mercredi 28 juillet 2010

20

XX
Il faut nous étendre sur le Moreïne, ou
hiérarchie des dignités chez les Juifs.
Pour étudier la hiérarchie des dignités
observée actuellement par les Juifs, il faut
jeter un coup d'oeil rétrospectif sur l'origine
de cette institution, ainsi que sur son développement
successif (1).
L'organisation des communautés juives a
sa source dans une antiquité reculée. Elle
commence aussitôt après la destruction du
royaume d'Israël, et elle a pour but la préservation
et la conservation intacte de la na-

(1) Les sources où nous avons puisé pour la rédaction
de ces chapitres sont: Enalt-Gescldchte des velhes Israels,
7e partie ; Graclz-Gcschichle des Judentums, und Tectcn-
Scherira Jouhsin-Schaare ; Cedek, Cemah, Duvidc, Jhouda.]

tionalité perdue, jusqu'au jour tant désiré où
il plaira, à Dieu de rendre à son peuple élu
ses immunités, sa gloire et son pays.
Pendant les dix-huit siècles de pèlerinage
du peuple juif, cette organisation, demeurée
immuable, s'est développée et a acquis une
grande puissance, se modifiant selon les circonstances,
tantôt favorables, tantôt défavorables.
Le germe de l'organisation se trouve déjà
dans cette école savante qui, avec lautorisation
de lemporeur romain Vespasien, avait
été établie dans la ville de Yamno par le
rabbi Yohanem-Ben-Zakaï. Pendant la
courte période que cette école resta sous la
direction du rabbi Gamlielu, sa tendance
était de devenir, à linstar de lancien Senedrion,
la directrice et la dispensatrice de la
vie publique et privée des Juifs. Bien que
dans son sein des conspirations révolutionnaires
aient souvent pris naissance, elle a conservé
pendant longtemps le titre de gymnase; ses
professeurs avaient le droit de porter les titres
dévolus aux savants; tels que: Hahan (savant),
Sofer (bibliothécaire), Amor (interprète).



Cette forme d'organisation se conserva jusqu'au
moment où pénétra dans le centre des
populations juives dispersées en Asie le drapeau
du vainqueur de lArabie, du fondateur
du mahométisme, époque où les Juifs soumis à
cette nouvelle domination ont commencé à
respirer plus librement.
Les premiers mahométans les traitaient
comme leurs égaux. Bastanaï, le représentant
d'alors du peuple d'Israël dans lexil,
ayant réussi à rendre de grands services lors
de l'expédition de l'armée mahométane contre
les Sassaïdes de Perse, le fanatique Omar,
celui-là même qui avait préparé des lois de
proscription contre les Juifs, commença à les
protéger. Bastanaï est reconnu solennellement
comme chef de la nation juive; Omar lui
donne la main de la belle esclave Dara, fille du
roi de Perse Horzva, et lui accorde plusieurs
privilèges semblables à ceux qui avaient été
accordés aux patriarches de l'Eglise chaldéenne
Albokatholikos et Yezouïabci (1).

(1) Histoire des Mongols. Hassan-Weil-Kaliff, 2e partie,
ch.lll, p. 274, et Graetz-Geschichle-Judenthumbs, 5e partiep, 135.]

