vendredi 2 juillet 2010

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CHAPITRE VI

LES FONCTIONS ADAPTIVES

I

LES FONCTIONS ADAPTIVES.


Il y a une opposition frappante entre la durabilité de notre corps et le caractère transitoire de ses éléments. L’être humain se compose d’une matière molle, altérable, susceptible de se décomposer en quelques heures. Cependant, il dure plus longtemps que s’il était fait d’acier. Non seulement il dure, mais il surmonte sans cesse les difficultés et les dangers du milieu extérieur. Il s’accommode, beaucoup mieux que les autres animaux, aux conditions changeantes du monde. Il s’obstine à vivre malgré les bouleversements physiques, économiques, et sociaux. Cette persistance est due à un mode très particulier de l’activité de nos tissus et de nos humeurs. Le corps se moule en quelque sorte sur les événements. Au lieu de s’user, il change. A chaque situation nouvelle, il improvise un moyen de faire face. Et ce moyen est tel qu’il tend à rendre maximum notre durée. Les processus physiologiques, substratum du temps intérieur, s’infléchissent toujours dans une même direction, celle qui mène à la plus longue survie de l’individu. Cette fonction étrange, cet automatisme vigilant, rend possible l’existence humaine avec ses caractères spécifiques. Elle s’appelle adaptation.

Toutes les activités physiologiques possèdent le caractère d’être adaptives. L’adaptation prend donc des formes innombrables. On peut, cependant, grouper ses aspects en deux catégories, intra-organique et extra-organique. L’adaptation intra-organique détermine la constance du milieu intérieur et des relations des tissus et des humeurs. Elle assure la corrélation des organes. Elle produit la réparation automatique des tissus et la guérison des maladies. L’adaptation extra-organique ajuste l’individu au monde physique, psychologique et économique. Elle lui permet de survivre en dépit des conditions défavorables de son milieu. Sous leurs deux aspects, les fonctions adaptives agissent à chaque instant de notre vie. Nous ne durons que grâce à elles.

II

ADAPTATION INTRA-ORGANIQUE. - RÉGULATION AUTOMATIQUE DE LA COMPOSITION DU SANG ET DES HUMEURS.


Quelles que soient nos peines, nos joies, et l’agitation du monde, le rythme de nos organes varie peu. Les cellules et les humeurs continuent imperturbablement leurs échanges chimiques. Le sang bat dans les artères et ruisselle dans les capillaires innombrables des tissus à une vitesse presque constante. Il y a une différence frappante entre la régularité des phénomènes qui se passent dans notre corps, et l’extrême variabilité de ceux du milieu extérieur. Nos états intérieurs possèdent une grande stabilité, mais cette stabilité n’équivaut pas à un état de repos ou, d’équilibre. Elle est obtenue, au contraire, par l’activité incessante de l’organisme tout entier. Pour maintenir la constance de la composition du sang et la régularité de sa circulation, un nombre immense de processus physiologiques sont nécessaires. La tranquillité des tissus est assurée par les efforts convergents de tous les systèmes fonctionnels. Et ces efforts sont d’autant plus grands que notre vie est plus irrégulière et violente. Car la brutalité de nos relations avec le monde cosmique ne doit jamais troubler la paix des cellules et des humeurs de notre monde intérieur.

Le sang ne subit pas de grandes variations de pression et de volume. Cependant, il reçoit et perd, de façon irrégulière, beaucoup d’eau. Au moment des repas, il s’augmente rapidement du liquide des boissons, de celui des aliments, et des sécrétions des glandes digestives, qui sont absorbés par l’intestin. A certains moments, au contraire, il tend à diminuer de volume. Pendant la digestion, il perd plusieurs litres d’eau, qui sont utilisés par l’estomac, l’intestin, le foie, le pancréas, dans la fabrication de leurs sécrétions. Il en est de même pendant un exercice musculaire violent, une séance de boxe, par exemple, si les glandes de la sueur fonctionnent activement. Son volume diminue aussi, quand, au cours de certaines maladies, telles que la dysenterie ou le choléra, il laisse passer beaucoup de liquide à travers la muqueuse intestinale. Le même phénomène se produit à la suite d’une purgation. Ces gains et ces pertes d’eau sont exactement compensés par les mécanismes régulateurs de la masse sanguine.

Ces mécanismes intéressent le corps tout entier. Ils règlent la pression aussi bien que le volume du sang. La pression dépend non pas du volume absolu de la masse sanguine, mais de la relation de ce volume à la capacité du système circulatoire. Or, le système circulatoire n’est pas comparable à un circuit de tuyaux alimentés par une pompe. Il n’a aucune analogie avec les appareils que nous construisons. Les artères et les veines modifient automatiquement leur calibre. Elles se contractent ou se dilatent sous l’influence des nerfs de leur tunique musculaire. En outre, la paroi des vaisseaux capillaires est perméable. Elle laisse entrer et sortir les fluides de l’appareil circulatoire et des tissus. Enfin, l’eau du sang s’échappe du corps par les reins, les glandes de la peau, la muqueuse de l’intestin, et se vaporise au niveau du poumon. Le coeur accomplit donc le miracle de maintenir constante la pression sanguine dans un système de vaisseaux dont la capacité et la perméabilité varient sans cesse.

Quand le sang tend à s’accumuler en trop grande quantité dans le coeur droit, un réflexe parti de l’oreillette droite augmente la rapidité des pulsations cardiaques. En outre le sérum traverse la paroi des capillaires et inonde les muscles et le tissu conjonctif. Ainsi, l’appareil circulatoire se débarrasse automatiquement de tout excès de liquide. Si, au contraire, le volume et la pression du sang diminuent, les terminaisons nerveuses de la paroi du sinus de l’artère carotide enregistrent le changement. Un acte réflexe détermine la contraction des vaisseaux et la réduction de la capacité de l’appareil circulatoire. En même temps, des liquides passent des tissus dans le système vasculaire en franchissant la paroi des capillaires. L’eau des boissons absorbées par l’estomac pénètre immédiatement dans les vaisseaux. C’est grâce à de tels mécanismes, et à d’autres encore plus compliqués, que le volume du sang et sa pression restent presque invariables.

La composition du sang est également très stable. A l’état normal, la quantité des globules sanguins et du plasma, des sels, des protéines, des graisses, et du sucre varie seulement dans une faible mesure. Elle est toujours bien supérieure aux besoins habituels des tissus. Par conséquent des événements imprévus, tels que la privation de nourriture, une hémorragie, un effort musculaire intense et prolongé ne modifient pas de façon dangereuse la constance du milieu intérieur. Les tissus contiennent des réserves d’eau, de sels, de graisse, de protéines, de sucre. Seul, l’oxygène ne s’emmagasine nulle part. Il doit être fourni de façon continue au sang par les poumons. Suivant l’activité des échanges chimiques, l’organisme a besoin d’une quantité variable de ce gaz. En même temps, il produit plus ou moins d’acide carbonique. Cependant, la tension des deux gaz dans le sang reste constante. Ce phénomène est dû à un mécanisme à la fois physico-chimique et physiologique.

C’est un équilibre physico-chimique qui règle la quantité d’oxygène fixé par l’hémoglobine des globules rouges, quand ils traversent les poumons, et transporté par eux aux tissus. Au moment de son passage dans les vaisseaux capillaires périphériques, le sang reçoit de l’acide carbonique des tissus. Cet acide diminue l'affinité de l’hémoglobine pour l’oxygène. Il facilite la libération du gaz, qui abandonne l’hémoglobine des globules rouges pour les cellules des organes. Seules, les propriétés chimiques de l’hémoglobine, des protéines, et des sels du plasma règlent, les échanges, entre les tissus et le sang, de l’oxygène et de l’acide carbonique.

C’est un processus physiologique qui détermine la quantité d’oxygène que le sang porte aux tissus. L’activité des muscles respiratoires, qui meuvent le thorax de façon plus ou moins rapide et commandent la pénétration de l’air dans les poumons, dépend des cellules nerveuses de la moelle allongée. Et l’activité de ce centre est réglée par l’acide carbonique contenu dans le sang. Elle est influencée aussi par la température du corps, et par l’excès ou l’insuffisance de l’oxygénation du sang. Un mécanisme semblable, à la fois physico-chimique et physiologique, maintient la constance de l’alcalinité ionique du plasma sanguin. Le milieu intérieur ne devient jamais acide. Ce fait est d’autant plus surprenant que les tissus produisent constamment de grandes quantités d’acides carbonique, lactique, sulfurique, etc., qui se déversent dans les humeurs. Ces acides ne modifient pas la réaction du sang, grâce aux bicarbonates et aux phosphates du plasma qui agissent comme un système amortisseur. Bien que le milieu intérieur puisse recevoir beaucoup d’acides sans que son acidité actuelle soit augmentée, il est cependant indispensable pour lui de s’en débarrasser. C’est par le poumon que s’échappe l’acide carbonique. Les acides non volatiles partent par les reins. La libération de l’acide carbonique au niveau des alvéoles pulmonaires est un phénomène physico-chimique, tandis que la sécrétion de l’urine et les mouvements des poumons demandent l’entrée en jeu de processus physiologiques. Les équilibres physico-chimiques qui assurent la constance du milieu intérieur dépendent, en dernière analyse, de l’intervention automatique du système nerveux.



III

LES CORRÉLATIONS ORGANIQUES. - ASPECT TÉLÉOLOGIQUE DU PHÉNOMÈNE.


