samedi 3 avril 2010

les juifs nos maitres

Napoléon et les juifs.
par L'ABBÉ JOSEPH LEMANN
1891
"extraits choisis par l'auteur du blog sur un total de 276 pages"



« Nous voilà dans l'obligation de faire de grandes choses ! » s'était écrié, sur le sol d'Egypte,
Bonaparte, en apprenant que la flotte française venait d'être complètement détruite par Nelson
à Aboukir, et qu'il était enfermé en Orient, à la suite de la perte de sa flotte.
La nouvelle de la destruction de sa flotte ne l'émut donc pas. Se retournant vers ses
compagnons d'armes, il leur annonça l'obligation de faire de grandes choses. Il avait tous les
enivrements de la jeunesse et de la force, avec la volonté arrêtée d'accomplir des prodiges. Il
rêvait de recommencer les conquêtes d'Alexandre, facilitées par les moyens de la guerre
moderne dans des contrées qui les ignoraient.
L'empire sur l'Orient se présenta réellement à sa pensée (7), et c'est alors qu'il fit attention
pour la première fois aux israélites.


Le silence éternel des Pyramides que son canon avait interrompu, la
considération de l'extraordinaire durée du peuple hébreu, dont Moïse était encore le
législateur après avoir été son guide du Nil au Jourdain, les clefs de la Palestine qui lui
avaient échappé à Saint-Jean d'Acre, tout cela avait laissé du grand dans son âme. Aussi,
quand viendra le moment de régler les destinées des israélites, les réminiscences orientales lui
feront prendre de haut la question.
Son gouvernement fut l'interprète de ce sentiment, lorsque, dans l'assemblée fameuse que
nous rapportons plus loin, il donna à la question juive ce prologue qui ne manque pas de
grandeur: « En s'occupant de l'organisation des divers cultes, le gouvernement n'a point perdu
de vue la religion juive; elle doit participer comme les autres à la liberté décrétée par nos lois.
Le gouvernement a cru devoir respecter l'éternité de ce peuple qui est parvenu jusqu'à nous à
travers les révolutions et les débris des siècles, et qui, pour tout ce qui concerne son sacerdoce
et son culte, regarde comme un de ses plus grands privilèges de n'avoir que Dieu même pour
législateur (15) »
Ce fut donc en Orient que Bonaparte rencontra pour la première fois les fils d'Israël.

La deuxième rencontre se fit en Allemagne, à la suite des armées, le soir des champs de
bataille.
Quel contraste, alors, entre lui et eux: lui, dans tout l'éclat de ses qualités militaires, eux, dans
la manifestation de leurs passions basses !
C'est la veille de la bataille d'Austerlitz.
le soir venu: de loin en loin, les derniers grondements du canon !
A la lueur des torches, on dépouille les morts; on estime rapidement et à voix basse tous ces
effets déchirés, ensanglantés: à cette estimation, il y a des juifs.
Après le passage de l'aigle, les vautours !
Ce contraste est pénible, mais il est vrai; Napoléon lui-même s'est exprimé en ces termes
amers: Ce sont de véritables nuées de corbeaux. On en voyait aux combats d'Ulm, qui étaient
accourus de Strasbourg pour acheter des maraudeurs ce qu'ils avaient pillé (16). On sait
qu'Ulm prépara Austerlitz. L'historien qui rapporte ces paroles de l'Empereur ajoute: «
Napoléon avait de fortes préventions contre cette classe d'hommes (les juifs). Il les avait
puisées aux armées, à la suite desquelles marchaient trop souvent des juifs avides de gain et
prêts à trafiquer de tout .»
Mais, parce qu'il se souvient que dans leurs rangs avaient paru autrefois les Macchabées,
l'aigle se dit: Pourquoi ne pas essayer de les transformer, et de les ramener à leur première
nature ?

Troisième rencontre.
En revenant d'Austerlitz, l'Empereur s'est arrêté à Strasbourg. Aussitôt, de tous les points de
l'Alsace, arrivent, aux pieds du souverain, des plaintes et des requêtes extrêmement vives
contre l'usure des juifs, les populations sont affolées, ils sont la lèpre de cette malheureuse
contrée.

a) PRÉTS EXCESSIFS. — En général, les juifs exigent 1,50 F par mois pour l'intérêt de 24
francs, ce qui porte l'intérêt des sommes qu'ils prêtent à 75 pour 100 par an. Comme l'intérêt
est joint au capital dans les effets qu'ils font souscrire, il est difficile d'obtenir la preuve
juridique d'une usure aussi excessive. Il est rare que ceux qui sont réduits à la nécessité
d'avoir recours aux juifs puissent se libérer aux époques convenues. A l'échéance, les juifs ne
manquent pas d'obtenir des jugements de condamnation et ils forment opposition aux
hypothèques. La masse des créances pour lesquelles ils ont obtenu des inscriptions est
effrayante: on assure qu'elle dépasse trente millions. Ils ont grand soin de ne pas laisser
accumuler les intérêts au-delà de ce que les biens de leurs débiteurs peuvent garantir.
Lorsqu'ils croient ne devoir plus accorder de terme, ils poursuivent la vente des biens.
b) EXPROPRIATIONS FORCÉES. — Le produit des expropriations forcées est d'environ
1.500.000 francs par an dans chacun des départements des Haut et Bas-Rhin, et sur cette
somme les juifs, d'après les relevés qu'on a faits, ont à peu près les 6/7.
c) CRÉANCES HYPOTHÉCAIRES. — Le nombre de créances hypothécaires inscrites aux
bureaux de conservation, au profit des juifs, depuis le commencement de l'an VII jusqu'au 1er
janvier 1806, s'élève à la somme totale de 21.199.826 F, en sorte que, si depuis l'an VII
aucune de ces inscriptions n'avait été purgée, les juifs du Haut-Rhin auraient en ce moment
pour plus de 23.000.000 de créances hypothécaires sur les propriétaires de ce département.
d) CRÉANCES EXIGIBLES. — En outre de ces créances hypothécaires, il y a aux mains des
juifs 10.000.000 de créances exigibles: obligations sous seing privé, lettres de change, billets
au porteur. Il est à remarquer que les créances hypothécaires portent surtout sur les biens
ruraux.
e) ACCAPAREMENT DES TERRES. — Par les prêts excessifs qu'ils ont faits aux
cultivateurs, par les hypothèques qu'ils prennent comme garantie de ces prêts, les juifs se
trouvent avoir comme en vasselage une grande partie des terres d'Alsace. La propriété leur est
passée parfois plus directement encore entre les mains. — Une foule de cultivateurs ont été
forcés en 1793 de quitter leurs foyers pour échapper à la mort. Les juifs ont acquis à vil prix
tous ces héritages abandonnés, et, lorsque ceux qui les possédaient sont revenus, spéculant sur
leurs affections et leurs misères, ils les leur ont vendus si chèrement que, faute d'un entier
paiement ou à force d'intérêts accumulés, ils n'ont pas tardé à devenir une seconde fois
propriétaires (18).
Mais parce que l'usure, comme la lèpre, est contagieuse, des domestiques et des journaliers
sont venus apporter aux juifs le prix de leurs services ou de leurs journées pour qu'ils les
fissent valoir comme leurs propres deniers; et des notaires séduits par eux emploient leur
ministère à cacher leur honteux trafic (19).
Pense-t-on qu'en prenant connaissance de tous ces faits l'Empereur ait dû avoir des plis au
front et des éclairs dans les yeux ? Mais il se maîtrise, il écoute, il sait écouter ! Aussi bien,
que pourrait-il faire, sur l'heure ? Autrefois — et c'est la dernière ressemblance avec les
lépreux qu'on isole en les séparant des populations — les juifs étaient isolés, parqués à l'écart
dans leurs quartiers, véritables léproseries. Mais la Constituante les a jetés au milieu de la
société; et, tout-puissant qu'il est, Napoléon n'oserait les faire rebrousser dans leurs ruelles,
avec des lois d'exception (20). Au contraire, il veut les en arracher, et les façonner à la
française.

Un autre abus vient grossir son courroux. On instruit Sa Majesté des supercheries qu'ils
emploient pour échapper à la conscription. C'était piquer au vif Napoléon ! Chose aggravante:
ces supercheries sont imitées: « Partout ce sont de fausses déclarations à l'état civil: les pères
déclarent comme filles les garçons qui leur sont nés; et les maires tolèrent ces irrégularités, ils
y coopèrent même au besoin en falsifiant les registres de l'état civil. Ce sont encore les juifs
qui, les premiers, ont donné l'exemple de cette désobéissance aux lois de la conscription; sur
soixante-six juifs qui, dans un laps de dix ans, devaient faire partie du contingent de la
Moselle, aucun n'est entré dans les armées; et dans le département du Mont-Tonnerre,
jusqu'en 1806, les juifs ont constamment éludé les lois de la conscription (21). » Leur
habitude de n'avoir aucun nom patronymique et d'en changer sans cesse favorisait
singulièrement ces supercheries.
C'est bien. La cause est entendue. Napoléon promet de faire justice. Il quitte Strasbourg.




Napoléon est à Paris.
Son premier acte dans la question juive est un coup de sabre sur les créances des usuriers de
l'Alsace. C'est la juste et pittoresque expression employée par un rabbin sincère. « Napoléon,
qui ne plaisantait pas, comme disait Talleyrand déchargea un coup de sabre sur les créances
judaïques (22). » Le coup fut porté du palais de Saint-Cloud :
AU PALAIS DE SAINT CLOUD, le 30 mai 1806.
« Sur le compte qui nous a été rendu... que certains juifs n'exerçant d'autre profession que
celle de l'usure, ont, par l'accumulation des intérêts les plus immodérés, mis beaucoup de
cultivateurs dans un état de grande détresse,
Nous avons pensé que nous devions venir au secours de ceux de nos sujets qu'une avidité
injuste aurait réduits à ces fâcheuses extrémités. »
Et le décret ordonne un sursis d'un an à toute exécution de jugements ou contrats, consentis
en faveur des juifs, par des cultivateurs non négociants de plusieurs départements
septentrionaux de France.
Véritable coup de sabre ! avons-nous dit; néanmoins, l'affaire des Messieurs les juifs ne sera
nullement sabrée, grossièrement expédiée: tant s'en faut ! Une des tactiques favorites de
l'Empereur, dans les questions et affaires ardues, consistait à débuter par un coup de force,
pour intimider, assouplir les oppositions, et mettre brusquement les chances de son côté; puis
il procédait, avec sagacité et profondeur, à l'examen de l'affaire sous toutes ses faces.