De ce moment, luit une nouvelle ère pour
les Juifs : Bastanai paraît pour la première
fois comme vassal de l'empire mahométan,
ayant à sa disposition le sceau royal; il est
entouré d'une cour et il a à son service une
administration et une juridiction supérieure,
avec autorité sur tous les Juifs répandus en
Asie.
A lavénement au trône du kalife Ali, auquel
les Juifs prêtèrent leur appui dans sa
lutte pour la possession du trône contre Mouhem,
ils voient s'augmenter encore leurs privilèges,
et l'organisation des communautés se
complète. Le premier fonctionnaire Rosch-
Falouta représente, devant le kalife et son
vizir, tous les Juifs d'Asie. Il fait la répartition
des impôts, les perçoit et les verse dans les
caisses de lÉtat. Le collège juif se transforme
en un parlement à part, se composant
de Gaon, premier personnage après Rosch-
GaloutcL, de Daïon-di-Daba, juge supérieur,
et d'Ab-Bet-Dine, juge, qui est de droit successeur
du précédent.
A ces quatre premiers dignitaires étaient
soumis sept représentants de la société sa
vante, Rosch-Kala, et trois membres d'une
autre société savante, Hahor. Ensuite venait
une institution composée de cent membres,
partagée en deux parties inégales. Soixantedix
membres, rappelant la composition de
lancien grand Senedrion, avaient le droit de
porter le titre d'Aloufime (représentant) ; les
trente autres, rappelant la composition du petit
Senedrion, portaient le titre de Bene-
Kéïome (candidat). Ces dignités étaient héréditaires.
Ce conseil central des Juifs tenait ses
séances, tantôt à Bagdad, tantôt à Souva,
tantôt à Pombadita, trois résidences du chef
supérieur Rosch-Galouta. Après cela venaient
les conseils provinciaux.
Chaque communauté juive recevait du chef lieu
de la circonscription à laquelle elle appartenait
un Daïon (juge diplômé). Celui-ci
choisissait deux assistants, avec lesquels il formait
le tribunal Det-Dine. Ce tribunal s'occupait,
outre des affaires judiciaires, de la
législation, des contrats de mariage, de la
revision des actes de divorce, des lettres de
change, des actes de vente, ainsi que de linspection
de quelques ustensiles servant à l'ac-
complissement des cérémonies religieuses,
tels que Halef, couteau à deux tranchants
servant aux bouchers juifs, et Schofère, le cor
dont on sonne le jour de la Rosch-Haschana.
Outre les tribunaux de Det-Dine, il existait
encore dans chaque communauté un comité
qui dépendait directement du Rosch-
Galouta. Il était composé de sept Parnesses
(tuteurs), élus par la communauté, et examinait
toutes les affaires civiles et religieuses.
Le Kahal actuel est la continuation exacte de
ces comités.
Nous ne pensons pas devoir entrer dans les
détails relatifs aux rapports mutuels qui existaient
entre ces sortes de tribunaux d'instance
établis alors, nous dirons seulement que
la perception des impôts, payés par les Juifs
au profit de leurs propres institutions, était
faite par des employés appartenant à une
autre religion, ce qui permet de supposer que
ces impôts, dont la répartition avait été établie
par les autorités juives, étaient probablement
très lourds, et quïl fallait une intervention
étrangère à l'élément juif pour les faire
rentrer. L'impôt sur la viande Kochère, dont
le Kahal actuel tire de si gros bénéfices, et
qui sert à entretenir et à maintenir son despotisme,
comme cela est indiqué au chap. Vll,
existait aussi alors et pesait lourdement sur la
population juive.
Par suite de lamélioration du sort des
Juifs dans ce temps-là, amélioration due aux
circonstances dont nous avons fait mention,
L'étude des lois du Talmud, jusqu'alors assez
restreinte, devint générale. Car, selon la tradition,
le Talmud, jusqu'à la fin du v'' siècle
de notre ère, se conservait seulement dans la
mémoire de quelques savants, qui étaient
comme une sorte de bibliothèque savante. De
cette manière, le Talmud pouvait parfaitement
périr avec le dernier savant qui le possédait
uniquement par coeur, circonstance
assez présumable, attendu que ces savants se
mettaient toujours à la tête des mouvements
révolutionnaires. Mais lorsque ce danger fut
passé et que les savants qui possédaient encore
par coeur le Talmud purent le transcrire
sur le papier, l'étude du livre sacré rencontra
encore des obstacles, par suite de l'oppression
et de la persécution que subissait la nation
juive sous la domination des derniers princes
Sassaïdes. Le Talmud, d'ailleurs, qui se renfermait
uniquement sur le terrain de la théorie,
et qui ne pouvait être appliqué à la vie
pratique, perdit la sympathie, non seulement
du peuple juif en général, mais aussi de ses
représentants, qui commençaient à faiblir; il
aurait fini par s'éteindre complètement, si le
changement favorable survenu dans le sort de
la population juive en Asie, sous la domination
des descendants de Mahomet, n'avait
ramené tous les Juifs à ces études, permettant
ainsi aux représentants d'appliquer les lois et
de les rendre pratiques.
Dès lors, prenant son essor et devenant le
règlement de la vie nationale et spirituelle des
Juifs, le Talmud s'intronisa dans la pensée de
toute la population répandue non seulement
en Asie, mais aussi parmi celle qui habitait
les côtes de la Méditerranée, en Europe et en
Afrique.
Mais, comme rien n'est durable en ce monde,
cette espèce d'autonomie nationale dont les
Juifs jouirent pendant quelque temps sous la
domination des descendants de Mahomet dura
peu. Les successeurs d'Omar et du kalife
Ali ayant exhumé les lois de persécution rendues
par Omar contre les Juifs, lois dont luimême
ne s'était point servi, commencèrent à
les appliquer à cette population. Sous le règne
d'Almoutavakille, petit-fils à'Almamouns
en 856, le conseil central juif fut dissous.
Rosch Galouta perd peu à peu ses privilèges
ainsi que sa position, et vers la fin du lXe siècle,
les parlements de Soura et de Pombadita
sont supprimés.
Ce douloureux coup porté à lautonomie des
institutions juives ne détruit cependant pas
lorganisation intérieure de cette population.
Au contraire, les Juifs se redressent contre
l'adversité et commencent à former ces corporations
intimes, espèce de conspirations secrètes
qui, à travers les siècles, se sont perpétuées
pour arriver presque intactes jusqu'à nos
jours. Rosch-Galouta et les Gaons disparaissent,
et avec eux tous les rameaux de l'autorité
centrale ; mais les comités provinciaux et
les Bet-Dine relèvent la tête. Dans ces deux
institutions provinciales, le gouvernement
pense trouver des aides pour la perception des
impôts chez les Juifs, ainsi que des guides
dans les décisions relatives aux questions religieuses.
Aussi, on les garde, on les protège
et on les constitue en une sorte de conseil dont
l'autorité s'exerce dans le rayon soumis à leur
dépendance.
Si l'on considère que ces conseils provinciaux,
dotés de pouvoirs plus grands après la
disparition du conseil central, ne recevaient
plus d'ordres de ce dernier, mais presque dans
toutes les circonstances consultaient le Talmud
pour prononcer un jugement ou rendre
une décision quelconque, on verra que la persécution
qui fut dirigée contre leur nationalité
n'avait été qu'apparente pour les Juifs, et
qu'au contraire elle leur avait rendu de grands
services, en ce sens que les lois du Talmud
pénétrèrent plus avant dans la vie intime des
Juifs.
Dès ce moment, l'organisation partielle des
communautés juives avec leurs comités pour
les affaires civiles et religieuses et leurs tribunaux
judiciaires, entre dans une phase de stabilité
et de persévérance, et forme cette étonnante
république talmudo-municipale qui,
inébranlable, résista dix siècles aux persécutions
de toute sorte dirigées contre les Juifs,
et se conserva intacte jusqu'à nos jours, avec
des modifications insignifiantes quant aux
formes extérieures...
Pour mieux faire connaître les formes les
plus récentes de lorganisation des communautés juives,
nous allons citer un document extrait
de Kiria-Nesseinan (1), qui, par sa véracité,
avait acquis la confiance générale.

