vendredi 2 juillet 2010

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SECONDE PARTIE :

LE CONDITIONNEMENT GÉOGRAPHIQUE DES PSYCHISMES ET
DES CULTURES

Les engrenages historiques de la destruction de la race blanche et de la planète.

Réflexion à partie des textes sacrés.

Archétypes psychiques et topographie des lieux de cultes
La glace et le désert, la montagne et la plaine, la forêt et la mer comme puissances génératrices de cultures.

Le christianisme, religion de Vénus.

Le christianisme, religion élitiste.







SECONDE PARTIE :
LE CONDITIONNEMENT GÉOGRAPHIQUE DES PSYCHISMES ET
DES CULTURES
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Les engrenages historiques de la destruction de la race blanche et de
la planète
L'histoire s'emballe et je ne parviens plus à la suivre. Je me
demande parfois si les désastres ultimes ne devanceront pas la
sortie de ce livre et ne lui donneront pas raison avant même qu'il ait
paru.

Depuis la frappe de mon chapitre intitulé une Bouteille à la mer
pour l'avenir, sont tombées des informations avouant soixante-cinq
millions d'illettrés aux USA, soit plus de 25%, et onze millions en
France, soit 20%. Il est clair que cette base de complète déculturation
se prolonge vers le haut par une baisse à tous les niveaux. Il n'est un
mystère pour personne que, malgré les masses de chômeurs, on ne
trouve que très difficilement une caissière capable de calculs
élémentaires, un typographe ou mécanographe qui ne fasse pas des
fautes en cascades ; et ni employeurs, ni grandes écoles n'accordent
plus de crédit au baccalauréat. Mais, dans le même temps, les
prouesses de l'astronautique deviennent de plus en plus
prodigieuses. Ces faits contradictoires illustrent ce que j'écris et
répète depuis plus de vingt ans : nous assistons à un éclatement de
l'espèce humaine. D'une part, un petit nombre croît en intelligence et
capacités ; d'autre part l'énorme masse des lapineurs irresponsables
tombe de plus en plus bas. À lui seul, ce double fait suffirait à
démontrer que l'élite ne gouverne pas la planète. Elle est, elle aussi,
domestiquée par les crapulocraties financières, idéologiques et
religieuses. Les mêmes puissances d'argent qui dominent l'appareil
médiatique, les partis politiques, les syndicats et l'instruction publique
dominent aussi les laboratoires, puisqu'ils ont en mains les robinets
des crédits et les investissements scientifiques.

Il faut certes se demander comment nous en sommes arrivés
là, comment des hommes capables de faire sauter la planète sont
restés les domestiques du capitalisme ou du parti communiste,
comment, en outre, ils sont souvent restés en condition d'infantilisme
religieux, ne trouvant d'autre issue aux contradictions de leur religion
traditionnelle et de leur science que dans une sorte de dédoublement
artificiel de la personnalité. Cette fragile comédie n'affecte pas
seulement des physiciens ; de grands humanistes comme Alexis
Carrel et Carl Gustav Jung en ont aussi été victimes.

L'explication de ce défaut de la cuirasse chez de grands esprits
est simple : c'est l'ignorance de la véritable histoire de l'Europe. J'ai
déjà montré à propos de Néron, d'Attila, des Vandales, de l'hitlérisme
les formidables distorsions que cette histoire a subies et continue de
subir. J'ajoute un élément encore plus probant de la volonté de
négation et de destruction des valeurs aryennes, car il s'agit de
problèmes historiques strictement culturels.

Les dominateurs chrétiens ne se sont pas contentés de
substituer leurs saints aux divinités des eaux et de la forêt, ni
d'accaparer nos lieux de culte. Ils ont aussi imposé un fanatisme
nivellateur et étouffant pour l'individu. Alors que les Romains
toléraient tous les cultes, pourvu qu'on y associe, ne serait-ce que
rituellement, celui de l'empereur, les chrétiens ont imposé la totalité
de leurs dogmes et de leur mythologie et interdit tout le reste. Les
édits de Théodose, empereur de 379 à 395,font du christianisme la
religion d'État obligatoire ; quiconque la refuse, est rebelle à
l'empereur. Ces édits sont les premiers actes officiels par lesquels les
opportunistes et les lâches prennent le pas sur les êtres sincères et
courageux.

On peut prétendre que, là aussi, il s'agit d'un problème
politique, bien qu'une domination politique ne nécessite pas
forcément l'hégémonie religieuse. Mais si les chefs du christianisme
ne sont pas habités d'une haine viscérale, peut être parfois
inconsciente, de l'Européen et surtout du Nordique, qu'ils nous
expliquent pourquoi ils ont méprisé l'art roman et gothique au point
de l'appeler « l'art barbare » et de le laisser tomber en ruines ?
Parfois, comme à Cluny, de laisser des chefs-d'oeuvre être démolis
systématiquement après avoir été vendus à des entreprises de
construction qui en récupéraient les pierres. Il s'agissait pourtant de
monuments destinés aux cultes chrétiens, même si l'inspiration
trahissait une autre veine ; et ces choses ne se passèrent pas sous
des républiques ou des révolutions, mais bien sous des
gouvernements dominés par le catholicisme.

L'histoire culturelle de l'Europe n'est pas moins falsifiée que son
histoire politique. Celtes, Germains et Slaves travaillaient surtout le
bois et le métal, alors que les Méditerranéens travaillaient la pierre.
La décomposition et l'oxydation détruisent les premiers, tandis que la
pierre résiste beaucoup mieux au temps. Il en résulte inévitablement
un énorme déséquilibre des vestiges archéologiques. Ceci peut
expliquer certaines ignorances actuelles, mais non les partis pris de
l'Église romaine qui, dès ses débuts, a usé et abusé de la notion de «
barbares » pour parler de gens d'un haut niveau de culture et de
technique et assurément bien plus vertueux que les Romains,
comme en témoigne cet évêque de Marseille que nous avons cité à
propos des Vandales.

Et pourquoi cette prodigieuse architecture à colombages, que
l'on peut admirer du Danemark à la Gallice en passant par
l'Allemagne, la Suisse, la Bourgogne, l'Alsace, les Pays-Bas,
l'Angleterre, la Normandie, la Champagne, la Dordogne et les
Pyrénées n'est-elle jamais évoquée dans les livres d'histoire, ni
même dans la plupart des histoires de l'art ? Il doit pourtant rester
actuellement plus de cinquante millions d'Européens qui vivent dans
des maisons à colombages souvent vieilles de plusieurs siècles,
parfois d'un millénaire. Les bateaux vikings, prodiges de
raffinements, de qualités nautiques et de beauté ne sont pas mieux
traités. La ferronnerie et l'orfèvrerie gauloise, scythe et scandinave
suscitent moins de commentaires archéologiques qu'un tesson de
poterie trouvé au Moyen-Orient. Les voyages des Islandais et autres
Nordiques au Nouveau-Monde ont été contestés avec la plus
écoeurante mauvaise foi malgré les vestiges archéologiques, les
documents pourtant ecclésiastiques et la démonstration de la
possibilité de tels voyages faite il y a plus d'un siècle par des
professeurs de la faculté d'Oslo qui construisirent la réplique exacte
du bateau d'Oseberg et traversèrent l'Atlantique Nord avec cette
réplique. La raison de cette malhonnêteté est évidente : les
responsables chrétiens voulaient occulter l'existence d'une civilisation
nordique de haut niveau et perpétuer la fable de la découverte de
l'Amérique par le Méditerranéen Christophe Colomb ( qui alla et
séjourna trois mois à Reykjavik pour se renseigner sur la route
auprès des Islandais ! ). Par les travaux d'Herman Wirth et de Jürgen
Spannuth, il est aujourd'hui devenu indéniable que l'écriture
alphabétique nous vient du Nord, que ce sont les runes qui furent la
source de l'alphabet phénicien, et non l'inverse. Pourtant, c'est
l'erreur qui continue et continuera à être enseignée. Les Phéniciens
étaient bien de ceux que les Égyptiens appelèrent « les peuples de la
mer », des Nordiques ayant fui leur pays devant les submersions de
l'Ouest européen. Mais cela le public l'ignore et l'attribution de
l'écriture aux Phéniciens ne remet donc pas en cause le dogme de «
la lumière venue d'Orient » ( ex oriente lux ). Qu'un tel degré
d'occultation et de distorsion de l'histoire laisse la plupart indifférents
est la marque de notre mort culturelle.

En remontant deux mille ans en arrière pour dévoiler des
engrenages du mensonge et de la haine raciale anti-nordiques, nous
sommes encore loin de toucher aux sources. Puisque les religions du
désert du Moyen-Orient ont submergé la planète, se chargeant ainsi
de la totale responsabilité des drames et impasses contemporains,
puisqu'elles se sont couronnées elles-mêmes comme « grandes
religions », et ont affirmé comme évidente et indiscutable la
supériorité de leurs monothéismes rivaux et le caractère divin de
leurs révélations fondamentales, il convient d'y regarder de près et de
comparer ces religions avec celles qu'elles ont détruites.
Nous allons donc procéder à cette comparaison, car il est vain
d'espérer y voir clair dans les drames contemporains sans un
éclairage porté sur leurs racines les plus lointaines.






Réflexion à partie des textes sacrés
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Mon point de départ ayant été les désastres accomplis ou
potentiels provoqués par ce qu'on appelle communément le
matérialisme, mais qu'il serait plus juste d'appeler « mépris de la
matière ». J'ai été amené, en comparant nos comportements à ceux
des peuples dits abusivement primitifs, en particulier à ceux des
peaux-rouges, à me demander si ces comportements d'insensibilité
dévastatrice faisaient réellement partie de la nature humaine ou s'ils
avaient leur source dans notre culture. Je devais donc réfléchir sur
les textes judéo-chrétiens et, d'une manière plus générale, sur toutes
ces « lumières venues d'Orient » qui constituent depuis près de deux
millénaires les fondements culturels de l'Europe. Le coup de pouce
décisif à mon travail fut une information de la fin des années 60 : un
congrès de savants et penseurs américains rassemblés pour
analyser les causes des premières détériorations inquiétantes de la
biosphère et, parmi ces causes, celles de la surpopulation, avait
conclu à une certaine responsabilité de la Bible. La presse
américaine réagit avec une violence qui me parut un aveu : « Jamais
les valeurs judéo-chrétiennes n'avaient subi un tel défi ! ». Cette
phrase indignée ne réfutait rien. Je me mis donc au travail et parvins
à la conclusion que les influences du Moyen-Orient étaient bien la
cause majeure des catastrophes écologiques contemporaines.
Tous les humains ayant subi une éducation religieuse un peu
sérieuse se souviendront que la genèse biblique nous invite à «
croître et multiplier », et à « aller et nous soumettre toute la terre ».
Avec plus de 5 milliards d'habitants et la domination technique
actuelle, les déforestations massives et la colonisation même des
espaces polaires, nous avons magnifiquement accompli le
programme. Mais la responsabilité des religions d'Orient ne peut se
fonder sur deux malheureuses phrases que la moitié des humains au
moins ignore. Il y a bien pire. Il est plus révélateur que tous les codes
religieux du Moyen-Orient soient muets sur les devoirs envers la
nature. Arbres et forêts, sources, cours d'eau et lacs n'ont pas droit à
un seul mot. Si ! Pourtant, dans la Torah : « Garde-toi de t'attarder à
admirer un arbre, il te détournerait de Iaveh. » ; ce refus de la nature
est aujourd'hui repris en écho par de nombreuses phrases de
Bernard-Henri Lévy. Les enfants ne sont pas mieux partagés. Ceux
qui en doutent n'ont qu'à relire le Décalogue de Moïse que l'Église a
adopté sans y ajouter un seul mot tiré des Évangiles. Certes, ces
derniers portent l'enfant au pinacle spirituel, ce en quoi ils s'accordent
à la sensibilité européenne ; mais ils restent pourtant muets sur les
devoirs envers la nature, sauf à imaginer qu'ils aient été amputés des
phrases les concernant, ce qui n'aurait rien d'étonnant. Vous pensez
peut-être qu'il est superflu de parler des devoirs envers les enfants,
qu'ils vont sans dire ? Méditez alors ce stupéfiant article du Code
d'Hammourabbi, législateur amoritte, donc du peuple d'Abraham : «
Si un homme a tué le fils de son voisin, on tuera son fils. ». Et pensez
aussi à cet Abraham prêt à égorger le sien.

Or, à la même époque, pour les Européens tout était sacré
dans la nature. Les Celtes n'abattaient que des arbres morts ; tous
les animaux : cerf, bélier, taureau, sanglier, cheval, aigle, chouette,
alouette, hirondelle étaient à leurs yeux dotés d'une sacralité
spécifique et associés à une divinité. À chacune d'elles correspondait
un astre, une gemme, un métal, un oiseau, un animal aquatique, un
animal terrestre, un ou plusieurs végétaux. À titre d'exemple
rappelons qu'à Vénus correspondait la planète du même nom,
l'émeraude, le cuivre, la colombe, la coquille Saint-Jacques, le
taureau, les arbres de terrain humide : saule, peuplier, aulne,
bouleau. Le droit coutumier de la Germanie antique, le Weidrecht,
protégeait sévèrement les animaux. Une fois baptisé ( le baptême est
un sacrement « païen » dont on ne trouve nulle trace dans l'Ancien
Testament et les religions orientales ), l'enfant était adopté par la
tribu et sous la protection de celle-ci. Certes, avant le baptême, des
enfants mal constitués ou inopportuns pouvaient être exposés, (
c'est-à-dire suspendus à un tronc d'arbre à proximité du village ). Ce
mode d'élimination par la famille avait pour but de permettre à des
étrangers d'adopter l'enfant abandonné. Faute d'adoption, l'enfant
était bien voué à la mort, mais on lui attachait une lanière de lard
dans la bouche afin de lui assurer une mort indolore et sans angoisse
grâce à la sensation de téter.