En effet, quelques jours avant la mesure violente de Saint-Cloud, Napoléon avait saisi le
Conseil d'Etat de la question juive.
La séance se tint à Saint-Cloud:
Trois séances furent consacrées, en présence de l'Empereur, à ces préliminaires de la question
juive.
Dans la première (30 avril 1806), Napoléon prononça les terribles paroles rapportées plus
haut: « Ce sont de véritables nuées de corbeaux. On en voyait au combat d'Ulm qui étaient
accourus de Strasbourg pour acheter des maraudeurs ce qu'ils avaient pillé. »

Dans la deuxième (17 mai), il insiste sur leur rôle désastreux: « ...Je fais remarquer de
nouveau qu'on ne se plaint point des protestants, ni des catholiques, comme on se plaint des
juifs; c'est que le mal que font les juifs ne vient pas des individus, mais de la constitution
même de ce peuple: ce sont des chenilles, des sauterelles qui ravagent la France. » Alors, un
éclair de son génie transperçant cette constitution vicieuse, il s’écrie: « IL FAUT
ASSEMBLER LES ETATS GÉNÉRAUX DES JUIFS; je veux qu’il y ait une synagogue
générale des juifs à Paris. » La vision de sa gloire lui était revenue, vision calmante,
transformatrice, parce qu'elle était encore vassale de Dieu; en effet, il ajoute: « Je suis loin de
vouloir rien faire contre ma gloire et qui puisse être désapprouvé par la postérité... Il y aurait
de la faiblesse à chasser les juifs; il y aura de la force à les corriger. »

Dans la troisième séance (21 mai), il décharge le fameux coup de sabre dont nous avons parlé:
le sursis d'un an imposé aux créances judaïques; prologue véhément, avis aux Etats généraux
juifs qui allaient être convoqués: que la docilité à l'Empereur devait se trouver inscrite,
quelque part, dans leur Bible et dans leur Talmud ! Au reste, pour que les fils d'Israël
n'eussent pas à se méprendre sur les dispositions à avoir, le même décret (30 mai) annonça
conjointement et le coup de sabre et la convocation de ces Etats généraux.




La recomposition des milieux historiques nous est
habituelle, le lecteur a dû le remarquer; elle est la condition essentielle d'une critique sincère.
Nous sommes en 1806. Cette année et la suivante, durant lesquelles les israélites convoqués
de la France, de l'Italie, de la Hollande, vont se trouver à Paris, forment l'apogée de l'Empire.
Entre 1806 et 1807, l'Empire présente un spectacle qui éblouit. Napoléon porte à son front
l'auréole du sacre: Pie VII a consenti à couronner le guerrier qui s'était incliné devant le
Christ. En dehors des frontières, des traînées de victoires, semblables à des voies lactées,
aboutissent à Marengo et à Austerlitz. La France a une prépondérance qui n'a eu d'égale ni
sous Richelieu, ni sous Henri IV, à peine au temps de Saint-Louis. Et, quant à son nouveau
souverain, qui peut-on faire entrer en parallèle avec lui ? A lui seul, il a chassé l'étranger
comme Charles VII, rétabli la religion comme Henri IV et conquis plus de puissance, plus de
LEMANN : Napoléon et les juifs 14
gloire qu'une longue suite d'aïeux et que l'élan d'un grand siècle n'en avaient donné à Louis
XIV. L'Irlande, la Pologne, le regardent de loin comme un libérateur. Les princes de la vieille
Europe tremblent devant lui. A l'intérieur, une amnistie générale aux émigrés rehausse encore
les exploits du grand capitaine, qui s'est révélé en même temps homme d'Etat consommé:
législation, finances, administration, travaux publics, sécurité générale, tout, sous sa puissante
main, vient de changer de face, et justifie l'enthousiasme universel. L'Empereur, simple et
austère pour lui-même, s'est entouré d'un grand appareil et d'une cour brillante; ses maréchaux
et ses ministres ont été récompensés par des principautés ou des duchés; ses frères entrent
dans la famille des rois. A Paris, le Trésor, rempli par la guerre, offre toute sécurité et solde
de grands travaux; le pont d'Austerlitz est jeté sur la Seine; les canaux se multiplient; Saint-
Denis redevenu sépulture des souverains et Sainte-Geneviève rendue au culte reçoivent des
développements importants; on élève la colonne Vendôme avec les canons enlevés à
l'ennemi; on construit l'arc de triomphe du Carrousel, et Napoléon fait coïncider la fête
donnée à la grande armée avec une exposition de l'industrie française, associant, suivant sa
pensée favorite, la gloire civile à la gloire militaire.

C'est au moment de l'agglomération de toutes ces splendeurs que les juifs sont convoqués à
Paris !


L'histoire a conservé la réponse du doge de Venise obligé de venir déposer, à Versailles, aux
pieds de Louis XIV, les excuses de la république. On lui demandait ce qui avait le plus excité
son étonnement au milieu de cette cour somptueuse, dans ce palais de Versailles avec son
parc royal, ses allées grandioses et ses mille jets d'eau bouillonnants: « De m'y voir ! »
répondit-il. A plus forte raison les juifs, parias humiliés, gênés dans leur contenance,
éparpillés, mais convoqués, eux aussi, par le grand homme pour apprendre à devenir comme
tout le monde, pourront-ils se dire, en mettant le pied dans ce fastueux Paris et en s'entreregardant:
« Ce qui nous frappe le plus, c'est de nous y voir ! »

Ce qu'il entend, c'est que les
religions dans leur expression publique, c'est-à-dire les cultes, relèvent de lui, comme
bienfaiteur, comme organisateur, comme souverain. Il veut tenir les différents cultes dans sa
main, ainsi qu'un conducteur de char tient les rênes de l'attelage. Voilà la physionomie
religieuse de Napoléon en 1806.

Que l’Empereur est loyal dans le dessein qu'il a conçu de corriger les moeurs des israélites, de
les incorporer à son Empire, et de les réconcilier avec les peuples. Nous examinerons
ultérieurement si son entreprise a été, de tous points politique et prudente: on doit reconnaître
ici qu'elle est loyale. Ce n'est point par affection pour les juifs qu'il tente l’entreprise, il les a
traités de « chenilles et de sauterelles »; ce n'est pas, non plus, pour nuire à la religion
catholique; l’expression qu'il a employée: « Il faut assembler les Etats généraux des juifs »,
prouve qu'il exclut tout parallèle religieux; son entreprise n'a qu'un but, conforme à son génie
de soldat: mettre les juifs au rang, leur faire emboîter le pas dans son Empire. Mme de Staël
écrivait, à cette époque: Napoléon regarde une créature humaine comme un fait ou comme
une chose, mais non comme un semblable. Il ne hait pas plus qu'il n'aime; il n'y a que lui pour
lui; tout le reste des créatures sont des chiffres. Cette appréciation du grand homme ne
manque pas d'une certaine justesse; elle peut s'étendre à sa conduite envers les religions: le
judaïsme, pour lui, n'est qu'un chiffre, mais il trouve sa place dans ses calculs.




Un autre spectacle religieux surprit Paris, le 26 juillet 1806, et surtout le 9 février 1807. Des
assemblées hébraïques venaient siéger dans la capitale.
Ces assemblées hébraïques allaient être de deux sortes.
La première, plus particulièrement laïque, réunirait les plus distingués d'entre les israélites de
France et d'Italie et devait prendre le nom d'Assemblée des Notables; la seconde plus
spécialement religieuse, contiendrait dans son sein les rabbins les plus éminents, et
s'appellerait le Grand Sanhédrin.

l'Assemblée des Notables s'ouvre-telle
avec un grand apparat. Cent onze israélites, représentant les départements de France et
d'Italie, sont réunis (28). Le local de leurs séances est un bâtiment dépendant de l'Hôtel de
Ville, l'ancienne chapelle Saint-Jean; le ministre de l'Intérieur et le préfet de la Seine l'ont
mise à leur disposition. Paris suit avec curiosité les séances. C'est un parlement juif.
Mais l'intérêt redouble, et aussi l'appareil théâtral, lorsque le grand Sanhédrin, succédant à
l'Assemblée des Notables, vient siéger à son tour.
Qu’était-ce, d'abord, que le grand Sanhédrin ?

Il n’y avait rien de plus grand dans l'ancienne république des Hébreux que le Sanhédrin .
Il formait le Conseil suprême de la nation. Il apparaît pour la première fois après le retour de
la captivité à Babylone, vers l'époque machabéenne; sa date est entre l'an 170 et l'an 106 avant
Jésus-Christ. Véritable assemblée souveraine, le Sanhédrin avait, dans les derniers temps de
la nationalité juive, remplacé la monarchie: aussi son autorité était-elle considérable, tout à la
fois doctrinale, judiciaire, administrative. Il interprétait la Loi. Il jugeait les causes majeures.
Il exerçait sur l'administration des affaires une exacte surveillance .
Quant à sa composition, elle était de soixante et onze membres, les présidents compris. Les soixante et
onze représentaient les trois classes de la nation: les prêtres; les scribes ou docteurs et
interprètes de la Loi; les anciens, pris parmi les chefs de tribu et de famille.
Cette assemblée fameuse ne s'était jamais réunie depuis la ruine de Jérusalem par Titus. Dixhuit
cents ans s'étaient donc écoulés, et c'est elle qui vient se réunir à Paris, exhumée et
mandée par Napoléon. Il ordonne que tous les usages antiques soient repris et
scrupuleusement suivis.

Le lieu des séances est le même que pour l'Assemblée des Notables: l'ancienne chapelle Saint-
Jean, contiguë à l'Hôtel de Ville; ses murs austères, qui ont abrité le culte catholique, et
maintenant dépouillés de tout ornement, impressionnent.
Les sanhédrites sont au nombre de 71, comme à l'époque des séances à Jérusalem.
Ils portent un costume sévère et sombre, celui que portaient les membres du grand Sanhédrin
de l'ancien temps. Le costume du chef ou président est une simarre de velours noir avec une
grande ceinture, un large rabat et un bonnet de velours noir à deux cornes garni de fourrures;
celui des assesseurs ou vice-présidents, une simarre de soie avec ceinture, une bonnet noir
fourré et un large rabat; celui des rabbins consiste en un petit manteau et le rabat; et celui des
simples députés est semblable, en moins le rabat, mais l’épée .
Là où le calque fidèle sur l'ancien temps excite l'intérêt au plus haut degré, c'est la
dénomination des membres, ainsi que la disposition de la salle des séances:
Le président s'appelle Nasi, chef ou prince du Sanhédrin;

Il a deux assesseurs: le premier assesseur, assis à sa droite, est appelé Ab-beth-din, père du
tribunal; le second assesseur, assis à gauche, porte le nom de Haham, sage (32).
La salle des séances est disposée, selon l'usage pratiqué dans l'antiquité, en demi-cercle. Le
chef et ses deux assesseurs occupent au fond les sièges d'honneur; ils ont à leurs côtés tous
leurs collègues assis sur une seule ligne, en demi-cercle, par rang d'âge, les rabbins d'abord et
les laïques ensuite, les rabbins sont au nombre de quarante-six, et les laïques, trente-quatre. A
chacune des deux extrémités de l'hémicycle est placé un scribe ou secrétaire (33).
Le spectacle de ces sanhédrites n'est pas sans grandeur. En entrant dans ce Conseil des
Hébreux, on éprouve un sentiment de respect, presque d'admiration; « le public présent aux
séances du grand Sanhédrin a été édifié », écrivent les commissaires impériaux à Napoléon.

Mais ceux qui se sentent pénétrés plus profondément que tous les autres, ce sont les membres
eux-mêmes du Sanhédrin. L'enthousiasme est général dès la première séance. Il n'en avait pas
été ainsi à l'ouverture de l'Assemblée des Notables; les députés s'étaient montrés assez
réservés, et même craintifs: en effet, on ne savait pas encore où le tout-puissant maître qui
convoquait voulait en venir .