Sur les devoirs du rabbin et des parnesses
{membres du Kahal) :

1° A linvitation des membres du Kahal, le
rabbin est tenu de se rendre sans retard à
l'assemblée et de prendre part aux délibérations
et aux décisions. Il ne doit pas non plus
refuser sa participation aux jugements rendus
par le Bet-Dine.
2° Le rabbin n'a pas le droit de se mêler des
affaires que le Kabal entreprend pour son propre
compte, tels que ventes et achats, ren-

(1) Kiria-Nesseman, recueil des faits historiques de la
municipalité de Vilna, par Fino, 1860.]

trée des redevances dues par les particuliers,
etc... Il doit seulement être présent a la conclusion
de ces affaires et apposer sa signature
à côté de celles des membres du Kahal.
3° Si le Kahal voulait instituer un nouvel
impôt, et que cet impôt fût contraire aux règlements
généraux, et s'il se trouvait un seul individu
qui voulût protester contre le nouvel
impôt, le rabbin devrait l'assister dans sa protestation
et décider avec sagesse dans la question
en litige.
4° Les Daïons (juges) du tribunal de Bet-
Dine ont seuls le droit de prononcer dans les
questions d'argent, et le rabbin ne peut modifier
en rien leur décision. Si cependant une
des parties exige que le rabbin soit présent
lors de la discussion de cette question, celui-ci
ne peut refuser d'y assister.
5° Sur l'invitation des Ba-ale-Takouet (rédacteurs
des règlements), le rabbin doit se
rendre auprès d'eux pour conférer sur la rédaction
des nouveaux règlements, sans cependant
avoir la faculté d'y introduire par luimême
aucun changement, si la rédaction est
approuvée à l'unanimité des voix. Mais si.
dans le nombre des rédacteurs, deux seulement
sont d'un avis contraire, le rabbin leur doit
son appui, en exigeant que cet avis soit discuté
et pris en considération. Si dans le vote
il y a égalité de voix pour et contre, la voix du
rabbin est prépondérante.
6° S'il surgit une question non prévue par
les règlements généraux, le rabbin ne saurait
donner seul une solution. Il lui sera adjoint
dans ce cas deux rédacteurs, deux représentants
de la réunion générale, et deux Daïons,
avec lesquels il discutera ladite question, afin
d'arriver à un sage dénouement.
7° Le rabbin n'a pas le droit de donner son
avis aux Chamoïms (ceux qui désignent les
électeurs) et il ne doit en aucune manière influer
sur les élections.
8° Lors de la réunion générale de tous les
Juifs qui habitent un certain rayon, le rabbin
ne peut apposer sa signature sur aucune protestation,
soit collective, soit individuelle, lorsque
cette protestation est dirigée contre le
Kahal.


Des dignités de Habor et de Moreïno :

9° Le rabbin, conjointement avec le chef du
Kahal et le président du Bet-Dine, peut élever
un Juif à la dignité de Habor ; quant à la
dignité de Moreïne, elle ne peut être donnée
que par une commission composée de quatre
membres du Kahal, quatre membres du tribunal
de Bet-Dine, de plusieurs représentants de
la réunion générale, qui jouissent eux-mêmes
de cette dignité et qui ont étudié le Poskime
(code des lois du Talmud), et du rabbin. Tous
les membres de la commission doivent se réunir
au domicile du rabbin, et non ailleurs. En
tous cas, un postulant à cette dignité ne peut
l'obtenir s'il n'est pas parfaitement au fait du
Hoschen- Hamischpot (complet recueil des
lois du Talmud), ainsi que des règlements des
derniers rabbins.
Ne peuvent être élus membres du Kahal que
ceux qui jouissent de la dignité de Moreïne.
Celui qui n'est que Habor peut aussi être élu,
mais seulement après plusieurs années de mariage.