La corrélation des organes est assurée par le milieu intérieur et le système nerveux. Chaque élément du corps s’accommode aux autres, et les autres à lui. Ce mode d’adaptation est essentiellement téléologique. Si nous attribuons aux tissus, comme le font les mécanistes et les vitalistes, une intelligence du même ordre que la nôtre, les processus physiologiques paraissent s’agencer en fonction du but à atteindre. L’existence de la finalité dans l’organisme est indéniable. Chaque élément paraît connaître les besoins actuels et futurs de l’ensemble, et se modifie d’après eux. Peut-être l’espace et le temps ont-ils pour les tissus une signification différente que pour notre intelligence. Notre corps saisit le lointain aussi bien que le proche, le futur aussi bien que le présent. A la fin de la grossesse, les tissus de la vulve et du vagin s’infiltrent de liquide, deviennent mous et extensibles. Cette modification de leur état rend possible, quelques jours plus tard, le passage du foetus. En même temps la glande mammaire multiplie ses cellules, grossit, et commence à fonctionner avant l’accouchement. Elle est prête pour l’alimentation de l'enfant. Tous ces processus sont évidemment ordonnés par rapport à un événement futur.

Si on enlève une moitié de la glande thyroïde, l’autre moitié augmente de volume. Elle augmente même, en général, plus qu’il n’est nécessaire. L'ablation d’un rein est également suivie de l’accroissement de l’autre, bien que la sécrétion de l’urine soit amplement assurée par un seul rein normal. Si, à un moment quelconque de l’avenir, l’organisme demande un effort intense soit de la thyroïde, soit des reins, ces organes sont capables de cet excès de travail. Dans toute l’histoire du développement de l’embryon, les tissus se comportent comme s’ils savaient l’avenir. Les corrélations organiques se font aussi facilement entre des moments différents du temps qu’entre des points séparés de l’espace. Ces faits sont une donnée première de l’observation.

Mais nous ne pouvons pas les interpréter à l’aide des naïves conceptions mécanistiques et vitalistes. Les rapports téléologiques des processus organiques s’observent, avec une grande clarté, dans la régénération du sang après une hémorragie. D’abord tous les vaisseaux se contractent et augmentent ainsi le volume relatif du sang restant. La pression artérielle se rétablit assez pour permettre à la circulation de continuer. Le liquide des tissus et des muscles traverse la paroi des vaisseaux capillaires et pénètre dans le système circulatoire. Le patient éprouve une soif intense. L’eau qu’il boit rend aussitôt au plasma sanguin son volume primitif. Des globules sanguins sortent des organes où ils sont tenus en réserve. Enfin, la moelle des os se met à fabriquer des éléments cellulaires qui achèvent la régénération du sang. Il se produit donc, dans tout le corps, un enchaînement de phénomènes physiologiques, physico-chimiques et structuraux, qui déterminent l'adaptation de l’organisme à l’hémorragie.

Les différentes parties d’un organe, de l’oeil, par exemple, nous apparaissent comme associées en vue d’un but précis. Quand le cerveau projette sous la peau le prolongement de lui-même qui sera le nerf optique et la rétine, la peau devient transparente. Elle fabrique la cornée et le cristallin. On a expliqué cette transformation par la présence de substances issues de la partie cérébrale de l’oeil, la vésicule optique. Mais cette explication ne résout pas le problème. Comment se fait-il que la vésicule optique sécrète une substance qui ait précisément la propriété de rendre la peau transparente? Comment une surface nerveuse sensible induit-elle la peau à fabriquer une lentille capable de projeter sur elle l’image du monde extérieur? Au devant de la lentille cristallinienne, la membrane de l’iris forme un diaphragme. Suivant l’intensité de la lumière de diaphragme se dilate ou se rétrécit. En même temps, la sensibilité de la rétine augmente ou diminue.

La forme du cristallin se modifie automatiquement pour la vision proche ou éloignée. Nous constations ces corrélations. Mais nous ne pouvons pas les expliquer. Il est possible qu’elles n’existent pas réellement, que l’unité fondamentale du phénomène nous échappe. Nous divisons un tout en parties. Et nous nous étonnons que les pièces découpées par nous s’emboîtent exactement les unes dans les autres quand nous les rapprochons. Nous donnons aux choses une individualité arbitraire. Les frontières des organes et du corps ne sont probablement pas où nous croyons qu’elles se trouvent. Nous ne comprenons pas les corrélations qui existent entre les individus, par exemple, la correspondance des organes génitaux de l’homme et de la femme. Nous ne comprenons pas non plus la participation de deux organismes à un même processus physiologique, tel que la fécondation de l’oeuf par le spermatozoïde. Ces phénomènes restent inintelligibles à la lumière de nos concepts de l’individualité, de l’organisation, de l’espace et du temps.





IV

LA RÉPARATION DES TISSUS.


Lorsque la peau, les muscles, les vaisseaux sanguins, les os d’une région du corps sont lésés par un choc, une brûlure, ou un projectile, l’organisme s’adapte immédiatement à cette situation nouvelle. Tout se passe comme s’il prenait une série de mesures, les unes urgentes, les autres plus tardives, pour réparer les lésions des tissus. De même que dans la régénération du sang, les mécanismes les plus hétérogènes se déclenchent. Ils s’orientent tous vers le but à atteindre, la reconstruction de tissus détruits. Une artère est coupée. Du sang jaillit eu abondance. La pression artérielle s’abaisse. Le patient a une syncope. L’hémorragie diminue. Un caillot se forme dans la plaie. L’ouverture du vaisseau est oblitérée par de la fibrine. L’hémorragie s'arrête définitivement.

Pendant les jours suivants, les leucocytes et les cellules des tissus s’insinuent à l’intérieur du bouchon de fibrine et régénèrent peu à peu la paroi de l’artère. Parfois l’organisme est capable de guérir, par ses propres moyens, une petite plaie de l’intestin. D’abord, la région blessée devient immobile. Elle se paralyse momentanément comme pour empêcher les matières fécales de couler dans l’abdomen. Puis, une autre partie de l’intestin, ou la surface de l’épiloon, se fixe sur la plaie et y adhère grâce à une propriété spéciale que possède le péritoine. En quatre ou cinq heures l’ouverture est bouchée. Dans les cas où l’aiguille du chirurgien a rapproché les lèvres de la plaie, la guérison est due également à l’adhérence spontanée des surfaces intestinales.

Quand un membre est brisé par un choc, les extrémités aiguës des os fracturés déchirent les muscles, et les petits vaisseaux. Elles s’entourent d’une bouillie sanglante de fibrine, et de débris osseux et musculaires. Alors la circulation devient plus active. Le membre enfle. Le sang apporte dans la région blessée les substances nutritives nécessaires à la régénération des tissus. Dans le foyer de fracture et autour de lui, tous les processus structuraux et fonctionnels s’ordonnent en vue de la réparation. Les tissus deviennent ce qu’il est utile qu’ils soient dans l'oeuvre commune. On voit, par exemple, un lambeau de muscles, voisin de l’os brisé, se transformer en cartilage. C’est, en effet, le cartilage qui est le précurseur de l’os dans la masse encore molle qui unit les extrémités osseuses. Puis ce cartilage se transforme en tissu osseux. Et la continuité de l’os se rétablit par une substance de même nature que la sienne propre. Pendant les quelques semaines nécessaires à la régénération, une série immense de phénomènes chimiques, nerveux, circulatoires et structuraux se produisent. Ils s’enchaînent tous les uns aux autres.

Le sang qui s’écoule des vaisseaux au moment de l’accident, les sucs de la moelle osseuse et des muscles déchirés, mettent en branle les processus physiologiques de la réparation. Chaque phénomène est causé par le précédent. Les conditions physico-chimiques et la constitution chimique des liquides épanchés dans les tissus actualisent dans les cellules les propriétés virtuelles qui en font les agents de la régénération. Tout tissu est capable, à un moment quelconque de l’imprévisible futur, de répondre, comme il convient dans l’intérêt du corps, à des conditions physico-chimiques nouvelles de son milieu.

Le caractère adaptif de la cicatrisation s’observe clairement dans les plaies superficielles. Ces plaies sont exactement mesurables. Elles se réparent à une vitesse calculable par les formules de du Noüy. Elles nous permettent ainsi d’analyser la marche de leur cicatrisation. On remarque d’abord qu’une plaie ne se cicatrise que si sa cicatrisation est utile. Quand on protège complètement contre les microbes, l’air, et toute cause d’irritation, les tissus laissés à découvert par l’ablation de la peau, la réparation ne se fait pas. Elle est inutile. La plaie demeure donc dans son état initial. Elle y reste aussi longtemps que les tissus sont aussi parfaitement à l’abri des incursions du monde extérieur qu’ils le seraient par la peau régénérée. Dès qu’on permet l’irritation de sa surface par un peu de sang, quelques microbes, ou de la gaze ordinaire, la cicatrisation se déclenche, et se poursuit irrésistiblement jusqu’à la guérison.

On sait que la peau se compose de couches superposées de cellules aplaties, les cellules épithéliales. Ces cellules sont appliquées sur le derme, c’est-à-dire sur du tissu conjonctif mou, élastique, et parcouru par de petits vaisseaux sanguins. Au fond d’une plaie cutanée, on aperçoit la surface des muscles. Après trois ou quatre jours, cette surface engendre un tissu lisse et rouge. Puis, brusquement, elle se met à diminuer avec une grande rapidité. Ce phénomène est dû à une sorte de contraction du tissu nouveau qui garnit le fond de la plaie. En même temps, les cellules de la peau commencent à glisser sur la surface rouge sous l’apparence d'un liséré blanc. Elles finissent par la couvrir complètement. Une cicatrice définitive se forme. Cette cicatrice est obtenue par la collaboration de deux tissus, le tissu conjonctif qui remplit la plaie, et les cellules épithéliales qui viennent de ses bords. Le tissu conjonctif produit la contraction de la plaie.