On est en droit de se demander si cette froideur des religions
du Proche-Orient envers la nature a influencé le déroulement
historique dans cette Europe dont les fils n'allaient pas tarder à
devenir les maîtres de la planète et par là ses destructeurs.
L'Église ne put abolir les célébrations de la grande fête
annuelle des morts et des enfants qui se déroulaient autour du
solstice d'hiver, associant ainsi le culte du Soleil à celui de la Vie. Elle
ne put que les amoindrir en ratatinant leur sens à la naissance d'un
être unique, de son prophète. Mais en ce qui concerne la nature, le
travail de désacralisation et de démonisation fut mené avec un
acharnement qui laisse d'abord incrédule et il faut un examen
approfondi pour se convaincre du degré de folie et de tragique
efficacité de cette entreprise. Tout, hormis l'homme, fut déclaré
inanimé au sens étymologique, c'est-à-dire sans âme. La femme ellemême
faillit ne pas en avoir et ne doit la sienne qu'à une voix de
majorité, ce qui n'empêcha pas le clergé de propager pendant plus
d'un millénaire que « toute la femme est dans 1'utérus ». Notons en
passant que même si cela était vrai, cela ne prouverait nullement
qu'elle n'ait pas d'âme. Dans la position cléricale envers la femme,
nous trouvons associés de toute évidence le mépris de la femme et
la démonisation du sexe. Gardons-nous de nous croire guéris de
cette souillure cléricale : si nous étions guéris, nous n'utiliserions pas
les mots de couillon et de con pour traiter quelqu'un d'imbécile.
Autant que de lavage de cerveau, nous avons besoin d'un lavage
d'âme.

Ce n'est pas par hasard que les moines essarteurs abattirent
les forêts autour des hauts lieux druidiques sur lesquels ils édifièrent
leurs églises, chapelles et monastères. Ils sentirent que la destruction
physique des druides ne suffirait pas à implanter leur folle notion de
nature inanimée dans les croyances et la sensibilité du peuple tant
que subsisteraient les supports végétaux de la sacralité. Quand ils le
purent, ils les détruisirent, et lorsqu'ils n'étaient pas assez forts pour
violer le peuple, ils substituèrent habilement leurs saints aux divinités
concernées. Nous avons déjà vu une phrase de la Torah juive
révélatrice de l'origine de cette haine aveugle de la nature : « Quand
tu traverses la forêt, ne t'attarde pas à admirer un arbre ; il te
détournerait de Iaveh. ». Et nous savons que Iaveh est jaloux ... De
nos jours, l'écrivain juif Bernard-Henri Lévy n'hésite pas à écrire dans
le Testament de Dieu : « Il faut raser tous les bosquets sacrés. ».
Pendant la croisade des albigeois, alors que l'Inquisition faisait
rage et n'hésitait pas à exiger que les personnes accusées de
catharisme égorgent un animal pour se disculper. À la même époque,
aux XIIe et XIIIe siècle, une loi allemande sans doute issue du vieux
Weidrecht, en tout cas de son esprit, interdisait de frapper les
animaux et de faire porter un joug aux bovins afin qu'ils ne soient pas
empêchés de se chasser les mouches.

Bien sur, il y eut François d'Assise ; mais le Poverello échappa
de justesse au bûcher par crainte d'une émeute populaire et trois de
ses disciples moins heureux furent bel et bien cramés. La folie
acharnée à prétendre que les animaux n'ont pas d'âme ( pas d'anima
) perdura longtemps et au XVIIe siècle, dans son Discours de la
méthode, Descartes ironisa encore sur ce dogme farfelu.
Comment un être humain arraché de force à son respect
religieux de la nature aurait-il pu ne pas perdre de génération en
génération ce respect ? Comment alors son égoïsme n'aurait-il pas
pris le dessus sur ses perceptions heureuses d'appartenance à une
vie universelle et impérissable ? Comment ses instincts d'avidité ne
se seraient-ils pas développés plus puissamment que ses
potentialités d'amour ? Nietzsche n'exagère pas : les Églises
chrétiennes, issues des religions du Proche-Orient, ont accompli la
plus effroyable destruction des valeurs nobles dans l'homme. Elles
portent une responsabilité quasi totale dans les catastrophes
écologiques déjà survenues ou en cours de développement.
Elles portent une responsabilité encore plus totale dans les
monstruosités de nos comportements envers les animaux :
vivisections en laboratoires, toujours inutiles, expériences
scientifiques souvent inutiles et jamais admissibles, insémination
artificielle, doublement monstrueuse par la frustration de l'acte
fondamental à la vie et les veaux souvent trop gros pour la vache qui
les porte, usage d'hormones provoquant une lactation épuisante (
alors qu'on se plaint d'un excès de beurre et de lait ! ), poulets et
veaux « en batterie » dont la viande malade nous intoxique, ce qui
est plus que mérité.

De nombreux lecteurs ne manqueront pas d'objecter que si le
christianisme a triomphé et s'est maintenu, c'est parce qu'il contenait
des éléments positifs dont nous avions besoin. Carl Gustav Jung a
écrit que si le christianisme nous avait été foncièrement étranger, rien
ne nous aurait empêché de le rejeter. Il s'est trompé par
connaissance insuffisante de l'histoire. Les massacres de druides, les
quatre mille cinq cents décapités de Verden-an-der-Aller, exécutés
en un seul jour pour leur refus du baptême chrétien les millions de
victimes de l'inquisition brûlées pour leur intelligence, leur fierté, leur
savoir traditionnel ou simplement leur beauté ne figurent pas dans les
livres d'histoire. Seul le chercheur découvre, d'abord avec incrédulité,
les dimensions de l'horreur. Par ailleurs, il est bien certain que les
clercs chrétiens ont agi avec une étonnante habileté, ménageant à la
fois l'ambition des chefs, qu'ils ont même utilisée pour substituer le
droit divin aux contrôles tribaux et au droit coutumier, et les
croyances populaires qu'ils ont canalisées et recouvertes d'un vernis
chrétien.

Ils se sont emparés de la chevalerie par addition de rites
superflus, mais dès qu'ils ont pu le faire, ils l'ont détruite. Le procès
du Temple n'en est pas le seul témoin, Cervantès nous révèle
d'intéressants détails sur la persécution de la chevalerie par
l'Inquisition qui ne craignait pas de perquisitionner dans les
bibliothèques des nobles pour en retirer les romans la glorifiant aux
fins de destruction par autodafés.

L'art roman et gothique s'est développé en dehors du clergé,
financé par les bourgs et les Ordres chevaleresques. On lira avec
profit sur ce thème le livre du Compagnon du Devoir Raoul Vergès
les Tours inachevées. Les chefs-d'oeuvre romans et gothiques
fourmillent de symbolisme païen, souvent même obscène selon les
critères chrétiens. Pendant un demi-millénaire, ces formes d'art furent
considérées comme barbares par un clergé qui leur préférait le
baroque et le rococo, ou même l'horrible style jésuite. Sans les efforts
de Goethe, de Chateaubriand, de Victor Hugo et de Viollet-Le-Duc,
on peut se demander ce qui nous en serait parvenu. Enfant, je
n'avais jamais trouvé trace, dans mes livres d'histoire, des horloges
astronomiques de Münster et de Strasbourg. Ces prodiges de
techniques et de science astronomique restaient sous le boisseau :
l'astronomie est suspecte. Je n'ai donc appris l'existence de ces
chefs-d'oeuvre qu'adulte et par des dépliants touristiques.
Certains ne manqueront pas d'objecter que mes révélations ne
concernent que la branche catholique du christianisme et non le
christianisme lui-même. Je sais peu de choses sur l'orthodoxie, sinon
qu'elle s'est compromise avec des tyrans, qu'elle use aussi
d'hypocrisie et a tenté de faire disparaître l'antique coutume des
courses de chevaux ; cela dit, elle est moins sinistre que les autres
versions du christianisme et a véhiculé davantage de paganisme.
Mais les protestants, a contrario, sont bien loin de mériter la
réputation de tolérance à laquelle ils prétendent. Il n'y eut pas
seulement Michel Servet ; huit cents personnes furent brûlées sous la
juridiction de Calvin et vingt mille sous celle de Luther, qui écrivit : «
Les sorcières doivent être brûlées même si elles n'ont pas eu le
temps de nuire, du simple fait de leur alliance avec le Diable. ».
Luther eut par ailleurs une attitude lâche et servile envers le pouvoir
séculier. Au lieu de soutenir Götz von Berlichingen et la révolte des
paysans, il se dédouana en encourageant la féroce répression des
princes.

Les protestants ont sauté à pieds joints dans toutes les grandes
erreurs des espérances scientistes et du capitalisme « démocratique
». Ils ont développé le plus puissant appareil bancaire du monde, un
puritanisme bourgeois étouffant et ne marchandant pas plus que
l'Église catholique leur complicité envers les régimes pourris et les
grands mensonges historiques du présent.

Je tiens à dénoncer aussi la fable selon laquelle l'islam aurait
permis la transmission des connaissances antiques alors que
l'Europe gémissait dans les ténèbres du cléricalisme. En fait, les
savants arabes ont subi les pires persécutions et ont souvent du
travailler en cachette. Ibn Khaldun passa vingt-cinq années de sa vie
en prison. Ibn Sïnã ( Avicenne ) avait du se faire bandit de grands
chemins et attaquait des caravanes la nuit pour pouvoir travailler de
jour dans ses laboratoires clandestins. Dans la seule ville de Damas,
plus de trois mille soufis périrent sur la croix pour expier leur religion
jugée hérétique par les oulémas musulmans. Alors qu'on en finisse
avec ce cliché d'un islam tolérant face à un catholicisme borné et
persécuteur ! Toutes les religions du désert se valent et ont en
commun la prétention, la myopie spirituelle et l'intolérance.
Ces tares sont le résultat inévitable des bases de ces religions,
c'est à dire des prétendues révélations. Pythagore a clairement
montré la nature de la religion européenne en écrivant dans les Vers
d'or : « Prends confiance, toi qui sais que la race des hommes est
divine et que la nature sacrée lui révèle ouvertement toutes choses.
». C'est à travers l'astronomie, la physique, la biologie et les rapports
mathématiques de l'harmonie que l'Européen aborde le divin, au
moins tant que les influences coercitives d'une religion du désert
n'ont pas défiguré son âme. La recherche religieuse est alors ouverte
à tous.

Au contraire, les livres dits de révélation ( au fait, comment se
fait il qu'il y en ait plusieurs qui se prétendent tous l'unique véritable ?
) exigent et suscitent des corps de docteurs, d'exégètes qui
aboutissent à des castes sacerdotales à vocation dictatoriale.
OEuvres d'êtres soulevés par des passions irrationnelles, parfois
d'esprit fruste et borné, les révélations contiennent toutes des
contradictions envers des faits et lois de la nature objectivement
constatables, ce qui provoque des conflits avec les esprits vigoureux,
surtout avec les hommes de science. L'Évangile n'échappe pas à ce
défaut. Quand Jésus nous parle du « Père qui donne leur nourriture
aux petits oiseaux ... », il énonce une énormité et montre par là qu'il
n'était pas Dieu, car les petits oiseaux meurent par millions de faim et
de froid chaque hiver. Comme tous les êtres vivants, ils ne mangent
qu'à condition de découvrir et souvent de conquérir leur nourriture.
C'est cette « dureté » de la nature qui les préserve de la
dégénérescence, comme elle le fait avec tous les animaux non
domestiques.

La contestation des textes « sacrés » par le bon sens et la
science développe chez leurs docteurs d'une part un esprit ergoteur,
inventeur et manipulateur d'arguments spécieux, d'autre part un fond
de colère et de haine qui les entraîne fréquemment aux pires
mensonges, calomnies et crimes de persécution. Il ne peut manquer
d'en résulter la sélection à rebours, la promotion de la sottise et de la
servilité qui ont abouti à notre monde actuel. Dans ce monde, la
semi-conscience de notre abjection engendre d'une part la débauche
de propos sur la liberté, d'autre part la haine vigilante envers tout ce
qui pourrait éveiller une prise de conscience claire de nos réalités. Le
libéralisme occidental, avec sa verbosité, et ses omniprésentes
tricheries, est le produit irrécusable des révélations. L'antichrétien
Mussolini a parfaitement défini ce libéralisme illusoire en disant : « La
démocratie parlementaire est un système qui permet à la canaille
d'éliminer les gens capables et honnêtes du pouvoir en manipulant la
force des imbéciles. ».

La cause est donc jugée, les révélations, les textes « sacrés »
sont pathologiques et pathogènes.




Archétypes psychiques et topographie des lieux de cultes
« Ce n'est pas autour des inventeurs de bruits nouveaux que
gravite le monde, mais autour des inventeurs de valeurs nouvelles ; il
gravite en silence. ». Cette parole du Zarathoustra de Nietzsche
trouve sa confirmation dans l'OEuvre de Carl Gustav Jung et dans la
portée de cette OEuvre.

Peu de pionniers de génie ont fait aussi peu de bruit que Jung.
Aujourd'hui encore il reste ignoré de la plupart des humains
concernés par ses découvertes et l'on susciterait des haussements
d'épaules en affirmant qu'elles sont aussi importantes que celles
d'Einstein. Il est combattu avec le plus sournois acharnement par la
clique de l'inquisition freudienne et une importante partie de son
oeuvre concernant Nietzsche est tenue secrète au plus complet
mépris de la liberté d'information scientifique. Pourtant, en ce siècle
où toute explication non mécaniste suscite les sourires indulgents, où
les théories des économistes se disputent le marché politique, Jung a
accouché l'humanité malade d'une nouvelle idée de relation à soimême
et à 1'univers. Il y a seulement une trentaine d'années, il aurait
semblé farfelu de dire que les dieux et démons des divers panthéons
étaient des composantes et des potentialités de l'homme, des
puissances présentes dans la nature et façonnières de l'histoire.
Aujourd'hui, cette idée est devenue fréquente non seulement chez
des érudits en psychologie, histoire, religion ou symbolisme, mais
aussi chez nombre de jeunes marginaux qui se sont eux-mêmes lavé
le cerveau contre la dictature du rationalisme mécaniste et en ont
rejeté les étouffantes limitations.