Des différents degrés de fonctions dans
le Kahal et le Det-Dine :

Voici la hiérarchie de ces deux institutions

a) Candidat pour le titre de chef ou de représentant.
b) Daïon, juge dans une confrérie ayant
droit de siéger aux séances du Bet-Dine.
c) Gabaï, doyen d'un grand établissement
de bienfaisance.
d) Ykovim, membre réel de la réunion générale.
e) Touvet -Kahal , membre désigné pour
choisir les électeurs.
f) Rosch-Médina, représentant de la réunion
générale.
g) Baaleï-Takonet, celui qui rédige les nou -
veaux règlements.
h) Chemve-Takonet , celui qui surveille
l'exécution des règlements.
Ce n'est qu'en passant par tous ces degrés
de la hiérarchie juive qu'on peut arriver a être
membre du Kahal ou représentant de la réu
nion générale. Un cas extraordinaire dispense
seul d'un de ces degrés inférieurs.



De l'ordre à suivre dans les élections :

10° Les membres du Kahal et les juges du
Bet-Dine sont élus tous les ans, selon le dernier
règlement adopté en l'année 1747.
Quelques jours avant le mois de Kisslef {octobre),
le Kahal désigne cinq Doreïms (électeurs
du premier degré), qui doivent choisir
plusieurs Baaleï-Takonet (rédacteurs des règlements
à suivre pendant les prochaines élections).
Les élections doivent être faites six
mois après les fêtes libres de la Pàque.
Le jour indiqué, après la prière à la synagogue,
les chefs de la ville, les présidents du
Kahal et du Bet-Dine, ainsi que les présidents
des différentes confréries, les rédacteurs des
nouveaux règlements, les Chamochimes (notaires
de service), le Sofère (secrétaire) et enfin
les cinq électeurs du premier degré désignés
par le Kahal au mois de Kisslef précédent, se
réunissent avec le rabbin dans la chambre du
Kahal et nomment au scrutin cinq nouveaux
Boreïms (électeurs du second degré), qui sont
de véritables électeurs investis du pouvoir d'élire
qui bon leur semble pour les hautes fonctions
de :
4 Rochimes, représentants du Kahal ;
2 Roch-Medina, représentants du pays,
c'est-à-dire d'un certain rayon, district, arrondissement,
département ;
4 Touvimes, membres privilégiés de la réunion
générale ;
2 Ykovims, membres réels de la réunion
générale ;
4 Roët-Heschbouet, contrôleurs ;
4 Gaboïms, starostes de la société de bienfaisance
;
12 Daïons, juges du tribunal du Bet-Dine ;
En tout 35 dignitaires pour lannée entière,
c'est-à-dire jusqu'aux fêtes libres de la Pàque
suivante.
Pendant que l'opération du scrutin s'exécute,
il est sévèrement défendu à quiconque
d'adresser la parole aux Doreïms (électeurs du
second degré), afin de ne point les distraire
dans cette importante opération, qui a pour
but de donner un gouvernement à la popula
tion juive d'un certain rayon (canton, arrondissement,
département).