Le tissu épithélial, la membrane qui la recouvre. La diminution progressive de la surface au cours de la réparation est représentée par une courbe très régulière. Si on empêche, soit la cicatrisation épithéliale, soit la cicatrisation conjonctive de se produire, la courbe ne change pas. Et elle ne change pas parce que l’arrêt d’un des facteurs de la régénération est compensé par l’accélération de l’autre. Il est évident que la marche du phénomène est commandée par le but à atteindre. Si l’un des mécanismes réparateurs fait défaut, il est remplacé par l’autre. Seul, le résultat est invariable. Et non le procédé. De même, après une hémorragie, la tension artérielle et le volume du sang se rétablissent par deux mécanismes convergents. D’une part, par la contraction des vaisseaux sanguins, et par la diminution de leur capacité. Et d’autre part, par un apport de liquide des tissus et de l’appareil digestif. Mais chacun de ces phénomènes peut compenser la carence de l’autre.




V

LA CHIRURGIE ET LES PHÉNOMÈNES ADAPTIFS.


La connaissance des processus de réparation a donné naissance à la chirurgie moderne. Sans l’existence des fonctions adaptives, le chirurgien serait incapable de traiter une plaie. Il n’agit pas sur les mécanismes de la guérison. Il se contente de les guider. Il s’efforce, par exemple, de placer les bords d’une plaie, ou les extrémités d’un os brisé, dans une position telle que la régénération puisse se faire sans cicatrice défectueuse et sans déformation. Pour ouvrir un abcès profond, suturer un os fracturé, faire une opération césarienne, extirper un utérus, une portion de l’estomac ou de l’intestin, soulever la voûte du crâne et enlever une tumeur du cerveau, il doit faire de longues incisions, de vastes plaies. Les sutures les plus exactes ne suffiraient pas à fermer ces plaies si l’organisme ne savait pas se réparer lui-même.

La chirurgie moderne est basée sur l’existence de ce phénomène. Elle a appris à l’utiliser. Grâce à l’ingéniosité de ses méthodes, elle a dépassé les espoirs les plus ambitieux de la médecine d’autrefois. Elle constitue le plus pur triomphe de la biologie. Ceux qui ont maîtrisé complètement ses techniques, qui comprennent son esprit, qui possèdent la connaissance des êtres humains et la science des maladies, deviennent, suivant l’expression des Grecs, semblables à Dieu. Ils ont le pouvoir d’ouvrir le corps, d’explorer ses organes et de les réparer presque sans danger pour le patient. Ils guérissent ou suppriment les lésions qui rendent impossible à l’individu l’utilisation normale de sa vie. Aux malades torturés par des affections incurables, ils sont toujours capables d’apporter quelque soulagement. Aujourd’hui de tels hommes sont rares. Mais rien n’empêcherait d’augmenter leur nombre par une meilleure éducation technique, morale et scientifique.

La chirurgie doit son succès à une raison très simple. Elle a appris à ne pas entraver les processus normaux de la réparation. Elle a réussi à empêcher la pénétration des microbes dans les plaies, et à manier les tissus sans altérer leur structure. Avant les découvertes de Pasteur et de Lister, les opérations chirurgicales étaient toujours suivies de l’incursion des bactéries. Il en résultait des suppurations, des gangrènes gazeuses, l’envahissement du corps par l’infection. Et souvent la mort. Les techniques modernes éliminent complètement les microbes des plaies opératoires. C'est ainsi qu’elles protègent la vie du patient et permettent une guérison rapide. Car ce sont les microbes qui arrêtent ou retardent les processus adaptifs, et la réparation. La chirurgie a commencé à se développer dès que les plaies furent à l’abri de l’infection. Elle prit son essor entre les mains d’Ollier, de Billroth, de Kocher et de leurs contemporains. En un quart de siècle de merveilleux progrès, elle devint l’art puissant de Halsted, de Tuffier, de Harvey Cushing, des Mayos, et des autres grands chirurgiens modernes.

Il était indispensable, non seulement de ne pas infecter les plaies, mais aussi de respecter leur état structural et fonctionnel au cours des manipulations opératoires. On comprit peu à peu que les substances chimiques sont dangereuses pour les tissus, que ceux-ci ne doivent pas être écrasés par des pinces, comprimés par des appareils, tiraillés par les doigts d’un opérateur brutal. Halsted et les chirurgiens de son école ont montré combien il faut manier les plaies avec délicatesse si on désire laisser intact leur pouvoir de réparation. Le résultat d’une opération dépend à la fois de l’état de la plaie et de celui du malade. Les techniques modernes prennent en considération tous les facteurs qui agissent sur les activités physiologiques et mentales. Elles protègent le patient contre la crainte, le froid, les dangers de l’anesthésie, autant que contre l’infection, le choc nerveux et les hémorragies. Et si par hasard l’infection se produit, elles sont de plus en plus capables de la combattre. Un jour, peut-être, quand nous connaîtrons mieux leur nature, deviendra-t-il possible d’augmenter la rapidité des processus naturels de la guérison.

Le taux de la réparation des tissus est commandé, comme nous le savons, par certaines qualités des humeurs, en particulier par leur jeunesse. Si on pouvait donner temporairement ces qualités aux tissus et au sang des malades, la guérison des opérations chirurgicales serait beaucoup plus facile. Sans doute on utilisera aussi les substances chimiques qui ont le pouvoir d’accélérer la multiplication cellulaire. Chaque progrès dans la connaissance des phénomènes de la réparation des tissus déterminera un progrès correspondant de la chirurgie. Mais, dans les hôpitaux les plus perfectionnés comme dans le désert ou les forêts vierges, la guérison des blessures dépend, avant tout, des fonctions adaptives.



VI

LES MALADIES. - SIGNIFICATION DE LA MALADIE. LA RÉSISTANCE NATURELLE AUX MALADIES. – L’IMMUNITÉ ACQUISE.


Lorsque des microbes ou des virus, franchissant les frontières du corps, pénètrent dans le milieu intérieur, les fonctions organiques se modifient aussitôt. La maladie apparaît. Ses caractères dépendent du mode d’adaptation des tissus aux changements pathologiques du milieu. La fièvre, par exemple, est la réponse du corps à l’intrusion de certaines bactéries et de certains virus. La production de poisons par les tissus eux-mêmes, la carence de substances indispensables à la nutrition, les troubles de la sécrétion de certaines glandes, déterminent d’autres réactions adaptives. Les symptômes de la maladie de Bright, du scorbut, du goitre exophtalmique expriment l’accommodation de l’organisme à des substances que le rein malade ne peut plus éliminer, à l’absence d’une certaine vitamine, à des poisons sécrétés par la glande thyroïde. L’adaptation aux agents pathogènes a deux aspects différents. D’une part, elle tend à empêcher leur pénétration dans le corps et à les détruire. D’autre part, elle répare les lésions produites par eux, et fait disparaître les substances toxiques engendrées par les bactéries ou par les tissus eux-mêmes. La maladie n’est autre que le développement de ces processus. Elle est équivalente à la lutte du corps contre un agent perturbateur, et à son effort pour persister dans le temps. Mais elle peut être aussi, comme le cancer ou la folie, l’expression de la déchéance passive d’un organe, ou de la conscience.

Les microbes et les virus se trouvent partout, dans l’air, dans l’eau, dans nos aliments. Ils sont toujours présents à la surface de la peau et des muqueuses du nez, de la bouche, de la gorge et des voies digestives. Néanmoins ils restent, chez beaucoup de gens, inoffensifs. Parmi les êtres humains, les uns sont sujets à certaines maladies et les autres réfractaires. Cet état de résistance vient d’une constitution spéciale des tissus et des humeurs qui empêchent la pénétration des agents pathogènes ou les détruisent quand ils ont pénétré. C’est l’immunité naturelle. Elle préserve certains individus de presque toutes les maladies. Elle est une des qualités les plus précieuses que l’homme puisse désirer. Nous ignorons sa nature. Elle paraît dépendre à la fois de propriétés d’origine ancestrale, et d’autres acquises au cours du développement. Il y a des races sensibles ou résistantes à certaines maladies. On observe des familles réceptives à la tuberculose, à l’appendicite, au cancer, aux maladies mentales. D’autres, au contraire, résistent à toutes les maladies, sauf à celles de dégénérescence qui surviennent pendant la vieillesse.

Mais l’immunité naturelle n’est pas seulement due à la constitution héréditaire. Elle vient aussi du genre de vie et de l’alimentation, ainsi que Reid Hunt l’a démontré il y a longtemps. On a trouvé qu’une certaine alimentation augmente la réceptivité des souris à la fièvre typhoïde expérimentale. La fréquence de la pneumonie est également modifiable par la nourriture. Dans la mousery de l'Institut Rockefeller vivaient des souris de race pure qui, soumises au régime habituel, étaient atteintes de pneumonie dans la proportion de 52 pour 100. Un groupe considérable de ces animaux reçut une alimentation plus variée. La mortalité par pneumonie tomba à. 32 pour 100. Et à 14, et même à 0 pour 100, après addition à la nourriture de certaines substances chimiques. Nous ne savons pas encore quel mode de vie pourrait amener, chez l’homme, la résistance naturelle aux infections. La prévention de chaque maladie par l’injection de vaccins ou de sérums spécifiques, les examens médicaux répétés de la population, la construction de gigantesques hôpitaux sont des moyens coûteux et peu efficaces de développer la santé dans une nation. La santé doit être une chose naturelle dont on n’a pas à s’occuper. En outre, la résistance innée aux maladies donne aux individus une vigueur, une hardiesse, dont sont privés ceux qui doivent leur survie à hygiène et à la médecine. C’est vers la recherche des facteurs de l'immunité naturelle que les sciences médicales devraient, dès aujourd’hui, s’orienter.

