin vers l'Orient, leur
fournissent l'occasion de violentes persécutions et sanglants massacres contre les
Juifs. A partir de cette époque, la situation des Juifs dans les villes de l'Europe occidentale
est définitivement compromise.

Au début, la transformation économique n'atteint que certains centres urbains
importants. Les domaines seigneuriaux sont très peu affectés par ce changement et le
système féodal continue à y fleurir. Partant, la carrière de la richesse juive n'est pas
encore terminée. Les domaines seigneuriaux offrent encore un champ d'action important
aux Juifs. Mais maintenant, le capital juif, principalement commercial à l'époque
précédente, devient presque exclusivement usuraire. Ce n'est plus le Juif qui fournit
au seigneur les marchandises orientales, mais pendant un certain temps, c'est encore
lui qui avance de l'argent pour ses dépenses. Si dans la période précédente, « Juif »
était synonyme de « marchand », il commence de plus en plus à s'identifier avec
« usurier218 ».

Il va sans dire que prétendre, comme le font la plupart des historiens, que
les Juifs ont commencé à s'occuper du crédit seulement après leur éviction du commerce,
est une grossière erreur. Le capital usuraire est frère du capital commercial.

Dans les pays d'Europe orientale, où il n'y eut pas d'élimination des Juifs du commerce,
on rencontre, comme nous le verrons plus tard, un nombre respectable d'usuriers
juifs219. En réalité, l'éviction des Juifs du commerce a eu pour conséquence de les
cantonner dans une des professions qu'ils avaient déjà pratiquées auparavant.
Le fait que les Juifs aient possédé, à différentes époques, des propriétés terriennes
ne peut servir d'argument sérieux en faveur de la thèse traditionnelle des historiens
juifs. Loin de constituer une preuve de la multiplicité, des occupations des Juifs,
la propriété juive doit être considérée comme fruit de leurs opérations usuraires et
commerciales220.

Dans les livres commerciaux du Juif français Heliot, de Franche-Comté, qui vécut
au début du XIV° siècle, nous trouvons des vignobles mentionnés parmi ses propriétés.
Mais il ressort [76] clairement de ses livres que ces vignobles ne constituaient pas
pour Heliot la base d'une profession agricole : ils étaient le produit de ses opérations
mercantiles. Lorsque, en 1360, le roi de France eut invité à nouveau les Juifs sur son
territoire, le représentant des Juifs, un certain Manassé, souleva le problème de la
protection royale pour les vignobles et les bêtes qui passeraient aux mains des Juifs
comme gages non libérés. En Espagne, lors de grandes disputes théologiques entre
Juifs et chrétiens, ces derniers reprochent aux Juifs de s'être enrichis grâce à leurs
opérations « d'usure. Ils se sont emparés des champs et des bêtes... Ils possèdent les
trois quarts des champs et des terrains d'Espagne221 ».

Les propriétés nobles passant aux mains des Juifs sont un fait courant à cette
époque. Tel le village de Strizov, en Bohême, ayant appartenu à deux nobles et attribué
en paiement de dettes aux Juifs Fater et Merklin (1382). Le village Zlamany Ujezd,
en Moravie, alloué au Juif Aron de Hradic ; le village Neverovo, en Lituanie, attribué
au Juif Levon Salomic, etc.

Aussi longtemps que la propriété foncière des Juifs ne constituait pour eux
qu'un objet des spéculations, elle ne pouvait avoir qu'un caractère extrêmement précaire
parce que la classe féodale parvint très tôt à imposer l'interdiction d'engager des
propriétés immobilières chez les Juifs.

Il en fut autrement là où il se produisait une véritable mutation économique et
sociale, là où les Juifs abandonnaient leurs affaires pour devenir de véritables propriétaires
terriens. Il fallait que, tôt ou tard, ils changeassent également de religion.

Au début du XV° siècle, un Juif du nom de Woltschko étant devenu propriétaire
de plusieurs villages, le roi de Pologne s'efforçait absolument de l'amener à
« reconnaître son aveuglement et à se joindre à la sainte religion chrétienne ». Ce fait
est significatif, car les rois de Pologne protégeaient avec sollicitude la religion juive.
Jamais l'idée ne leur serait venue de convertir au christianisme des marchands ou des
banquiers juifs. Mais un propriétaire terrien juif au Moyen Age ne pouvait constituer
qu'une anomalie.
Ceci est généralement vrai en ce qui concerne l'usurier chrétien.

Ce problème n'a naturellement rien de commun avec les niaiseries raciales. Il est
clair qu'il est complètement inepte de prétendre, avec Sombart, que l'usure constitue
une qualité spécifique de la « race juive ». L'usure, qui joue, comme nous l'avons vu,
un rôle important dans les société précapitalistes, est presque aussi vieille que l'humanité
et a été pratiquée par toutes les races et nations. Il suffit de rappeler le rôle
prédominant joué par l'usure dans les sociétés grecque et romaine222.