Des devoirs du Kahal et du Bet Dine :
11° La principale occupation du Kahal consiste
en la répartition des impôts que les Juifs
doivent payer, ainsi que dans l'encaissement
de ces impôts. De plus, le Kahal est tenu de
veiller à lobservation du respect que chaque
Juif doit aux membres du Kahal, du Bet-Dine
et aux Moreïnes. Le Kahal distribue aussi des
secours à ceux qui commencent un commerce
quelconque, employant pour cette sorte d'encouragement
l'argent qui provient de la société
de bienfaisance. En général, le Kahal
s'occupe de toutes les affaires civiles et religieuses
et indique à chaque Juif de son rayon
le chemin qu'il doit suivre et l'occupation qu'il
doit remplir.
Toutes les branches du commerce sont imposées
par le Kahal, ainsi que les prêts sur
gage, les lettres de change et les billets à ordre.
La perception de tous ces impôts au profit
de la caisse du Kahal s'exécute par l'entremise
des entrepreneurs.
Le Kahal désigne les Chamoïms, c'est-àdire
ceux qui préparent la liste des imposés,
avec la quote-part qui doit être acquittée par
eux. Ce tableau est examiné par le Kahal et
modifié, approuvé ou rejeté. — Il est recommandé
aux Chamoïms de ne point flatter ni
épargner les riches et d'avoir des égards pour
les pauvres. Pendant tout le temps que dure
leur travail, ils s'obligent, sous le herem, de
ne point communiquer avec qui que ce soit,
afin de ne subir aucune pression du dehors. Ils
doivent être enfermés dans une chambre jusqu'à
l'entière élaboration de leur besogne. Un
fonctionnaire subalterne de la synagogue est
attaché à leur service pour appeler les imposés,
afin que ceux-ci expliquent, sous le herem,
leur position matérielle, la réussite ou la nonréussite
de leurs affaires, entreprises, prêts,
métiers, etc.
12° Tous les trois mois, les membres de la
réunion générale doivent se réunir dans la
chambre du Kahal pour se concerter sur la situation
de la communauté juive et sur ce qui
doit être entrepris, afin de parer aux événements
défavorables ou nuisibles qui sont sur
venus dans le passé ou qui pourraient se produire
dans l'avenir, ainsi que sur tout ce qui
intéresse en général la société juive. Si tous
les membres ne peuvent être présents à la réunion
générale, et qu'il s'en trouve seulement
vingt, les décisions prises dans ces conditions
auront autant de valeur que si elles étaient
prises par la réunion générale au complet.
13° Tous les trois ans, toute la population
du sexe masculin qui habite le pays (un certain
rayon, district, arrondissement ou département)
doit se réunir dans un endroit désigné
d'avance pour discuter et arrêter de nouveaux
règlements, ainsi que pour examiner les questions
d'une grande importance pour la cause
juive en général.
14° Les Daïons, juges du Bet-Dine, avec
leur président, ont le devoir : a) d'estimer
quelle place doivent occuper à la synagogue
les dignitaires et les fonctionnaires, et quelle
est celle qui convient au peuple ; b) de vendre,
dans certains cas, le droit de Meropïe (droit
d'exploitation d'une personne de la religion
chrétienne) ; c) d'approuver et légaliser les
actes de vente de propriétés immobilières ; d)
de veiller, conjointement avec le Kahal, à
lexactitude des poids et mesures, ainsi qu'au
prix des marchandises de première nécessité,
bien entendu dans lintérêt des acheteurs juifs
seulement.
Brafmann, dans son Livre sur le Kahal,
cite quarante actes et documents qui émanent
du Kahal et du Bet-Dine et qui ont rapport
avec tout ce qui a été dit dans ce chapitre.
Nous avons choisi les plus curieux, au nombre
de neuf, qui sont classés sous les n° 18, 67,
112, 134, 170, 201, 210, 219, et que nous donnons
au chapitre xxi, en faisant remarquer que
les documents du chapitre xvi, sous les n° 78
et 132, ont aussi rapport à ce qui a été mentionné
plus haut.
Par le document extrait du Kivïa-Nesseman,
que nous venons de citer, ainsi que par
ceux qui se trouveront à la suite de ce chapitre,
on verra la continuation de ce que nous
avons déjà plusieurs fois répété, à savoir : 1°le
grand pouvoir du Kahal sur la vie publique,
intérieure et intime des Juifs répandus sur
tous les points du globe ; 2° les revenus que le
Kahal perçoit par les impositions sur les Juifs
de son rayon, revenus et impositions qui depuis
mille ans ont été et sont toujours et partout
les mêmes ; 3° la vente par le Kahal de ce
droit absurde, étonnant, et qui paraît impossible
et incroyable au premier abord, d'exploitation
des propriétés et des personnes chrétiennes,
et qui chez les Juifs porte les noms
de Hazaha et Meropïe (dont nous avons entretenu
le lecteur au chapitre xi) ; 4° enfin de
toutes ces questions de la vie intérieure et intime
des Juifs, questions qui, connues seulement
d'une façon superficielle d'après quelques
lois insignifiantes du Talmud, étaient, jusqu'à
ce moment, complètement ignorées des chrétiens.
L'importance du document que nous venons
de citer consiste surtout en ce qu'il explique
et définit parfaitement la fonction et le role du
rabbin. Cette explication et cette définition,
devraient une fois pour toutes éclairer le monde
chrétien relativement à ce fonctionnaire juif.
C'est cette ignorance qui a aidé le judaïsme au
dernier siècle à relever le drapeau de son gouvernement
souterrain, et à résister à la puissante
influence de la civilisation chrétienne,
qui commençait à le saper dans ses fondements.
On ne sait réellement pas d'où vient lerreur
qui fait considérer le rabbin comme un personnage
sacerdotal de la religion juive. Cette
croyance, entretenue par les rabbins euxmêmes
(1), a toujours été un véritable rocher
contre lequel se sont brisés les législateurs de
tous les pays qui ont voulu aborder la question juive
pour y introduire des réformes; mais
jamais époque ne fut aussi propice et aussi
abondante en moisson pour le judaïsme, jamais
aucune époque ne fournit au sombre
royaume du Talmud une si éclatante victoire
que le xixe siècle ; et voici pourquoi :
Lorsque, au commencement de ce siècle, les
troubles qui existaient depuis plusieurs années
en France se furent apaisés et que l'ordre commença
à produire ses bienfaisants effets, la
réorganisation de l'administration du pays
avait aussi touché à la question juive. Napo-

(1) Comme le prouve le discours d'adieu adressé aux
juifs alsaciens par Je crand rabbin de C limar, vers
l'année 1872, lequel quittait les provinces anne^ es à
rempire allemand et transportait son domicile dans les
Vosges, eu France.]

léon ler qui était alors dans toute la force de
son génie et de sa gloire, s'intéressa à cette
question; il voulait ajouter à tous ses autres
triomphes la gloire d'être le grand réformateur
du judaïsme. Les circonstances qui, en 1805,
amenèrent la question juive sur le tapis, ressortiront
mieux encore des paroles de Napoléon
lui-même : « Si une partie de cette question
était résolue, dit Napoléon ler dans le § 12
de la réforme de la question juive, il faudrait
inventer un moyen de restreindre autant que
possible l'agiotâge pratiqué sur une grande
échelle par les Juifs, afin de détruire cette escroquerie
et cette usure (1). Et dans le iV' chapitre
il ajoute : « Notre but est de porter secours
aux cultivateurs en général et de délivrer
les populations de certains départements
de la dépendance dans laquelle elles sont tenues
par les Juifs ; car les hypothéques prises
par ceux-ci sur la plus grande partie des propriétés
immobilières rendent les propriétaires
tout à fait dépandants de leurs créanciers, et
dans peu de temps, si lon n'y prend garde, les

(1) Algemeinc-ZeUumj des Judenlhums, 1841, p. 300.]