Au contraire, dans la réunion du Sanhédrin, dès la première
séance, le pont de la défiance a été franchi, l'enthousiasme possède tous les esprits, et le chef
s'en fait l'interprète dans le discours suivant :

« Docteurs de la loi et Notables d'Israël, glorifiez le Seigneur.
« L'Arche sainte, battue par des siècles de tempêtes, cesse enfin d'être agitée.
« L'élu du Seigneur a conjuré l'orage, l'Arche est dans le port.
« O Israël, sèche tes larmes, ton Dieu a jeté un regard sur toi. Touché de ta misère, il vient
renouveler son alliance.
« Grâces soient rendues au libérateur du peuple de Dieu.
« Grâces soient rendues au Héros, à jamais célèbre, qui enchaîne les passions humaines, de
même qu'il confond l'orgueil des nations.
« Il élève les humbles, il humilie les superbes: image sensible de la Divinité, qui se plaît à
confondre la vanité des hommes.
« Ministre de la justice éternelle, tous les hommes sont égaux devant lui; leurs droits sont
immuables.
« Docteurs et Notables d'Israël, c'est à ce principe sacré pour ce Grand Homme que vous
devez le bonheur d'être réunis en assemblée pour discuter les intérêts d'Israël.
« En fixant mes regards sur ce Conseil suprême, mon imagination franchit des milliers de
siècles. Je me transporte au temps de son institution, et mon coeur ne peut se défendre d'une
certaine émotion que vous partagez sans doute avec moi (36). »
Grand Sanhédrin réuni à Paris, du 9 février au 9 mars 1807, par ordre de Napoléon.
(Tableau composé d’après les noms conservés avec leur numéro de place dans la collection
des procès-verbaux et décisions du grand Sanhédrin)

Demi-arc de cercle de gauche à droite (Plan des Commissaires de l’Empereur lorsqu’ils
assistent aux séances) :
Blotz (scribe); G.L. Lorich; Cerf-Jacob Goudchaux; I. Rodrigues; Lypmann Cerf-Berr; Olry-
Hayem Worms; Mayer Nathan; Lyon Marx; M. Formiggini; David Lévi; Israël Cohen; Berr
Isaac-Berr; Aaron Latis; A. Montel fils; J. Brunswich; E.A. Lattis; E. Deutz; Graziadio Neppi;
Bordi Zamonani; Moïse Milhau; J. Roccamartino; Lazare Wolf; I. Calmann; B. Gugenheim;
M.P. Ariani; Sam. Wolf Levi; Ab. Andrade; Seligmann de Paris; Seligmann Durmenach;
David Guntzbourg; Isaac Samuel; I. Ouri-Lévi; Seligmann Moïse; Elias Spire; Ventura Foa;
M. Segré (Premier assesseur); David Sinzheim (Président du Sanhédrin); Abraham Cologna
(second assesseur); I.R. Feuzi; J. Mayer; Moïse Kanstad; Wolf Eger; Sal. Delvecchio;
Bonaventura Modena; J.E. Cracovia; Lazare Hirsch; Moïse Aaron; Judas Bloch; A. Worms;
Jacquie Todros; A. Salomon; M. Cohen; Libermann-Samson; A. Roccamartino; Ab. Samuel;
Nathan-Salomon; Ab. Mouskat; I. Carmi; S.M. Lévi; Saül Crémieux; Benoît Fanno; Ab.
Cahen; S. Costantini; Aaron Schmol; A. Friedberg; Marq Foy; A. Furtado; S. Wittersheim;
Baruch Cerf-Berr; Théodore Cerf-Berr; Rodrigues fils; Avigdor; Jonas Vallabrègue (scribe);
Suppléants rabbins :
Mendel Prague; Moïse Hertz Mosbach; Betsallel Milhau;
Suppléants laïques :
J. Emmanuel Ottolenghi; Sam. Ghediglia; Emilio Vita; J. Dreyfoss; Jérémie Hirsch; Felix
Levi; Michel Beer (scribe rédacteur);

Mais pour quelles raisons l'Empereur faisait-il ainsi appel à deux sortes d'assemblées ?

L'usure avait été la cause occasionnelle qui avait suscité l'intervention de l'Empereur dans la
question juive. Mais du moment que sa pensée avait été attirée sur ce sujet, Napoléon l'avait
envisagée de ce point de vue supérieur et général qui donnait un caractère de grandeur
inusitée aux actes de son gouvernement. Il ne lui suffit plus de chercher un remède contre
l'usure, il veut faire disparaître les causes profondes de scission qui séparent les juifs de la
masse de la nation, et dont l'usure elle-même était une conséquence.
Mais comment parvenir à ce résultat ?

La première, celle de Notables, exprime la représentation nationale juive: c'est un appel au
peuple. Le principe nouveau et révolutionnaire de la souveraineté du peuple est appliqué au
judaïsme.

L'Empereur s'en est expliqué lui-même dans une note secrète. Blâmant
l'omnipotence religieuse de tel ou tel rabbin durant les siècles du Moyen Age, il dit: « Le droit
de législation religieuse ne peut appartenir à un individu, il doit être exercé par une
Assemblée générale des juifs légalement et librement réunis, et renfermant dans son sein des
juifs espagnols, portugais, italiens, allemands et français, représentant les juifs de plus des
trois quarts de l'Europe (37). » A cette assemblée de députés juifs, on posera des questions, on
sollicitera leurs réponses, et, ces réponses données, on les fera sanctionner par une sorte de
concile hébraïque.
Ce concile hébraïque ou le Sanhédrin est, dans la pensée de l'Empereur, le grand moteur de la
régénération projetée. Les Notables, en effet, ou les députés, ne sont après tout que des
particuliers, sans autre autorité que celle de leur mérite personnel. Or Napoléon veut se créer
un point d'appui plus solide pour agir sur la masse de la population juive. Il le cherche dans
une institution oubliée depuis les anciens temps, et qui doit donner aux décisions de
l'Assemblée civile la consécration du pouvoir religieux...
C'était tout à la fois logique et hardi. Comment cette idée du grand Sanhédrin est-elle venue à
Napoléon ? Vraisemblablement, quelque fils d'Israël la lui a suggérée, Gräetz incline à croire
que ce fut M. Furtado, président de l'Assemblée des Notables (t.XI, p. 282). .
« SA MAJESTÉ SE PROPOSE DE CONVOQUER LE GRAND SANHÉDRIN CE CORPS,
TOMBÉ AVEC LE TEMPLE, VA REPARAITRE POUR ÉCLAIRER PAR TOUT LE
MONDE LE PEUPLE QU’Il GOUVERNAIT .»
Quand cette annonce fut faite à l'improviste dans l'Assemblée des Notables, une émotion
indescriptible s'empara de tous les membres. Il sembla à ces descendants des tribus, dont
l'imagination toujours brûlante était subitement rafraîchie par cette surprise, que Jérusalem, la
ville-morte, s'agitait déjà dans son linceul !

Il ne suffit pas à Napoléon, toujours prévoyant, d'avoir composé les deux assemblées juives à
sa guise, c'est lui encore qui les dirigera.
S'immiscer dans les affaires hébraïques est bien la dernière tentation qui soit jamais venue à
un homme d'Etat. Outre que cette immixtion réclame d'ardues connaissances préalables, elle
n'offre rien de gai et d'attrayant. Mais le grand capitaine ne doute de rien, il dirigera ces
hébreux, à la façon d'un corps d'armée. Déjà il a prescrit qu'il y aurait deux étapes à parcourir:
l'Assemblée des Notables, puis le Sanhédrin. Il a ensuite trié les meilleurs juifs des
communautés juives comme on trie des soldats parmi les meilleures troupes. Il lui reste à
commander ce qu'il y a à faire: il commandera.

Mais Napoléon a parfaitement compris la nécessité d'adoucir ses allures de rude guerrier. La
question politique s'enchevêtre ici dans une question religieuse; et, de plus, le peuple Juif
n’est pas aussi commode à mener que les autres peuples. C'est pourquoi, adroit à « couler »
ses volontés, le César adopte deux manières de diriger ces assemblées hébraïques: l'une
officielle, représentée par trois commissaires qui apporteront devant les députés l'expression
de ses volontés; mais l'autre officieuse, qui préparera et adoucira la mission impérative des
trois commissaires.
Cette direction dans l'ombre est confiée à M. de Champagny.
M. de Champagny, alors ministre de l'Intérieur, était aveuglément dévoué à Napoléon, qui, de
son côté, l'avait en particulière estime pour ses rares qualités de sagacité, de patience
d'abnégation. Futur négociateur du mariage de l'Empereur avec Marie-Louise, il allait donner
ses preuves en négociant un accommodement entre le jeune César et la vieille Synagogue. Il
fut donc choisi par Napoléon pour être, sous ses ordres, le stratégiste secret de la question
juive, et préparer le succès de ses plans de régénération. Il lui adressa, à cet effet, des lettres et
des notes explicatives, précieux documents qui, aujourd'hui publiés, prouvent que l'Empereur
a mené la question hébraïque à la façon d'une campagne militaire. Pour ménager l'amourpropre
de leurs nationaux, les historiens israélites ont raconté que l'Assemblée des Notables et
le grand Sanhédrin avaient siégé dans la pleine possession de leurs lumières et de leur liberté.
Il n'en fut rien. Ils ont subi les volontés impériales pour le fond et pour la forme, pour les
grandes lignes et pour les détails.

Elus à la pluralité des voix, le président des Notables est Abraham Furtado, et celui du
Sanhédrin, David Sitzheim.
Abraham Furtado descendait d'une de ces familles israélites du Portugal qui cachaient
soigneusement le secret de leur croyance, pour pratiquer, dans la profondeur des plus obscurs
souterrains, les principales cérémonies du culte de leurs ancêtres.

David Sinzheim, élu président du grand Sanhédrin, était rabbin à Strasbourg. Tous ses
coreligionnaires le vénéraient pour son âge, son caractère, sa grande douceur, son savoir, sa
piété....
Mais, entre ces pâles visages, entre ces vieux cerveaux si longtemps d'accord, s'accusent
ouvertement, pour la première fois, des divergences. Suscitées par la philosophie du XVIIIe
siècle, elles ne feront qu'augmenter et partageront Israël en deux camps; elles portent sur les
coutumes talmudiques. Il y a le parti des pieux qui y reste cramponné. Il y a le parti des
progressistes qui veut qu'on les sacrifie sur l'autel de la nouvelle patrie adoptive. Deux rites,
également, sont en présence, qui ne se supportent pas, le rite portugais et le rite allemand,
comme, autrefois, Jérusalem et Samarie. Enfin, l'élément laïque se dresse en face de l'élément
rabbinique: perfide nouveauté, introduite en Israël par Napoléon. Parfois, les discussions
menaceront d'être très vives dans l'intérieur des deux Chambres juives (57). Mais cette
pensée: « On nous écoute aux portes, on nous regarde aux fenêtres », amènera une facile
concentration des opinions. Le conseil donné jadis par Joseph à ses frères se rendant de
l'Egypte dans la terre de Chanaan pour en amener leur vieux père: Ne vous disputez pas en
chemin (58), a toujours plané sur les assemblées et conciliabules hébraïques. Au Sanhédrin de
Paris, sorte de grand chemin où les israélites sont en marche pour entrer dans leur nouvelle
patrie civile, ils se disputent; mais le lien de race, aidé de la recommandation de Joseph, fait
que l'entente triomphe. Et puis, l'Empereur attend !...