Jung nous délivre de la solitude. Par lui, nous nous retrouvons
dans toutes les puissances de 1'univers, dans tous les âges de
l'histoire. Il est bien plus qu'un grand homme de science car, par son
souci d'écrire en un langage intelligible à tout être normal, il s'est
haussé au niveau de l'initiateur. En nous donnant les clés de la
communication avec nos inconscients personnels et collectifs, en
nous confortant dans la découverte de notre propre code symbolique,
il nous mène à notre réalisation sur les voies de la liberté.
Cet hommage de reconnaissance et de fidélité rendu à ce
maître, il convient d'ajouter que, comme Nietzsche, il fut plus un
précurseur qu'un créateur. C'est pourquoi nous avons écrit qu'il avait
accouché et non doté l'humanité d'une idée nouvelle. Ces deux
génies ont accéléré des prises de conscience à une articulation
particulièrement dramatique de l'histoire de la Terre. Ils ont
probablement épargné à l'humanité de mourir de mort stérile. Mais ils
n'ont pas tiré un enfant du néant et ne l'auraient jamais prétendu.
Au sommet de sa puissance économique et politique, le
scientisme matérialiste battait déjà de l'aile du vivant de Nietzsche et
de Jung. On ne peut manquer de constater des analogies et des
complémentarités entre les analyses de la décadence faites par des
êtres aussi différents que Nietzsche, Spengler, Guénon, Freud,
Evola, Ortega Y Gasset. Par, ailleurs, la sève néo-païenne
n'imprègne pas seulement les oeuvres de Nietzsche et de Jung, mais
aussi celles de Lawrence, de Giono, de Camus, de Steinbeck et de
bien d'autres écrivains ou artistes moins connus.

Des sociologues également ont fait craquer le corset
rationaliste, relégué les prétentions des économistes sur la sociologie
dans le placard aux vieilleries, contribué à éclairer les cérémonies
initiatiques, les fêtes, les symboles religieux, à repenser l'histoire d'un
point de vue psychosocial. C'est ainsi que l'école de la sociologie du
sacré avec Mircéa Eliade, Georges Dumézil, Lily Weiser, Otto Höfler,
Wilhelm Grönbech, Karl August Eckardt remet en cause toute notre
vision de l'Antiquité et du Moyen-Âge.

Mais le fait le plus important est que des millions de jeunes
ignorant tout ou presque de la philosophie, de l'histoire, de la
psychologie et de la sociologie sont porteurs des mêmes prises de
conscience que les génies et savants évoqués ici. Nietzsche et Jung
auront donc été deux de « ces lourdes gouttes qui tombent une à une
du sombre nuage suspendu au-dessus des hommes, qui annoncent
l'éclair et périssent en annonciatrices ».

Pourtant, l'intérêt des travaux de Jung pour la sociologie et
l'histoire est encore peu perçu. À notre connaissance, personne n'a
tenté avant nous un éclairage des cultures et des civilisations qui leur
ont succédé à partir des archétypes alchimiques. Nos explications ne
prétendent pas à l'exclusivité. Tout objet, tout fait, toute situation sont
les résultats d'une grande quantité de causes, il vaudrait mieux dire
de précédents. En effet, la théorie des Wechselwirkungen, ( ou
alternances dans les valeurs de cause et d'effet ), démontre qu'un
effet peut devenir cause de sa propre cause. Par exemple, la peur
provoque l'agressivité qui augmente la peur, donc loin de nous tout
esprit de réductionnisme.

Les symboles présentent parfois une analogie formelle avec ce
qu'ils évoquent et dynamisent. Ainsi la pierre plantée, le mât, le
cyprès, le pic sont phalliques, le triangle la pointe en bas vaginal, la
grotte maternelle. Mais les rapports sont fréquemment moins
évidents. Pourquoi l'eau, le déferlement des vagues et les
ondulations qu'elles laissent sur le sable, le marécage évoquent-ils
les déesses mères, Vénus ? Pourquoi le chêne est-il l'arbre des
prêtres, des rois, des juges, des chefs d'armées, le frêne l'arbre du
monde, le hêtre celui de la connaissance, le bouleau celui du
printemps et de Vénus, l'aulne celui des elfes ?

De toute évidence, notre ignorance est lourde et nous devrons
commencer par le commencement : par les quatre éléments de
l'alchimie. Ouvrons une parenthèse pour dire que l'alchimie n'est pas
l'art de fabriquer de l'or, ni même une ascèse d'action visant à
éclairer et transformer l'alchimiste. Son nom dérive du nom arabe de
l'Égypte, al kimiyã, qui signifie « la terre noire ». Malgré son origine,
elle est devenue le tao de l'Europe, s'est mariée sans problèmes
avec les traditions des religions de l'Europe antique. Elle est avant
tout un système d'explication du monde, de la vie et d'action sur la
matière par le jeu des forces mâles et femelles.

L'alchimie considère quatre éléments-forces fondamentaux dont
toutes les variétés de la matière et tous les phénomènes ne sont que
les reflets de dosages divers. Ce sont : la terre, ou archétype femelle
dur ( la mère ) l'eau, ou archétype femelle doux ( la séductrice ) le
feu, ou archétype mâle dur ( le guerrier, le bélier, Arès, Mars, etc. )
l'air, ou archétype mâle doux.

Nous allons découvrir la puissance de ces archétypes sur les
humains et les cultures, puissance qui ne se démentit pas à travers
les siècles d'obscurantisme judéo-chrétien et scientiste.
Les églises et chapelles chrétiennes ont été édifiées sur les lieux de
culte païens, souvent après une féroce destruction de ceux-ci.
Vierges, saintes et saints se sont plus ou moins chargés des pouvoirs
des divinités antiques dans cette étrange « Église » qui sanctifiait ce
qu'elle ne pouvait extirper. Tout ceci est suffisamment connu pour
qu'il ne soit pas nécessaire de s'y attarder. Mais ces substitutions ne
suffisent pas à expliquer le fait que les lieux de culte chrétiens ou
para-chrétiens restent tributaires des archétypes, car cette sujétion
se perpétue hors des lieux païens traditionnels. C'est ainsi qu'à
l'entrée du port de New York, la statue de la liberté émerge de l'eau,
tandis que le christ de Rio de Janeiro est juché sur un piton phallique.
Mais l'exemple le plus saisissant de la puissance des
archétypes sur les lieux de culte modernes est certainement Lourdes.
Là, sont réunies la grotte sombre, ou archétype maternel, et la source
ou archétype vénérien. Bernadette, la jeune visionnaire traduit dans
le langage de sa religion, le seul qu'elle connaissait, une montée de
la déesse mère de son inconscient dans son conscient. Hors des
pays chrétiens, une telle visionnaire aurait parlé d'une déesse
païenne et aurait interprété son aventure spirituelle d'une manière
plus charnelle et sexuelle et n'aurait pas cru devoir se retirer de la
vie. Une Bernadette païenne se serait ainsi épargné les terribles
persécutions de nonnes bornées, jalouses et refoulées dans un
couvent. Pour nous, il n'y a pas de doute possible : l'adéquation
symbolique est sans lacunes et Lourdes constitue bien un événement
religieux authentique. Nous contestons seulement sa nature
chrétienne.

La source et la grotte se retrouvent également à la Sainte-
Baume et dans les centaines de lieux de culte où cette Vierge Noire a
pris la relève de Cybèle. Mais le cas de la Sainte-Baume mérite une
étude plus approfondie. Ancien lieu de culte de la Magna Luna (
pleine lune ), donc d'une déesse de la fécondité, la Sainte-Baume vit
se perpétuer longtemps des rites de fécondité et d'érotisme. Lors du
pèlerinage « chrétien » du printemps, qui respecte quant à sa date la
tradition des fêtes de l'amour en mai, les filles offrent à l'élu de leur
coeur des oeufs colorés. C'était la seule circonstance pendant
laquelle la bienséance autorisait autrefois les jeunes filles à faire le
premier pas ; il y a sans doute là une réminiscence d'un
comportement qui a traversé l'Antiquité à partir de l'ère matriarcale. Il
y a peu de temps encore, des danses érotiques nudistes y avaient
lieu à la pleine lune de Mai. À cette même date, les peuples
germaniques dressent des mâts phalliques, les may-poles
d'Angleterre, et célèbrent la nuit de Walpurgis. Cette coïncidence
n'est pas un hasard et témoigne de la profonde unité de ces religions
que l'ignorance suffisante des chrétiens a considérées comme
disparates et appelées païennes.

Sur un sommet de la falaise renfermant la grotte et la source se
dressait le saint pilon, colonne du culte phallique détruite par les
chrétiens ; mais le nom du lieu a survécu malgré l'érection d'une
chapelle aberrante. Le clergé a utilisé la consonance entre Magna
Luna et Magdalena pour faire de la Sainte-Baume le prétendu
tombeau de la courtisane sanctifiée que sa vie amoureuse
prédisposait à devenir un substitut de Vénus. Le même subterfuge
ayant été utilisé à Vézelay, il y eut bientôt deux tombeaux de Marie-
Madeleine. Mais, pour éviter l'enflure du scandale, le clergé de
Vézelay accepta de faire machine arrière.

Le nom de Magna Luna a survécu dans le prénom provençal et
occitan Maguelone dont le diminutif est Magali. La légende de
Maguelone est si transparente et révélatrice de vérités historiques
que nous serions coupables de ne pas la raconter ici : la princesse
Maguelone dormait sur la plage d'Agde, où se dresse la tour qui
porte encore son nom, en compagnie de son prince. Un aigle (
l'oiseau emblématique de la Rome impériale devenue chrétienne ) lui
déroba le bijou de santal ( aphrodisiaque ) qu'elle portait au cou. Le
prince partit en mer à la poursuite de l'oiseau. Il fut drossé par la
tempête jusque sur les côtes d'Égypte où une belle sultane ( Isis,
l'initiatrice des cultes lunaires ) lui révéla que Maguelone avait trouvé
refuge à Aix-en-Provence. Or cette ville était, comme Toulouse, une
capitale des cours d'amour.

Le sens et le but de la légende sont donc évidents, elle avertit
les fines oreilles que le culte de Vénus se perpétue à Aix-en-
Provence, à une demi-journée de cheval de la Sainte-Baume qui a
toutes chances d'être le Vénusberg du Tannhäuser de Wagner.
Signalons que le mot Berg ne signifie pas seulement « montagne »,
mais aussi « grotte, mine, cachette » ; de ce second sens dérivent les
mots Burg ( refuge, forteresse ) et Bergmann ( mineur ). Il est donc
presque certain que ce Venusberg, dans lequel s'attarda le
troubadour Tannhäuser sur la route de Rome, est la Sainte-Baume.
Les troubadours de tout le continent, Minnesänger allemands y
compris, venaient faire leurs classes à Aix-en-Provence ; l'écrivain
Novalis évoque ce fait dans son roman sur la vie du Minnesänger
Heinrich von Ofterdingen.

Rappelons aussi que ce grand chantre de l'amour que fut
Pétrarque vécut et écrivit à la Fontaine de Vaucluse, puissante rivière
d'eau limpide qui jaillit d'une grotte. Lourdes, la Fontaine de Vaucluse
et la Sainte-Baume ne sont que des cas célèbres d'une loi
universelle, les cultes de déesses de la fécondité et de l'amour sont
associés à la grotte et à la source. Chacun pourra sans doute en
découvrir des exemples mineurs dans les cultes locaux de saintes et
de vierges des régions connues de lui. La grotte est parfois
remplacée par un arbre creux.

Un fait étrange mérite d'être signalé, car il est révélateur de la
puissance des traditions païennes dans ce Moyen-Âge réputé
comme haute époque de foi chrétienne, bien qu'il fût surtout l'un des
points culminants de la terreur cléricale. La ville d'Aix-en-Provence fit
don d'un coeur en or à la paroisse de Weissenau, en Württenberg.
Cette paroisse compte actuellement à peine un millier d'habitants,
malgré l'afflux des réfugiés de l'Est après 1945 ; elle devait en
compter moins de la moitié au Moyen-Âge. On est donc en droit de
se demander où pouvait résider l'importance de ce petit village pour
la prestigieuse capitale qu'était alors Aix-en-Provence. Le cadeau
d'un coeur en or de la part d'une capitale des cours d'amour évoque
un lien culturel basé sur ce culte de la Dame, thème majeur de la
littérature chevaleresque qui a, en son temps, fortement contribué à
arracher la femme à la démonisation chrétienne et sauvé ainsi l'âme
de l'Europe. Or Weissenau a trois sens possibles : « la prairie des
sages, des chants ou la prairie blanche ». La région est encore du
plus beau vert, mais le blanc peut être une allusion aux elfes.
Weissenau est à deux kilomêtres de Ravensburg, ( ou bourg des
corbeaux ), eux-mêmes oiseaux de Wotan. Nous ne sommes qu'à
vingt kilomêtres du lac de Constance dont le nom allemand
Bodensee est une déformation de Wodansee, ( ou lac de Wotan ).
Nous sommes donc en plein coeur d'une région de hauts lieux
païens.

La récupération cléricale n'a pas manqué : le coeur en or aurait
contenu une goutte du sang du Christ et une troupe locale de
cavaliers, les Blut-reiter ( cavaliers du sang ) encadre encore les
processions. Les jeunes paysans qui composent cette troupe n'ont
pas la moindre idée de la fumisterie qu'ils perpétuent et qui est de la
même veine que les bois de la Vraie Croix ou la lance impériale des
Habsbourg, laquelle n'a rien de chrétien et évoque en fait la lance de
Wotan.