Prétendre que les Juifs ont pratiqué l'usure en raison de leurs dispositions raciales,
c'est renverser les données du problème. Ce n'est pas par les capacités
« innées » ou l'idéologie d'un groupe social qu'il faut expliquer sa position économique.
C'est, au contraire, sa position économique qui explique ses capacités et son
idéologie. La société médiévale n'a pas été divisée en seigneurs et en serfs, parce que
chacun de ces groupes possédait à l'origine des dispositions spécifiques pour le rôle
économique qu'il devait jouer. L'idéologie et les capacités de chaque classe se sont
formées lentement en fonction de leurs positions économiques.

Il en est de même des Juifs. Ce n'est pas leur disposition « innée » au commerce
qui explique leur position économique, c'est leur position économique qui explique
leurs dispositions au commerce. Les Juifs constituent d'ailleurs un conglomérat racial
très hétérogène. Ils ont absorbé, au cours de leur histoire, une multitude d'éléments
ethniques non sémitiques. En Angleterre, le « monopole de l'usure leur apportait de
telles richesses qu'on indique des chrétiens qui sont passés au judaïsme pour partici-
per au monopole de prêt juif223 ». Le judaïsme constitue donc bien le résultat d'une
sélection sociale et non pas une « race ayant des dispositions innées pour le commerce
». Mais la primauté du facteur économique et social n'exclut pas, loin s'en faut,
l'influence du facteur psychologique.

Tout comme il est enfantin de voir dans la position économique [78] du judaïsme
le résultat des « dispositions des Juifs », il est puéril de la considérer comme le
fruit des persécutions et d'interdictions légales d'exercer d'autres professions que le
commerce ou l'usure.

« Dans de nombreux écrits sur la vie économique des Juifs au Moyen Age, il est
dit qu'ils furent exclus, dès le début, de l'artisanat, du trafic des marchandises et qu'il
leur était interdit de posséder des propriétés foncières. Ce n'est là qu'une fable. En
fait, au XII° siècle et au XIII° siècle, habitant dans presque toutes les grandes villes de
l'Allemagne de l'Ouest, ils demeuraient parmi les chrétiens et ils jouissaient des mêmes
droits civiques que ces derniers... A Cologne, pendant toute une période, les Juifs
avaient même possédé le droit d'obliger un chrétien, qui avait une réclamation à
adresser à un Juif, de comparaître devant des juges juifs pour être jugé selon le droit
hébraïque...

Il est tout aussi faux de prétendre que les Juifs ne pouvaient point être admis
dans les corporations artisanales. Certes, plusieurs corporations n'admettaient pas ce
qu'on appelait « les enfants juifs » (Juden Kinder), comme apprentis, mais ce n'était
pas le cas pour toutes les corporations. L'existence d'orfèvres juifs, même à l'époque
où les règlements corporatifs devinrent beaucoup plus sévères, le prouve à suffisance.

Il y avait certainement peu de forgerons et de charpentiers juifs parmi les artisans au
Moyen Age : les parents juifs qui donnaient leurs enfants en apprentissage dans ces
métiers étaient très rares. Même les corporations qui excluaient les Juifs ne le faisaient
pas par animosité religieuse ou par haine de race, mais parce que les métiers d'usuriers
et de colporteurs étaient réputés « malhonnêtes ». Les corporations excluaient les
enfants d'hommes d'affaires, d'usuriers et de colporteurs juifs, tout comme elles n'acceptaient
pas en leur sein des fils de simples manoeuvres, de bateliers et de tisserands
de lin224.

La société féodale était essentiellement une société de castes. Elle voulait que
chacun « restât à sa place225 ». Elle combattait l'usure des chrétiens comme elle rendait
impossible aux bourgeois l'accession à la noblesse, comme elle regardait avec[79]
mépris le noble qui s'abaissait à pratiquer un métier ou à faire du commerce.
En 1462, on chasse, de la ville de Nordlingen, le docteur Han Winter parce qu'il
pratiquait l'usure par l'intermédiaire d'un Juif. Trente ans plus tard, dans la même
ville, un bourgeois du nom de Kinkel a été exposé au pilori et chassé de la ville pour
avoir pratiqué la « profession juive ». Le synode de Bamberg, en 1491, menace de
chasser de la communauté chrétienne tout chrétien pratiquant l'usure, seul ou par
l'intermédiaire des Juifs. En 1487, en Silésie, on décrète que tout chrétien qui aura
pratiqué l'usure sera mis à la disposition du tribunal royal et puni d'une façon exemplaire.

Aussi longtemps que l'édifice féodal demeure solide, l'attitude de la société chrétienne
à l'égard du prêt à intérêt ne change pas. Mais les profondes mutations économiques
que nous avons examinées plus haut renversent les données du problème. Le
développement industriel et commercial hisse la banque à un rôle indispensable dans
l'économie. Le banquier avançant des fonds au commerçant ou à l'artisan, devient un
élément essentiel du développement économique.