Il n'est pas croyable combien ils ont flatté. Dans la suite, un de leurs historiens les plus complets mettra
tous ses soins à dégager Israël de cette idolâtrie dégoûtante

L'Assemblée des Notables tenait ses séances. Arrive le jour anniversaire de la naissance de
Napoléon (15 août). Une sorte d'ivresse s'empare de l'Assemblée. La Synagogue de Paris est
transformée en temple païen (61), le portrait le l'Empereur y est suspendu, entouré de fleurs;
et alors discours et odes se débitent, où l'encens remplace celui qui ne s'est plus brûlé depuis
le départ de Jérusalem. Ombres des vieux Prophètes, vous avez dû frémir en entendant qu'on
détournait les Ecritures pour autoriser la flatterie !


Vers le milieu du septième siècle, saint Grégoire défendit les juifs et les protégea dans tout le
monde chrétien.
Au dixième siècle, les évêques d'Espagne opposèrent la plus grande énergie au peuple qui
voulait les massacrer.
Le pontife Alexandre II écrivit à ces évêques une lettre pleine de félicitations pour la conduite
sage qu'ils avaient tenue à ce sujet.
Dans le onzième siècle, les juifs, en très grand nombre dans les diocèses d'Uzès et de
Clermont, furent puissamment protégés par les évêques.
Saint Bernard les défendit dans le douzième siècle de la fureur des croisés.
Innocent II et Alexandre III les protégèrent également.
Dans le treizième siècle, Grégoire IX les préserva, tant en France qu'en Angleterre et en
Espagne, des grands malheurs dont on les menaçait; il défendit, sous peine
d'excommunication, de contraindre leur conscience et de troubler leurs fêtes.
Clément V fit plus que de les protéger il leur facilita encore les moyens d'instruction.
Clément VI leur accorda un asile à Avignon, alors qu'on les persécutait dans tout le reste de
l'Europe.
Vers le milieu du même siècle, l'évêque de Spire empêcha la libération que les débiteurs des
juifs réclamaient de force, sous le faux prétexte d'usure si souvent renouvelé.
Dans les siècles suivants, Nicolas II écrivit à l'Inquisition, pour l'empêcher de contraindre les
juifs à embrasser le christianisme.

Ostende. 30 mars 1807.
Monsieur Champagny, j’ai reçu votre lettre du 18 mars avec le mémoire de mes commissaires
près le grand Sanhédrin. Ils ont rempli le but que je me proposais, malgré les obstacles qu'ils
ont eu à vaincre; témoignez-leur ma satisfaction.
NAPOLÉON

L'Empereur était satisfait. Mais le peuple français avait-il lieu de l'être ?

C'est ce sentiment pénible que l'on éprouve devant les résultats du grand Sanhédrin convoqué
par Napoléon: entreprise hardie, sans précédent dans les siècles chrétiens, dont le but était
l'amélioration des israélites et leur fusion avec les autres peuples, et demeurée à peu près
stérile.
Il y a des oeuvres qui dépassent l'effort humain, et celle-là était du nombre.

Dès le début en effet, les israélites eux-mêmes — non ceux, assurément, qui étaient à portée
du bras de Napoléon, mais tous les autres — n'ont point accordé la moindre confiance à ce qui
s'était pompeusement élaboré et décidé à Paris. Dans une lettre indignée, adressée au
Sanhédrin, un juif anglais se hâta de blâmer la conduite de cette assemblée: « Quels suffrages
avez-vous obtenus des communautés juives étrangères à la France ? Nos frères de
Constantinople, d'Alep, de Cochin, de Bagdad, et de toutes les contrées qui ne sont point
soumises à la domination française, vous ont-ils envoyé des députés ? Ont-ils approuvé vos
décisions ? En Angleterre, ils repoussent également votre doctrine religieuse et politique
(94)... » Et plus tard, en 1844, un rabbin célèbre résumera d'une façon ironique l'opinion juive
universelle: « Outre que les décisions du Sanhédrin sont peu connues du commun des juifs, ils
ne les ont jamais prises au sérieux, sachant bien qu'elles avaient été dictées sous la pression de
la crainte qu'inspirait la colérique volonté de fer du sabre de Marengo... Les exemplaires de
ces décisions doctrinales sont devenus extrêmement rares. Les juifs ne se soucient pas de la
publicité de cette mauvaise plaisanterie (95). »
« Mauvaise plaisanterie », voilà donc comment l'entreprise de Napoléon a été jugée dans la
Synagogue.

Le sans-façon militaire avec lequel l'Empereur avait traité la Loi de Moïse, la rangeant audessous
du code Napoléon; les réponses à son fameux questionnaire, dictées, mot pour mot,
aux membres du concile juif comme à des enfants: tout cela, connu à l'étranger, avait fort
mécontenté les vieilles barbes grises de Bagdad, de Cochin, d'Alep, de Constantinople. La
lettre du juif anglais en est la preuve !

Mais les membres du Sanhédrin eux-mêmes, tout en se persuadant qu'ils correspondaient
loyalement aux desseins de l'Empereur, ont-ils eu, par devers eux, la conviction qu'Israël allait
se fusionner et se réconcilier avec les autres peuples ?
Nous ne le croyons pas, nous pensons même le contraire.
En effet, à côté de leur intention sincère d'aimer et de servir leur nouvelle patrie et de se
conduire en frères avec les Français, demeurait parallèlement, dans leur coeur, la persuasion
héréditaire qu'Israël est une race à part, un peuple choisi, destiné à dominer tôt ou tard sur le
monde. Cet esprit de séparatisme et de domination constitue le fond même du judaïsme.

L'amélioration des israélites
n'étant qu'à la surface, la fusion et la réconciliation avec les autres peuples ne pourront exister
aussi qu'à la surface.
L'Empereur lui-même, à ce que raconte l'histoire, n'aurait pas tardé à s'apercevoir de la
stérilité de son oeuvre. Quelques mois après, se trouvant en Pologne et voyant l'empressement
des juifs à se rendre utiles à l'armée française, et à servir, moyennant salaire, de fournisseurs
ou d'informateurs, il disait en riant: Voilà pourtant à quoi me sert le grand Sanhédrin (96) !
Réflexion enjouée qui trahissait l'impuissance d'autres résultats.


Quelque chose de plus grave s'est passé au Sanhédrin. La remarque n'en a jamais été faite.
Pour forcer les juifs à renoncer à leurs habitudes apportées de Palestine, Napoléon avait cru
habile de scinder la loi de Moïse (voir plus haut page 69). Son oeil perçant avait discerné dans
la Bible une partie immuable, la doctrine, le culte, et une partie susceptible d'être discutée, les
usages palestiniens et politiques. « Qu'on retienne l'un », avait-il signifié, « qu'on abandonne
l'autre ! » C'est cette distinction qui avait tant irrité les synagogues étrangères, car, dans la loi
juive, la connexion est intime entre ce qui est politique et ce qui est religieux.
Une trouée avait donc été pratiquée dans la Bible.
Ce n'est pas là qu'il eût fallu la faire; Napoléon s'est trompé.
C'est le Talmud qu'il fallait viser, trouer, raser, interdire détruire: le Talmud, livre de plomb
sur l'intelligence et le coeur d'Israël, lourde masse aux fentes de vipères contre les nations,
arsenal du diable !

Il fallait mitrailler le Talmud, et ne pas toucher à la Bible !
Or, par un mouvement tournant très faible, les juifs du Sanhédrin enveloppant Molé,
commissaire impérial, de flatteries et d'adulations, lui avaient persuadé de s'appuyer sur le
Talmud même, comme sur une autorité irrésistible, pour en imposer davantage aux israélites
du monde entier, et se concilier plus sûrement leurs sympathies. Et Molé s'était laissé prendre.
Avec sa fougue juvénile, il avait débuté ainsi au milieu de ces vieux retors:
« Sa Majesté, en échange de l'auguste protection qu'Elle vous accorde, exige une garantie
religieuse de l'entière observation des principes énoncés dans vos réponses. Il faut que ces
réponses... puissent être placées à côté du TALMUD, et acquièrent ainsi, aux yeux de tous les
juifs de tous les pays et de tous les siècles, la plus grande autorité possible (97). »
A côté du Talmud ! jamais bévue et maladresse d'un gouvernement ne s'étalèrent plus
énormes, et jamais les juifs ne pratiquèrent plus habile finauderie. Napoléon veut les faire
renoncer à leurs vieilles habitudes antisociales, et eux font officiellement reconnaître et
consacrer par son gouvernement le Talmud, aliment de leurs haines et de leurs roueries !
Aussi, il faut voir comme leurs réponses au questionnaire impérial se déroulent flanquées de
deux redoutes, la Loi de Moïse et le Talmud.

Exemples:
TROISIÈME QUESTION
Une juive peut-elle se marier avec un chrétien, et une chrétienne avec un juif ?
La prohibition ne s'applique qu'aux peuples idolâtres; et le TALMUD déclare formellement
que les nations modernes ne le sont pas, puisque, comme nous, elles adorent le Dieu du ciel et
de la terre.
QUATRIÈME QUESTION
Aux yeux des juifs, les Français sont-ils leurs frères, ou sont-ils des étrangers ?
RÉPONSE
Aux yeux des juifs, les Français sont leurs frères, et ne sont point étrangers. L'esprit des lois
de Moïse est conforme à cette manière de considérer les Français... Et cette doctrine est
professée PAR LE TALMUD.
CINQUIÈME QUESTION
Quels sont les rapports que leur loi leur prescrit avec les Français qui ne sont pas de leur
religion ?
RÉPONSE
Le TALMUD et l’usage nous prescrivent avec les Français qui ne sont pas de notre religion,
les mêmes rapports que ceux qui existent entre un juif et un autre juif (98).
Et ainsi, avec l'agrément et, même, la connivence du gouvernement, le Talmud est
solennellement reconnu comme Code religieux. Nous le répétons, nous insistons, il n'était pas
possible de commettre une plus lourde faute, moralement et historiquement. Moralement: on
annonce devant tout Paris devant toute l'Europe, qu'on va réformer les juifs, et on leur permet
de faire partir cette réformation du Talmud, qui les a toujours pervertis: inquiétant cercle
vicieux, qui sautait aux yeux et que, sans doute, le nouveau dogme de liberté de conscience
empêcha d'apercevoir ou de briser. Si l'Empereur avait eu la prudence d'associer à ses
commissaires, publiquement ou secrètement, quelques théologiens catholiques, ceux-ci
n'eussent pas manqué de jeter le cri d'alarme contre cette entrée tout à la fois subreptice et
officielle du Talmud. C'est là un cas, entre cent autres, où l'absence du clergé aura été à jamais
regrettable. Si l'autorité ecclésiastique avait eu son rang, comme aux temps de Charlemagne et
de saint Louis, dans une question aussi grave, les israélites du Sanhédrin n'eussent pas osé
apporter des conclusions basées sur le Talmud.