A côté de la résistance naturelle aux maladies, il y a la résistance acquise. Cette dernière se produit de façon spontanée ou artificielle. On sait que l’organisme s’adapte aux bactéries et aux virus par la production de substances capables de détruire, directement ou indirectement, les envahisseurs. C’est ainsi que la diphtérie, la fièvre typhoïde, la variole, la rougeole, etc., rendent leurs victimes réfractaires à une seconde atteinte de la maladie, au moins pendant quelque temps. Cette immunité spontanée exprime l’adaptation de l’organisme à une situation nouvelle. Si on injecte à une poule du sérum de lapin, le sérum de la poule acquiert, au bout de quelques jours, la propriété de déterminer un abondant précipité dans le sérum du lapin. La poule est ainsi capable de rendre inoffensives les albumines du lapin qui sont dangereuses pour elle. De même, lorsqu’on injecte des toxines microbiennes à un animal, cet animal produit des antitoxines. Le phénomène se complique si on lui injecte les microbes eux-mêmes. Ces microbes déterminent la fabrication par l'animal de substances qui les agglutinent et les détruisent. En même temps, les leucocytes du sang et des tissus, comme l’a découvert Metchnikoff, acquièrent le pouvoir de les dévorer. Sous l’influence de l’agent pathogène surviennent des phénomènes à la fois hétérologues et convergents qui amènent la destruction de l’élément dangereux. Ces processus présentent les mêmes caractères de simplicité, de complexité, et de finalité que les autres processus physiologiques.

Ce sont des substances chimiques définies qui provoquent ces réponses adaptives de l'organisme. Certaines polysaccharides, que l’on trouve dans le corps des bactéries, déterminent, quand elles sont unies à une protéine, des réactions spécifiques des cellules et des humeurs. Les tissus de notre corps fabriquent, au lieu des polysaccharides des bactéries, des matières grasses ou sucrées, qui ont une propriété analogue. Ce sont ces substances qui donnent à l’organisme le pouvoir d’attaquer les protéines étrangères ou les tissus étrangers. De même que les microbes, les cellules d’un animal déterminent dans le corps d’un autre animal la production d’anticorps. Et elles sont finalement détruites par ces anticorps. C’est pourquoi l'implantation de testicules de chimpanzé sur un homme ne réussit pas. L’existence de ces réactions adaptives a conduit à la vaccination et à l’emploi des sérums thérapeutiques, c’est-à-dire, à l’immunité artificielle. En injectant à un cheval des microbes, ou des virus, morts ou de virulence atténuée, on provoque le développement dans son sang d’une grande quantité d’anticorps. Le sérum de l’animal ainsi immunisé contre une maladie a parfois le pouvoir de guérir les patients souffrant de cette même maladie. Il leur fournit les substances antitoxiques ou, antibactériennes dont ils manquent. Il peut suppléer ainsi à l’incapacité de la plupart des individus de se défendre eux-mêmes contre les infections microbiennes.





VII

LES MALADIES MICROBIENNES. - LES MALADIES DÉGÉNÉRATIVES ET LES PHÉNOMÈNES ADAPTIFS. - LES MALADIES CONTRE LESQUELLES L’ORGANISME NE RÉAGIT PAS. - SANTÉ ARTIFICIELLE ET SANTÉ NATURELLE.


Seul, ou à l’aide des sérums spécifiques et de médications chimiques et physiques qui ne sont pas spécifiques, le patient lutte contre les bactéries envahissantes. Pendant ce temps, la lymphe et le sang remplissent de poisons microbiens et des déchets de la nutrition de l’organisme malade. Des changements profonds se produisent dans le corps entier. Il y a de la fièvre, du délire, une accélération des échanges chimiques. Dans les grandes infections, fièvre typhoïde, pneumonie, septicémie, des lésions apparaissent dans les organes tels que le coeur et le foie. Les cellules manifestent alors des propriétés qui, dans la vie ordinaire, restent virtuelles. Leurs réactions tendent à rendre le milieu intérieur délétère pour les bactéries, et à stimuler toutes les activités organiques. Les leucocytes se multiplient, sécrètent des substances nouvelles, subissent les métamorphoses dont les tissus ont besoin, s’adaptent aux conditions imprévisibles créées par les facteurs pathogènes, par la défection des organes, la virulence et l’accumulation locale des bactéries. Ils forment dans les régions infectées des abcès, du pus dont les ferments digèrent les microbes. Ces ferments possèdent aussi le pouvoir de dissoudre les tissus vivants. Ils ouvrent à l’abcès une route, soit vers la peau, soit vers un organe creux. Et le pus s’élimine ainsi du corps. Dans les maladies microbiennes, les symptômes sont la traduction de l’effort des tissus et des humeurs de s’adapter aux conditions nouvelles, d’y résister, et de revenir à l’état normal.

Dans les maladies dues à une carence alimentaire, et dans les maladies dégénératives, telles que l’artériosclérose, les myocardites, les néphrites, le diabète, les fonctions adaptives entrent également en jeu. Les processus physiologiques se modifient de la façon la mieux appropriée à la survie de l’organisme. Si la sécrétion d’une glande devient insuffisante, d’autres glandes augmentent d’activité et de volume afin de la suppléer. Quand la valvule qui garnit l’orifice de communication de l’oreillette et du ventricule gauche laisse refluer le sang, le coeur grossit et sa force augmente. Il arrive ainsi à lancer dans l’aorte une quantité presque normale de sang. Grâce à ce phénomène adaptif, le malade peut, pendant plusieurs années, continuer à vivre comme tout le monde.

Quand les reins fonctionnent mal, la pression artérielle s’accroît, afin qu’un volume plus grand de sang passe à travers le filtre insuffisant. Au début du diabète, l'organisme essaye de compenser la diminution de la sécrétion d’insuline par le pancréas. En général, les maladies dégénératives consistent en une tentative du corps de s’accommoder à une fonction défectueuse.

Il existe des agents pathogènes contre lesquels l’organisme ne réagit pas, ne met pas en branle ses mécanismes d’adaptation. Tel, par exemple, le tréponème pâle de la syphilis. Une fois que ce parasite a pénétré dans le corps, il ne le quitte plus. Il s’établit dans la peau, dans les vaisseaux sanguins, dans le cerveau, dans le squelette. Ni les cellules, ni les humeurs ne réagissent contre lui de façon à le tuer. Il ne cède qu’à un traitement prolongé. De même, le cancer ne rencontre aucune opposition de la part de l’organisme. Bénignes ou malignes, les tumeurs sont si semblables aux tissus normaux que le corps ne parait pas s’apercevoir de leur présence. Elles se développent souvent sur des individus qui restent, en apparence, tout à fait sains. Les symptômes qui se montrent plus tard ne représentent pas une réaction de l’organisme. Ils sont le résultat direct des méfaits de la tumeur, qui sécrète des produits toxiques, détruit un organe essentiel, ou comprime un nerf. Le cancer marche de façon inexorable parce que les tissus et les humeurs ne réagissent jamais contre lui.

Au cours des maladies, le corps fait face à une situation nouvelle pour lui. Néanmoins, il tend à s’y adapter en éliminant le facteur pathogène et en réparant les lésions causées par lui. Sans ce pouvoir adaptif, les êtres vivants ne pourraient pas durer, car ils sont sans cesse exposés aux attaques des virus ou des bactéries, et aux défaillances structurales des innombrables éléments des systèmes organiques. C’était uniquement à sa capacité adaptive que l’individu devait autrefois sa survie. Aujourd’hui, grâce à l’hygiène, au confort, à une bonne alimentation, à la douceur de l’existence, aux hôpitaux, aux médecins, aux nurses, la civilisation moderne a donné à beaucoup d’êtres humains de mauvaise qualité la possibilité de vivre. Eux et leurs descendants contribuent par une large part à l’affaiblissement des races blanches. Peut-être faudra-t-il renoncer à cette forme artificielle de santé, et cultiver seulement celle qui vient de l’excellence des fonctions adaptives et de la résistance naturelle.




VIII

ADAPTATION EXTRA-ORGANIQUE. - ADAPTATION AUX CONDITIONS PHYSIQUES DU MILIEU.


Dans l’adaptation extra-organique, le corps ajuste son état intérieur aux variations du milieu. Ce phénomène se produit par les mécanismes qui maintiennent la stabilité des activités physiologiques et mentales, et donnent au corps son unité. A chaque changement des conditions extérieures, les fonctions adaptives apportent une réponse appropriée. Aussi, l’homme peut-il supporter toutes les modifications de son milieu. L’air est toujours plus chaud ou plus froid que le corps. Cependant, les humeurs qui baignent les tissus, le sang qui circule dans les vaisseaux, demeurent à la même température. Ce phénomène demande l’intervention incessante de tout l’organisme. Notre température a une tendance à s’élever dès que celle de l’atmosphère augmente, ou quand les échanges chimiques, pendant la fièvre, par exemple, deviennent plus actifs. Alors la circulation pulmonaire et les mouvements respiratoires s’accélèrent. Une plus grande quantité d’eau se vaporise dans les alvéoles pulmonaires. Par conséquent la température du sang s’y abaisse. En même temps, les vaisseaux sous-cutanés se dilatent, et la peau devient rouge.