Le trésor de l'usurier remplit, à l'époque féodale, le rôle d'une réserve nécessaire,
mais absolument improductive.

« Les formes caractéristiques - dans la production capitaliste, ces formes sont secondaires
et ne déterminent plus le caractère du capital productif d'intérêt - sous lesquelles
fonctionne le capital usuraire dans la période précapitaliste sont au nombre
de deux : l'usure est prélevée soit sur les prêts aux grands, généralement des propriétaires
fonciers qui dissipent leur fortune, soit sur les prêts aux petits producteurs,
propriétaires de leurs instruments de travail, c'est-à-dire aux artisans et surtout aux
paysans qui représentaient à cette époque la classe la plus importante226. »

L'usurier prête aux féodaux et aux rois pour leur luxe et leurs dépenses de
guerre. Il prête aux paysans et aux artisans pour leur permettre de payer les taxes, les
redevances, etc. L'argent prêté par l'usurier ne crée pas de la plus-value ; il lui permet
seulement de s'emparer d'une partie du surproduit déjà existant.

La fonction du banquier est toute différente. Il contribue directement à la production
de la plus-value. Il est productif. Le banquier finance les grandes entreprises
commerciales et industrielles. Tandis que le crédit est essentiellement un crédit de
consommation à l'époque féodale, il devient un crédit de production et de circulation
à l'époque du développement commercial et industriel.

Il y a donc une différence essentielle entre l'usurier et le banquier. Le premier
est l'organe du crédit à l'époque féodale, tandis que le second est l'organe du crédit à
l'époque de l'économie échangiste. Le fait d'ignorer cette distinction fondamentale
induit presque tous les historiens en erreur. Ils ne voient aucune différence entre le
banquier de l'Antiquité, le banquier juif d'Angleterre au XI° siècle et Rothschild ou
même Fugger.

« Newman dit que la différence entre l'usurier et le banquier consiste en ce que
le premier prête au pauvre et le second au riche. Il ne voit pas qu'il ne s'agit pas simplement
d'une question de riche et de pauvre, mais de la différence entre deux modes
sociaux de production et entre les structures sociales qui y correspondent227. »
Bien entendu, cette distinction devient surtout visible à l'époque capitaliste proprement
dite. Mais « déjà, dans les formes antérieures, le commerçant a, avec le prêteur, les mêmes
rapports que le capitaliste moderne, et ce rapport n'échappe pas à l'attention des universités
catholiques. Les universités d'Alcala, de Salamanque, d'Ingolstadt, de Fribourg-
en-Brisgau, de Mayence, de Cologne et de Trèves reconnurent l'une après l'autre
la légitimité de l'intérêt de l'argent avancé pour le commerce228 ».

A mesure que le développement économique se poursuit, la banque conquiert
des positions de plus en plus solides, tandis que l'usurier juif perd de plus en plus de
terrain. On ne le trouve plus dans les prospères cités commerciales de Flandres, parce
que « les Juifs, à la différence des Lombards, ne pratiquaient que le taux à intérêt et
ne jouaient pas le rôle d'intermédiaires dans les opérations de négoce229 ».
Après leur élimination du commerce, procès qui s'achève en Europe occidentale
au XIII° siècle, les Juifs développent encore les affaires d'usure dans les régions non
encore atteintes par l'économie échangiste.

En Angleterre, à l'époque du roi Henri II (deuxième moitié du XII° siècle), les
Juifs sont déjà enfoncés dans l'usure. Ils sont généralement très riches et leur clientèle
est constituée par des grands propriétaires fonciers. Le plus célèbre de ces banquiers
juifs était un certain Aaron de Lincoln, très actif à la fin du XII° siècle. Le roi Henri II,
seul, lui devait 100.000 £, somme équivalente au budget annuel du royaume d'Angleterre
à cette époque.

Grâce au taux d'intérêt extrêmement élevé - il oscillait entre 43 et 86 % - une
masse de terres de la noblesse est passée aux mains des usuriers juifs. Mais ils avaient
des associés puissants et... exigeants. Si les rois d'Angleterre soutenaient les affaires
des Juifs, c'est parce qu'elles constituaient pour eux une source très importante de
revenus. Tous les prêts contractés chez les Juifs étaient enregistrés dans le scaccarium
judaeorum et étaient frappés d'une taxe de 10 % au profit du trésor royal. Mais cette
contribution légale était loin de suffire aux rois. Tous les prétextes leur étaient bons
pour déposséder les Juifs et continuellement, l'usure exercée par les Juifs contribuait
à grossir le trésor royal. Il était surtout mauvais pour les Juifs d'avoir les rois comme
débiteurs importants. Les héritiers d'Aaron de Lincoln s'en aperçurent en 1187, lorsque
le roi d'Angleterre confisqua les biens de ce riche banquier.