Juifs seuls seront propriétaires dans les départements
où ils sont localisés, puisque leur suprématie
augmente chaque jour à laide de l'usure.
Il faut donc absolument mettre un terme
à cet état de choses. » Ensuite il poursuit :
« En second lieu, notre but est d'amoindrir
sensiblement, s'il est impossible de la détruire
complètement, la tendance séparatiste de la
population juive, qui fait d'elle une nation dans
la nation, et d'extirper le goût que professe
cette population pour les occupations nuisibles
à l'ordre social, à la civilisation en général et
aux habitants de tous les pays. »
Les quelques mots qui précèdent indiquent
parfaitement les causes qui ont fait soulever
alors la question juive. A la vérité ces paroles
de Napoléon ler ne disent rien de nouveau, car
c'est l'histoire du peuple juif qui depuis des
siècles se répète invariablement presque tous
les jours; mais ce qui est digne de remarque,
c'est que les causes que les défenseurs du judaïsme
citent pour expliquer ce sombre tableau
des tendances juives, ne pouvaient aucunement
être admises en France à cette
époque-là, puisque, depuis 1789, les Juifs ont
été admis à jouir des droits civils à légal de
tous les citoyens français.
Lorsque, dans les dix dernières années, on
affranchit les paysans en Russie, et qu'on introduisit
dans ce pays plusieurs réformes libérales,
la question juive s'imposa aussi à
l'examen du réformateur, et elle se trouva dans
la même phase où elle était en France au
temps dont nous avons parlé. De tous les
points du grand empire on entendit les plaintes
suivantes : « Les Juifs nous ruinent ; ils exploitent
toutes les classes de la population indigène
; ils se sont emparés de tous les capitaux
qui vivifient l'industrie, et sont devenus
propriétaires de la plus grande partie des maisons
dans les grandes et les petites villes. Ils
ont concentré entre leurs mains tout le commerce
et l'ont ravalé, en en faisant une sorte
de brocantage ; ils ont obligé à s'expatrier un
grand nombre d'ouvriers appartenant à d'autres
religions, en exerçant leurs métiers à vil
prix. »
C'est en 1866 que la question juive fut mise
à l'ordre du jour en Russie, et c'est à cette
époque que les mêmes plaintes furent enten
dues dans tout le pays. Mais aussitôt les Juifs
eux-mêmes, ainsi que quelques charlatans du
libéralisme, élevèrent la voix en disant :
« Donnez aux Juifs une complète émancipation,
permettez-leur de devenir propriétaires
de grands biens, obligez-les à parler la langue
russe, dispersez-les dans toutes les Russies,
etc., etc., et vous verrez qu'ils s'identifieront
avec le pays, qu'ils ne formeront plus
une nation à part dans la nation russe, mais
qu'ils deviendront de véritables citoyens, tout
en conservant leur religion. »
Tous ces faux axiomes, répétés à satiété par
les intéressés, trouvèrent trop facilement
créance parmi les masses ignorantes de la
Russie.
Mais en France, en 1805, les Juifs étaient
déjà depuis plusieurs années citoyens. La révolution
de 1789 leur avait accordé la jouissance
des droits civils et les droits de cité,
égaux à ceux dont jouissaient les régnicoles;
et cependant, d'après les paroles de Napoléon
ler, les Juifs n'avaient point modifié leur
système d'existence exclusive, complètement
à part, et de maintenir leur nationalité par
les moyens honteux de l'usure, du trafic et des
déprédations mercantiles. C'est un fait incontestable
que, si la nationalité indigène sent sa
force morale et matérielle, les éléments étrangers
vivant dans son sein doivent nécessairement
subir son influence et se confondre
avec elle, au moins quant aux formes extérieures.
Subissant cette loi commune, les Juifs
en France se sont francisés depuis longtemps,
mais seulement sous le rapport du costume,
des manières, de la langue et de la jouissance
des droits civils. Le génie de Napoléon Ier
avait compris que toutes ces formes extérieures
ne franciseraient pas complètement les Juifs,
ne formeraient pas de vrais citoyens français,
et que, malgré son petit nombre (ne dépassant
pas alors 60,000 âmes en France), cette population,
concentrée et renfermée en elle-même, formerait
toujours une corporation à part, une nation
dans la nation. Napoléon savait que cette
race orgueilleuse, se considérant comme le peuple
élu de Dieu, voudrait se perpétuer, en ne
contractant mariage qu'entre coreligionnaires,
et, par ce moyen, ne consentirait pas à mêler
son sang au sang « impur » des chrétiens.
Mais, comme rien ne résistait alors au génie
de Napoléon, il se flattait de pouvoir vaincre
cette volonté de fer, guidée par le fanatisme
religieux... volonté qui, jusqu'alors, avait résisté
à tant de persécutions et avait traversé,
toujours inébranlable, des siècles et des siècles.
Pour atteindre son but, Napoléon pensait à
employer les rabbins, les croyant, comme tout
le monde, les ministres sacerdotaux de la religion
Israélite.
Son plan était très modéré et n'avait rien
de contraire à la plus impartiale justice; par
conséquent il semblait avoir toutes chances de
réussir, car il consistait à engager les Juifs à
considérer tous les Français comme leurs
égaux sous tous les rapports et à les regarder
comme les frères d'une même nation, avec
lesquels ils pouvaient nouer des liens de famille
par le mariage. En un mot. Napoléon n'exigeait
des Juifs que la réciprocité envers les
Français.
Comme on le voit, ce plan n'avait rien
d'exagéré au point de vue humanitaire; il
était parfaitement conforme au progrès de la
civilisation. Mais, à leur point de vue, ce plan,