Napoléon, pour avoir voulu juger en maître compétent une question si ardue, laissa passer
l'ennemi dans la place. Voilà comment, au point de vue moral, ce fut une lourde faute.

Historiquement, la faute n'était pas moins énorme. L'histoire ne disait-elle pas que les
souverains Pontifes et les Rois très chrétiens n'avaient cessé de prendre des mesures
énergiques contre ce livre assimilé à un ennemi dangereux et dissimulé. Dans ce Paris qui
assistait au grand Sanhédrin sans y rien comprendre, vingt charretées de talmuds et de livres
juifs avaient, un jour, traversé les rues pour être brûlés en place de Grève. C'était en l'année
1239. Et en 1807, ce maudit livre est déployé par le Sanhédrin comme un phénix qui renaîtrait
de ses cendres; et Paris, qui ne sait plus sa propre histoire, laisse faire ! Les papes Grégoire
IX, Innocent IV, Jules III, Paul IV ont écrit de leur propre main aux souverains de France,
d'Angleterre, d'Aragon, de Castille, de Léon, de Portugal, d'Autriche, pour leur recommander
de refouler dans les ténèbres ce livre que les ténèbres ont formé; rois et empereurs le
traquèrent; et toi, César de la Révolution, en désaccord avec la prudence des siècles, tu
approuves qu'il soit mis sur le chandelier !
Le comble sera que l'Imprimerie nationale soit chargée de la réimpression du Talmud, et en
partie aux frais de l'Etat. Ce comble se verra en l'année 1876

Votre Majesté relève le Sanhédrin tombé avec le Temple.
L'ignorance excuse Votre Majesté: mais, voilà posée, à la suite des Droits de l'homme, la
deuxième assise de la prépondérance juive autrement colossale et redoutable qu'un temple de
pierre !

Ce jugement a son importance, car c'est au Sanhédrin de 1807 que les israélites de France
rattachent leur entrée réelle dans la société. Un de leurs plus savants jurisconsultes, M.
Bédarride, bâtonnier de l'ordre des avocats à la cour de Montpellier sous le règne de Napoléon
III, en parle ainsi:
C’est là l'oeuvre immense accomplie par l'empereur Napoléon. C’est à proprement parler de la
convocation du Sanhédrin que date la régénération complète des juifs, leur habilitation à
l'exercice des droits de citoyen
La Révolution de 1789 avait donné légalement aux juifs les droits de citoyen, les réponses du
Sanhédrin ont prouvé qu'ils étaient dignes de ce titre.
Le nom de Napoléon doit être inscrit en tête de l'ère nouvelle qui s’est ouverte pour les juifs.

C'est donc le Sanhédrin faisant suite à l'Assemblée constituante de 1791 qui introduisait, en
1807, les hébreux dans la société française.

Le but poursuivi par l'Empereur dans sa convocation était la fusion: fusionner les israélites
avec les Français puis avec les autres peuples.
Quatre sortes de fusion étaient possibles:
Celle des coeurs;
Celle des esprits
Celle des intérêts matériels;
Celle des vices.
De ces quatre mélanges, combien allaient réussir, et valoir quelque chose ? Et pour qui les
avantages, pour qui les désavantages ? Il faut répondre avec impartialité.

La fusion des coeurs s'obtiendra-t-elle ? Non, évidemment, puisque l'examen de la vérité en
religion ou de la vraie religion ne faisait point partie du programme du Sanhédrin. Le mur de
séparation subsistera, comme par le passé, entre chrétiens français et israélites français.
Mêmes défiances réciproques, mêmes antipathies de races, se retrouveront après cent ans de
vie commune sous le Code Napoléon, parce qu'il n'y a que l'entente en religion qui amène la
fusion des coeurs.

La fusion des esprits, du moins, réussira-t-elle ? Assez heureusement, mais toute à l'avantage
des israélites. En effet, dans le mélange des idées, l'esprit français n'acquerra absolument rien
auprès de l'esprit israélite, vu que, depuis leur dispersion pénale, les juifs n'ont rien produit
qui vaille pour le développement intellectuel, moral et artistique de l'humanité. Le coup de
foudre qui n'a pas laissé pierre sur pierre de la construction du Temple, a lézardé en même
temps l'intelligence du peuple de la Bible. Cette intelligence ressemble à celle d'un homme
qui aurait eu une attaque. Les idées ne se suivent plus, ou sont mesquines et puériles. Les dix
volumes in-folio du Talmud de Jérusalem ne renferment pas une seule idée neuve, importante,
et par contre une foule de niaiseries. Des médecins, habiles praticiens, c'est tout ce qu'on
accepte d'eux, et encore avec précaution, dans le grand courant des lettres, des sciences et des
arts au Moyen Age (114). Par conséquent, sous le rapport de la fusion des esprits, les Français
n'auront, hélas ! nul regain intellectuel à espérer dans toute l'étendue du champ hébraïque qui
s'ouvre à eux en 1807.
Au contraire, les israélites auront le profit du mélange. Devenus citoyens français, ils pourront
fréquenter les écoles, s'asseoir dans les académies, s'assimiler le trésor des connaissances
acquises par les peuples chrétiens. Leur intelligence, ravivée et stimulée par le don de la
liberté, retrouvera des énergies qu'elle ne connaissait plus depuis la punition du déicide. Les
idées chrétiennes qui forment, nonobstant les débauches révolutionnaires, l'air ambiant des
nations, pénétreront à leur insu les fils d'Israël, et plus d'un, visité par un rayon discret de la
grâce de Dieu, s'acheminera, d'une école de l'Etat, vers le sanctuaire de l'Eglise. Les choses se
sont ainsi passées pour l'heureux écrivain de ce livre et pour son frère: en étudiant le Discours
sur l'histoire universelle de Bossuet dans un lycée, ils ont été amenés à étudier l'Evangile dans
un séminaire.

La fusion des intérêts sera-t-elle, tout au moins, plus avantageuse aux Français que la
précédente ?
On serait porté à espérer que, là, une compensation pourrait s'obtenir. En effet, le génie des
affaires, que les israélites se flattent de posséder, ne deviendra-t-il pas un précieux élan pour
les Français et une source de prospérité pour la France ?
Chimère qu'une telle espérance ! la fortune française n'aura rien à gagner dans sa fusion avec
la fortune hébraïque.
D'abord, au point de vue de la conception des entreprises commerciales ou industrielles, une
déception se prépare.

Dans toutes ses entreprises, la France avait coutume d'apporter de la grandeur, un luxe,
presque, de sentiments magnanimes. Elle faisait grand en affaires comme en politique, sur les
marchés comme sur les champs de bataille. Désormais, tout se rapetissera, avec l'esprit
judaïque admis au Conseil de la nation. Le génie des affaires qu'on attribue à Israël n'est que
celui des petites affaires, des petits artifices; ce génie est au véritable génie ce que la ruse est à
l'habileté franche, ce que les renards du Cantique étaient au lion de Juda: celui-ci, majestueux,
excitait à la grandeur, ceux-là démolissaient (115). Les Croisades qui, sous le rapport du
commerce, ont formé une des plus utiles et des plus splendides entreprises de la France,
seront remplacées, pour les Français, par les finauderies et les catastrophes de l'agiotage.
Si, de la conception des entreprises commerciales, nous passons à l'examen de leur honnêteté,
quel péril attend la pauvre France ! Le Talmud est toujours là, non seulement toléré, mais
entouré d'égards par le gouvernement de l'Empereur. Or le Talmud est l'échappatoire de
l'honnêteté, comme l'Evangile en est le sceau. Si, au Moyen Age, les fortunes privées des
chrétiens étaient anxieuses dans le voisinage dissimulé du Talmud, quelles craintes n'y a-t-il
pas à concevoir, non seulement pour les fortunes privées, mais pour la fortune publique, au
spectacle des juifs mêlés désormais à la gestion des affaires de l'Etat, et libres de consulter la
morale de leur Talmud. Cette morale, la voici, dénoncée par un rabbin sincère, monté dans les
rangs du catholicisme:
Les trois juifs les moins civilisés, les plus ignorants que l'on fait asseoir en juges, forment
aussitôt un tribunal qui aux yeux de la synagogue a pleine autorité, nous gémissons d'avoir à
le dire, de délier leurs coreligionnaires de leurs serments, d’annuler leurs promesses et leurs
engagements les plus sacrés tant pour le passé que pour l'avenir !
Le juif qui sent sa conscience trop chargée de promesses et de serments fait asseoir trois de
ses frères qui se constituent aussitôt en tribunal. Devant cette cour, il expose qu'il se repent de
toutes les promesses et de tous les serments qu'il a jamais articulés, et qu'il les rétracte. « Ils
sont si nombreux, dit-il en terminant sa protestation, que je ne saurais les spécifier. Qu'ils
soient donc à vos yeux, je vous prie, ô Rabbis, comme si je les avais énumérés en détail. » Le
tribunal, sans autre forme de procès, déclare les susdits serments et promesses nuls, de nul
effet et non avenus.
Avant que le chantre entonne à la synagogue la première prière de la Fête des Expiations,
trois hommes, réunis en tribunal et placés en tête de l'assistance, annulent de leur pleine
autorité tous les voeux, les engagements et les serments de chacun de l'assemblée, tant ceux de
l'année qui vient de s'écouler, que ceux de l'année où l'on est entré. On appelle cela Col nidrè.

Nous n'avons pas besoin de faire apprécier le funeste effet de ces deux cérémonies si
opposées à tous les principes de la morale la plus simple .
Tout cela est inscrit dans le Talmud reconnu comme livre doctrinal des juifs par le
gouvernement de Napoléon. De cette reconnaissance officielle, n'y a-t-il pas des craintes à
concevoir et à conclure pour l'honnêteté des entreprises françaises dans l'avenir, puisque les
juifs vont désormais y participer ?
Conception des entreprises; honnêteté des entreprises; et puis, résultats des entreprises:
Eh bien, au point de vue des résultats, que peut-on attendre de la fusion des intérêts entre
Français et israélites ?
Hélas ! pas autre chose que l'englobement des intérêts français dans les intérêts israélites, ce
qui équivaudra à leur suppression: l'histoire renouvelée des sept vaches maigres dévorant les
sept vaches grasses


Les Français communiqueront aux israélites l'esprit d'incrédulité et d'indifférence en matière
de religion, né au XVIIIe siècle, et la dépravation des moeurs, devenue populaire depuis les
désordres imités de Louis XIV et de Louis XV et les saturnales de la Révolution. L'antique foi
israélite, qui en l'espace de dix-huit siècles n'avait eu à déplorer que les hardiesses de Spinoza,
commencera à chanceler sous le souffle du rationalisme; et les familles patriarcales, dont les
vertus s'étaient conservées au sein de la dispersion pénale, passeront par des dérangements
qu'elles ne connaissaient pas. L'émancipation des israélites s'est effectuée dans un milieu
détestable: celui du rationalisme et du voltairianisme. C'est une lourde responsabilité pour la
France et les nations de l'Europe.
De leur côté, les israélites communiqueront aux Français leur soif effrénée de l'or, et, avec
elle, la cohorte de toutes les défaillances et de toutes les jouissances honteuses. Excités à la

convoitise et au lucre, les fils de la noble France qui ne savent rien faire à demi, envieront aux
hébreux leur or, leurs expédients, leurs bassesses; ils les imiteront; et l'esprit français, se
teignant du faux judaïsme, sera méconnaissable.
En cet état de choses, la prépondérance juive trouvera facilement à s’asseoir.