La noblesse dépossédée se vengeait en organisant des massacres de Juifs. En
1189, les Juifs sont massacrés à Londres, à Lincoln et à Stamford. Une année plus tard,
la noblesse, conduite par un certain Malebysse, détruit le scaccarium judaeorum de
York. Les traites sont solennellement brûlées. Les Juifs, assiégés dans le château, se
suicident. Mais le roi continue à protéger les Juifs, même après leur mort... Il exige le
paiement, à son profit, des sommes dues aux Juifs, étant donné que les Juifs étaient
les « esclaves de son trésor ». Des employés spéciaux sont chargés par lui de faire une
liste exacte de toutes les dettes.

Au début du XIII° siècle, le roi concède à la noblesse anglaise une « magna charta
» qui apporte certaines améliorations au régime des prêts. Cependant, en 1262 et
en 1264, de nouvelles émeutes éclatent contre les Juifs.

En 1290, toute la population juive d'Angleterre, c'est-à-dire près de 3.000 personnes,
est expulsée et ses biens sont confisqués. La situation économique des Juifs,
beaucoup plus nombreux en France (100.000), n'est pas sensiblement différente de
celle des Juifs anglais.

« A l'avènement de Philippe Auguste (1180) et dans les premières années de son
règne, les Hébreux étaient riches et nombreux en France. De savants rabbins avaient
été attirés à la synagogue de Paris, laquelle, à l'entrée solennelle du pape Innocent à
Saint-Denis en 1135, avait déjà figuré parmi les corporations de la capitale au passage
du pontife. Suivant l'historien Rigord, ils avaient acquis presque la moitié de Paris...
Dans les villages, les villes et les faubourgs, partout s'étendaient leurs créances. Un
grand nombre de chrétiens avaient même été expropriés par les Juifs pour cause de
dettes230. »

C'est surtout dans la France du Nord que les Juifs s'occupent d'usure. En Provence,
au XIII° siècle, la participation des Juifs au commerce est encore très importante.
Les Juifs de Marseille étaient en relations d'affaires suivies avec l'Espagne,
l'Afrique du Nord, la Sicile et la Palestine. Ils possédaient même des bateaux et importaient,
comme leurs ancêtres de l'époque carolingienne, des épices, des esclaves.

Mais ce ne sont là que les vestiges d'une époque révolue. L'usure semble constituer,
au XIII° siècle, la fonction économi[83]que principale des Juifs de France. Dans
chaque ville, un notaire était désigné pour les affaires de prêt. Le taux d'intérêt s'élevait
à 43 %. Jusqu'au statut de Melun (1230) qui interdit aux Juifs le prêt sur gages
immobiliers, les clients principaux des banquiers juifs étaient les princes et les seigneurs.
Au début du XII° siècle, le Juif Salomon, de Dijon, était créancier des plus
grands cloîtres de France. Le comte de Montpellier devait à un Juif du nom de Bendet,
la somme de 50.000 sous. Le pape Innocent III, dans une lettre au roi de France, exprime
son indignation du fait que les Juifs s'approprient des biens de l'Eglise, qu'ils
s'emparent de terres, de vignobles.

Si la position économique des Juifs de France ressemblait à celle des Juifs d'Angleterre,
leur situation politique était différente. Le pouvoir, beaucoup plus morcelé,
les livrait aux mains d'une multitude de princes et de seigneurs. Les Juifs étaient assujettis
à une foule d'impôts et de taxes qui enrichissaient les puissants. Différents
moyens étaient mis en oeuvre pour extraire le plus d'argent des Juifs. Les arrestations
en masse, les procès rituels, les expulsions, tout cela était prétexte à de formidables
extorsions de fonds. Les rois de France expulsèrent et accueillirent à plusieurs reprises
des Juifs pour s'emparer de leurs biens.

On ne connaît pas exactement la position sociale et économique des Juifs dans
l'Espagne musulmane. Il ne fait cependant pas l'ombre d'un doute qu'ils appartenaient
aux classes privilégiées de la population.

« Arrivant à Grenade, écrit un certain Abou Ishak d'Elvira, j'ai vu que les Juifs
occupent ici des postes dirigeants. Ils se sont partagés la capitale et la province. Partout,
ces maudits sont à la tête de l'administration. Ils s'occupent de la rentrée des
impôts, vivent dans le luxe pendant que vous, musulmans, vous portez des haillons. »
En Espagne chrétienne, en Castille, les Juifs sont banquiers, fermiers d'impôts,
fournisseurs du roi. La royauté les protège parce qu'ils lui fournissent un appui économique
et politique. Le taux d'intérêt, plus bas que dans d'autres pays, était de 33
1/3 % au début du XII° siècle. Dans de nombreux cortès, la noblesse a lutté pour la
réduction du taux d'intérêt, mais elle s'est toujours heurtée à la résistance des rois.
C'est seulement sous le règne d'Alphonse IX que la noblesse est parvenue à des résultats
dans ce domaine.

