mercredi 28 juillet 2010

22

XXII
Il importe de consacrer un chapitre aux Melamèdes,
précepteurs juifs en général et à l'éducation
chez les Juifs.
Le premier désir des parents d'un enfant du
sexe masculin est de le voir un jour Talmudi
Hahan (savant versé dans la science talmudique).
En conséquence, chaque Juif, même le
plus pauvre, après avoir attendu avec une certaine
impatience le temps où son fils atteindra
l'âge de cinq ans révolus, le mène chez le Melamède,
dans le Heder (école), en apportant
toutes les économies ramassées, centime par
centime, depuis la naissance de ce fils chéri ;
et pendant tout le temps de son éducation, qui
dure jusqu'au jour de son mariage, c'est-à-dire
jusqu'à dix-sept, dix-huit ou dix-neuf ans, le
père se résigne à supporter toute espèce de
privations, afin de pouvoir fournir à léducation
de son fils. Il n'est donc pas étonnant que,
par suite de cette disposition générale chez la
population juive en faveur de l'éducation des
enfants mâles, il se trouve une grande quantité
de Heders dans chaque communauté, et
que de très grandes sommes d'argent soient
employées à leur entretien.
Quelle est donc la cause qui fait naître
chez tous les Juifs en général l'idée de voir arriver
leurs descendants du sexe masculin à la
position de savant en science talmudique ?
Les auteurs juifs, même les plus civilisés,
voudraient persuader dans leurs ouvrages,
journaux, brochures, etc.. sur les Heders et
les Mélamèdes, que cette propension à l'éducation
chez les Juifs provient de la force du sentiment
religieux inné dans le peuple... Pour
nous, après avoir approfondi et étudié la vie
juive dans toutes ses phases, nous croyons que
cette propension générale a une tout autre
cause. Voici pourquoi:
Le Talmud, dont la science sert de guide
au peuple juif, partagea, dès la plus haute an
tiquité, les Israélites en deux classes distinctes
; les patriciens et les plébéiens, et détermina
ainsi les rapports mutuels de ces deux
classes.
Six points ou conditions, dit le Talmud, doivent
être observés envers un Am-Gaaretz
(plébéien ou roturier) :
1° Personne ne doit lui servir de témoin ;
2° Il n'est pas digne non plus de servir de
témoin à quelqu'un ;
3° Un Am-Gaaretz ne peut être initié à aucun
mystère ;
4° Il est défendu de le nommer tuteur ;
5" Il ne peut remplir la fonction de gardien
dans une société de bienfaisance;
6" Il est défendu de se mettre en route avec
un Am-Gaaretz.
Outre ces six points, le Talmud ajoute qu'on
ne doit point faire de publication lorsqu'un
Am-Gaaretz perd de l'argent ou un objet quelconque,
ce qui signifie que l'objet ou l'argent
perdu par lui appartient de droit à celui qui le
trouve (1).
(1) Traité de Talmud. — Pessahime, p. 98

— Bien plus saillantes encore sont
les citations du Talmud relatives aux Am-
Gaaretz dans ces mots du rabbi Eléazar : « Il
est permis d'étouffer un Am-Gaaretz le jour du
jugement, lors même que ce jour tomberait un
samedi ; » — puis il ajoute : « On peut trancher
en deux parts un Am-Gaaretz, comme on habille
un poisson. » — Les rabbins disaient
aussi : « Un Juif qui se respecte ne doit jamais
prendre pour femme la fille d'un Am-
Gaaretz, car lui-même est un reptile, sa femme
un crapaud, et quant à sa fille, il a été dit :
« Maudit sera celui qui entrera en liaison intime
avecun animal, et les liens de famille avec
un Am-Gaaretz sont considérés comme des
rapports impurs avec les animaux, »
Ces déclarations du Talmud ont fait considérer
le plébéien juif comme un esclave, et,
malheureusement pour lui, il a conservé jusqu'à
nos jours presque entièrement ce sceau de réprobation
des premiers temps. Le présent ouvrage,
appuyé d'actes et de documents publiés
par Brafmann, lesquels font connaître parfaitement
cette république juive talmudo-municipale,
démontre clairement qu'auprès du Moreïne
(patricien) qui prend part avec voix déli
bérative à toutes les décisions dans les réunions
où s'agitent les questions d'intérêt juif
en général, et qui a le droit d'être électeur et
éligible, comme membre de toutes les institutions
supérieures, le pauvre plébéien est privé
de tout droit, humilié, persécuté et quasi maudit.