L'examen du complexe de problèmes gravitant autour de la
Sainte-Baume nous a conduits à la découverte d'une étonnante
analogie de site avec un autre lieu de culte de Madeleine en
Auvergne : la chapelle de Sainte-Madeleine près de Massiac ( Cantal
). Cette chapelle se dresse au sommet d'une falaise aussi verticale
que celle de la Sainte-Baume, tournée au nord comme celle-ci, et qui
domine de plus de deux cents mêtres la vallée de l'Alagnon. Au pied
de la falaise se trouve une grotte dans laquelle les pèlerins ne
manquent pas de venir déposer des fleurs avant de se rendre à la
chapelle. C'est donc bien la grotte qui est à l'origine du culte et le
passage par la chapelle ne fut au début qu'une concession
indispensable à la terreur cléricale. Jusqu'à une époque très récente
subsistait une coutume, survivance manifeste d'un culte parent de
celui d'Isis et gravitant autour des déesses astrologiquement
incarnées par la Lune et Vénus. Début juin, la commune de Massiac
achetait une vache qui avait droit de libre pâture dans les prairies
riveraines de l'Alagnon. À la Saint-Jean, on abattait la bête et
partageait sa chair entre les habitants de la localité. La ressemblance
des lieux ne se borne pas à la falaise et à l'orientation de celle-ci ; la
montagne qui barre l'horizon au nord de la Sainte-Baume est Sainte-
Victoire ; celle qui barre l'horizon au nord de la Sainte-Madeleine
porte la chapelle et le village de Saint-Victor. Nous avons donc aux
deux endroits un face à face des lieux de culte de Mars et de Vénus.
Les saints Martin, Michel, Georges et Victor sont les substituts
chrétiens des dieux de la guerre ou de héros guerriers tels
qu'Hercule ou Siegfried.

Nous venons de constater une double conformité, celle des
lieux de culte aux archétypes et celle des lieux de culte entre eux.
Certains m'accuseront peut-être d'amalgamer inconsidérément les
divinités païennes. Je leur réponds d'avance que je ne les amalgame
pas inconsidérément, mais après plus de quarante ans de
considérations. Ces divinités sont réparties en catégories qui sont les
divers aspects et fonctions des puissances fondamentales
omniprésentes dans l'univers et que nous portons toutes en nous.
Voudrait-on essayer de nous faire gober que les Grecs considéraient
Artémis, Sélénê et Hécate comme trois astres différents ? Il ne peut
s'agir que de trois fonctions de la Lune au sujet de laquelle la
psychanalyse a révélé que l'inconscient collectif connaissait ses
puissances de renouvellement, de fécondité et de mort. La mère qui
porte un enfant ne fut-elle pas une jeune fille et ne sera-t-elle pas une
grand-mère ? Tous les humains savent au fond d'eux-mêmes que la
vie est cyclique, que la mort est un facteur de renouvellement. La tête
de mort, symbole de la Lune, offerte en cadeau et souhait de
fécondité aux jeunes mariés chez les Dayaks de Bornéo, les cultes
de Shiva et de Kâli aux Indes, le culte vaudou de Papa Guédé, le
croque-mort au phallus provocant, sont des émergences de
l'inconscient collectif universel.

Cet examen des lieux de culte de déesses nous conduit à une
recherche plus vaste sur l'habitat des peuples dont le nom dérive de
celui de Vénus. Rappelons que les deux archétypes féminins sont la
terre-mère et l'eau séductrice. La séduction de cette dernière au
degré pathologique est le vertige de la noyade provoqué par un
fleuve puissant, les vagues ou un puits profond ; c'est le thème de
Lorelei, l'ondine du Rhin. J'ai observé pendant une cinquantaine
d'années que les suicides de solitaires parmi les paysans du Massif
Central étaient en grande majorité des noyades dans le puits de la
ferme.

Mais revenons aux éléments archétypiques. Là où se
mélangent la terre et l'eau, c'est-à-dire les côtes basses, les lagunes
et marécages, la femme est présente dans sa double fonction
spécifique de séductrice et de mère. Le chercheur indépendant
suisse Bachofen, contemporain de Nietzsche, a découvert qu'à l'âge
hétaïrique, ou phase sociologique de la prostitution, le symbole
religieux fondamental est la vase, les courbes dessinées par les
vagues sur les côtes basses. On peut l'observer à Gavrinis et sous
quantité de tumulus semblables. Les Grecs situaient la naissance
d'Aphrodite dans le lac des Tritons. Pierre Hubac, l'historien de
Carthage, pense que ce lac était le chott tunisien, lequel
correspondrait, on ne peut mieux à ce que nous venons d'exposer.
Mais en admettant que Pierre Hubac se soit trompé, le lac des
Tritons était certainement de type marécageux, puisque son nom
évoque une abondance de batraciens.

Venons-en maintenant à l'habitat des peuples dont le nom
dérive de celui de Vénus. Les Vénètes de Vénétie, province de
Venise, ville des carnavals, des bals masqués et des voyages de
noce, habitaient les lagunes de l'Adriatique et la plaine inondée du
Pô. D'autres, habitaient les bords du Léman et du lac de Constance.
Les Romains, qui se disaient fils d'Énée et de Vénus, entendaient,
par là, qu'ils descendaient des guerriers troyens embarqués avec
Enée et des femmes vénètes prises sur la péninsule italique. Les
Bretons des côtes basses du Morbihan et du marais de la Grande
Brière, la Camargue bretonne, ont conservé le nom de Vénètes.
Dans Vannes, le chef lieu, on trouve quantité d'enseignes telles que
« boucherie vénète », « librairie vénète ». La Vendée est bordée
d'une côte basse et les Vendéens non riverains habitent le bocage,
zone marécageuse sillonnée de canaux, comme Venise. Près de
Béziers se trouve le village de Vendres, contigu à un vaste marécage
jadis relié à la mer ; sur une petite éminence au centre du marécage
on peut voir les restes d'un temple de Vénus. L'envasement du
chenal fit disparaître le port, ce qui eut pour résultat la fondation de
Port-Vendres en zone de côte rocheuse. Les Wendes de la forêt de
la Sprée, près de Berlin, habitent également une région marécageuse
sillonnée de canaux et circulent dans des barques à fond plat,
propulsées à la perche et peintes en noir comme les gondoles
vénitiennes et les barques du bocage vendéen.

Les Vandales étaient originaires des rives de la Baltique et se
livraient à la récolte et au commerce de l'ambre, substance
aphrodisiaque. Les Ingwäones, donc le nom signifie en vieux
germanique « enfants de Vénus », habitaient la Hollande, terre
inondée s'il en est. En Suède, les habitants d'une île du lac Mälar
vivaient de la fabrication et de la vente de figurines de métal
embouties et représentant des humains accouplés ; la famille royale
de cette île portait le nom de Wendel. D'ailleurs, avant l'irruption des
Ases, cavaliers à la hache de guerre venus d'Asie, le complexe des
peuples riverains de la Baltique et de la mer du Nord portait le nom
général de Vanes. Ils avaient une civilisation de marins-pêcheurs et
une culture matriarcale identifiée surtout par le mode d'inhumation :
le cadavre recroquevillé en position foetale. Leur nom a survécu dans
les langues scandinaves modernes : vän signifie ami et vänlig
aimable, ce qui constitue une référence actuelle à la déesse de
l'amour.

On constate donc le rapport entre l'habitat et le nom des
peuples évoquant Vénus tant en pays méditerranéen que celtique et
germanique. Ce vaste ensemble de faits convergents pose deux
questions : comment les humains ont-ils perçu dans le mélange de
l'eau et de la terre la double puissance de la femme érotique et
maternelle, ainsi que dans l'association de la grotte et de la source ?
Pourquoi ont-ils associé cette puissance aux consonnes V et N,
souvent même V, N, T ou V, N, D ? On retrouve encore ces dernières
dans le français vendredi, jour de Vénus.

Voilà de quoi chercher et méditer pour ceux qui ont encore
assez d'esprit, de modestie et de courage pour ne pas fuir de telles
questions. Avant de parler de primitifs, de considérer l'évolution
comme uniquement ascendante, avant de prétendre nos religions de
théologiens bavards supérieures à ce que nous appelons avec
mépris l'animisme, nous devrions nous demander de quelles
communions avec les puissances de l'univers ces « primitifs » étaient
capables et mesurer à quel point nous somme devenus prétentieux
en même temps qu'orphelins de la nature ( de celle qui donne
naissance ). La victoire sur le nihilisme passe nécessairement par cet
acte de modestie.





La glace et le désert, la montagne et la plaine, la forêt et la mer
comme puissances génératrices de cultures
************************************************************************
La tentation la plus dangereuse pour un homme de réflexion
est de croire avoir trouvé l'explication unique d'un phénomène ou
d'un ensemble de phénomènes. Les marxistes, souvent si exacts et
réalistes dans leurs analyses, se sont déconsidérés par ce travers.
Les facteurs économiques ont toujours existé et eu leur importance ;
mais ils n'ont jamais été et ne seront jamais seuls. Or, le
déterminisme matérialiste et économique est une croyance commune
aux capitalistes et aux marxistes. Les deux systèmes prétendent
pouvoir réduire n'importe quoi, y compris la vie humaine, en termes
de valeur matérielle. Cela donne la philosophie du « Zéro et l'infini »
chez les marxistes et celle du « Tout est à vendre, ce n'est qu'une
question de prix » chez les capitalistes. De là leur impuissance
commune à cerner les raisons de l'effondrement interne de la
civilisation industrielle, à comprendre cette proclamation de Mai 68 : «
Nous ne voulons pas vivre mieux, nous voulons vivre autrement. ».
Nous nous garderons donc de poser l'influence des archétypes
et de leur dosage selon la géographie et le climat comme rendant à
elle seule compte des cultures et du déroulement historique. Ce
serait une autre vision également mécaniste déniant à l'homme toute
liberté, ou si l'on préfère tout conditionnement intrinsèque biospirituel.
Or ce dernier existe, faute de quoi tous les humain d'une
même région et d'une même époque seraient semblables. Notre
propos est au contraire de révéler un jeu grandiose des puissances
élémentaires, mais un jeu qui doit composer avec l'esprit et la volonté
de chacun, d'autant plus qu'il est découvert.

Du fait que les terres habitées présentent des dominantes
d'archétypes, mais jamais ceux-ci à l'état exclusif, nos constatations
ne doivent jamais être érigées en absolu et ne révèlent que des
tendances majeures. Alors que dans le monde entier les héritages
culturels sont bouleversés par l'esprit du melting-pot, générateur de
cohabitations impossibles, de haines sanguinaires, de refuges
précaires dans la drogue et l'abjection du show-business, notre but
n'est pas d'opposer les cultures en entités irréductibles les unes aux
autres. En dévoilant les ressorts insoupçonnés des différences, des
fanatismes et tabous qui en résultent, nous voudrions ouvrir la voie à
des synthèses culturelles cohérentes pour l'avenir, alors que tout le
baratin fraternitaire, tout « l'enrichissement réciproque des cultures »
dont nous abreuvent les carpettes des appareils médiatiques au
service du plus perfide racisme, de la plus paranoïaque des religions,
ne peuvent aboutir qu'à des compromis instables sur fond de
nihilisme et de fanatisme. N'oublions pas, en effet, que le fanatisme
est un refuge contre le nihilisme, un refuge certes précaire et que tout
regard subtil démasque vite comme le commencement de la fin.
« Comment peut-on être Persan ? » Toute la fatuité et toute la
myopie du monde tiennent dans cette question à laquelle, pour la
première fois, ce livre va tenter de répondre autrement que par un
exotisme de pacotille.

Pourquoi l'homme du désert fait-il peur ? Pourquoi depuis saint
Brendan les chrétiens parlent-ils des « démons vomis par l'Afrique »
? Pourquoi les imagiers chrétiens ont-ils représenté leur Diable sous
des traits sémitiques, sur des rochers de paysages désertiques ?
Laissons la parole aux archétypes.

Le Soleil, la Lune, la terre, la mer, les fleuves, lacs et sources,
la forêt, la montagne prennent des significations très différentes selon
qu'on les perçoit sous tel ou tel climat, dans tel ou tel contexte de
paysage, au sein de tel déséquilibre ou de son contraire, dans des
circonstances traumatisantes ou apaisantes. Aucun aspect n'est plus
« vrai » que l'autre ; tous sont relatifs à une situation.

Examinons d'abord le jeu des archétypes dans le monde
nordique. Le Soleil y est ressenti en mode de douceur ; ses rayons
sont agréables, même l'été et il délivre du froid, de l'interminable nuit
hivernale. Les deux plus grandes fêtes de l'année sont les solstices.
Celui d'hiver est la fête de la neue Helle, terme germanique signifiant
« nouvelle clarté » et que le français a déformé en Noël. Dans le
monde nordique, cette neue Helle n'est pas un jour, mais une période
de douze nuits saintes ( Weihnachten en allemand moderne ). Les
six jours qui précèdent le solstice sont la fête des morts et les six qui
le suivent la fête des enfants. Cette célébration de la croissance de la
lumière ( Épiphanie en grec ) qui suit son extrême déclin est donc
associée à la mort et à la naissance. Il y a de toute évidence un
parallèle ressenti entre l'alternance de la lumière et de l'obscurité et
celle de la vie et de la mort. La croyance nordique en la réincarnation
est un élément de religion solaire. Le professeur Karl August Eckardt,
de la Faculté d'Iéna, a écrit un remarquable ouvrage sur cette
question : Immortalité terrestre, croyance germanique à la
réincarnation dans la descendance familiale. Cet ouvrage n'est
malheureusement pas traduit, mais la croyance qu'il évoque était si
forte qu'il était interdit de baptiser les enfants avant leur neuvième
jour, les traits jusque-là trop flous ne permettant pas de reconnaître
avec certitude l'ancêtre réincarné. Le professeur Herman Wirth, dont
nous sommes loin d'accepter toutes les conclusions, a néanmoins
solidement établi que les plus anciens graphismes nordiques sont
des arcs et des X symbolisant la course du Soleil. Odhinn, notre Père
Noël venu du Nord sur un traîneau tiré par des rennes, rappelle aux
adultes combien le monde des morts est vivant par les défilés de la
chasse sauvage ; puis il apporte des cadeaux aux enfants.