Une situation semblable s'est créée en Aragon. Jehuda de [84] Cavallera est un
exemple caractéristique d'un grand « capitaliste » juif du XIII° siècle. Il affermait les
salines, battait monnaie, fournissait l'armée et possédait de grands terrains et une
multitude de troupeaux. C'est sa fortune qui permit la construction d'une flotte de
guerre pour la guerre contre les Arabes.

Le retard économique de l'Espagne rendit possible aux Juifs la conservation de
leurs positions commerciales plus longtemps qu'en Angleterre ou en France. Des documents
du XII° siècle mentionnent des Juifs de Barcelone effectuant des voyages jusqu'au
Bosphore. En 1105, le comte Bernard III concède un monopole d'importation
d'esclaves siciliens à trois Juifs, marchands et propriétaires de bateaux de Barcelone. Il
faudra attendre le XIV° siècle, lorsque Barcelone sera « transformée en vaste magasin
et en vaste atelier231 », pour que les Juifs soient complètement expulsés de son com-
merce. Leur situation a tellement empiré qu'ils sont obligés de payer des taxes pour
pouvoir passer par cette ville.
« Les infortunés Israélites, loin d'être marchands à Barcelone, y entraient comme
marchandise232. »

L'usure juive prend une telle extension en Aragon que des mouvements sérieux
contre les Juifs se produisent parmi la noblesse et la bourgeoisie.
En Allemagne, la période principalement commerciale s'étend jusqu'à la moitié
du XIII° siècle. Les Juifs mettent en rapport l'Allemagne avec la Hongrie, l'Italie, la
Grèce et la Bulgarie. Le commerce d'esclaves était florissant jusqu'au XII° siècle. Ainsi,
il est rappelé dans les tarifs douaniers de Wallenstadt et de Coblence que les marchands
d'esclaves juifs doivent payer pour chaque esclave 4 dinars. Un document de
1213 dit des Juifs de Laubach « qu'ils sont extraordinairement riches et qu'ils mènent
un grand commerce avec les Vénitiens, les Hongrois et les Croates ».

A partir du XIII° siècle, l'importance des villes allemandes s'accroît. Comme partout
ailleurs, et pour les mêmes causes, les Juifs sont éliminés du commerce et se
tournent vers les affaires bancaires.

Le centre de gravité de l'usure juive se concentre sur la noblesse. Les actes de
Nuremberg prouvent que la dette moyenne [85] contractée chez les Juifs se montait à
282 Gulden pour les gens de la ville et à 1.672 pour les nobles. Il en est pareillement
des 87 traites de l'Ulmen qui appartenaient à des maisons de banque juives. Sur les
17.302 Gulden qu'elles représentent, 90 % sont dus par des nobles. En 1344, le banquier
juif Fivelin prête au comte de Zweibrücken 1.090 livres. Le même Fivelin, en
collaboration avec un certain Jacob Daniels, prête, en 1339, 61.000 florins au roi
d'Angleterre Edouard III233.

En 1451, l'empereur Frédéric III demande au pape Nicolas V un privilège pour
les Juifs, « afin qu'ils puissent habiter l'Autriche et y prêter à intérêt pour la plus
grande commodité de la noblesse ». Au XIII° siècle, les Juifs Lublin et Nzklo occupent à
Vienne les importantes fonctions de « comtes du trésor du duc autrichien » (Comites
camarae ducis austriae).

Mais cet état de choses ne pouvait se maintenir indéfiniment. L'usure détruisait
lentement le régime féodal, ruinait toutes les classes de la population sans introduire
une économie nouvelle à la place de l'ancienne. Contrairement au capital, l'usure est
essentiellement conservatrice.

« L'usure et le commerce exploitent un mode déterminé de production qu'ils ne
créent pas et auquel ils restent extérieurs ; l'usure cherche à conserver ce procédé intact,
afin de perpétuer son exploitation... L'usure agglomère l'argent là où les moyens
de production sont éparpillés. Elle ne modifie pas le mode de production, mais s'y
attache en parasite. Elle l'épuise, l'énerve et rend de plus en plus misérables les conditions
de la production... L'usure exploite, mais ne produit pas comme le capital234. »

Malgré cet effet destructif, l'usure reste indispensable dans les systèmes économiques
arriérés. Mais elle y devient une cause importante [86] de la stagnation économique,
comme cela se voit dans plusieurs pays asiatiques.

Si le fardeau de l'usurier devient de plus en plus insupportable en Europe occidentale,
c'est qu'il est incompatible avec les nouvelles formes économiques. L'économie
échangiste pénètre la vie rurale. Le développement industriel et commercial des
villes produit le recul du vieux système féodal dans les campagnes. Un vaste marché
s'offre aux produits agricoles, ce qui entraîne un recul sensible des anciennes formes
de servitude, de redevances basées sur l'économie naturelle.