Voici qu'un feu inconnu, étrange, a circulé dans ses veines; ce feu, les ardeurs de la soif de
l'or, l'animosité contre la religion chrétienne, contre les ministres de Dieu, contre les vierges
pures; ce feu, la haine du Christ ! Les gloires anciennes ont été mises en pièces; la fortune
publique a disparu; la population est devenue anxieuse, famélique.



DÉSORGANISATION DES NATIONS PAR NAPOLÉON PREPARATOIRE A LA
PRÉPONDÉRANCE JUIVE

Organisation apparente et
désorganisation profonde, voilà ce qu'on y découvre; et le long des brillantes ornières
marchent les fils d'Israël attentifs à profiter de la désorganisation.

Par une sorte d'ironie, que nous avons déjà signalée comme familière à la Révolution qui aime
les contrastes, cette désorganisation violente se rattachera au plus noble et vaste projet
d'organisation qui ait été conçu depuis bien longtemps: Napoléon veut refaire, au milieu des
peuples de race latine, l'oeuvre de Charlemagne.
L'Empereur a, lui-même, exposé plus tard, à Sainte-Hélène. sa noble ambition, son rêve.
« Une de mes plus grandes pensées avait été l'agglomération, la concentration des mêmes
peuples géographiques, qu'ont dissous, morcelés, les révolutions et la politique. Ainsi l'on
compte en Europe, bien qu'épars, plus de trente millions de Français, quinze millions
d'Espagnols, quinze millions d'Italiens, trente millions d'Allemands. J'eusse voulu faire de ces
divers peuples un seul et même corps de nation. C'est avec un tel cortège qu'il eût été beau de
s'avancer dans la postérité et la bénédiction des siècles ! Je me sentais digne de cette gloire
(151). »
Lorsque, puissant organisateur, il entreprend cette oeuvre de concentration, il n'hésite pas à
dire qui il est; il écrit au cardinal Fesch, son négociateur à Rome: Dites-leur que je suis
Charlemagne, leur Empereur, que je dois être traité de même.

Il est équitable de comprendre, dans l'oeuvre un instant radieuse du nouveau Charlemagne, sa
lutte contre l'Angleterre considérée dans son exode légitime et libérateur. L'Angleterre avait
toujours été l'âme et le noeud des ligues et des discordes sur le continent. Napoléon regarda en
face l'adversaire de toute félicité publique, et un duel immense devint son idée fixe. La lutte
gigantesque durera douze ans: lutte à décharge dans le procès fait à l'Empereur. Si la France a
bien des reproches à lui faire, il est une chose qu'elle ne doit jamais oublier: c'est qu'il s'est
mesuré en géant avec la Grande-Bretagne, et que, de ses bras nerveux, de ses muscles de lion,
il a voulu la clouer morte sur son île, pour assurer à sa chère France la première place
incontestée, à côté de sa propre gloire.

En vérité, la gigantesque épopée napoléonienne est bien l'ouverture de la danse des morts
pour les nations, danse macabre: étendards tricolores flottant au vent des batailles,
mamelucks, cuirassiers, carabiniers, lanciers, artilleurs, grenadiers farouches, fantassins
héroïques, traversant les rouges fusillades, tandis que les sabres sonnaient sur les casques et
qu'à travers la fumée de la poudre brillaient comme des éclairs les noms d'Arcole, Iéna,
Austerlitz, la Moskowa ! De 1795 à 1815, l'Europe a eu son bal de la Mort. La Révolution,
qui inspire la danse, aura soin de l'entretenir...
A la désorganisation religieuse s'est ajoutée la désorganisation politique.

Une autre, plus profonde peut-être parce qu'elle est sociale, va encore s'inaugurer: la
désorganisation qui se rattache au Code Napoléon.
Elle commence, elle aussi, par des apparences organisatrices et salutaires. A l'ombre du Code
Napoléon, la société va s'asseoir entre un térébinthe et un mancenillier.

La famille va être énervée par le divorce.
La liquidation des héritages résultant du partage forcé des successions détruira fatalement la
petite propriété, les petits ateliers; les vieilles races de paysans disparaîtront du sol; les
ouvriers des villes seront condamnés à toutes les misères morales et physiques de la vie
nomade. Dans les classes supérieures aussi, le culte et l'éducation du foyer, l'esprit de
tradition et de respect s'en iront, laissant un vide immense dans l'aspect décoloré de la société
française.
En outre, le régime du partage forcé produira la stérilité des mariages, on limitera lâchement
le nombre des naissances, et la statistique élèvera la marche croissante de la dépopulation à
chaque recensement quinquennal.
Enfin le régime du partage forcé bouleversera et renversera les institutions qui exprimaient le
mieux l'ordre et la liberté dissolvant les corporations et compromettant toutes les fondations
religieuses.
Sous ces aspects de la loi des successions et du divorce le Code Napoléon est mauvais, c'est le
mancenillier.

Les grandes nations de l'Europe, revenant sur leur premier sentiment, le repousseront et se
défendront contre lui, comme on se défend contre un empoisonnement de l'air.

« On vit alors les plus étranges mélanges de peuples; on vit les cipayes combattre en Egypte;
une flotte anglaise partir des côtes du Malabar et de Coromandel pour débarquer des troupes à
l'Ile-de-France; les Espagnols combattre à Dantzick, les Italiens à Varsovie, les Polonais à
Saint-Domingue. Il (l'Empereur) mit en pièces les nationalités, foula aux pieds les
constitutions, et fit d'une république un royaume ou une vice-royauté; il mêla selon son
caprice, les plaines et les montagnes, les peuples anciens et nouveaux, sans souci des
religions, de la langue et des moeurs; il conquit sans idée de conserver, sans suivre une
diplomatie habile et sans savoir fonder l'avenir sur la connaissance du passé; il détacha le
Tyrol de l'Autriche, à laquelle il livra Venise; il sépara Rome et Florence de l'Italie, dont elles
sont le coeur; il mit un roi dans la Hollande républicaine; il détacha les princes allemands de
leur empereur, et prétendit faire plier l'Espagne sous des rois étrangers. D'une ruine sortait une
autre ruine; son but unique était de conquérir des peuples, afin de les employer pour en
conquérir d'autres (174). »
Qu'est-il résulté de ce pêle-mêle ?
La naissance du cosmopolitisme; par sa convoitise babylonienne, Napoléon en est l'auteur.

Or l'Empereur a inauguré ce cosmopolitisme par son bouleversement des frontières et son
pêle-mêle des peuples.
Mais là encore n'était-ce pas préparer la prépondérance juive ?

Cosmopolites depuis le commencement de l'ère chrétienne, les juifs, dans les tendances
réfléchies ou inconscientes de leur jalousie, n'ont jamais eu qu'un rêve: celui de désorganiser
les peuples chrétiens et de briser par la ruse, ne pouvant le faire par la violence, le faisceau de
leurs forces, de leurs gloires, de leurs intérêts. Quelle satisfaction secrète pour ces éternels
voyageurs le jour où le cosmopolitisme leur donnerait des compagnons de voyage ! Le pêlemêle
de l'Empire a commencé cette joie de la ressemblance. A tous ces princes descendant les
degrés des trônes et s'en allant en exil, à tous ces peuples traînés et retraînés sur les grands
chemins, le Juif-Errant a pu dire: Vous voilà devenus semblables à moi !...

l’EMIETTEMENT DES FORTUNES
C'est un des plus fâcheux résultats du Code Napoléon inutile d'y revenir.
Mais, hélas ! par ce résultat, le Code Napoléon ne devient-il pas l'auxiliaire le plus actif de la
puissance hébraïque ? comparable à la trahison d'un maréchal de France sur un champ
d'opération où, contre la fortune des nations, s'avancerait la fortune juive ! Le Code livre à
cette dernière domaines, châteaux, collections d'art, finances: tous les bagages seront pris.
Qu'on médite, en effet, les lignes suivantes; elles sont d'un Jurisconsulte aussi éminent
qu'impartial: « Le juif conquiert le chrétien; nous n'avons pas la simplicité de lui en faire un
reproche; mais nous demandons quel intérêt a le législateur à mettre le citoyen français dans
la nécessité de vendre ses immeubles aux juifs qui les gardent ?
« Nos lois interdisent la faculté de conserver le bien. La liberté de tester est un délit qui est
immédiatement réprimé par les tribunaux.
« Les Juifs ont beau jeu. Ils sont économes. Ils savent que les chrétiens, de par notre Code
civil, subissent périodiquement pour leurs successions une crise financière. Ils sont à l'affût,
ils se présentent la bourse à la main. Le chrétien trouve facile d'y puiser. Il n'a pas la
prétention de garder une maison qui serait trop lourde pour un héritier, et qui d'ailleurs est
grevée d'hypothèques et de droits de mutation. La maison passe naturellement au juif prêteur.
La maison a été bâtie pour lui. Quant au chrétien qui l'a construite, embellie a ses frais, il lui
restera la ressource de l'habiter comme locataire.

« On crie contre eux, ils laissent crier; on les ruinerait aujourd'hui, qu'ils recommenceraient
demain. Ils ne sont que la cause seconde de leurs richesses. La cause première, c'est le Code.
»

Le sage et clairvoyant jurisconsulte, écrivant en 1888, a pu ajouter:
« Aujourd'hui les juifs dominent à Rome en vertu du Code Napoléon, qui a retiré toute fixité
aux intérêts matériels. Etablissez le Code civil à Rome, écrivait Louis-Napoléon à Edgar Ney.
Le Code civil mine, ébranle, détruit tous les corps, toutes les institutions fondées à toujours; il
leur ôte, par une liquidation incessante des intérêts matériels qui les soutiennent, toute
puissance de s'affermir ou de se développer. Il ouvre, dès le premier jour, la place à l'ennemi.
C'est par cette brèche, et non par la brèche de la porta Pia, que l'ennemi est véritablement
entré à Rome. Sous les mots de ventes et d'achats, de commerce, de crédit, de partage de
successions, patronnés par le Code civil, la Révolution a pris possession de Rome. Les
Français, là comme en France en 1789, ont livré la société aux juifs. Les juifs règnent à
Rome, et ce n'est pas leur faute; des chrétiens d'un genre particulier l'ont absolument voulu.
« Le Code civil est la dynamite qui fait sauter toutes les institutions (177). »
Tout commentaire affaiblirait cette douloureuse citation.