Le sang arrive en abondance à la surface du corps se refroidir au contact de l’air. Et si l’air est trop chaud, les glandes sudoripares couvrent la peau d’une couche de sueur qui, en s’évaporant, diminue la température. Les systèmes nerveux central et grand sympathique entrent en jeu. Ils augmentent la rapidité des pulsations cardiaques, dilatent les vaisseaux, déterminent la sensation de la soif, etc. Au contraire, quand la température extérieure s’abaisse, les vaisseaux de la peau se contractent, la peau devient blanche. Le sang y circule à peine. Il se réfugie dans les organes profonds dont la circulation et les échanges chimiques s’activent. Nous luttons donc contre le froid, de même que contre la chaleur, par des modifications nerveuses, circulatoires, et nutritives de notre corps entier. Les variations de la température extérieure, l’exposition à la chaleur et au froid, au vent, au soleil et à la pluie, agissent non seulement sur la peau, mais sur tous les organes. Quand notre existence se passe à l’abri des intempéries, les processus régulateurs de la température, de la masse de sang, de son alcalinité, etc., deviennent inutiles.

Nous nous adaptons à toutes les excitations qui viennent du monde extérieur, même quand leur violence ou leur faiblesse ébranlent trop ou pas assez les terminaisons nerveuses des organes des sens. La lumière excessive est dangereuse. Les hommes se sont toujours gardés instinctivement contre elle. Et l’organisme possède de nombreux mécanismes capables de l’en défendre. Les paupières et le diaphragme de l’iris protègent l’oeil quand l’intensité des rayons lumineux augmente. La sensibilité de la rétine décroît en même temps. La peau s’oppose à la pénétration des rayons lumineux par la production du pigment. Quand ces protections naturelles deviennent insuffisantes, des lésions de la rétine ou de la peau se produisent, et aussi des désordres des organes internes et du système nerveux.

Peut-être une trop riche lumière amène-t-elle à la longue une diminution de la sensibilité et de l’intelligence. Nous ne devons pas oublier que les races les plus hautement civilisées, les Scandinaves par exemple, ont la peau blanche, et vivent, depuis beaucoup de générations, dans un pays de faible luminosité. En France, les populations du Nord sont bien supérieures à celles des bords de la Méditerranée. Les races inférieures habitent généralement les régions où la lumière est violente et la température moyenne élevée. On dirait que l’accoutumance des hommes blancs à la lumière et à la chaleur se fait aux dépens de leur développement nerveux et mental.

Le système nerveux central reçoit du monde cosmique, outre les rayons lumineux, les excitations les plus variées. Elles sont tantôt fortes, tantôt faibles. Nous sommes dans la position d’une plaque photographique qui devrait enregistrer de façon égale des intensités lumineuses très différentes. Dans ce cas, on réglerait l’effet de la lumière sur la plaque par un diaphragme et un temps de pose convenables. L’organisme emploie une autre méthode. Il s’adapte à l’intensité variable des excitations en diminuant ou en augmentant sa réceptivité. La rétine exposée à une lumière intense prend, comme on le sait, une grande partie de sa sensibilité. De même, la muqueuse olfactive, au bout de peu de temps, ne perçoit plus une mauvaise odeur. Un bruit intense, s’il est continu, ou se reproduit à un rythme uniforme, ne nous incommode pas.

Le mugissement de la mer sur les rochers, ou le roulement d’un train ne gêne pas le sommeil. Seules les variations dans l’intensité des excitations sont perçues. Weber croyait que, si le stimulus augmente en progression géométrique, la sensation n’augmente qu’en progression arithmétique. L’intensité de la sensation s’accroît donc beaucoup plus lentement que celle de l’excitation. Puisque nous ne percevons pas l’intensité absolue d’un stimulus, mais la différence en intensité de deux excitations successives, ce mécanisme nous protège de façon effective. Quoique la loi de Weber ne soit pas exacte, elle exprime cependant de façon approchée ce qui se passe. D’autre part, le pouvoir adaptif du système nerveux n’est pas aussi étendu que celui des autres appareils organiques. La civilisation a créé des excitants contre lesquels nous ne savons pas nous défendre. Nous luttons mal contre le bruit des grandes villes et des usines, contre l’agitation de la vie moderne, l’inquiétude, la multiplicité des occupations. Nous ne nous habituons pas non plus au manque de sommeil. Nous sommes incapables de résister aux poisons hypnotiques, tels que l’opium ou la cocaïne. Chose étrange, nous nous accommodons sans souffrance à la plupart des conditions de la vie moderne. Mais cette accommodation provoque des changements organiques et mentaux qui constituent une véritable détérioration de l’individu.



IX

MODIFICATIONS PERMANENTES DU CORPS ET DE LA CONSCIENCE PRODUITES PAR L'ADAPTATION.


Certaines modifications permanentes du corps et de la conscience sont produites par l’adaptation. Le milieu met ainsi son empreinte sur l’être humain. Quand il agit longuement sur des sujets jeunes, cette empreinte est ineffaçable. C’est ainsi que de nouveaux aspects structuraux et mentaux apparaissent dans l’individu, et aussi dans la race. On dirait que le plasma germinatif subit peu à peu l’influence du milieu. De telles modifications sont naturellement héréditaires. Certes, l’individu ne transmet pas à ses descendants les caractères qu'il a acquis. Mais ses humeurs se modifient nécessairement au gré du monde cosmique. Et ses cellules sexuelles s’adaptent comme les autres à ces changements du milieu intérieur. Les plantes, les arbres, les animaux et les êtres humains de la Normandie diffèrent beaucoup de ceux de la Bretagne. Les uns et les autres portent la marque spécifique du sol. A l’époque où la population de chaque village se nourrissait uniquement de ses produits propres, son aspect variait davantage encore d’une province à l’autre.

L’accommodation à la soif et à la faim s’observe de façon évidente chez les animaux. Les vaches des déserts de l’Arizona s’habituent à ne pas boire pendant trois ou quatre jours. Des chiens demeurent gras et en parfaite santé, en ne mangeant que deux fois par semaine Les animaux qui boivent rarement apprennent à boire beaucoup. Et leurs tissus se mettent à retenir eau en grande quantité, et pendant longtemps. Ceux qui sont soumis au jeûne s’accoutument à absorber en un ou deux jours une quantité de nourriture assez grande pour le reste de la semaine. Il en est de même pour le sommeil. On peut s’entraîner à ne pas dormir, ou à dormir très peu pendant une certaine période, et à dormir beaucoup pendant une autre. Il est facile aussi de s’adapter à un excès de nourriture et de boisson. Si un enfant reçoit autant de nourriture qu’il est capable d'absorber, il s'accoutume à manger de façon inutilement abondante. Ensuite, il ne peut plus se passer de cette habitude.

Nous ne connaissons pas encore toutes les conséquences organiques et mentales de ces excès alimentaires. Nous savons seulement qu’elles se manifestent par une augmentation du volume et de la taille du squelette, et par une diminution de l’activité générale de l’individu, comme il arrive aux lapins de garenne qu’on transforme en lapins domestiques. Il n’est pas sûr que les habitudes régulières de la vie moderne conduisent au développement optimum des êtres humains. Nous n’avons adopté cette manière de vivre que parce qu’elle est commode et agréable. Elle est certainement différente de celle de nos ancêtres, et des groupes humains qui ne jouissent pas encore de la civilisation industrielle. Mais nous pouvons douter qu’elle soit meilleure.

L’homme s’acclimate à une haute altitude par des modifications de son sang et des systèmes circulatoire, respiratoire, squelettique et musculaire. Les globules rouges répondent à l’abaissement de la pression barométrique en se multipliant. L’accommodation se fait rapidement. En quelques semaines, les soldats transportés sur les sommets des Alpes marchent, grimpent et courent aussi activement qu’aux basses altitudes. En même temps, la peau se protège contre la lumière de la neige par une pigmentation intense. Le thorax et les muscles de la poitrine se développent. Après peu de mois de vie active dans les hautes montagnes, le système musculaire s’accoutume à l’effort plus grand de la marche et à l’escalade des rochers. La forme et l’attitude du corps se modifient aussi à l’exercice incessant qui leur est demandé. En même temps, l’organisme devient résistant au froid. Il arrive, par le perfectionnement des processus régulateurs de la température du milieu intérieur, à supporter toutes les intempéries.

Quand les individus acclimatés à la montagne descendent dans la plaine, leur sang redevient normal. Mais ils gardent toujours les traces de l’adaptation de leur thorax, de leurs poumons, de leur coeur et de leurs vaisseaux à une atmosphère raréfiée, à la lutte contre le froid, à l’effort incessant de tout le corps qui est demandé par l’ascension quotidienne des montagnes. Une activité musculaire intense amène à elle seule des modifications permanentes de l’organisme. Par exemple, dans les ranches de l’Ouest, les cowpunchers acquièrent une vigueur, une souplesse et une résistance qu'aucun athlète ne peut atteindre dans le confort d’une université moderne. Il en est de même du travail intellectuel. Un effort mental longtemps prolongé met son empreinte sur l’individu. Ce type d’activité est presque impossible dans l’état de mécanisation où se trouve l’éducation. Il est réalisable seulement dans les groupes, comme celui des premiers disciples de Pasteur, qui sont inspirés par un ardent idéal, par la volonté de connaître. Les jeunes hommes que Welch, au début de sa carrière à Johns Hopkins University, rassembla autour de lui, furent pendant toute leur vie fortifiés et grandis par la discipline intellectuelle à laquelle ils s’initièrent sous sa direction.