Le solstice d'été est la célébration du Soleil au sommet de sa
puissance alors qu'il fait descendre dans la terre et les êtres la
provision de chaleur qui leur permettra d'affronter victorieusement
l'hiver. Tous les peuples d'Europe ont un calendrier solaire.
Ressenti comme doux, le Soleil est féminisé, on dit en
allemand die Sonne. Mais il ne s'agit pas seulement d'un genre
grammatical. Un poème de Goethe est révélateur sur la perception
germanique du soleil :
« Ich bin die Mutter Sonne und trage
die Erde bei Nacht, die Erde bei Tage ... »
( Je suis la mère soleil et porte
la terre de nuit comme de jour ).

Le Soleil est donc présenté comme la mère universelle et le
poème précise pourquoi : le Soleil porte la Terre ; il en est le centre
de gravitation et l'attire par sa gravité. Or la gravité est une fonction
féminine d'attirance. Ce n'est pas sans raisons qu'on dit d'une femme
ou d'une femelle portant qu'elle est enceinte, ou gravide. Par contre,
le rayonnement est une fonction mâle.

On peut discuter à perte de vue pour savoir si la fonction yang
du Soleil, le rayonnement, est plus ou moins importante que sa
fonction yin, la gravité. Ce qui est indéniable, c'est que dans les
zones polaires le rayonnement est perçu moins puissamment que
dans les zones tropicales.

Au soleil-femme correspond la femme-soleil. Consciemment ou
inconsciemment, la femme nordique s'est identifiée à son astre. Elle
en devient fréquemment hystérique, autoritaire, abusive ; rappelons
en passant que l'hystérie est un besoin maladif d'attirer l'attention.
Les pays nordiques furent les premiers à donner le droit de
vote aux femmes. Les femmes écrivains y sont bien plus nombreuses
que dans les pays méditerranéens. Quatre des plus grands noms de
la littérature scandinave contemporaine sont des femmes : Selma
Lagerlöf, Sigrid Undset, Karin Boye, Édith Södergran. Le caractère
envahissant de la femme américaine est bien connu et la population
blanche des USA est à forte dominante nordique. Le mouvement des
suffragettes est parti d'Angleterre. En Allemagne c'est la femme qui
assume le côté sévère de l'éducation. Elle évolue souvent en tyran
domestique qui persécute son entourage par son souci maladif de
propreté et l'enflure de son rôle de ménagère. Le professeur Henry
Ellenberger appelle cette maladie la Putzwut ( rage de nettoyer ). Des
mouvements comme le MLF en France sont sous-tendus par une
psycho-névrose nordique et une révolte contre la loi du désert.
Face à la femme-soleil, l'homme nordique réagit de diverses
manières. Il peut se réfugier dans une timidité que la femme-soleil
n'hésitera pas à bousculer pour obtenir une relation sexuelle. Il peut
tenter de se construire son monde personnel sans renoncer à la
femme, ce qui donne parfois des enfers conjugaux comme celui
décrit par Strindberg dans sa pièce le Père. Il peut se détourner
résolument de la femme, courant ainsi le risque d'homosexualité. Il
choisit souvent l'action dure et difficile, afin de dominer cette femme
qui prétend commander, contrairement à la loi universelle de
l'animalité. Même dans ce domaine de l'héroïsme, la femme nordique
a tenté sa percée. Certaines prirent l'initiative et la tête d'expéditions
maritimes. À la bataille d'Arles, les femmes cimbres et teutonnes
sabraient à la fois les Romains et les fuyards. Il y eut Jeanne d'Arc et
Jeanne Hachette. Les Amazones ne sont pas un mythe, mais une
réalité mythifiée. Un poème chinois du second millénaire avant notre
ère est révélateur. « Autant que le barbare, redoute la femme du
barbare. Debout sur ses étriers, elle tire les oiseaux en plein vol et
son oeil bleu lance des éclairs. ». La grande révolte des femmes de
Diévine, dans la région de Prague, se situe sous la dynastie des
Potchemyls, il y a donc seulement un millénaire. Ces femmes étaient
en révolte contre la primauté masculine véhiculée par les influences
romaines et orientales. La guerre fut terrible et elles ne furent
finalement vaincues qu'avec l'aide d'un prince bulgare et de ses
troupes. Néanmoins, dans le domaine de l'héroïsme, l'homme
nordique se tailla la part du lion.

La Lune a eu un destin en accord avec celui du Soleil. Astre de
la longue nuit hivernale, du gel, elle est ressentie comme dure et
masculinisée ( der Mond ). Le grand vieillard à la lanterne de la
psychanalyse jungienne a pris le pas sur l'astre des amoureux. La
Lune est associée à la mort. Le bouclier s'appelle « la lune des
batailles ». Leconte de Lisle, un des très rares Français authentiques
connaisseurs de l'Antiquité nordique, situe la scène de son poème le
Coeur de Hjalmar au clair de lune. Un autre poème, d'Edith
Södergran, est significatif :
« Toutes les fleurs savent un secret que la forêt confirme : c'est
que le cycle de la Lune autour de notre Terre est la voie de la mort. ».
Les femmes méditerranéennes, au contraire, ressentent la
Lune comme la déesse de leur fécondité. Dans son ouvrage les
Mystères de la femme Esther Harding évoque la pratique antique des
bains de clair de lune pour guérir la stérilité. Il ne s'agit pas ici de dire
qui a tort ou raison mais de montrer une différence de perception.
Les deux ont raison, car la vie et la mort sont indissolublement liées,
étant l'une et l'autre des phases cycliques de l'éternité. Les Dayaks
de Bornéo savent ces choses : chez eux, la tête de mort est
l'emblème de la Lune et ils en offrent une aux jeunes couples comme
talisman de fécondité. La danse du ventre, souvent dégradée en
érotisme vulgaire, exprime aussi les cycles de la vie et un message
d'éternité à travers la femme.

Que nous révèle le jeu des archétypes sur les religions et les cultures
du désert ? Quelques constatations générales doivent précéder notre
étude.
Ernest Renan l'a déjà signalé : les peuples du désert sont les
seuls à avoir donné naissance à des religions monothéistes :
mazdéisme, judaïsme, islam. Monothéiste à l'origine, le christianisme
adopte la Trinité dans le monde gréco-romain, puis le culte marial et
les saints dans le monde celto-germanique. Les Aryens de la Perse
désertique sont monothéistes : mazdéens, puis musulmans ; les
Aryens de l'Inde des fleuves et des forêts sont polythéistes. Les
religions du désert sont manichéennes, comme si seul existait le
contraste de l'ombre et de la lumière. Il y a d'un côté le Dieu du bien :
Mazda, Allah, Iaveh, de l'autre le dieu du mal : Angryamanous,
Satan, le Chitan. Ces religions véhiculent un fanatisme orgueilleux :
même si leurs fidèles ne font pas de prosélytisme, comme les juifs et
les parsis, ils sont néanmoins les seuls justes, les croyants de
l'unique Vraie Foi.

Examinons le jeu des archétypes en pays désertique. Comme
partout, nous rencontrons l'air et la terre. Mais le feu solaire,
l'archétype mâle dur y exerce une puissance destructrice, tandis que
l'eau, l'archétype féminin doux, y est rare ou même absente.
L'omnipotence du feu solaire trouve son reflet religieux dans les
monothéismes dominés par un Dieu jaloux, autoritaire et exigeant. Le
reflet politique du monothéisme est la monarchie orientale, absolue et
de droit divin. Le reflet social en est le patriarcat ; seul le père est
personne civile. Quand on rencontre un inconnu on ne lui demande
pas qui il est, mais de quelle maison il est. Le Code chaldéen
d'Hammourabbi contient un stupéfiant article, révélateur de la
concentration de la personnalité dans le père : « Si un homme a tué
le fils de son voisin, on tuera son fils. ».

Exclue du divin, la femme se trouve dévalorisée et la poésie
sémitique croit lui faire beaucoup d'honneur en la comparant à un
animal gracieux ou en louant ses vertus ménagères.
Mohammed, le fondateur de l'islam, a tenté d'adoucir ces
duretés du psychisme du désert. Il a interdit de jeter les filles
nouvelles nées dans les puits et d'avoir plus de trois épouses. Mais il
a échoué au moins sur le second point. Contrairement à la tradition
monarchique du pouvoir, il a voulu que les khalifes soient élus. Mais
son gendre 'Ali a rétabli le khalifat héréditaire et les kharédjites qui
ont tenté de maintenir 1a loi du Prophète ont succombé sous le
nombre. Le Coran stipule que même un khalife doit s'incliner si un
mendiant lui fait remarquer qu'il viole la loi coranique. Mais devant les
potentats orientaux d'hier et d'aujourd'hui, qui pourrait risquer une
telle remarque sans la payer de sa vie ?

L'islam est basé sur le sentiment de la complète insignifiance
de l'homme face à Dieu. Il enseigne l'imprévoyance irresponsable,
l'abandon total à la Providence ; cet abandon est même le sens
étymologique du mot islam. Nous avons donc bien à faire à une
doctrine d'écrasement par le Soleil. Le musulman n'a même pas droit
à une réserve de nourriture pour quelques jours chez lui. Le Dieu de
l'Évangile qui « donne leur nourriture aux petits oiseaux » exprime la
même démission de l'homme et la même folie. Cet abandon, ce
fatalisme sont la partie de la doctrine coranique qui a donné sa
coloration essentielle au monde musulman, ou plutôt celle qui a été
acceptée parce que ne changeant rien aux habitudes de pensée et
de vie. Comme nous venons de le voir, les éléments contraires au
psychisme du désert se sont trouvés immédiatement éliminés.
Soumis de façon excessive à l'influence de son archétype, le
mâle du désert est sexuellement survolté. On a d'ailleurs découvert
chez les Sémites un chromosome mâle supplémentaire et plus gros
que les autres, appelé chromosome Y ou chromosome d'Abraham,
ce qui tendrait à montrer que le jeu des archétypes intervient jusqu'au
niveau génétique.

La femelle, au contraire, subit insuffisamment l'influence de
l'archétype féminin doux, de l'eau trop rare. Elle a un instinct maternel
normal, mais souffre fréquemment de frigidité totale ou partielle. Face
à un mâle très demandeur, elle se trouve donc en position de force et
compense sur le plan conjugal la dévalorisation subie sur le plan
social à partir du plan religieux. Plusieurs étudiants musulmans de
pays socialistes nous ont affirmé que si tant des leurs épousaient des
Européennes, cela était dû à deux faits : d'une part le prétendant
paye une lourde redevance à la famille de sa future épouse avant de
pouvoir conclure le mariage ; d'autre part la femme pratique
fréquemment la prostitution conjugale, c'est-à-dire qu'elle exige un
cadeau à chaque relation sexuelle. Ces deux véritables impôts sur le
sexe dévoilent la faiblesse du mâle dans la relation intime. Or toute
faiblesse est ressentie comme coupable. L'homme du désert a tenté
de surmonter cette situation humiliante en exerçant sur la femme une
sévère tyrannie domestique. Le proverbe arabe qui conseille : « Bats
ta femme trois fois par semaine ; même si tu ne sais pas pourquoi,
elle le saura. » n'est pas une plaisanterie. Il y a dans le couple
musulman une grande fréquence de la relation sadomasochiste, le
sadisme de l'homme provenant de sa position de faiblesse dans la
relation intime et l'acceptation masochiste de la femme de sa
tendance frigide. Ne se sentant pas fortement désiré, n'ayant dans le
meilleur des cas qu'un bel animal comme partenaire, l'homme reste
en état d'insatisfaction qualitative, ce qui aggrave encore son
obsession et la pathologie de la situation.

L'homme du désert a tenté de surmonter cette dernière par des
mesures draconiennes. Les tabous alimentaires contre le porc et les
« animaux à pied fourchu », c'est-à-dire les rongeurs, ne sont pas un
hasard : ils frappent la chair des animaux les plus forniqueurs et les
plus prolifiques. Remarquons en passant que les peuples et les
fondateurs de religion n'ont pas attendu les macrobiotistes pour
savoir que, dans une certaine mesure, l'homme est un produit de ses
aliments. La circoncision est une défense contre l'irritabilité excessive
des instincts sexuels masculins. L'excision ( ablation du clitoris )
répandue en Arabie et dans l'est africain, même non musulman vise
à combattre la masculinisation de la femme. Bien que le résultat
principal soit la frigidité, le but conscient et avoué de l'opération est
de retirer à la femme son embryon de masculinité. Quand, en Mai 77,
deux Parisiennes furent fouettées à mort au Yémen pour crime
d'impudicité ( elles avaient été vues en maillots de bain à la piscine
privée du Premier ministre, exécuté lui aussi ), leurs cadavres furent
triomphalement mutilés par les émeutiers qui voulaient ainsi les punir
de leur audace ( l'audace est une vertu masculine ). L'épilation du
sexe chez les femmes musulmanes relève du même souci que
l'excision.

Pour se délivrer du sentiment de culpabilité dérivé de sa
faiblesse, le mâle du désert a tenté un transfert de responsabilité. Il a
érigé Ève en tentatrice, alors qu'elle n'est qu'objet de convoitise et
que même lorsqu'elle se comporte en « allumeuse » elle ne fait que
se défendre contre la dévalorisation dont elle est victime. On peut
mentir à tout le monde, mais non à soi-même, en tout cas pas à son
inconscient. Le Sémite a senti le besoin d'exorciser cet énorme
mensonge envers soi-même et a créé à cette fin le rite du bouc
émissaire. L'animal chassé chaque année au désert chargé de tous
les péchés d'Israël n'était pas une chèvre, mais un bouc, archétype
de la sensualité masculine.

Avec la femme, c'est toute la sexualité qui a été démonisée. Le
cochon de saint Antoine du désert, dont on continue à parler dans le
peuple sans savoir ce qu'il signifie, est l'obsession sexuelle des
insatisfaits de l'amour. Le mythe de Don Juan est né en Espagne,
pays sec et fortement arabisé. Or Don Juan est le type même de
l'obsédé parce qu'insatisfait. Et Nietzsche aura bien raison d'écrire
après dix-neuf siècles d'échecs de l'ascétisme judéo-chrétien : « Où
trouver plus d'ordure qu'auprès des saints du désert ? Autour d'eux
ce n'est pas le Diable qui danse, c'est le porc. ».