LA VOLTE-FACE DE NAPOLÉON CONTRE LES JUIFS

Nous allons relater le fameux et exaspérant décret; après quoi, nous ferons connaître, toujours
documents en mains, sa vraie signification dans la pensée de Napoléon.
Par ce décret, daté du palais des Tuileries, 17 mars 1808:
I. - a) LES PRÊTS FAITS PAR LES JUIFS A DES MINEURS, A DES FEMMES, A DES
MILITAIRES, SONT DÉCLARÉS NULS.
Tout engagement pour prêt fait par des juifs à des mineurs, sans l'autorisation de leur tuteur; à
des femmes, sans l'autorisation de leur mari; à des militaires, sans l'autorisation de leur
capitaine, si c'est un soldat ou sous-officier, du chef de corps, si c'est un officier: sera nul de
plein droit, sans que les porteurs ou cessionnaires puissent s'en prévaloir, et nos tribunaux
autoriser aucune action en poursuite.
b) LES PRÊTS FAITS A DES DOMESTIQUES, OU SUR DES INSTRUMENTS DE
TRAVAIL, SONT ÉGALEMENT DÉCLARÉS NULS.
Nul juif ne pourra prêter sur nantissement à des domestiques ou gens à gage.
Les juifs ne pourront recevoir en gage les instruments, ustensiles, outils et vêtements des
ouvriers, journaliers et domestiques.
II. - LEURS CRÉANCES FRAUDULEUSES OU USURAIRES SONT ANNULÉES.
Aucune lettre de change, aucun billet à ordre, aucune obligation ou promesse, souscrit par un
de nos sujets non commerçant, au profit d’un juif, ne pourra être exigé sans que le porteur
prouve que la valeur en a été fournie entière et sans fraude.
Toute créance dont le capital sera aggravé d'une manière patente ou cachée, par la cumulation
d’intérêts à plus de cinq pour cent, sera réduite par nos tribunaux. Si l'intérêt réuni au capital
excède dix pour cent, la créance sera déclarée usuraire, et, comme telle, annulée.
III. - LEUR NÉGOCE EST SUBORDONNÉ A DES CONDITIONS DE PROBITÉ ET A
DES MESURES DE PRUDENCE.
Désormais nul juif ne pourra se livrer à aucun commerce, négoce ou trafic quelconque, sans
avoir reçu, à cet effet, une patente du Préfet du département, laquelle ne sera accordée que sur
des informations précises, et que sur un certificat: 1° du Conseil municipal constatant que
ledit juif ne s'est livré ni à l'usure ni à un trafic illicite; 2° du consistoire de la synagogue, dans
la circonscription de laquelle il habite, attestant sa bonne conduite et sa probité.
Cette patente sera renouvelée tous les ans
Nos procureurs généraux près nos Cours sont spécialement chargés de faire révoquer lesdites
patentes par une décision spéciale de la Cour, toutes les fois qu'il sera à leur connaissance
qu'un juif patenté fait l'usure ou se livre à un trafic frauduleux.
Tout acte de commerce fait par un juif non patenté sera nul et de nulle valeur.
Nul juif ne pourra prêter sur nantissement à d'autres personnes, qu'autant qu'il en sera dressé
acte par un notaire, lequel certifiera, dans l'acte, que les espèces ont été comptées en sa
présence et celle des témoins, à peine de perdre tout droit sur les gages, dont nos tribunaux et
cours pourront en ce cas ordonner la restitution gratuite.
IV. - L ALSACE EST INTERDITE A DE NOUVEAUX JUIFS.
Aucun juif, non actuellement domicilié dans nos départements du Haut et du Bas-Rhin ne sera
désormais admis à y prendre domicile.
V. - LES AUTRES DÉPARTEMENTS DE L’EMPIRE NE SERONT ACCESSIBLES AUX
JUIFS QU’AUTANT QU’ILS Y SERONT EXCLUSIVEMENT AGRICULTEURS.
Aucun juif, non actuellement domicilié, ne sera admis à prendre domicile dans les autres
départements de notre Empire, que dans le cas où il y aura fait l'acquisition d'une propriété
rurale et se livrera à l'agriculture, sans se mêler d'aucun commerce, négoce ou trafic. Il pourra
être fait des exceptions aux dispositions du présent article, en vertu d'une autorisation spéciale
émanée de Nous.
VI. - TOUT JUIF CONSCRIT DEVRA FAIRE SON SERVICE MILITAIRE, SANS
POUVOIR SE FAIRE REMPLACER.
La population juive, dans nos départements, ne sera point admise à fournir des remplaçants
pour la conscription: en conséquence, tout juif conscrit sera assujetti au service personnel.
A la lecture de ce décret, toutes les communautés juives de France furent exaspérées. Il n'y
eut qu'un cri. « Par cet odieux, par cet infâme décret du 17 mars 1808, nous sommes mis de
nouveau hors la loi. Il fait revivre à notre égard quelques-unes des plus humiliantes
dispositions des ordonnances du Moyen Age. Nous voilà replongés dans l'humiliation la plus
profonde (221). »
Ce qui est vrai, c'est qu'après avoir reçu la plus éclatante protection qui leur eût été accordée
dans aucun siècle, les juifs « éprouvaient tout à coup dans leur fortune et dans leur personne
une violente secousse (222) ».
On disait tout bas de l'Empereur: « Il nous avait promis que nous serions citoyens sans
restriction. Il a trompé le monde entier, il a confisqué partout la liberté. Comment aurait-il pu
garder sa parole aux juifs (223) ? »

Au bas du décret, il y avait cette clause:
Les dispositions contenues au présent décret auront leur exécution pendant dix ans, espérant
qu'à l'expiration de ce délai, et par l'effet des diverses mesures prises à l'égard des juifs, il n'y
aura plus aucune différence entre eux et les autres citoyens de notre Empire; sauf néanmoins,
si notre espérance était trompée, à en proroger l'exécution, pour tel temps qu'il sera jugé
convenable.

Ainsi donc, après qu'elles auraient été expérimentées durant dix ans, les dispositions
contenues dans le décret étaient susceptibles d'une prorogation illimitée, si l'attente de leurs
bons résultats était trompée. Les juifs ont dû rire !


Quant à l'année qui s'écoule entre la séparation du Sanhédrin et le coup de tonnerre du décret
(1807-1808), elle est si pleine, hélas ! de tromperies et supercheries juives, qu'elle confirme
l'Empereur dans ses dispositions sévères et lui fait lancer le décret. Quelles supercheries,
quelles tromperies ? Entre autres, celles-ci:
Pour sauver d'une ruine complète les malheureux cultivateurs de l'Alsace écrasés par les
usures des juifs, Napoléon avait, en 1806, décrété un sursis d'un an à toutes les dettes
hypothécaires de ces cultivateurs vis-à-vis de leurs rapaces créanciers. Qu'avaient fait ces
rapaces ? Ils avaient imaginé de substituer aux inscriptions hypothécaires, des contrats de

vente avec faculté de réméré (c'est-à-dire avec faculté du rachat, pour le vendeur, à la
condition de rendre dans un délai convenu le prix à l'acheteur). A l'aide de ces contrats à
réméré, maint paysan avait obtenu de l'argent, par la vente de son fonds qu'il avait donné à
perte. Le délai arrivé, le pauvre paysan n'ayant pu rendre le prix, l'usurier était devenu,
légalement et de plein droit, propriétaire irrévocable du fonds qu'il avait acquis à prix
modique, et il le faisait passer dans d'autres mains avec de gros bénéfices. « Ce genre de prêt,
écrivait fort justement M. de Champagny, est plus nuisible à l'agriculture que l'usure même,
puisqu'il tend à ôter des mains du cultivateur un sol productif pour en faire un objet de trafic
(227). »
Autres supercheries. — Depuis leur sortie de Palestine, les juifs avaient toujours eu de
l'aversion pour le métier des armes. Mais, en acceptant d'être citoyens français, ils étaient
devenus tributaires du drapeau et devaient tirer à la conscription. Or, soit parce que le service
était dur sous Napoléon, soit parce que les chances du commerce leur semblaient préférables à
celles de la guerre, ils ne se faisaient point faute de s'esquiver. Les rapports officiels se
plaignent de cette dérobée:
Sur soixante-six juifs qui, dans un laps de six ans, devaient faire partie du contingent de la
Moselle, aucun n'est entré dans les armées (228).
Dans le département du Mont-Tonnerre, jusqu'en 1806, les juifs ont constamment éludé les
lois de la conscription (229).
Quoique la population juive de ce département du Mont-Tonnerre atteigne 1.000 résidents, il
n'a fourni que 29 conscrits israélites de 1806 à 1810 (230).
On comprend que Napoléon, pour qui le service militaire était le plus grand des devoirs qu'un
citoyen doit remplir, ait fait un bond en prenant connaissance de ces rapports et se soit écrié:
Je leur apprendrai à être soldats ! En effet, le dix-septième article du décret de mars 1808,
éclatant comme un coup de fanfare dans les quartiers juifs, apprenait que « tout juif conscrit
serait assujetti au service personnel, et que la population juive, dans tous les départements de
l'empire, ne serait point admise à fournir des remplaçants pour la conscription ».
De tout ce qui précède, il ressort avec évidence que l'Empereur n'a voulu nullement rompre
avec les juifs, mais les dompter, les subjuguer. Il a voulu constituer pour eux une école de
discipline: « Il n'édictait à leur égard des mesures exceptionnelles qu'afin de les faire renoncer
à des habitudes également exceptionnelles (23l). »
Au surplus, ce qui prouve que telle était bien l'intention de l'Empereur, c'est le langage
catégorique dont s'est servie Sa Majesté dans ce décret qualifié d'« infâme ». La clause qui
annonce que le présent décret sera en vigueur pendant dix ans ajoute: « Nous espérons qu'à
l'expiration de ce délai, et par l'effet des diverses mesures prises à l'égard des juifs, il n'y aura
plus aucune différence entre eux et les autres citoyens de notre Empire. »
L'intention formelle de l'Empereur était donc d'achever leur incorporation à la société en les
façonnant à la moderne ce qu'avait oublié de faire la Constituante, et non de les repousser
dans les exceptions permanentes du Moyen Age (232).
Sa volte-face n'était qu'une manoeuvre.

Que font-ils ? Attaquent-ils le décret de front ? Ils s'en garderaient bien; ils ne s'y risquent
pas. Ils eussent été culbutés, d'un revers de la main, dans leurs anciens gîtes.
Souples et d'un esprit fertile en expédients, ils emploient contre Napoléon une tactique
diamétralement opposée à l'action qu'ils ont engagée, contre la Constituante, vingt ans
auparavant. Celle-ci avait été attaquée de front: vis-à-vis de l'Empereur, ce sera un
mouvement tournant.