qui tendait à affaiblir le sombre royaume séparatiste,
n'était pas trop goûté par les Juifs.
On verra tout à lheure que, malgré son grand
génie. Napoléon, au lieu d'atteindre le but
qu'il poursuivait, ne réussit, par cette nouvelle
organisation qu'il introduisit parmi les
Juifs, qu'à leur fournir une arme dont ils surent
admirablement se servir au profit de leur
fanatisme et de leurs idées séparatistes.
Partageant l'erreur générale relativement
au rôle que les rabbins remplissent dans la
religion Israélite, c'est-à-dire les considérant
comme ministres sacerdotaux de cette religion.
Napoléon Ier pensait réaliser son plan à
l'aide de leur autorité spirituelle sur la population
juive. Il lui semblait donc qu'en élevant
et en fortifiant cette autorité, il pourrait s'en
servir plus facilement. A cet effet il décréta,
en 1806, l'institution à Paris d'un Senedrion,
composé de soixante et onze rabbins à l'instar
du grand Senedrion de Jérusalem. Les Juifs,
croyait-il, trouveraient dans ce tribunal ce
haut pouvoir spirituel illimité auquel ils doivent
se soumettre sans murmure, comme la
loi du Talmud l'exige. Pour compléter cette
institution et pour qu'elle pût fonctionner régulièrement,
il fut créé en province plusieurs
consistoires sous la direction des rabbins.
Au commencement, les rabbins n'opposèrent
aucune résistance aux ordres du tout-puissant
conquérant, auquel rien ne résistait alors, et
signèrent des deux mains tout ce qui leur fut
présenté au nom de lempereur, voire même
des ordonnances contre lesquelles plusieurs
d'entre eux devaient bientôt protester. Mais
l'illusion de Napoléon sur la solution de la réforme
juive ne devait pas longtemps durer,
car, lorsqu'on voulut appliquer un certain article
duquel dépendait la réussite de la réformé
relativement aux liens matrimoniaux
entre les familles chrétiennes et les familles
juives, on fut convaincu que cette question
était absolument lettre morte pour les Juifs,
et qu'il ne pourrait jamais entrer dans leur
tête qu'un enfant d'Israël pût consentir à mêler
son sang pur au sang impur des chrétiens.
Alors seulement Napoléon fut convaincu
qu'avec l'aide unique de l'autorité spirituelle
des rabbins il était impossible de déplacer.
même sur un point en apparence le moins important,
la vie intérieure du judaïsme, et que
l'idée d'une réforme quelconque ne pouvait
germer que dans l'imagination de ceux qui
n'étaient point au fait des lois du Talmud, de
la religion, de l'histoire et des traditions des
Juifs. Persuadé alors qu'il lui serait impossible
de rompre les liens de cette vie concentrée,
souterraine et renfermée en elle-même, par
les moyens dont il pensait pouvoir se servir en
vue d'une solution de la question juive. Napoléon
changea son système, et, envisageant
cette question à un point de vue tout à fait
différent, il décréta en 1808 « qu'il était défendu
aux Juifs de prêter sur gages; que les
lettres de change souscrites par les chrétiens
au profit des Juifs, pour des prêts effectués
par ces derniers, devaient être limitées à une
certaine somme ; qu'il fallait entourer de précautions
et de difficultés le changement de résidence
des familles juives. » En un mot. Napoléon,
cherchant par ce décret les moyens
de préserver la population chrétienne de la
sinistre influence des Juifs, ne fit autre chose
que ce qui avait déjà été pratiqué plusieurs fois
dans les siècles précédents par les autorités
de tous les pays où les Juifs s'étaient établis.
Mais tout cela ne fut qu'un nuage passager.
« Dieu enverra à notre ennemi tant de chagrin
qu'il ne pourra plus penser à nous tourmenter
», répètent les élus d'Israël lorsqu'une
nouvelle persécution vient fondre sur eux. Et,
cette fois encore, leur prophétie devait bientôt
se réaliser. Les événements se précipitaient :
quelques années après la chute du colosse devant
lequel toute l'Europe tremblait, ses décrets
et ses ordonnances contre les Juifs étaient
annulés en France. Il ne resta que la pseudo ecclésiastique
institution des rabbins à Paris et
quelques consistoires en province. Le nouveau
pouvoir juif ne s'écroula pas avec celui qui
l'institua; au contraire, il prit un nouvel essor
pour se reconstituer et se défendre contre un
ennemi bien plus puissant que ne le furent
Napoléon , Nabuchodonosor , Aman et tant
d'autres persécuteurs du peuple d'Israël, contre
la civilisation chrétienne, qui, dans le premier
quart du xix" siècle, avait commencé à
prendre pied dans le sombre royaume du Talmud,
en sapant peu à peu ses forces inté
rieurcs et ramenant à une décomposition,
lente à la vérité, mais par cela même plus
sûre.
Dans la sphère des Juifs qui avaient subi
laction de la civilisation européenne, la religion
israélite, dit le docteur Stem, ressemblait
aux pages éparses de la Bible ; les cérémonies
religieuses avaient l'air d'une chaîne
dont les anneaux auraient été rompus en plusieurs
endroits, et dont les liens intérieurs
qui constituaient cette grande puissance des
Juifs: un pour tous et tous pour un, se sont
complètement brisés. En vain, au secours du
Talmud affaibli, accoururent des talents de
premier ordre, tels que Mendelson, Friedeland
et beaucoup d'autres esprits supérieurs,
qui essayèrent de réveiller dans la classe éclairée
des Juifs le sentiment patriotique et national
du peuple d'Israël Rien ne réussit.
Bientôt même les zélés défenseurs, entraînés
par un courant irrésistible, s'étant convertis
eux-mêmes (1) au christianisme, portèrent
ainsi un très rude coup à la base du judaïsme