« Ce n'est guère que dans les régions difficilement accessibles ou fort éloignées
des grands courants commerciaux que le servage conserve sa forme primitive. Partout
ailleurs, s'il ne disparaît pas, il s'atténue. On peut dire qu'à partir du commencement
du XIII° siècle, la classe rurale dans l'Europe occidentale et centrale est devenue ou est
en passe de devenir une population de paysans libres235. »

Partout en Europe occidentale et en partie en Europe centrale, les XII°, XIII° et
XIV° siècles sont l'époque du développement de l'usure juive. L'évolution économique
entraîne son rapide déclin. L'expulsion définitive des Juifs à lieu à la fin du XIII° siècle
en Angleterre ; à la fin du XIV° siècle en France ; à la fin du XV° siècle en Espagne. Ces
dates reflètent la différence de l'allure du développement économique de ces pays. Le
XIII° siècle est l'époque d'un épanouissement économique en Angleterre. C'est au XV°
siècle que les « royaumes espagnols s'enrichissent et développent leur commerce. Les campagnes
commencent à se couvrir de moutons et la laine espagnole devient, dans le
commerce du nord, une rivale de la laine anglaise. L'exportation en augmente considérablement
vers les Pays-Bas et l'élevage des moutons commencera à donner son aspect
caractéristique à la Castille dont il enrichit la noblesse. Le fer de Bilbao, l'huile
d'olive, les oranges, les grenades font aussi l'objet d'un transit grandissant vers le
nord236 ».

Le féodalisme cède progressivement la place au régime échangiste. Par voie de
conséquence, le champ d'activité de l'usure juive se rétrécit constamment. Elle devient
de plus en plus insup[87]portable parce que de moins en moins nécessaire. Plus l'argent
devient abondant par suite de la circulation plus intense des marchandises, et
plus la lutte devient impitoyable contre une fonction économique qui n'a pu guère
trouver de justification économique qu'au temps de l'immobilité économique, quand
le trésor de l'usurier constituait la réserve indispensable de la société.

Maintenant, le paysan commence à vendre ses produits et à payer son seigneur
en argent. La noblesse, pour satisfaire ses besoins de luxe croissants, a intérêt à affranchir
la paysannerie, à remplacer partout en rente en argent la rente stable en
produits.

« La transformation d'abord localisée, ensuite plus ou moins nationale, de la
rente produit en rente argent, suppose un développement déjà plus considérable du
commerce, de l'industrie urbaine, de la production marchande en général et par
conséquent de la circulation monétaire237. »

La transformation de toutes les classes de la société en producteurs de valeurs
d'échange, en possesseurs d'argent, les dresse unanimement contre l'usure juive dont
le caractère archaïque accentue l'apparence spoliatrice. La lutte contre les Juifs prend
des formes de plus en plus violentes. Il fallait que la royauté, traditionnelle protectrice
des Juifs, cédât aux revendications répétées des congrès de la noblesse et de la bour-
geoisie. D'ailleurs, les monarques eux-mêmes devaient puiser toujours plus souvent
dans les caisses de la bourgeoisie, classe qui monopolise bientôt la partie la plus importante
des biens immobiliers. Les Juifs, en tant que source de revenus, perdent de
plus en plus d'intérêt aux yeux des rois (sans compter que l'expulsion des Juifs était
toujours une opération extrêmement profitable).

C'est ainsi que les Juifs sont expulsés progressivement de tous les pays occidentaux.
C'est un exode des pays plus développés vers les pays arriérés de l'Europe orientale.
La Pologne, plongée [88] en plein dans le chaos féodal, devient le refuge principal
des Juifs chassés de partout ailleurs. Dans d'autres pays, en Allemagne, en Italie, les
Juifs se maintiennent encore dans les régions les moins évoluées. Lors du voyage de
Benjamin de Tudèle, il n'y avait presque pas de Juifs dans les centres commerciaux
tels que Pise, Amalfi, Gênes. Par contre, ils étaient très nombreux dans les parties les
plus arriérées de l'Italie. Même dans les Etats de l'Eglise, les conditions pour le commerce
et la banque juifs étaient beaucoup plus favorables que dans les riches républiques
marchandes de Venise, de Gênes, de Florence.

L'économie marchande expulse donc les Juifs de leurs derniers retranchements.
Le Juif, « banquier de la noblesse », est déjà tout à fait inconnu en Europe occidentale
vers la fin du Moyen Age. Ici et là, de petites communautés juives parviennent à se
maintenir dans certaines fonctions économiques subordonnées. Les « banques juives »
ne sont plus maintenant que des Monts-de-Piété où c'est la misère qui emprunte.

C'est la chute totale. Le Juif devient le petit usurier qui prête contre des gages de
peu de valeur aux pauvres des villes et des campagnes. Et que peut-il faire avec les
gages non retirés ? Il faut les vendre. Le Juif devient petit colporteur, frippier. C'en est
complètement fini de l'ancienne splendeur.