Cette démonisation du sexe n'a hélas pas échoué. Elle est
devenue une maladie dont nous sommes tous plus ou moins atteints.
La preuve en est que nos défoulements et révoltes se sont produits
et se produisent encore à travers un langage ordurier. Quand nous
traitons quelqu'un de couillon, de con, de putain, nous parlons le
langage des religions du désert. Nous oublions que les prostituées
étaient des femmes jadis hautement estimées et respectées, comme
le sont les geishas japonaises, comme l'étaient encore les « hôtesses
d'accueil » des villes riches dans l'Allemagne de Charles Quint, ce
que l'écrivain Fernau a pu établir sur la base d'archives municipales
et raconte avec verve dans son ouvrage Et ils n'avaient pas honte…
La Renaissance aurait sans doute balayé définitivement l'entreprise
chrétienne de démonisation du sexe si le clergé n'avait pas eu un
allié inattendu, la syphilis, apparue après la colonisation de
l'Amérique du Sud.

Loin d'être fondamentalement pervers et porteur d'imbécillité, le
sexe est au contraire, dans sa violence irrationnelle gardienne de la
vie, une protection contre le dessèchement rationaliste et une porte
ouverte sur les plus vastes perspectives spirituelles, au-delà des
illusions de l'individualité. Ceux qui osent aimer vraiment sans
réticences découvrent dans le sexe le refuge contre la mort et
l'appréhension de l'éternité. Cette libération est le contraire de la
chienlit actuelle. Elle est sévèrement exigeante quant au partenaire, à
l'ambiance, aux circonstances de l'intimité. Elle est le pôle totalement
opposé au sex-show, à 1'unisexe, aux transes hurlantes et à
l'homosexualité.

Un autre aspect négatif des religions du désert est la perte de
la conscience du temps cyclique. Cette perte est peut-être due à la
relative monotonie des saisons dans les déserts tropicaux. Mais nous
ne sommes pas en mesure de l'affirmer, car le cycle lunaire et le
cycle des jours et des nuits restent clairement constatables. Pourtant
la dégénérescence de la conscience du temps est manifeste dans les
religions du désert. Comparé aux kalpas indiens, aux soleils
aztèques, aux âges d'Hésiode, à la mythologie nordique, le temps
biblique est risible. Bien sûr, les théologiens modernes interprètent
les « Jours ». Mais malgré les précisions de l'astronomie, de la
géologie, de la paléonthologie, de l'archéologie, les témoins de
Jéhovah continuent à nous affirmer sans rire que la Terre n'a que
quelques milliers d'années d'existence. Or cette secte est un produit
typique des religions du désert.

En effet, celles-ci sont également possédées de la maniaquerie
du point final, de l'événement définitif. Les témoins de Jéhovah
recrutent par la promesse de l'accession imminente des « justes » à
une immortalité de la chair dans un paradis où les enfants pourront
jouer avec des fauves devenus herbivores ( les plantes, ça n'a pas
d'âme, donc on peut les manger ). Pour tous les chrétiens, Jésus est
le fils unique de Dieu ( bien qu'il se soit nommé lui-même Fils de
l'Homme ), et il assure seul le salut de l'espèce humaine. Mohammed
est le sceau des prophètes, c'est-à-dire qu'il en clôt la liste ; tous les
oulémas ( docteurs de la loi musulmans ) sont d'accord sur cette
interprétation ; donc tous ceux qui postérieurement à Mohammed se
poseront en prophètes seront des imposteurs, des agents du Chitan,
un peu comme l'Antéchrist ... Les fidèles du juif Karl Marx, euxmêmes
enfants du paradis définitif post-mortem du christianisme
judaïsé chantent « la lutte finale ». Si admirablement honnête par
ailleurs envers le judaïsme, Karl Marx n'a pas déjoué le piège du
définitif* . À cette illusion répondent la vision de devenir perpétuel du
monde nordique, le « Stirb und werde » ( meurs et deviens ) de
Goethe, la verve ironique de Nietzsche : « Les révolutionnaires me
font bien rire : ils veulent tous que leur révolution soit la dernière. ».
Le monde nordique ne cherche pas le définitif hors du monde et il vit
dans le temps cyclique que Nietzsche vient de nous restituer. Il ne
fuit pas dans un paradis, car pour lui la Terre n'est pas une vallée de
larmes et il n'a pas de mur des lamentations. Au contraire, l'Edda
désigne le monde comme le « moulin du joyeux » ou « moulin de la
grande chanson » ( Frohdismølle, Grottsongrmølle ).
* Le cornichon d’honneur à propos de cette idée revient à Jean-Paul
Sartre pour sa phrase: «Le marxisme est l’horizon indépasable de la
pensée humaine.».

L'examen de leurs tares et qualités spécifiques montre que les
cultures sont liées à des aires géographiques et que le mondialisme
contemporain est une folie d'ignorants et de brasseurs d'abstractions.
Dans la mesure où elle est possible, la paix ne peut être assurée que
par des penseurs de haut niveau capables à la fois de respecter les
différences et d'en relativiser la signification.

Par les religions du désert, nous avons perdu l'appréhension de
la vérité la plus fondamentale pour l'intelligence de l'univers ( celui qui
n'a qu'une face, le monde des sphères analogues dans lequel ce qui
est en haut est comme ce qui est en bas ). Cette vérité est aussi
simple qu'inépuisable : le temps est le père de l'espace, mais
l'espace est la mesure du temps. C'est cette vérité que Gurnemanz
tente de faire percevoir à Parsifal lorsque celui-ci arrive au Burg de
Montsalvat. Gurnemanz prononce alors cette phrase mystérieuse : «
Ici le temps devient espace. ». Mais Parsifal n'est pas mûr pour une
telle révélation. Il va stupidement perpétrer le meurtre du cygne, du
pur esprit d'amour qui pénètre tout, de la Dame du chevalier.
La perte de la conscience du temps cyclique est encore plus
tragique que risible. Le temps cyclique équilibre l'homme en
relativisant les tragédies de sa destinée et en supprimant la barrière
infranchissable entre la vie et la mort. Au contraire, l'homme du
temps rectiligne se ressent comme un esquif absurde entre deux
abîmes infinis : le passé et l'avenir. Il ne peut que nier la valeur du
présent par une plongée dans un ascétisme visant à un paradis postmortem,
ou se saouler avec frénésie de ce présent pour échapper à
l'angoisse d'un avenir incertain, à des énigmes lancinantes.
D'innombrables chrétiens ont choisi la première démarche, la
civilisation de la société de consommation la seconde.
Dominé par un Dieu et un roi dont les autorités sont sans
partage, l'homme du désert cherche un refuge à sa dignité dans la loi
de son Dieu qui, elle au moins, est sans tricherie, sans arbitraire
imprévisible. Cette identification fait le révolté indomptable qu'aucun
tribunal, aucun bourreau ne fera plier. Infimes par le nombre, les
martyrs chrétiens s'expliquent pourtant ainsi. Houston Stewart
Chamberlain, gendre de Richard Wagner et penseur peu tendre
envers les juifs, constate que ce n'est qu'en Israël que des hommes
de petite condition ont osé se planter devant les rois et les traiter de
voleurs. Quand l'homme du désert se sent habité de l'esprit de justice
et en accord avec son Dieu, plus rien ne le fait reculer.

Contrairement à cette exaltation, l'homme nordique peut
affronter les pires situations avec calme lorsqu'il a pris les risques
calculés en vue d'une action. Mais sur le plan des principes il est
plutôt inconsistant et apte aux compromis. Son sens des valeurs est
plus intuitif et sentimental que raisonné et spirituel. La longue et
tragique histoire des marchandages entre les rois germaniques
païens et l'Église romaine illustre abondamment notre affirmation.
Nous venons de montrer quelles antinomies et difficultés de
compréhension réciproque existent entre le monde nordique et le
monde du désert, deux mondes qui constituent l'essentiel des
courants qui ont déferlé sur la Méditerranée. Nous avons révélé les
causes de ces antinomies en ce qui concerne les archétypes. En
outre, nous devons savoir quelle catastrophique synthèse s'est
opérée entre l'héroïsme nordique et le fanatisme des religions du
désert. Cette synthèse est maximale et la plus évidente dans le
conquistador dont la puissance de génocide ne s'est rendue que trop
célèbre. À l'heure où notre science, notre technique et notre mode de
vie font peser sur nous plusieurs menaces de destruction totale, nous
devons savoir de quels démons nous sommes habités et d'où
viennent ces démons. Nous devons prendre aussi conscience des
antinomies, affrontements et compromis à travers lesquels nous
avons abouti à notre nihilisme actuel. Seule une telle prise de
conscience peut permettre à la fois à chaque ethnie de préserver ses
valeurs les plus indispensables et de ne pas se laisser entraîner à
des haines aveugles.

L'influence des archétypes est un immense problème que nous
sommes les premiers à aborder sur le plan socioculturel et historique,
et elle ne se limite pas aux questions de soleil et d'eau. Il est
probable et souhaitable que des chercheurs mieux armés que nous
fassent des découvertes nombreuses et précises au-delà de ce
début.

La montagne est le haut-lieu des révélations. Moise, le druide,
l'ermite y entendent le divin dans le vent et l'éclair. Mais prenons
garde : les révélations sont des chocs qui se transmettent à travers
l'âme du medium, se chargent et se colorent du contenu de celle-ci.
D'où le mélange de sublime et de vulgaire, de vérité et d'erreur que
toutes contiennent. Le chercheur et l'appelé vont accomplir sur la
montagne leur catharsis, l'enduro des cathares. Ils en redescendent
parfois galvanisés d'un message et conducteurs de foules, voire de
peuples.

La plaine est favorable aux grandes ivresses collectives, aux
ruées des nomades. Le montagnard se sent en position de force sur
ses sommets d'où il domine l'horizon ; le mode de vie, la corruption
des autres ne le dérangent pas. L'homme des plaines marche vers
des lointains que son regard embrasse mal, à la recherche d'une
sécurité ou de nouvelles pâtures. Homme d'une vie relativement
facile et simple, imprégné de liberté par l'ampleur des paysages et
des chevauchées, il hait l'étroitesse des villes et leur corruption. Les
Goths quittent en hâte Rome en déclarant que « vivre dans une telle
ville c'est s'enterrer vivant ». À l'empereur de Byzance qui pense
l'éblouir de son luxe, Attila déclare mettre son honneur à vivre aussi
simplement que le plus pauvre de ses guerriers. Mais le pasteur finit
souvent par se sédentariser et subir la séduction des villes. Il
remplace dans un premier temps les dieux de la guerre par ceux de
la fécondité, dans un second temps ces derniers par les dieux
législateurs. Ces processus ont été clairement mis en évidence par
Georges Dumézil et nous renvoyons le lecteur désireux d'approfondir
ce sujet aux ouvrages de cet auteur.

Comme nous l'avons précédemment exposé, la mer donne
naissance aux cultes de Vénus. Même dans le christianisme, qui
véhicule pourtant un lourd héritage des religions du désert, la mère
de Dieu porte le nom de Marie, la femme de la mer. Le dictionnaire
de la Bible confirme que la forme araméenne Myriam, a la même
signification que la forme latinisée : « la femme de la mer, la belle
femme ». Les femmes proches de Jésus s'appellent toutes Marie ou
Marthe. La procession de Sainte-Sarah-la-Noire, la sainte des
romanichels aux Saintes-Maries-de-la-Mer, région marécageuse s'il
en est, rappelle irrésistiblement les processions antiques de la
déesse Nerthus chez les Ingwäones de Hollande.

Les civilisations vénériennes sont joyeuses. Nous ne pensons
pas seulement à Venise, à ses carnavals et bals masqués, aux
personnages paillards de la Commedia dell'arte. Nous avons déjà vu
que chez les Nordiques, la marche cyclique du monde s'appelait «
moulin du joyeux, moulin de la grande chanson ». Vénus est la
déesse honorée dans tout ce que la vie offre de bon. La série des
runes commence par F, l'initiale de Freya, la Vénus nordique. Dans
les langues germaniques, la plupart des mots exprimant des états
agréables, des sentiments positifs commencent par fr, comme le nom
de la déesse. En voici une série significative en ce qui concerne
l'allemand : Frau ( femme ), frei ( libre ), froh, Freude ( joyeux, joie ),
Freund, Freundin ( ami, amie, celui ou celle dont la présence nous
cause de la joie ), Friede ( paix ), Frühe ( heure matinale, joyeuse ),
früh ( tôt ), Frühling ( printemps ), frisch ( frais, contraire de rassis ),
fromm ( pieux ). Comme les langues scandinaves avec vân et vânlig,
la langue allemande contient aussi quelques survivances du plus
ancien nom de Vénus, Wanda, prénom qui est fréquent en
Scandinavie, dans les Pays Baltes, en Pologne et Allemagne du
Nord. Le mot Wonne signifie « volupté » et Wunder « merveille ».

Certains m'ont accusé d'extrapoler et évoquent le fait que des mots
neutres ou négatifs peuvent aussi commencer par fr ou contenir v,n,d
: Frosch ( grenouille ), Wind ( vent ), Wand ( mur ), Wunde ( blessure
). La grenouille est un animal du marécage et il est logique que son
nom présente une parenté avec la déesse de ces lieux. Le vent,
surtout le vent du Sud, exerce sur de nombreux humains une
influence aphrodisiaque ; la littérature des pays alpins évoque
souvent le fait à propos du Foehn. La rune Is symbolise à la fois la
glace et la beauté ; donc rien d'étonnant à ce que le gel se dise Frost.
Quant à la blessure, il y aurait beaucoup à dire. Il y a d'une part
l'ambivalence sadomasochiste de la douleur susceptible de
débordements pathologiques, mais présente chez tous les humains
et qui pourrait bien un jour nous doter d'une psycho-prophylaxie sans
toxines ; n'existe-t-elle pas déjà dans l'accouchement « sans
douleurs » ? Rappelons aussi que chez de très nombreux peuples
primitifs les rites de fécondité et de puberté contiennent des éléments
sadomasochistes. Enfin, chez de nombreux primitifs également, la
blessure reçue à la guerre ou à la chasse est la marque de virilité qui
autorise un jeune homme à briguer la main d'une jeune fille.