Il existe encore une forme plus subtile, moins connue, de l’accommodation des activités organiques et mentales au milieu. C’est la réponse du corps aux substances chimiques contenues dans les aliments. Nous savons que, dans les populations des pays où l’eau est riche en calcium, le squelette devient plus lourd que dans celles des régions où l’eau est tout à fait pure. Nous savons aussi que les individus nourris de lait, d’oeufs, de légumes, de céréales et d’eau, diffèrent de ceux nourris surtout de viande, de vin, de bière ou d’alcool. Mais nous ignorons les caractères organiques de cette adaptation. Il est probable que la constitution des glandes et du système nerveux se modifie suivant les formes d’alimentation, que les activités mentales varient en même temps que la forme et les dimensions du corps. Aussi est-il prudent de ne pas suivre aveuglément les doctrines des médecins et des hygiénistes dont l’horizon se limite à un seul aspect de nous-mêmes. Le progrès de l’humanité ne viendra certainement pas de l’augmentation du poids et de la longévité des individus.

On dirait que la mise en jeu des mécanismes de l’adaptation stimule toutes les fonctions organiques. Les gens affaiblis, les convalescents se trouvent bien d’un changement momentané de climat. Certaines variations dans les habitudes de la vie, dans la nourriture, le sommeil, l’habitat, sont utiles. L’accommodation à des conditions nouvelles d’existence augmente momentanément l’activité des processus physiologiques et mentaux. La rapidité avec laquelle se produit l’adaptation dépend du rythme du temps physiologique. Les enfants répondent immédiatement à un changement de climat. Les adultes, beaucoup plus lentement. Pour produire des résultats durables, l’action du milieu doit être prolongée. Pendant la jeunesse, un climat nouveau, des habitudes nouvelles peuvent provoquer des modifications adaptives qui sont persistantes. C’est pour cette raison que le service militaire obligatoire, en imposant à chacun un changement de vie, certains exercices et une certaine discipline, favorise beaucoup le développement des individus. Il serait possible de rendre l’énergie et l’audace à la plupart de ceux qui les ont perdues en les plaçant dans de plus rudes conditions d'existence. A l’uniformité et à la douceur de la vie des écoles et des universités, il faudrait substituer des habitudes plus viriles. L’accommodation à une discipline physiologique, intellectuelle et morale, détermine dans le système nerveux, les glandes endocrines et la conscience, des changements définitifs. Elle donne à l’organisme une meilleure intégration, une plus grande vigueur, et plus d’aptitude à surmonter les obstacles et les dangers de l’existence.




X

ADAPTATION AU MILIEU SOCIAL PAR L’EFFORT, PAR LA FUITE. - LE MANQUE D’ADAPTATION.


On s’adapte au milieu social comme au milieu physique. Les activités mentales ont, ainsi que les activités physiologiques, une tendance à se modifier dans le sens le plus favorable à la survie de l’individu. Elles s’orientent de manière à nous ajuster à notre milieu. En général, nous ne recevons pas gratuitement du groupe dont nous faisons partie la position que nous désirons y occuper. Chacun veut posséder, connaître, commander, jouir. Il est poussé par le désir de l’argent, l’ambition, la curiosité, l’appétit sexuel. Il se trouve dans un milieu toujours indifférent, parfois hostile. Il réalise vite qu’il doit conquérir ce qu’il désire. La conscience subit le milieu social en s’y adaptant. Le mode d’adaptation dépend de la constitution individuelle. On s’accommode à son milieu en le conquérant, ou en y échappant. Et souvent aussi, on ne s’y accommode pas du tout. L’attitude naturelle de l’être humain à l’égard du monde et de ses semblables est la lutte. La conscience répond à l’inimitié du milieu par un effort dirigé contre ce milieu. Alors l’intelligence et la ruse se développent, ainsi que l’attention volontaire, le désir d’apprendre, la volonté de travailler, de posséder, de dominer.

La passion de conquérir prend des figures diverses suivant les hommes et le milieu. Elle est l’inspiratrice de toutes les grandes aventures. Elle a mené Pasteur à la rénovation de la médecine, Mussolini à la construction d’une grande nation, Einstein à la création d’un univers. Elle entraîne les bandits modernes au vol, à l’assassinat, à l’exploitation financière et économique de la société. Elle édifie les hôpitaux, les laboratoires, les universités, les églises. Elle pousse l’homme à la fortune et à la mort, à l’héroïsme et au crime. Et jamais au bonheur.

Le second mode d’adaptation est la fuite. Les uns abandonnent la lutte, et descendent au niveau où elle n’est plus nécessaire. Ils deviennent des ouvriers d’usine, des prolétaires. Les autres se réfugient en eux-mêmes. Ils peuvent, en même temps, s’accommoder partiellement au milieu, et même le conquérir, grâce à la supériorité de leur intelligence. Mais ils ne luttent pas. Ils ne font partie qu’en apparence d’un monde auquel leur vie intérieure les soustrait. D’autres encore oublient le milieu grâce à un travail incessant. Ceux qui sont obligés d’agir sans cesse s’adaptent à tous les événements. Une femme dont l’enfant meurt, et qui doit en soigner plusieurs autres, n’a pas le temps de songer à sa douleur. Le travail est un moyen plus efficace que l’alcool et la morphine de supporter les conditions adverses du milieu. Certains individus passent leur vie dans le rêve, dans l’espoir de la fortune, de la santé, du bonheur. Les illusions et l’espérance sont un moyen puissant d’adaptation.

L’espérance engendre l’action. C’est avec raison que le christianisme la considère comme une grande vertu. Elle est un des facteurs les plus puissants de l’ajustement de l’individu à un milieu défavorable. Enfin, on s’adapte aussi par l’habitude. Les douleurs s’oublient plus vite que les joies. Mais l’inaction augmente toutes les souffrances de la vie. Le plus grand malheur que la civilisation scientifique a apporté aux hommes est l’oisiveté.

Il y a beaucoup de gens qui ne s’adaptent jamais à leur groupe social. Parmi eux se trouvent les faibles d’esprit. Dans la société moderne, ils n’ont de place nulle part, excepté dans les institutions faites pour eux. Beaucoup d’enfants normaux naissent parmi les dégénérés et les criminels. Ils forment dans ce milieu leur corps et leur conscience. Ensuite, ils sont inadaptables à la vie normale. Ils constituent la population des prisons, et celle, bien plus nombreuse, qui vit en pleine liberté du vol et de l’assassinat. Ces êtres sont le résultat nécessaire de la corruption apportée par la civilisation industrielle. Ils sont irresponsables. Irresponsables aussi sont les enfants élevés dans les écoles modernes par des professeurs qui ignorent la nécessité de l’effort, de la concentration intellectuelle, et de la discipline morale.

Plus tard, quand ils rencontrent l’indifférence du monde, les difficultés matérielles et mentales de la vie, ils sont incapables de s’y accommoder, sauf par la fuite, par la recherche d’un secours, d’une protection, et le cas échéant, par le crime ou le suicide. Beaucoup de jeunes gens possédant des muscles vigoureux, mais dépourvus de résistance nerveuse, reculent devant la lutte imposée par la vie moderne. On les voit, en période de crise, venir demander abri et nourriture à leurs vieux parents. De même que les produits des milieux criminels, ou trop misérables, ils sont incapables de conquérir leur place dans la Cité nouvelle.

Certaines formes de notre vie conduisent directement à la dégénérescence des individus. Il y a des conditions sociales aussi fatales aux hommes blancs que les climats chauds et humides. Nous réussissons à nous accommoder à la pauvreté, aux soucis, aux chagrins, par le travail et par la lutte. Nous pouvons, sans dégénérer, subir la tyrannie, les révolutions, la guerre. Mais nous ne nous accoutumons pas à la misère ou à la prospérité, L’extrême pauvreté amène toujours l’affaiblissement de l’individu et de la race. Il en est de même de la richesse sans responsabilité. Il existe cependant des familles qui pendant des siècles ont possédé l’argent et le pouvoir, et sont restées fortes. Mais autrefois le pouvoir et l’argent venaient de la propriété de la terre, et entraînaient la nécessité de la lutte, de l’effort, d’un travail continu. Aujourd’hui, la richesse n’apporte avec elle aucune obligation. Elle produit toujours l’affaiblissement des hommes. Le loisir, sans la richesse, est aussi dangereux. Ni les cinémas, ni les concerts, ni les radios, ni les automobiles, ni les sports ne remplacent le travail intelligent et l’activité utile. Nous sommes loin d’avoir résolu le problème le plus redoutable de la société moderne, celui du manque d’occupation. Nous ne le résoudrons probablement qu’au prix d’une révolution morale et sociale. Pour le moment, nous sommes aussi incapables de lutter contre l’oisiveté que contre le cancer et les maladies mentales.




XI

LES CARACTÈRES DES FONCTIONS ADAPTIVES. - LE PRINCIPE DE LE CHATELIER ET LA STABILITÉ INTERNE DU CORPS. - LA LOI DE L’EFFORT.


La fonction adaptive prend autant de visages différents que les tissus et les humeurs rencontrent de situations nouvelles. Elle n'est l’expression particulière d’aucun système organique. Elle est définissable seulement par son but. Ses moyens varient. Mais sa fin reste toujours la même. Cette fin est la survie de l’individu. Lorsqu’on considère l’adaptation dans toutes ses manifestations, elle apparaît comme l’agent de la stabilisation et des réparations organiques, la cause du perfectionnement des organes par l’usage, le lien qui fait des tissus et des humeurs un tout persistant dans la variabilité du monde extérieur. Il est commode de nous la représenter ainsi comme une entité. Cette convention permet de décrire ses caractères. En réalité, la fonction adaptive est un aspect de tous les processus physiologiques et de leurs éléments physico-chimiques.