C'est un véritable paria.
Si encore on prend en considération cette
question digne de remarque qu'en Russsie, par
exemple, les impôts que les Juifs doivent payer
sont perçus par les autorités russes d'après la
répartition préparée et faite par le Kahal, institution
juive composée de patriciens (moreïne),
on peut en conclure de quel énorme
poids est écrasé dans ce pays le pauvre plébéien...
En vain cherchera-t-il justice auprès
de l'autorité civile du pays, en vain réclamera-
t-ii sa protection, le puissant Kahal possède
à son service une quantité de moyens qui
lui donneront toujours raison; il a des facteurs
avec le talisman dont nous avons parlé aux chapitre
v et vi, il fournira de faux témoins, il a de
l'argent dans sa caisse pour étouffer toute
affaire désagréable pour lui, et, grâce à tous
ces moyens illicites, les autorités locales, diri
gées pour ainsi dire par le Kahal, remplissent
le triste rôle de Pilate dans toute la signification
attachée à ce nom.
il faut ajouter qu'outre l'impôt en argent,
qui ne peut être acquitté qu'au prix de très
grandes privations par le pauvre plébéien, ce
dernier est encore destiné à payer l'impôt du
sang;, c'est-à-dire du recrutement. Il est avéré
qu'en présence de cette énorme quantité de
Heders parmi la population juive, où des milliers
de paresseux consacrent toute leur vie à
étudier la loi du Talmud, cent mille Juifs environ,
pendant ces quarante dernières années,
ont été incorporés dans l'armée russe ; pas un
n'appartenait à la classe des patriciens moreïne,
mais tous, sans exception, faisaient partie
de la plèbe juive.
Nous pensons donc que ce sont là les motifs
qui poussent le plus la population juive à chercher
dans les Heders les moyens de soustraire
les enfants à l'ignominie attachée à la caste
des Am-Gaaretz, c'est-à-dire de tous ceux qui
ne sont pas Moreine. Et c'est par le Heder
seul qu'un plébéien peut, en devenant Talmudi
Hahan, effacer cet injuste cachet que
le Talmud a imprimé à tout plébéien juif.
D'après notre conviction, basée sur létude
approfondie de la question juive, cette éducation,
professée par les Melamèdes dans les
Heders, ne pourra en rien influer sur le sort
actuel du plébéien juif, et aucun projet, aucun
essai de réforme entrepris par les gouvernements
des différents pays, relativement à cette
grave, scabreuse et importante question, n'aboutira
à un résultat satisfaisant, car tant que
subsistera le pouvoir du Juif patricien sur le
Juif plébéien, des Moreine sur les Am-Gaaretz,
pouvoir qui se perpétuera aussi longtemps que
les gouvernements des nations chrétiennes toléreront
dans les villes grandes et petites l'agglomération
de ces masses de paresseux improductifs
dont à peine un sur cinquante
exerce un métier utile à la société, et dont les
quarante-neuf autres doivent nécessairement
chercher des moyens d'existence dans le trafic
mesquin et honteux, dans l'usure, dans l'agiotage
et dans une quantité d'autres occupations
de ce genre, si nuisibles aux habitants
chrétiens des villes et des campagnes environnantes,
le pouvoir du Juif Moreïne (patricien)
sur le Juif Am-Gaaretz (plébéien) doit nécessairement
peser et durer aussi longtemps que
ce dernier ne s'en affranchira pas en cultivant
la terre comme la cultivent les indigènes du
pays, ou en se livrant à un travail de manoeuvre.
Par ce travail productif, qui sera aussi
utile à la société chrétienne qu'au juif plébéien
lui-même, celui-ci gagnera son indépendance
et ne sera plus soumis à cette tyrannique autorité
dont le Kahal s'est emparé et qu'il exerce
despotiquement parmi les populations juives.
Voyons maintenant, en quelques mots, de
quelle manière se fait l'éducation dans les Heders
et ce que sont les Melamèdes qui se destinent
à l'enseignement.