C'est alors que commence l'époque des ghettos238 et des pires persécutions et
humiliations.
L'image de ces malheureux portant rouelle et costumes les ridiculisant, payant
comme des bêtes des taxes pour le passage des villes et des ponts, honnis et abaissés,
s'est incrustée pour longtemps dans la mémoire des populations de l'Europe occidentale
et centrale.


208 « Le domaine doit avoir en soi tout ce qui est nécessaire à la vie. Il doit autant que possible, ne rien acheter
en dehors et ne pas appeler d'échanges. Il est à lui seul un petit monde et doit se suffire à lui-même. »
Fustel de Coulanges, Histoire des Institutions politiques de l'ancienne France, Paris, 1888-1892, tome IV, p.45.
209 Henri Pirenne, Anciennes Démocraties des Pays-Bas, p. 114.
« Les cuivres dinantais ou les draps flamands semblent avoir dû à une réputation méritée, d'avoir franchi
l'étroite enceinte du marché urbain. » M. Ansiaux, Traité d'Economie politique, p. 276.
210 G. B. Depping, Histoire du commerce entre l'Europe et le Levant, p. 182.
211 Chez les drapiers, qui travaillent parfois pour des marchés lointains, on voit des marchands se différencier
de la masse des artisans : ce sont les marchands drapiers. H. Sée Esquisse d'une histoire économique et
sociale de la France, p. 102.
212 G. B. Depping, op. cit., p. 184.
213 Henri Pirenne, Histoire de l'Europe, p.166.
214 M. Weber, Wirtschaftsgeschichte, München et Leipzig, 1923, p. 142.
215 W. Roscher dit : « Plus s'élevait la culture économique générale et plus la situation des Juifs empirait.»
216 W. Roscher, op. cit., p. 129.
« La loi d'après laquelle le développement autonome du capital commercial est en raison inverse du développement
de la production capitaliste se vérifie le plus clairement chez les peuples dont le commerce était
un commerce d'intermédiaires. » Karl Marx, Le Capital, livre III, p. 360 (éd. allemande, Berlin, 1953) ; t. 1, p.337 (trad. fr., Paris, 1957).
217 A. Schulte, dans sa Geschichte des mittelalterlichen Handels und Verkehrs zwischen Westdeutschland
und Italien, Leipzig, 1900, prétend que les Juifs n'ont pas essayé de se lier avec les artisans comme le faisaient
les entrepreneurs chrétiens et, perdant par là leurs positions commerciales, ont dû s'occuper exclusivement
du crédit. Cette remarque est fort intéressante. Elle montre l'essentiel du problème : la liaison du
commerce chrétien avec l'industrie et le manque de ce lien de la part du commerce juif.
218 Dans une étude consacrée aux Juifs d'une ville allemande, Halberstadt, Max Köhler dit qu'« à partir du
XIII° siècle, la profession la plus importante des Juifs de Halberstadt semble être l'usure. » Max Köhler,
Beiträge zur neueren jüdischen Wirtschaftsgeschichte Die Juden in Halberstadt und Umgebung bis zur
Emanzipation, Berlin, 1927.
M. Cunow dit dans son Allgemeine Wirtschaftsgeschichte (tome III, p. 45). « Malgré le fait que les conditions
économiques de la noblesse allaient toujours en s'aggravant, ses jeux militaires, ses orgies, ses fêtes, ses
magnifiques tournois, ne cessaient de prendre de l'extension au XIV° siècle. Les chevaliers pauvres considéraient
aussi qu'il était de leur devoir d'y prendre part. Comme les moyens pécuniaires nécessaires à cet
effet leur faisaient défaut, ils s'endettaient chez les Juifs dont la principale occupation était le prêt à intérêt...».
219 L'exemple de la Pologne prouve encore la puérilité du schéma habituel des historiens juifs qui prétendent
expliquer la fonction commerciale ou usuraire des Juifs par les persécutions. Qui avait donc interdit
aux Juifs de Pologne de devenir agriculteurs ou artisans ? Bien avant les premières tentatives des villes polonaises
de lutter contre les Juifs, tout le commerce et toute la banque de ce pays reposaient déjà entre
leurs mains.
220 Cette conception fausse des historiens juifs trouve son pendant dans l'affirmation selon laquelle les Juifs
durent abandonner leur « profession agricole » par suite d'interdictions légales. « Il est faux de penser qu'il
était interdit aux Juifs de posséder la terre. Là où nous trouvons, dans les villes médiévales, des Juifs faisant
des affaires, ils sont aussi en possession de leur propres maisons. Ils possèdent également des terrains sur le
territoire de la ville. A vrai dire, il ne semble pas qu'ils aient cultivé quelque part ces terrains. Aussitôt
qu'une terre passait en leurs mains comme gage, ils s'efforçaient de la vendre. Ce n'est pas parce qu'il leur