Gardons-nous donc d'être subjectifs et d'appliquer nos critères
de positivité et de négativité à des cultures lointaines que nous
devons aborder avec la plus extrême prudence de jugement.
Les peuples de Vénus se confondent largement avec
l'ensemble germanique et lui ont donné une imprégnation culturelle
dominante. Rappelons les Wendel du lac Mälar, les Vandales de la
Baltique, les Wendes de la forêt de la Sprée, les Ingwäones de
Hollande et tout l'ensemble des Vanes dont la fusion avec les Ases (
cavaliers venus d'Asie, porteurs de la hache de guerre, de
l'incinération, des urnes funéraires et du patriarcat ) a constitué la
quasi-totalité de l'ancestralité européenne. On constate dans ces
régions d'étranges survivances du culte de Vénus. La liberté sexuelle
et le faible degré de pudeur des femmes nordiques sont bien connus.
Mais il est aussi d'autres indices. Le cuivre est le métal de Vénus,
comme le fer est celui de Mars, l'étain celui de Jupiter, le plomb celui
de Saturne, l'or celui du Soleil, l'argent celui de la Lune. Or nulle part
au monde on ne retrouve une quantité de toitures de cuivre comme
en Germanie nordique. La peinture rougeâtre qui recouvre presque
toutes les maisons de bois suédoises est extraite du minerai de
cuivre. C'est aussi en Germanie que fut transmise ou retrouvée, puis
abondamment utilisée. la puissance thérapeutique des bains de
boue. Les Moorbäder, ( baignoires creusées dans la tourbe ), s'y
comptent par milliers. Dominés inconsciemment par ces cultures, les
Européens écrivent de gauche à droite et sautent à cheval par la
gauche, les trains roulent à gauche, et l'Angleterre a conservé la
circulation routière à gauche que les Scandinaves ont maintenant
abandonnée. Il y a là une préférence instinctive donnée au féminin.
Les Sémites écrivent de droite à gauche et sautent à cheval par la
droite.

Le bleu roi ( féminin ) est la couleur royale des Germains, la
pourpre ( masculine ) la couleur royale des Romains et des
Orientaux.

Nous mangeons du boudin et la soupe de sang est le plat national
suédois. Les rites kashers et musulmans sur la manière de saigner
les animaux expriment le tabou du sang qui a sans doute son origine
dans l'horreur du sang menstruel ; cette dernière est restée vive au
point d'interdire aux femmes et aux filles de lever les yeux pendant
leurs règles. Nous mangeons sans problèmes du porc et des
rongeurs ( lapins, lièvres, écureuils ) ; ces animaux prolifiques sont
tabous chez les Sémites.

Le culte de Vénus appelle son complément : celui de Mars.
C'est pourquoi le saint pilon surmontait la grotte de Vénus à la Sainte
Baume. C'est aussi pourquoi le roi des Vandales était le Gänserich, (
le jars ), oiseau de Mars. Les Germains honoraient le fer, métal de
Mars. Les rois lombards portaient une couronne de fer. Une chanson
viking conseillait : « Ne te sens pas inférieur au marchand ; ton acier
vaut mieux que son or. ». La plus haute décoration de l'armée
allemande reste la croix de fer. De l'Antiquité à Wagner, le thème de
la malédiction de l'or imprègne toute la culture germanique, alors
qu'Orientaux et Méditerranéens ont le culte de l'or et négativisent cet
âge de fer joyeusement assumé par les Germains.
On ne résoudra pas tant d'antinomies avec des théories et des
discours sur la fraternité universelle. Les échecs successifs du
bouddhisme, du christianisme, de l'islam et du marxisme sont là pour
en témoigner.

La forêt est le lieu de prédilection des cultes animistes, des
mystères, des initiations totémiques. Rappelons que dans notre esprit
le terme animiste n'est nullement dépréciateur. À l'heure où la
sensibilité des végétaux aux sentiments humains et à la musique a
été démontrée, où les conversions d'ondes révèlent une parenté
entre les cris des hommes et les réactions des plantes aux
interventions agréables et aux traumatismes, où les interactions du
champ magnétique terrestre, des champs magnétiques des arbres et
de ceux des cerveaux humains sont également démontrées (
Théodor von Sucek ), les théologiens des religions du désert feraient
bien de ravaler leur morgue et de se pencher sur tout ce qu'ils ont
persécuté et détruit pendant deux millénaires.

Effrayante de loin pour qui l'aborde, la forêt est protectrice pour
qui s'y est intégré. Elle est par là l'archétype universel du temple.
Henri Vincenot a probablement raison en affirmant que l'art dit
gothique est en réalité goatique, du mot celte goat qui signifie « forêt
». Sans conclure, nous rappelons l'évidente ressemblance d'une nef
gothique et d'une voûte d'arbres nobles ; en outre, les édifices
gothiques sont extrêmement rares sur les terres de culture
wisigothique ( Provence, Languedoc, Aquitaine, Espagne ) ; à
contrario, ils foisonnent en Bretagne, dans la moitié nord de la
France, les Flandres, puis se raréfient dans les pays plus
spécifiquement germaniques. Celtes et Germains n'avaient pas
d'autres temples que la forêt, des bosquets sacrés ( heilige Haine )
ou des arbres majestueux. Les enclos de buis de nos campagnes
sont une survivance de ces bosquets sacrés. Chez les Germains, la
forêt ( der Wald ) avait donné leur nom aux divinités : die Waltenden,
ou die Gewalten, les puissances, ceux et celles qui exercent la
puissance. Chouans et charbonniers sont chez eux dans la forêt et
s'y transmettent à l'écart du monde profane les vérités persécutées.
Lié au ciel par ses ramures et à la terre par ses racines, l'arbre
est le symbole de la condition humaine, l'âme de la vie terrestre (
l'Yggdrasyll des Celtes et des Germains ). Au XIIIe siècle de l'ère «
chrétienne », le roi Saint Louis et le tribunal populaire de la Sainte-
Vehme rendent encore l'un et l'autre la justice sous un chêne.
La forêt est le haut lieu de la religion de l'immanence, du « divin
immergé dans la matière », selon l'expression de Teilhard de
Chardin, alors que le désert ne connaît le divin que comme tyran
immatériel. Contre ce tyran l'athéisme aura bientôt beau jeu ...
Bien que l'impérialisme de la Bible soit historiquement plus
chrétien que juif, il convient de dénoncer ici une prétention
convergente des deux religions en cause. Walther Rathenau,
chancelier israélite de la République de Weimar, a déclaré : « Savezvous
quelle est notre mission sur terre ? C'est d'amener tous les
hommes au pied du Sinaï. Si vous n'écoutez pas Moïse, c'est Jésus
qui vous y amène ; et si vous n'écoutez pas Jésus, c'est Karl Marx. ».
Le pape Pie XI a tenu un propos équivalent peu avant la seconde
guerre mondiale : « Spirituellement nous sommes tous des Sémites.
». Ces deux déclarations résument tout le viol des consciences qui a
abouti au nihilisme contemporain. Le monde européen ne peut guérir
qu'en éradiquant ses maladies, c'est-à-dire les religions du désert,
tout leur bagage théorique ou inexprimé, monothéisme, temps
rectiligne et démonisation du sexe.

Le mot Sinaï signifie « montagne de l'homme de la Lune ».
Quel horrible dessèchement nous est ainsi annoncé ! Dessèchement
matérialisé par les synagogues, les temples protestants, le style
jésuite. La réaction contre ce dessèchement fut le style baroque et
rococo, bon pour des salles de spectacles profanes, des pâtisseries,
des salons de thé, mais non pour des édifices religieux. Une ruine
spirituelle n'est jamais facile à réparer.

Chaque peuple est libre de ses choix. Nous voudrions pourtant
rappeler ici aux juifs que la loi de Moïse ne s'est imposée chez eux
qu'au prix de féroces persécutions. Plutôt que fonder leur résurgence
sur Moise et ses successeurs fanatiques qui leur ont ordonné le
génocide anticananéen, de « tuer chez les Amalécites même les
vaches », ne gagneraient-ils pas en se référant à Salomon, image de
sagesse et de tolérance universellement respectée ?

Né au milieu des peuples du désert, refusé avec le plus
d'obstination par ceux-ci, répandu par la violence et la ruse chez les
peuples de la forêt et de la mer, le christianisme n'a jamais
profondément mordu sur l'Européen, ne s'est implanté et n'a survécu
que dans les équivoques. Il n'est pas exagéré de dire : « Autant de
chrétiens, autant d'hérétiques ».

Cela nous amène à poser la question la plus grave pour
l'Europe et l'Amérique : qu'est le christianisme ? Ou plutôt : que sont
les christianismes ? Sans méconnaître l'énormité du problème, nous
allons tenter d'y apporter quelques éclaircissements.



Le christianisme, religion de Vénus
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L'opinion selon laquelle le christianisme est une suite du
judaïsme et de lui seul a prévalu pendant dix-neuf siècles et n'est pas
encore surmontée. On condescend à admettre que les autres
religions étaient une marche d'approche, mais on maintient que le
judaïsme était la seule terre suffisamment fertile pour la germination
du Nouveau Testament, de la Nouvelle Alliance. Les Évangiles font
dire à Jésus à propos de son enseignement et de la loi de Moise : «
Je ne suis pas venu pour abolir, mais pour compléter. ». Il y a peutêtre
eu là une inversion des termes. Selon le contexte, il serait plus
vraisemblable d'avoir à lire : « Je ne suis pas venu pour compléter,
mais pour abolir. ». Cela étant un scandale inacceptable pour les juifs
et le christianisme s'étant développé d'abord en milieu juif, cette
inversion est vraisemblable et n'a même pas eu besoin d'être
volontaire pour se produire. Je n'en veux pour preuve qu'un
contresens semblable de la part d'un traducteur de Nietzsche : là où
ce dernier avait écrit : « Où donc est l'éclair qui doit vous lécher de sa
langue ? Où donc est la folie qu'il faut vous inoculer ? », le traducteur
en question ( sans doute un étudiant ayant travaillé pour un
professeur qui n'a pas vérifié d'assez près ) n'a pu digérer que
Nietzsche appelle une éruption irrationnelle, une « folie », au secours
contre notre mesquinerie et a traduit : « Quelle est la folie contre
laquelle il faut vous vacciner ? » Par bonheur, cette énormité a été
rectifiée dans la seconde édition de la traduction incriminée.

Nous verrons qu'on peut distinguer dans les Évangiles quatre
éléments différents : les enthousiasmes d'un mystique galiléen, les
réminiscences de l'éducation juive de ce mystique, les mensonges
pieux de disciples directs ou indirects désireux de rallier les juifs à
leur prophète et à leur stratégie de noyautage des structures de
l'Empire romain, enfin les apports mythiques populaires surgis de
l'inconscient collectif.

Pourtant, malgré cette complexité, quand on considère le
phénomène chrétien avec des yeux neufs, on découvre toute une
convergence d'éléments qui cadrent curieusement avec notre
explication archétypique des psychismes et des cultures.
Le christianisme naît en milieu galiléen et la première question
à poser est donc : « Les Galiléens étaient-ils juifs, judaïsés ou
allogènes ? ». Les juifs ne reconnaissaient pas les Galiléens et les
Samaritains comme des compatriotes. « Toi aussi tu en es, ton parler
te trahit. » dira la servante de Caïphe à Pierre en train de renier son
maître. Si les Galiléens n'étaient pas juifs, qu'étaient-ils ? Les Hyksos
étaient des cavaliers et les Philistins des marins d'Occident, de ces «
peuples de la mer » chassés des rivages atlantiques par des
immersions de côtes et des raz de marée. Nous ne saurions trop
conseiller sur ce point la lecture des ouvrages de Jürgen Spanuth sur
les Atlantes. Le géant Goliath était un géant galate ; en défiant David
en combat singulier, il se comportait en chef aryen, comme les
Horaces et les Curiaces, comme Vercingétorix défiant César en
combat singulier, comme Henri l'Oiseleur proposant le duel au roi de
Bavière. Cette tradition aryenne du combat des chefs avait pour but
d'éviter les grandes effusions de sang et il est bien regrettable qu'elle
se soit perdue ...

Après les premières persécutions du Sanhédrin, les Chrétiens
vont chercher refuge en Asie Mineure où vivaient, parmi d'autres
peuples, ces Galates auxquels Paul de Tarse adressera une de ses
épîtres. Or les Galates étaient des Volques, des Gaulois originaires
du Languedoc, venus des siècles auparavant avec tous ceux qui
essaimèrent en Asie Mineure et particulièrement sur le plateau
d'Anatolie. Georges Dumézil dirigea la recherche archéologique dans
cette région pendant une vingtaine d'années. Les Galiléens étaient-ils
de la même provenance ? Et le petit groupe qui débarqua aux
Saintes-Maries-de-la-Mer revenait-il sur la terre ancestrale,
découragé par la haine et la persécution d'une religion du désert ? Il
n'y aurait rien d'impossible à cela, car les peuples de cette époque
conservaient pendant des siècles la mémoire de leur pays et de leur
tribu d'origine. C'est ainsi qu'une inscription runique montre qu'à six
siècles de distance un paysan du Gotland suédois savait que Dietrich
von Bern ( Théodoric ) était un grand roi issu de sa tribu. Il n'y a pas
de preuve certaine de l'origine gauloise des Galiléens ; il n'y a que
des indices, mais si nombreux et cohérents qu'on peut les considérer
comme des Celtes, comme issus des peuples de la forêt et de la
mer.