Le système d'éducation chez les Juifs n'est
point organisé en institution. Aucune subvention
n'est portée au budget du Kahal. Pour
devenir précepteur, il n'est pas nécessaire de
subir un examen quelconque ni de posséder
un diplôme. Chaque individu qui croit sentir
en lui le feu sacré peut consacrer son temps à
enseigner. Comme il n'y a point de fonds publics
destinés à l'éducation, il n'existe pas dérèglements
qui imposent un certain système à suivre
dans renseignement. Chaque Juif peut élever
son fils comme bon lui semble, et pourvu qu'il
tombe d'accord avec le Melamède quant au
prix, au nombre d'élèves et au choix des
études, tout est dit. Entre la grande quantité de
Heders, et par conséquent de Melamèdes, qui
existent dans chaque communautéjuive, il n'y a
absolument aucune entente sur la manière d'enseigner.
Chaque Melamède suit son système à
lui, ne tenant compte d'aucune méthode, fût elle reconnuebonne,
ni d'aucun programme pratique,
et pourvu qu'il puisse arriver à faire
tort à ses nombreux concurrents, il est satisfait.
La fonction et le titre de Melamède ne
sont pas trop à envier, et ce n'est qu'à la dernière
extrémité qu'un Juif, qui n'a pu réussir
dans d'autres branches d'affaires, s'accroche
à cette ingrate profession. A ce propos, il existe
un proverbe chez les Juifs : « Il n'est jamais
trop tard pour rencontrer la mort et la profession
de Melamède. »
L'année scolaire des Melamèdes est divisée
en deux semestres. Le premier semestre commence
un mois après la fête de la Pàque, au
mois de Nisan (avril) et le deuxième dure
jusqu'à Rosch-Haschana (nouvelle année),
qui tombe au mois de Fischery (septembre).
Le deuxième semestre compte depuis la RoscH-
Haschana jusqu'à la Pàque. A chacune de
ces fêtes, il y a un mois de vacances ; de cette
manière, chaque semestre est de cinq mois
d'études.
Pendant le mois des vacances, le Melamède
s'occupe à chercher de nouveaux élèves et
tâche le plus qu'il peut de trouver ces élèves
parmi la classe riche ; mais dans ce cas les
parents exigent que le nombre des élèves soit
restreint. Après avoir ainsi recruté le plus
d'élèves possible, il commence la classe tous
les jours de neuf heures du matin à neuf heures
du soir, excepté les samedis et les jours
de fêtes, pendant cinq mois, enseignant à
ces enfants tout ce qu'il est en mesure de leur
apprendre.
Il serait difficile de définir d'une manière
certaine la différence qui existe entre les Heders
des diverses classes ; cependant on peut
distinguer, quant à l'ensemble des études,
quatre catégories :
1° Heder Dardeke-Melamedine, où les gar
çons apprennent seulement à lire et à écrire
et où ils restent jusqu'à Tâge de sept ans.
2° Heder Houomuche, où l'on fait la lecture
des cinq Livres, avec les commentaires de
Rache, et où l'on doit rester pendant trois ans,
jusqu'à l'àge de dix ans.
3° Heder, où l'on étudie le Talmud avec
les commentaires de Rache; on y reste deux
ans.
4° Heder, où l'on étudie le Talmud avec plusieurs
commentaires et le code des lois du
Talmud.
Dans ce dernier Heder, les élèves restent
jusqu'au jour de leur mariage, et même deux
ou trois ans après, c'est-à-dire tant que le
nouvel époux est entretenu par les parents de
sa femme.

Les Heders de ces quatre catégories sont
partagés encore, chacun en deux classes : la
première, fréquentée par les fils des Moreïne
(patriciens) et la seconde où il n'y a que les
enfants des plébéiens. Comme, dans la synagogue,
un plébéien n'oserait prendre place à
côté d'un patricien, le fils de celui-là ne se hasarderait
pas, dans un Heder, à s'asseoir sur
le même banc que le fils de celui-ci. Une pareille
insulte à la dignité de Moreïne serait
considérée par cette caste aristocratique
comme très humiliante pour elle ; aussi un tel
oubli de la distinction des castes ne se voit-il
que très rarement parmi la population juive.
Il ne faut cependant pas croire que les élèves
qui fréquentent une catégorie d'écoles
restent tout le temps exigé dans le même Heder.