était interdit de la garder mais simplement parce qu'ils n'en éprouvaient pas le désir. Nous trouvons cependant
souvent, dans les registres, des vignobles et des vergers appartenant aux Juifs. Les produits de ces
terres pouvaient être facilement vendus. » H. Cunow, Allgemeine Wirtschaftsgeschichte, tome III, p. 110.
221 I. Schipper, Yidishe Geschikhte (Wirtschaftsgeschikhte). « Les Juifs formaient une classe sociale très puissante
par les richesses acquises dans l'industrie, le commerce et spécialement les opérations bancaires. » R.
Ballester, Histoire d'Espagne, trad. fr., Paris, 1938, p. 154.
222 « Nous voyons, dans les lettres de Cicéron, que le vertueux Brutus prêtait son argent en Chypre, à 48
pour cent. » A. Smith, The Wealth ot Nations, t. I, p. 84 (éd. Everyman's Library).
223 L. Brentano, Eine Geschichte der wirtschaftlichen Entwicklung Englands.
224 H. Cunow, Allgemeine Wirschaftsgeschichte, tome III, p. 74.
225 S'il est puéril de croire que la société féodale, dont le principe était que « chacun restât à sa place », ait
transformé les « agriculteurs juifs » en commerçants, il est évident par ailleurs que les interdictions légales,
elles-mêmes fruit des conditions économiques, ont joué un certain rôle dans le cantonnement des Juifs dans
le trafic, surtout dans les périodes où, par suite des changements économiques, la situation traditionnelle
des Juifs se trouvait compromise. Ainsi, par exemple, Frédéric le Grand n'était pas favorable à ce que les
Juifs exerçassent des professions manuelles. Il voulait « que chacun restât dans sa profession ; qu'on aidât
les Juifs dans l'exercice du commerce mais qu'on laissât les autres professions aux chrétiens ».
226 Karl Marx, Le Capital, livre III, p. 642 (éd. allemande, Berlin, 1953) ; t. 2, p. 254 (trad. française, Paris,
Ed. sociales, 1959).
227 Karl Marx, Le Capital, livre III, p. 642 (éd. all., Berlin, 1953), t. 2, p. 254 (trad. fr., Paris, 1959).
228 Karl Marx, Le Capital, livre III, p. 641 (éd. all., Berlin, 1953) ; t. 2, p. 253 (trad. fr., Paris, 1959).
« A la même époque, le fameux théologien Medina, développant une donnée qui est d'ailleurs dans saint
Thomas, reconnaît le jeu de l'offre et de la demande comme un mode naturel de détermination du juste
prix. Le « Trinus Contractus », cette merveille d'analyse juridique qui justifie la perception d'un intérêt dans
les prêts d'affaires où l'argent est réellement employé comme capital, est admis alors par les canonistes,
italiens et espagnols, plus éclairés que ceux de France, ou plutôt placés dans un milieu social plus avancé. »
Claudio Jannet, Les grandes époques de l'histoire économique jusqu'à la fin du XVI° siècle, p. 284.
229 Henri Pirenne, Histoire de Belgique, Bruxelles, 1900-1932.
230 G. B. Depping, op. cit., pp. 13.
231 Henri Pirenne, Les villes du Moyen Age.
232 G. B. Depping, op. cit.,p. 233.
233 Bücher dit ce qui suit, dans son livre Die Bevölkerung von Frankfurt im 14. und 15. Jahrhundert, Tübingen,
1886 (cité par H. Cunow, op. cit. , III, p. 46) : « Parmi les débiteurs des Juifs francfortois, on trouve
représentée la plus grande majorité de la noblesse de Wettereau, du Pfalz, de l'Odenwald, etc. L'archevêque
de Mayence devait aussi de l'argent aux Juifs. C'est la noblesse surtout qui était endettée. Il y avait peu de
chevaliers des environs de Francfort dont les traites et les gages ne se trouvaient pas dans le quartier juif.
Certains bourgeois de Francfort et des villes voisines ont aussi contracté des « dettes juives », (comme s'exprime
à ce sujet le rapport du conseil urbain), mais la plus grande partie des 279 traites, dont s'était occupé
le conseil urbain, concernait les nobles.»
234 Karl Marx, Le Capital, livre III, p. 658, 644, éd. all., Berlin, 1953) ; t. 2, pp. 269, 256 (trad. fr., Paris,
1959).
235 Henri Pirenne, Histoire de l'Europe, p. 171.
236 Henri Pirenne, Histoire de l'Europe, p. 384.
237 Karl Marx, Le Capital, livre III, p. 848 (éd. all., Berlin, 1953) ; t. 3, p. 177 (trad. fr., Paris, 1960).
« Cette transformation des coutumes en redevances pécuniaires correspond à l'accroissement de la richesse
mobilière ; l'argent devient le signe le plus commode de la richesse et pour évaluer les revenus de la propriété
foncière, on commence à le préférer aux produits naturels. On saisit une évolution semblable en
d'autres pays notamment en Angleterre où elle est encore plus marquée. » Henri Sée, Esquisse d'une histoire
économique et sociale de la France.

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