Peuple de la mer ? Les premiers disciples de Jésus étaient des
pêcheurs et ce fait gagne en importance si l'on rappelle que ce métier
était honni des juifs.
Réalité ou mythe, la naissance du christianisme repose sur un
enchaînement qui donne à réfléchir. En tant qu'expression d'un idéal
populaire, ou d'un tournant de cet idéal, un mythe a d'ailleurs sa
réalité historique.

Dans les cultes à mystère, actuellement encore dans le
vaudou, saint Jean-Baptiste est le maître du feu, du bélier. C'est
pourquoi l'imagerie chrétienne le représente avec un mouton et le
clergé chrétien a placé ses fêtes de manière à les associer aux feux
des solstices. Les premiers chrétiens prendront comme emblème les
poissons, signe de l'ère alors commençante, signe d'eau, et le
Baptiste institue le rite d'initiation de son successeur, le baptême par
l'eau, l'immersion dans l'archétype de Vénus.

Les juifs reprochent à Jésus de fréquenter les pêcheurs, les
publicains, les prostituées. Les Évangiles montrent que ces
reproches étaient fondés.
Par trois fois il prend la défense de la femme, non de la femme
soumise à la loi du désert, mais de la femme sexuellement assumée :
de la femme adultère que la foule s'apprête à lapider, de la
Samaritaine dont les moeurs scandalisent les juifs, de la prostituée
Marie Madeleine.

Ouvrons ici une parenthèse pour faire justice d'une légende
aussi coriace que paradoxale : celle de Jésus essénien. Les
Esséniens étaient une secte encore plus rigoriste, plus formaliste que
les Pharisiens. Un être aussi libre que Jésus en était aux antipodes.
Ou bien il ne les a pas connus, ou bien il s'en est libéré.
Par trois fois également l'enfant est porté au pinacle spirituel : «
Laissez venir à moi les petits enfants - Si vous ne redevenez
semblables à ces enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des
Cieux - S'il arrivait à l'un d'entre vous de causer du scandale devant
l'un de ces petits, mieux vaudrait pour lui qu'on lui mît une meule au
cou et qu'on le jetât au fond de la mer. ».

L'union conjugale est magnifiée comme une fin en soi,
indépendante de la procréation : « Ils ne seront qu'une seule et
même chair. ». Enfin le prophète chrétien meurt un vendredi, jour de
Vénus. Les fidèles ne parlent pas de son sacrifice, mais de sa
passion, et ils commémorent ce jour, non par le jeûne, mais en
mangeant du poisson, comme s'il s'agissait d'honorer la déesse née
de la mer.




Le christianisme, religion élitiste
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Les éléments du message de Jésus qui ont fait scandale, l'ont
fait rejeter par les juifs, ignorer ou travestir par ceux qui se réclament
de lui, sont marqués de deux signes : celui de la liberté et celui de
l'aristocratie. J'ai toujours été stupéfait du degré d'ignorance de leurs
Évangiles dans lequel se trouvent de nombreux chrétiens. Le
malheureux Galiléen a tellement été défiguré en consolateur des
avilis, en « camarade charpentier » par les socialistes de l'époque
naïve qu'une mise au point s'impose.

Jésus place l'homme devant sa responsabilité spirituelle : « En
vain le chercheriez-vous ailleurs, car le royaume des Cieux est en
vous. ». Une telle phrase pose une religion des Forts : plus rien à
espérer des simagrées, de l'obéissance à la loi. Seul
l'épanouissement du divin intérieur est accession à la joie suprême.
Subjectivisme ? Qu'on m'explique alors cette autre parole, « Ne
saviez-vous point que vous êtes des dieux ? » Eh oui : il n'y a pas
que Pythagore pour le dire.

Un douceâtre aux airs penchés, du genre à donner bonne
conscience aux homosexuels ? « Le royaume des Cieux appartient
aux violents. Depuis Jean ce sont les violents qui s'en emparent. ».
Mais oui, vérifiez : c'est bien dans l'Évangile. Et quel élitisme dans
ces paroles : « Il y aura beaucoup d'appelés, mais peu d'élus - Ne
jetez pas de perles aux pourceaux de peur qu'ils ne les piétinent et
ne vous dévorent - Laisse les morts enterrer les morts et suis-moi -
Pourquoi parles-tu en paraboles ? Pour que tous ceux qui ont des
oreilles n'entendent point et que tous ceux qui ont des yeux ne voient
point. ».

L'eau et l'air, les archétypes doux, sont porteurs de liberté.
Jésus se fait le défenseur des femmes libres et une fois même, il a le
cri de la révolte totale : « Le Fils de l'Homme est maître même du
Sabbat. ». Il se heurte fréquemment à la loi mosaïque. Le
commandement du Sabbat étant le plus rigoureux de cette loi,
quiconque s'affirmait maître même du Sabbat s'affirmait du même
coup maître de la totalité de la loi. L'Église romaine a fort bien
compris la chose, et c'est pourquoi elle a escamoté le « même » de
la réponse de Jésus. Cette idée d'un Fils de l'Homme maître de la
totalité de la loi, ne tenant sa loi que de lui-même, est absolument
nietzschéenne dix-huit siècles avant Nietzsche. Le Fils de l'Homme,
sur lequel les clercs donnent une interprétation mesquine et vaseuse,
qu'ils réduisent à un exemplaire unique, destiné à nous donner une
sensation d'écrasement, est, tout comme le Surhomme de Nietzsche,
la promesse de la prochaine mutation de l'être appelé à succéder à
l'homme sur la chaîne ascendante de l'évolution, de la mutation
concernant le « peu d'élus » capables de croire en elle et d'oeuvrer
en vue de son accomplissement.

Toute cette puissante veine élitiste du message de Jésus fut et reste
occultée. Le sirupeux « sermon sur la montagne », que tous les
théologiens sérieux reconnaissent comme apocryphe, ce sermon
berceur de tous les ressentiments des faibles a été substitué à
l'Évangile libre et élitiste. Dans ses Lettres aux sept Églises qui
précèdent l'Apocalypse, Jean de Patmos tonne de manière réitérée
contre « ceux qui se prétendent juifs, mais ne sont pas juifs et
sèment la perturbation dans nos communautés ». Voilà un langage
qui a le mérite d'être clair : le jeune christianisme est affaire juive.
Paul de Tarse se fait prophète du melting-pot nivellateur par le bas :
« Grâce au Christ il n'y aura plus ni juifs, ni Grecs, ni maîtres, ni
esclaves, ni hommes, ni femmes ». Avec le mondialisme,
l'égalitarisme et 1'unisexe ; nous y sommes !

L'Apocalypse, elle-même, est un paquet de haine écumante
contre Rome. La nouvelle Babylone, la bête aux sept têtes, c'est
Rome, la ville aux sept collines. Au cours des premiers siècles,
apôtres, pères de l'Église et saints du désert, comme ces stylites
d'Égypte juchés sur une obélisque, vont s'acharner contre la chair et
la femme. Le christianisme subit donc non seulement une altération,
mais une inversion de ses valeurs fondamentales. Empêchée de
jouer son rôle chez les peuples du désert, persécutée par les rabbins,
défigurée par ses défenseurs, la nouvelle religion ne pourra pas
restituer la femme digne là où elle manque, et elle va
paradoxalement devenir l'instrument de sa dégradation en Europe.
Nietzsche aura raison d'écrire : « Le christianisme a empoisonné
Éros ; le petit dieu n'en est pas mort, mais il est devenu vicieux. ».
Pendant un millénaire, le culte de Marie, la femme de la mer, la
Vénus chrétienne, sera hérétique. Il faudra toute la pesanteur des
coutumes populaires et la puissance de la chevalerie pour le faire
tolérer.

J'entends déjà l'objection : « Si Jésus était élitiste, comment
expliquez vous ses mauvaises fréquentation ? ». La réponse est
simple : l'élite n'a jamais été conformiste. La décadence des cultures
et des sociétés est un phénomène aussi normal et inévitable que le
vieillissement des individus. Pour faire place à la vie, les
révolutionnaires font sur le plan socio-historique ce que Freud appelle
« le meurtre du père » sur le plan familial.

À la fois très rares et pouvant pourtant provenir de toutes les
classes d'une société moribonde, les révolutionnaires sont tout autant
une élite que le sont les gardiens incorruptibles de la loi aux époques
saines. Malheureusement, les révolutionnaires chrétiens, à la fois
libertaires et élitistes, furent vite submergés par une perfide
entreprise de destruction des gentils, entreprise menée avec un
incroyable degré de lucidité et de patience. Le christianisme devint
vite l'instrument de destruction d'une Rome déjà submergée par ses
conquêtes, instrument du noyautage juif, comme le culte d'Isis était
celui du noyautage égyptien et le mithraïsme celui du noyautage
perse. Sur ce dernier, on ne saurait trop conseiller la lecture de
l'histoire de l'empereur Julien par Benoist-Méchin, le Rêve calciné ;
on y découvre avec effroi comment les prêtres mithraïstes
s'emparent de l'esprit d'un adolescent orphelin, le font accéder au
trône impérial et l'entraînent finalement dans une expédition
suicidaire pour la puissance romaine. Dans les brûlants déserts de
Perse, en plein été, l'armée de Julien fondra en quelques jours. Dans
Antioche, la ville la plus chrétienne et la plus corrompue de cette
époque, les chrétiens ont deviné la manoeuvre des mithraïstes. Les
tenants des deux 'religions du désert sont rivaux, mais pourtant
spontanément complices contre Rome et un empereur dont la vertu
inquiète la canaille enrichie. Alors on se murmure une sinistre
plaisanterie : « Savez-vous ce que fait le fils du charpentier ? Il
fabrique un cercueil. ». Au début des années 20, un publiciste juif
américain répondit aux attaques présentant les juifs comme les
promoteurs de la Révolution russe et du bolchevisme, et sa réponse
contient un aveu incroyable : « À supposer que ce fût vrai, cela
n'aurait que la dimension d'une bagarre de rue en comparaison avec
ce que vous a infligé Paul de Tarse. ». Depuis les apôtres Jean et
Paul rien n'a varié, car les forces profondes restent les mêmes.
Depuis les débuts du monde, les faibles et les tarés haïssent les
êtres de bonne venue et mettent tout en oeuvre pour les dominer et
les détruire, comme l'a montré Nietzsche.

Il en fut des symboles comme de la doctrine. L'emblème
adéquat des poissons fut bientôt remplacé par la croix, horreur sur
laquelle on mourait immobilisé et asphyxié, « symbole de fixité »
contraire aux croix païennes qui expriment toutes la rotation, le
mouvement. La référence à l'élément de Vénus et au temps cyclique
fut éliminée par le psychisme du désert. Ce n'est pas davantage un
hasard si les fous furieux de l'Inquisition ont choisi le feu pour tuer
leurs adversaires ; leur inconscient les a poussés à sacrifier leurs
ennemis à l'archétype de leur religion de malades. Pour donner à ce
fait le poids qu'il mérite, rappelons que la chair brûle très mal, exige
d'énormes quantités de bois ; la décapitation, la pendaison, la
noyade auraient été bien plus commodes et rapides. L'exécution par
le feu ne relève d'aucune tradition antique et n'a donc pas
d'explication hors du psychisme du désert.

Pour ceux qui restent sceptiques sur cette explication
archétypique, je veux évoquer un fait concernant l'archétype opposé :
l'eau. Lorsque Saint Louis publia un édit contre les ribaudes, il les
assigna à résidence sur les bords de Seine ; sans être conscient du
ressort de son choix, il envoya Vénus vers son élément. Ce bord
d'eau a donné par déformation le mot bordel. Démonisés et refoulés,
les instincts sexuels vont tourner en cruauté et l'ère dite chrétienne
verra le plus stupéfiant sadomasochisme à prétexte justicier ou
expiatoire dans l'histoire connue de notre planète Une résurgence
partielle du christianisme vénérien affleure dans certains groupes
marginaux, hippies notamment. Mais la majorité des jeunes de ces
groupes est ignorante, inconsistante, avilie ; on ne peut espérer d'elle
aucune création dynamique pour l'avenir.

Avant de pouvoir reconnaître à quoi nous accrocher pour tenter
une survie et un nouveau départ, il est indispensable de discerner
clairement les engrenages historiques dont nous véhiculons les
souillures. CAR IL EST VITAL DE NE PAS RÉINCULQUER À
L'AVENIR LES GERMES PATHOGÈNES DONT NOS CULTURES
SONT MORTES ET DONT MÊME NOTRE CIVILISATION VA
MOURIR. C'est pourquoi nous devons effectuer un survol critique de
l'ère dite chrétienne. Aucune étude, si longue et indigeste soit-elle ne
pourrait prétendre être exhaustive sur un sujet d'une telle ampleur. À
travers les foisonnements de forces contradictoires, les affrontements
aussi myopes que sanglants, les disputes sur des problèmes dont les
énoncés sont faux, nous pourrons néanmoins suivre une effrayante
ligne de force : une haine de l'Aryen et une volonté de destruction de
celui-ci qui en deux millénaires ne se sont jamais démenties.
Pour nous, l'heure de la révolte ouverte a sonné. Face aux religions
du désert, à leurs prétentions de supériorité et de validité universelle,
nous jetons à la face de leurs docteurs : « Non, messieurs,
spirituellement nous ne sommes pas des Sémites. Nous ne le
deviendrons jamais. Nous n'irons pas nous prosterner devant le Sinaï
dont le législateur bancal n'a pas pensé à nous parler des devoirs
envers la nature et les enfants ! Nous démasquerons votre «
fraternité » et votre « égalité » qui ne sont que les tremplins de votre
perfide tyrannie. ».

En cet âge où nos cieux sont chargés des plus menaçants nuages,
nous sommes habités d'une indéfectible certitude : l'Europe va
devenir pour la première fois européenne et libre ; sinon il n'y aura
plus d'avenir pour la Terre. Et quoi qu'il advienne, nos ennemis
auront gagné toutes les batailles ... sauf la dernière !

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