Généralement ils changent chaque semestre
et vont étudier dans un autre Heder de la
même catégorie, mais où enseigne un autre
Melamède. De cette manière un enfant juif
qui commence ses études à cinq ans parcourt,
avant de finir son éducation, au moins vingt
Heders, où vingt Melamèdes différents lui enseignent
ce qu'ils savent eux-mêmes. Il reste
à savoir si ce continuel changement est favorable
au développement de l'intelligence...
Le prix que les Melamèdes reçoivent pour
chaque élève varie, selon la fortune des parents,
depuis 10 francs jusqu'à 500 francs par
semestre. Le nombre des élèves dans les deux
premières catégories est généralement de 15
à 20 ; dans les deux autres, il ne dépasse ja-
mais 8 à 10. Comme il a été déjà dit plus
haut, on chercherait vainement chez les Melamèdes
une méthode quelconque dans la manière
d'enseigner ; aussi, généralement, ils ne
conservent que pendant un semestre leurs
élèves, lesquels ayant appris tout ce que le
Melamède sait lui-même, vont chercher une
nouvelle instruction dans un autre Heder dirigé
par un Melamède plus savant.
Il est rare qu'un Melamède soit assez savant
pour devenir jamais rabbin, car s'il possédait
assez de savoir pour cela, il ne remplirait
pas la tres pénible profession à laquelle il
s'est voué,
L'examen des élèves se fait tous les samedis.
Le père, après les tracas de la vie quotidienne
pendant toute la semaine, se repose le
jour du sabbat, et, profitant de ce repos, veut
se donner la satisfaction de voir par lui-même
si son fils est assez fort en la science talmudique,
ou bien d'assister au moins, s'il n'est
pas versé dans cette science, à un examen
qu'un plus savant voisin, invité par lui, fera
subir à l'enfant. Le succès des élèves est tout
naturellement la meilleure des recommanda
tions pour le Melamède. Quant aux locaux des
Heders, personne ne s'en inquiète, ni les parents,
ni les Melamèdes, ni les enfants. On
n'est pas exigeant sur ce point ; ces établissements
d'instruction publique se trouvent généralement
placés dans les plus étroites, les
plus sales chambres des maisons les plus malpropres,
et, pourvu que celles-ci se trouvent
à proximité de la demeure des élèves, tout le
monde est satisfait.
Le calcul et la calligraphie ne sont point
compris dans le programme des études. Les
professeurs de ces deux branches se rendent
dans les maisons particulières ou dans les Heders,
et sont rétribués à raison du nombre d'heures
qu'ils passent à enseigner. Il arrive aussi
quelquefois que dans les Heders fréquentés par
les fils de Moreine (patriciens), on engage des
professeurs de langues étrangères, d'allemand,
de français, d'anglais, d'italien, pour y donner
des leçons. Les Melamèdes de ces Heders
sont très friands de pareilles occasions, car ils
en profitent toujours un peu pour s'instruire
eux-mêmes.
Les orphelins ou les enfants des pauvres
fréquentent une école publique établie aux
frais de la communauté. Cet établissement
porte le nom de Talmudor, et le nombre des
élèves y est illimité. Le Melamède qui y enseigne
reçoit sa rétribution de la société
de bienfaisance. Les élèves qui en sortent
sont, en général, des aspirants Melamèdes.Ce
sont ces pauvres jeunes juifs qui, n'ayant pas
de quoi payer leur loyer, cherchent un refuge
pour la nuit dans les Eschabots, Talmudors,
Clauzers, etc.. c'est-à-dire dans les bâtiments
situés dans la cour de la synagogue principale,
et dont il a été question ci-dessus. Un
autre proverbe juif dit que ces aspirants savants
« consomment les jours pour se nourrir »
; cela veut dire que chaque jour ils sont
invités et nourris par une autre famille juive.
Leur existence est toujours pénible et précaire.
Généralement ils ne se marient qu'avec les
filles des plébéiens, qui sont flattés de posséder
dans leur famille un quasi-savant. Il arrive
cependant, mais rarement, qu'un de ces élèves
sortis de l'école gratuite et qui vagabonde
pendant un certain temps dans les Eschabots,
Talmudors, etc., devient Ilui (véritable savant
dans la science talmudique), et alors, obtenant
le titre de Moreine, il se marie avec la fille richement
dotée d'un patricien ; il parvient
même quelquefois à être rabbin ; c'est le bâton
de maréchal d'un aspirant Melamède.

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