On se rappelle le tableau que nous avons tracé de ces quatorze assauts livrés par la ténacité
juive à l'Assemblée nationale, de 1789 à 1791, pour réclamer, au nom des Droits de l'homme,
l'émancipation civile. Nous remettons sous les yeux du lecteur l'épisode du dernier assaut:
« Il faut reconnaître qu'ils avaient été tenaces, et surtout bons logiciens. Tenaces, puisque,
dans l'espace de deux ans, c'est-à-dire pendant toute la durée de la Constituante, la question de
leur émancipation avait été quatorze fois présentée par eux, écartée et ajournée quatorze fois
par les législateurs, et qu'ils étaient encore là, pour la leur présenter une quinzième fois à la
veille de la dissolution de l'Assemblée. Bons logiciens, parce qu'ils exigeaient qu'on tirât, de
la Déclaration des droits, les conséquences logiques qu'on ne voulait pas y apercevoir.
« On était arrivé à la veille de la clôture de l'Assemblée constituante. C'était l'avant-dernière
séance. Il n'y avait plus ni temps à perdre, ni sursis à accepter. Duport se lève et réclame, au
nom des Droits de l'homme, l'émancipation des juifs. Régnault de Saint-Jean-d'Angély coupe
court à toute contradiction, en disant: « Je demande qu'on rappelle à l'ordre tous ceux qui
parleront contre cette proposition, car c'est la Constitution elle-même qu'ils combattront. »
« Lorsqu'un corps de troupes bat en retraite, si on parvient à le jeter sur un obstacle pour le
détruire ou l'obliger à se rendre, on dit, en terme de guerre, qu'il est acculé. C'était la situation
sans issue de la Constituante, à l'heure avancée de sa retraite. Elle se trouvait en face de cette
alternative: ou mettre bas les armes devant les juifs, ou détruire la Constitution, son oeuvre, ce
qui équivalait, pour la Constituante, à se détruire elle-même devant l'histoire. Elle était
acculée.

« La fameuse Déclaration des droits de l'homme était devenue une impasse, un cul-de-sac.
L'Assemblée demeura silencieuse devant l'apostrophe de Régnault de Saint-Jean d'Angély. La
victoire resta aux juifs (241). »

Ainsi donc, après quatorze instances auprès de l'Assemblée Constituante pour la mettre en
demeure de se prononcer sur leur émancipation, après quatorze refus de sa part et quatorze
défaites pour eux, à la quinzième tentative, les juifs étaient demeurés les maîtres (242).
Pareille attaque de front était absolument impossible avec Napoléon. Au reste, la difficulté à
vaincre n'est plus la même. Avec la Constituante, c'était une déduction qu'elle ne voulait pas
tirer d'un principe posé par elle; avec Napoléon, c'est un fait brutal à redresser. Dans le
premier cas, on avait eu affaire à la logique; dans le second, on rencontrait la poignée d'un
sabre et la redingote grise...



Le premier expédient auquel on eut recours pour l'éluder fut les exceptions au décret.
L'historien juif Halévy dit avec un dédain affecté, comme s'il avait voulu donner le change et
effacer devant l'histoire la peur ressentie par ses coreligionnaires: « Au surplus, le décret était
à peine rendu depuis un an, qu'il en parut successivement plusieurs, affranchissant de ses
dispositions les juifs d'un département, puis ceux d'un autre, de sorte que son application se
trouva bientôt réduite aux seuls israélites de l'Alsace (243). » Cette phrase n'est que de la
fanfaronnade, voici la vérité:
Napoléon se fit prier. Humbles et suppliants, les Hébreux de l'Empire vinrent successivement
solliciter des exceptions au décret. En prince qui voulait se montrer débonnaire, Napoléon les
accorda. Il se forma alors une file d'exceptions:
En 1808, l'Empereur affranchit du décret les israélites:
de la Seine (6 avril),
de la Méditerranée (16 juin),
des Basses-Pyrénées (22 juillet).
En 1810, il accorda la même faveur aux israélites:
Ces quinze départements furent favorisés à la fois (11 avril)
des Alpes-Maritimes
de l'Aude
du Doubs
de la Haute-Garonne
de l'Hérault
de Marengo
du Pô
de Seine-et-Oise
de Stura
de la Doire
de la Seine
des Vosges
du Gard
de Gênes
des Bouches-du-Rhône
En 1811, il étendit l'affranchissement aux israélites:
(19 mars)
de Rome
du Rhône
de Montenotte
des Forêts
Ainsi, lors de l'année 1811, vingt-deux départements de l'Empire se trouvaient déjà affranchis
du décret du 17 mars 1808 (244). Il est juste de reconnaître que les israélites faisaient des
efforts pour mériter de rentrer dans le droit commun. Le ministre de l'Intérieur le signale à
l'Empereur: « La régénération des israélites est sensible; ils s'empressent de mériter les bontés
paternelles de Votre Majesté, et ils cherchent à se rendre dignes d'une exception aux
dispositions du décret (245). » Sur les soixante-huit départements de l'Empire, habités par des
israélites, quarante-quatre étaient encore soumis en 1811 au décret de 1808. Les juifs ne
s'étaient donc pas amendés dans tous les départements.


Mais voici la culpabilité: ils sont allés demander du secours aux sociétés secrètes.
Il est hors de conteste aujourd'hui que les sociétés maçonniques ont eu leur main dans les
revers de Napoléon, après l'avoir aidé dans ses triomphes. « Durant la première partie de son
règne, jusqu'en 1809, Napoléon rencontra dans tous les pays qu'il envahissait un appui
énergique de la part des Loges maçonniques, et plus d'une fois son génie militaire fut aidé par
la trahison des chefs qu'il combattait (247). » Ensuite les Loges se retirèrent de lui,
lorsqu'elles comprirent que le despotisme impérial se concentrait tout entier dans une
ambition personnelle et des intérêts de famille, et que la Maçonnerie n'avait été pour lui qu'un
instrument. Dès ce moment, le combat contre le César infidèle (248) fut décidé; le
Tugendbund en fut l'expression (249): mot allemand qui signifie lien de vertu.
Or, les juifs avaient été les complices des sociétés secrètes dans les triomphes de Napoléon: «
A Francfort et dans toute l'Allemagne, raconte un historien illustre, les juifs l'acclamaient
comme le Messie, tant ils avaient conscience du renversement de l'édifice social chrétien qui
s'accomplissait par ses armes (250). »
N'ont-ils pas été les complices des mêmes sociétés secrètes, lorsque celles-ci se retournèrent
contre leur idole ? En effet:
Il y a une coïncidence de dates, à charge:
Le décret de Napoléon contre les juifs, décret qui les a tant exaspérés, qualifié par eux d’«
infâme », est de 1808;
Et le décret des sociétés secrètes qui déclare Napoléon abandonné est de 1809 (251).
Cette coïncidence de dates s'explique par celle des rancunes:
« Il nous a trompés ! » hurlait-on fiévreusement dans les Loges;
« Il a trompé tout le monde, comment aurait-il tenu parole aux juifs ? » écrira, au nom de ses
coreligionnaires, l'historien juif Gratz (252).
En gens habiles et prudents, les juifs chargèrent les Loges de leurs rancunes et des représailles
à exercer. Ce n'était pas la première fois que les Loges et les juifs se rencontraient la main
dans la main. Quand la Constituante, en 1790-1791, s'attardait et se refusait presque à
promulguer le décret d'émancipation en faveur des israélites, ceux-ci s'adressèrent aux Loges
qui envoyèrent les faubourgs de Paris appuyer à l'Assemblée leurs amis les juifs (253);
maintenant qu'il s'agit non de faire rapporter (on n'oserait !) mais de punir un décret
d'exception, les Loges se montrent encore de bonne composition.
Ainsi s'explique cet enchaînement historique:
En 1808, le décret de Napoléon et la colère des juifs;
En 1809, le décret des Loges et la volte-face contre Napoléon.


l'histoire place un horrible épisode dont la honte a rejailli sur
le nom d'Israël. Il se rattache à l'épouvantable scène du passage de la Bérésina, alors que, pour
les survivants, l'horreur grandissait à chaque pas et que le froid s'était encore accru, le
thermomètre étant descendu à 35 degrés. C'est le comte de Ségur qui parle, un témoin:
« Vingt mille Français étaient restés à Wilna, malades, blessés, épuisés de fatigue. A la vérité,
les Lithuaniens, que nous abandonnions après les avoir tant compromis, en recueillirent et en
secoururent quelques-uns; mais les juifs, que nous avions protégés, repoussèrent les autres. Ils
firent bien plus. La vue de tant de douleurs irrita leur cupidité. Toutefois, si leur infâme
avarice, spéculant sur nos misères, se fût contentée de vendre au poids de l'or de faibles
secours, l'histoire dédaignerait de salir ses pages de ce détail dégoûtant; mais qu'ils aient attiré
nos malheureux blessés dans leurs demeures pour les dépouiller, et qu'ensuite, à la vue des
Russes, ils aient précipité par les portes et les fenêtres de leurs maisons ces victimes nues et
mourantes; que, là, ils les aient laissées impitoyablement périr de froid; que même ces vils
barbares se soient fait un mérite aux yeux des Russes de les y torturer: des crimes si horribles
doivent être dénoncés aux siècles présents et à venir ! Aujourd'hui que nos mains sont
impuissantes, il se peut que notre indignation contre ces monstres soit leur seule punition sur
cette terre; mais enfin, les assassins rejoindront un jour les victimes, et là sans doute, dans la
justice du ciel, nous trouverons notre vengeance (258). »

Dans la lutte entre lui et les fils d'Israël, le dernier mot était aussi resté aux israélites;
Tandis que tombait, comme un barrage inutile, le décret du 17 mars 1808, ce peuple
conservait toutes les positions qu'il avait conquises sous la Révolution et l'Empire:
L'installation des citoyens israélites dans la Déclaration des droits de l'homme;
L'installation du culte israélite au Bulletin des Lois;
L'installation des consistoires israélites dans les principales villes de France;
L'installation prochaine du rabbinat au budget des cultes;
L'installation des noms israélites dans la langue française;
L’installation des soldats israélites dans l'armée;
Et partout ailleurs, d'autres installations vont se faire.
Ainsi les juifs avaient repris leur marche en avant, imposée d'abord, puis résolument gardée et
défendue, à travers les événements de France. Il y a plus. Maintenant qu'ils se sentaient établis

dans de fortes et solides positions en France et dans les pays limitrophes, ils allaient, eux
aussi, songer à un empire. En effet, durant les Cent-Jours, entre l'île d'Elbe et l'île Sainte-
Hélène, quelque chose de bien singulier s'était passé:
L'histoire a enregistré la mélancolie et les larmes de Charlemagne, au déclin de sa vie. On lui
avait rapporté que les Saxons et les Normands, insultant à sa vieillesse, venaient piller les
rivages de ses Etats. Vainement, pour les châtier, avait-il construit de gros et forts bateaux: les
pillards lui échappaient, sur leurs barques légères, insaisissables. Un jour, de la fenêtre d'un de
ses palais, il les vit de ses propres yeux sillonnant la mer du Nord: ils avaient disparu à
l'horizon que son oeil pensif les suivait encore. Charlemagne versa des larmes.
Les grands génies n'ont-ils pas, comme les mères, des perplexités touchantes ?
Napoléon aurait-il eu les siennes ? L'histoire lui en prête. Il aurait entrevu les Cosaques
maîtres en Europe avant la fin du siècle, et sa paupière d'aigle serait demeurée impassible.
Mais si, sur cette mer du Nord où Charlemagne avait suivi, d'un regard mélancolique, les
barques normandes, l'Empereur avait aperçu, le soir de Waterloo, la barque d'un juif voguant,
pour aller inaugurer un empire qui devait succéder au sien, peut-être eut-il versé des larmes,
lui qui ne savait pas pleurer !...

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