Dans un système en équilibre, quand un facteur tend à modifier cet équilibre, une réaction se produit qui s’oppose à ce facteur. Si on dissout du sucre dans l'eau, la température s’abaisse et le refroidissement diminue la solubilité du sucre. C’est le principe de Le Chatelier. Quand un exercice musculaire violent augmente la quantité de sang veineux qui arrive au coeur, les centres nerveux en sont informés par les nerfs de l’oreillette droite, comme nous l’avons mentionné déjà. Ils provoquent alors une accélération des pulsations cardiaques. Et l’excès de sang veineux est enlevé. Il n’y a qu’une analogie superficielle entre le principe de Le Chatelier et cette adaptation physiologique. Dans le premier cas, un équilibre tend à se conserver par des moyens physiques.

Dans le second cas, un état stable et non pas un équilibre, se maintient à l’aide de processus physiologiques. Si, au lieu du sang, c’est un tissu qui modifie son état, un phénomène analogue se produit. L’extirpation d’un morceau de peau met en branle une réaction complexe qui, par des mécanismes convergents, répare la perte de substance. Dans ces deux exemples, l’excès de sang veineux et la plaie sont les facteurs qui modifient l’état de l’organisme. A ces facteurs s’oppose un enchaînement de processus physiologiques aboutissant, dans un cas, à l’accélération des battements du coeur, et dans l’autre, à la cicatrisation. Plus un muscle fonctionne, plus il se développe. Au lieu de l’user, le travail le fortifie. C’est une donnée immédiate de l’observation que les activités physiologiques et mentales s’améliorent par l’usage. Et aussi que l’effort est indispensable au développement optimum de l’individu. L’intelligence et le sens moral s’atrophient, comme les muscles, par le manque d’exercice. La loi de l’effort est plus importante encore que celle de la constance des états organiques. La stabilité du milieu intérieur est, sans nul doute, indispensable à la survie du corps. Mais le progrès physiologique et mental de chacun de nous dépend de notre activité fonctionnelle et de nos efforts. L’être humain s’accommode au non-emploi de ses systèmes viscéraux par la dégénérescence.

L’adaptation, pour atteindre sa fin, utilise des processus multiples. Elle ne se localise jamais à une région ou à un organe. Elle met en branle le corps entier. Par exemple, la colère détermine des modifications de tous les systèmes organiques. Les muscles se contractent. Les nerfs grands sympathiques et les glandes surrénales entrent en jeu. Leur action produit l’élévation de la tension artérielle, l’accélération des battements du coeur, la libération par le foie du glucose qui sera employé comme combustible par les muscles. De même, quand l’organisme lutte contre le refroidissement de la peau, les appareils circulatoire, respiratoire, digestif, musculaire et nerveux sont mobilisés. En somme, le corps répond aux changements du milieu extérieur par le déclenchement de la plupart de ses activités. L’exercice des fonctions adaptives est aussi nécessaire au développement du corps et de la conscience que l'effort physique à celui des muscles. L’accommodation aux intempéries, au manque de sommeil, à la fatigue, à la faim, stimule tous les processus physiologiques.

Les phénomènes adaptifs tendent vers un but. Mais ils n'y parviennent pas toujours. Ils ne sont pas précis. Ils n’agissent que dans certaines limites. Chaque individu tolère seulement un certain nombre de bactéries et une certaine virulence de ces bactéries. Au delà de ce nombre et de cette virulence, les fonctions adaptives ne jouent plus de façon suffisante. La maladie se déclare. Il en est de même de la résistance à la fatigue, à la chaleur ou au froid. Il n’est pas douteux que le pouvoir adaptif s’augmente par l’exercice ainsi que les autres activités physiologiques. Comme elles, il est perfectible. Au lieu de prévenir les maladies uniquement en protégeant les individus contre les agents de ces maladies, il faut rendre chacun capable de se protéger lui-même en augmentant artificiellement l’efficacité des fonctions adaptives.

En résumé, nous avons considéré l’adaptation comme l’expression de propriétés fondamentales des tissus, comme un aspect de la nutrition. Les processus physiologiques se modifient d’autant de façons différentes que de situations nouvelles et imprévisibles se présentent à eux. Ils se modèlent sur le but à atteindre. Ils n’apprécient pas le temps et l’espace comme notre intelligence le fait. Le temps se présente à eux d’une façon différente qu’à nous. Les tissus s’ordonnent aussi facilement par rapport à des configurations spatiales qui existent déjà, que par rapport à celles qui n’existent pas encore. Dans le développement de l’embryon la vésicule optique, qui vient du cerveau, et le cristallin, qui vient de la peau, s’agencent en fonction d’un oeil qui est encore virtuel. L’adaptabilité est un caractère à la fois des éléments des tissus, des tissus eux-mêmes, et de l’organisme tout entier. Les éléments paraissent agir dans l’intérêt de l’ensemble, comme les abeilles qui travaillent pour leur communauté. Ils connaissent l’avenir aussi bien que le présent. Et ils s’accommodent aux situations futures par des changements anticipés de leur forme et de leurs fonctions.




XII

LA SUPPRESSION DE LA PLUPART DES FONCTIONS ADAPTIVES PAR LA CIVILISATION MODERNE.


Nous utilisons beaucoup moins que nos ancêtres nos fonctions adaptives. Depuis un quart de siècle surtout, nous nous accommodons au milieu par les mécanismes créés par notre intelligence, et non plus par nos mécanismes physiologiques. La civilisation scientifique nous a donné des moyens de conserver notre équilibre intra-organique qui sont plus agréables et moins laborieux que les procédés naturels. Elle a rendu presque invariables les conditions physiques de la vie quotidienne. Elle a standardisé le travail musculaire, l’alimentation, le sommeil. Elle a supprimé l’effort et la responsabilité morale. Par conséquent, elle a transformé les modes de l'activité de nos systèmes musculaire, nerveux, circulatoire et glandulaire.

Les habitants de la Cité nouvelle n’ont pas à souffrir des changements de la température atmosphérique. Le confort des maisons, les appareils modernes de chauffage et de réfrigération, l’excellence des vêtements, les automobiles fermées et chauffées, nous protègent de façon parfaite. contre les intempéries. Pendant l’hiver nous ne subissons plus les alternatives de froid prolongé et de réchauffement brutal devant le feu des cheminées et des poêles, auxquelles nos ancêtres étaient exposés. Notre organisme n’a plus à mettre en branle les enchaînements de processus physiologiques, qui augmentaient l’activité des échanges et modifiaient la circulation du corps tout entier. L’homme mal protégé par des vêtements insuffisants, qui conserve sa température interne à l’aide d’un exercice violent, fait fonctionner tous ses systèmes organiques de façon puissante. Au contraire, celui qui combat le froid par des fourrures et des habits imperméables au vent, par l’appareil de chauffage d’une voiture bien close, ou en s’enfermant dans une chambre à température égale, maintient ces mêmes systèmes dans un état d’inactivité.

Chez beaucoup de gens, la peau n’est jamais fouettée par le vent. Elle n’a jamais à se défendre contre la pluie, l’humidité de vêtements mouillés, ni contre l’ardeur du soleil, pendant de longues heures de fatigue. Chez eux, les mécanismes chargés de régler la température du sang et des humeurs restent toujours au repos. Ils sont privés d’un exercice qui est peut-être indispensable à leur complet développement et à celui de l’individu. Nous devons remarquer que les fonctions adaptives n’ont pas pour substratum un système spécial dont nous pourrions nous passer quand nous n’en avons pas besoin. Elles sont l’expression de tout notre corps.

L’effort musculaire n’a pas été éliminé complètement. Mais il est devenu beaucoup moins fréquent. Il a été remplacé dans les circonstances ordinaires de la vie par celui des machines. Il n’est pratiqué que dans l’athlétisme, et sous une forme standardisée et soumise à des règles arbitraires. Nous devons nous demander si ces exercices artificiels remplacent complètement les exercices naturels des conditions anciennes de la vie. Quelques heures de danse et de tennis par semaine ne sont pas, pour les femmes, l’équivalent de l'effort qu’elles faisaient en montant et descendant continuellement l’escalier de leur maison, en accomplissant leurs travaux domestiques sans l’aide de machines, en circulant à pied dans les rues. Aujourd’hui, elles vivent dans des appartements pourvus d’un ascenseur, marchent avec difficulté sur de hauts talons, et se servent constamment d’une automobile, des omnibus ou des tramways. Il en est de même pour les hommes.

Le golf du samedi et du dimanche ne compense pas la complète inaction du reste de la semaine. En supprimant l’effort musculaire de la vie quotidienne, nous avons supprimé, sans nous en douter, l’exercice incessant auquel se livraient nos systèmes viscéraux pour maintenir la constance du milieu intérieur. Les muscles consomment, comme on le sait, du sucre et de l’oxygène, produisent de la chaleur, libèrent de l’acide lactique dans le sang circulant. Pour s’adapter à ces changements, l’organisme doit mettre en action le coeur, l’appareil respiratoire, le foie, le pancréas, les reins, les glandes sudoripares, les systèmes cérébro-spinal et grand sympathique. En somme, il n’est pas probable que les exercices intermittents auxquels nous nous livrons soient l’équivalent de l’activité musculaire continue que comportait l’existence de nos ancêtres. Aujourd’hui, l’effort physique est réservé à certains moments et à certains jours. L’état ordinaire des systèmes organiques, des glandes sudoripares et des glandes endocrines est le repos.

Nous avons aussi modifié l’usage des fonctions digestives. Les aliments durs, tels que le pain rassis, la viande des vieux animaux, par exemple, ne sont plus employés dans l’alimentation. Les médecins ont également oublié que les mâchoires sont faites pour broyer des choses résistantes, et que l’estomac est construit pour digérer des produits naturels. Les enfants sont nourris surtout avec des aliments mous, du lait, des bouillies. Ni leurs mâchoires, ni leurs dents, ni les muscles de leur face ne travaillent suffisamment. Il en est sans doute de même des muscles et des glandes de leur appareil digestif. La fréquence, la régularité et l'abondance des repas laissent inutilisée une fonction qui a joué un rôle considérable dans la survie des races humaines, l’adaptation au manque de nourriture. Dans la vie primitive, les hommes étaient soumis à des périodes de jeûne. Quand la disette ne les y obligeait pas, ils se soumettaient à cette épreuve de façon volontaire. Toutes les religions ont insisté sur la nécessité du jeûne. La privation de nourriture produit d’abord la sensation de faim, parfois une certaine stimulation nerveuse, et plus tard un sentiment de faiblesse. Mais elle détermine aussi des phénomènes cachés qui sont bien plus importants. Le sucre du foie se mobilise, et aussi la graisse des dépôts sous-cutanés et les protéines des muscles, des glandes, des cellules hépatiques. Tous les organes sacrifient leur propre substance pour maintenir l’intégrité du milieu intérieur et du coeur. Le jeûne nettoie et transforme nos tissus.

L'homme moderne dort trop ou pas assez. Il s’adapte mal à trop de sommeil. Il s’adapte plus mal encore à son absence pendant des périodes prolongées. Il est utile, cependant de s’habituer à rester à l’état de veille quand on ne le désire pas. La lutte contre le sommeil met en branle des appareils organiques dont la vigueur se développe par l’exercice. Elle demande aussi un effort de la volonté. Cet effort, comme beaucoup d’autres, a été supprimé par les habitudes modernes. Malgré l’agitation de l’existence, la fausse activité des sports et des transports rapides, nos grands systèmes régulateurs restent au repos. En somme, le mode de vie engendré par la civilisation scientifique a rendu inutiles des mécanismes dont l’activité a été incessante, pendant des millénaires, chez les êtres humains.




XIII

NÉCESSITÉ DE L’ACTIVITÉ DES FONCTIONS ADAPTIVES POUR LE DÉVELOPPEMENT OPTIMUM DES ÊTRES HUMAINS.


Cependant, l’exercice des fonctions adaptives paraît indispensable au développement optimum de l’individu. Notre corps se trouve dans un milieu physique dont les conditions sont variables. Il maintient la constance de son état intérieur grâce à une activité organique incessante. Cette activité n’est pas localisée à un seul système. Tous nos appareils anatomiques réagissent contre le monde extérieur dans le sens le plus favorable à la continuation de notre vie. Est-il possible qu’une propriété si générale de nos tissus puisse rester virtuelle sans inconvénients pour nous ?
Ne sommes-nous pas organisés pour vivre dans des conditions changeantes et irrégulières ? L’homme atteint son plus haut développement quand il est exposé aux intempéries, quand il est privé de sommeil et qu’il dort longuement, quand sa nourriture est tantôt abondante, tantôt rare, quand il conquiert par un effort son abri et ses aliments. Il faut aussi qu’il exerce ses muscles, qu’il se fatigue, et qu’il se repose, qu’il combatte et qu’il souffre, que parfois il soit heureux, qu’il aime et qu’il haïsse, que sa volonté alternativement se tende et se relâche, qu’il lutte contre ses semblables ou contre lui-même. Il est fait pour ce mode d’existence, comme l’estomac pour digérer les aliments. C’est dans les conditions où les processus adaptifs s’exercent de façon intense qu’il devient le plus viril. On sait combien sont solides, physiquement et moralement, ceux qui, dès l’enfance, ont été soumis à une discipline intelligente, qui ont enduré quelques privations et se sont accommodés à des conditions adverses.

Nous observons, cependant, des individus qui se sont pleinement développés sans y avoir été obligés par la pauvreté. En général, ces individus se sont conformés aussi, quoique d’une autre manière, aux lois de l’adaptation. On leur a imposé dès l’enfance, ou ils se sont imposé à eux-mêmes, une discipline, une sorte d’ascèse, qui les a préservés des effets délétères de la richesse. Le fils du seigneur féodal était soumis à un dur entraînement physique et moral. Un des héros de la Bretagne, Bertrand du Guesclin, s’obligea lui-même à braver chaque jour les intempéries et à combattre rudement avec les enfants de son âge. Quoique petit et difforme, il acquit une résistance et une force encore légendaires. Ce n’est pas la richesse qui est nuisible, mais la suppression de l’effort. Les fils des grands chefs de l’industrie du dix-neuvième siècle, aux États-Unis aussi bien qu’en Europe, ont souvent perdu la force ancestrale parce qu’ils n'ont jamais eu à lutter contre leur milieu.

Nous ne connaissons pas encore complètement l’effet de la carence des fonctions adaptives sur le développement des hommes. Il y a aujourd’hui dans les grandes villes beaucoup d’individus dont ces fonctions ne jouent presque jamais. Parfois les conséquences de ce phénomène apparaissent chez eux de façon évidente. Elles se manifestent non seulement chez les enfants des familles riches, mais aussi chez ceux qui sont élevés comme les riches. Dès leur naissance, ces enfants sont placés dans des conditions qui mettent au repos leurs activités adaptives. On les garde constamment dans des chambres à température égale.

Pendant l’hiver, on les habille comme de petits Esquimaux. Ils sont gavés de nourriture, dorment autant qu’ils veulent, n’ont aucune responsabilité, ne font jamais d’effort intellectuel ou moral, apprennent seulement ce qui les amuse et ne surmontent aucune difficulté. Le résultat est connu. Ils deviennent des êtres aimables, généralement beaux, souvent forts, se fatiguant facilement, dépourvus d’acuité intellectuelle, de sens moral, de résistance nerveuse. Ces défauts ne sont pas d’origine ancestrale. Car ils existent chez les descendants des pionniers aussi bien que chez ceux des nouveaux venus. On ne laisse pas impunément sans emploi des fonctions aussi importantes que les fonctions adaptives. La loi de l’effort, surtout, doit être obéie. La dégénérescence du corps et de l’âme est le prix que doivent payer les individus et les races qui oublient cette nécessité.

C’est une donnée immédiate de l’observation que notre développement optimum demande l’activité de tous nos organes. Aussi la valeur de l’être humain diminue-t-elle toujours quand les systèmes adaptifs s’atrophient. Pendant l’éducation, il est indispensable que tous ces systèmes fonctionnent continuellement. Les muscles ne sont utiles que parce qu’ils contribuent à l’harmonie et à la force du corps. Au lieu de former des athlètes, nous devons former des hommes modernes. Et les hommes modernes ont besoin d’équilibre nerveux, d’intelligence, de résistance à la fatigue et d’énergie morale, plus que de puissance musculaire. L’acquisition de ces qualités ne peut pas se faire sans effort et sans lutte. C’est-à-dire sans l’aide de tous les organes. Elle demande aussi que l’être humain ne soit pas exposé à des conditions de vie auxquelles il est inadaptable. On dirait qu’il n'y a pas d’accommodation possible à l’agitation incessante, à la dispersion intellectuelle, à l’alcoolisme, aux excès sexuels précoces, au bruit, à la contamination de l’air, à l’adultération des aliments. S’il en est ainsi, il sera indispensable de modifier notre mode de vie et notre milieu, même au prix d’une révolution destructive. Après tout, la civilisation a pour but, non pas le progrès de la science et des machines, mais celui de l’homme.



XIV

SIGNIFICATION DE L'ADAPTATION. - SES APPLICATIONS PRATIQUES.


En résumé, l’adaptation est un mode d’être de tous les processus organiques et mentaux. Elle n’est pas une entité. Elle est équivalente au groupement automatique de nos activités de la façon qui assure le mieux la survie de l’individu. Elle est essentiellement téléologique. C’est grâce à elle que le milieu intérieur reste constant, que le corps conserve son unité, qu’il guérit ses maladies. C’est grâce à elle que nous durons, malgré la fragilité et le caractère transitoire de nos tissus. Elle est aussi indispensable que la nutrition, dont elle est seulement un aspect. Cependant, dans l’organisation de la vie moderne, aucun compte n’a été tenu de cette fonction si importante. On a supprimé presque complètement son usage. Il en est résulté une détérioration du corps, et surtout de la conscience.

Ce mode d’activité est nécessaire au développement optimum de l’être humain. Sa carence, en effet, entraîne celle des fonctions nutritives et mentales, dont elle n’est pas distincte. Grâce à elle, les processus organiques se meuvent suivant le rythme du temps physiologique, et celui des variations imprévisibles du milieu extérieur. Chaque changement de ce milieu provoque une réponse de tous nos organes. Ces mouvements des grands systèmes fonctionnels expriment la prise de contact de l’homme avec la réalité extérieure. Ils amortissent les chocs matériels et mentaux que nous recevons sans cesse. Non seulement ils nous permettent de durer, mais ils sont aussi les agents de notre formation et de notre perfectionnement. Ils possèdent un caractère d’importance capitale : celui d’être mis en branle par des facteurs chimiques, physiques et physiologiques que nous pouvons facilement manier. Nous possédons donc le merveilleux pouvoir d’intervenir avec succès dans le développement des activités organiques et mentales. C’est ainsi que la connaissance des mécanismes de l’adaptation nous permettra de restaurer ou de construire l’individu.

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