(1) Mendelson est mort dans la religion juive, mais
tous ses enfants, à l'exception d'un fils, ainsi que
Friedeand et plusieurs autres zélés défenseurs du judaïsme,
se sont convertis au christianisme.]

qu'ils avaient voulu consolider, et qui, jusqu'à
ce moment, leur avait paru inébranlable.
Pour sauver le drapeau du Talmud et avec
lui la souterraine corporation des Juifs, les
efforts de talents aussi remarquables que ceux
de Mendelson, Friedeland et autres, furent
impuissants; il fallait la force complexe d'une
représentation officielle, et c'est le rôle qu'a
pris cette pseudo-ecclésiastique institution
juive imaginée en 1806 par Napoléon Ier dans
un but, comme on la vu, tout à fait différent.
Les personnes qui ont pris la peine d'étudier,
même superficiellement, les formes extérieures
et les cérémonies de la religion Israélite,
savent que dans cette religion les fonctions
sacerdotales n'exigent pas une existence
absolument consacrée à l'exercice du culte,
mais qu'elles peuvent être remplies par tout
individu, aussi bien à la synagogue que dans
sa maison, et que tout Juif croit nécessaire à
son salut de remplir lui-même, autant que
possible, ces fonctions sacrées, et pour ainsi,
d'officier, de pontifier en personne.

Les réunions de rabbins qui eurent lieu dans
les derniers temps à Brunswick, à Cassel et à
Berlin, et qui avaient pour but de réformer le
judaïsme en y introduisant plusieurs modifications,
paraissaient à beaucoup de chrétiens
une chose sérieuse. Cependant les Juifs eux mêmes
les ont jugées à un autre point de vue.
« Quel profit ont porté à notre cause, dit Graetz,
auteur juif, la réunion de Brunswick et toutes
celles qui lui ressemblent?,.. » Aucun; elle
s'est envolée avec le vent, car chez le peuple
de Juda il n'existe aucune différence entre un
rabbin et tout juif en particulier, lorsqu'il s'agit
de pratiques et de cérémonies religieuses
(1).
La circoncision, le mariage, lenterrement,
la célébration de la Pàque, la prière sur la
coupe, la purification de la femme, la prière à
la synagogue et à la maison, ainsi que toutes
les cérémonies religieuses, étaient exercées

(1) Lettre (lu docteur Graetz à son ami. — Ganiaguide,
no 23, p. 181, 186'.). — La proposition de Dom ayant pour
but de soumettre les questions religieuses aux rabins,
fut pour le même motif repoussée par Mendelson. —
losl-Gcschichte des Judenthum-, Leipzig, 180}, voL III,
p. 304.]

par chaque Juif au temps même de l'existence
du Temple et du grand Senedrion, à Jérusalem.
Le droit pour tout Israélite d'exercer les
fonctions sacerdotales fut consacré par les lois
mêmes de Moïse, de Michny et du Talmud,
ainsi que par tous les interprètes et commentateurs
de ces lois dans l'antiquité. En se basant
sur ces anciennes prérogatives, que les
lois ci-dessus citées donnent à tous les Juifs
en général, chacun d'eux remplit ses devoirs
religieux partout où il se trouve, sans avoir
besoin d'attendre l'arrivée d'une personne exclusivement
chargée de fonctions sacerdotales ;
cette idée est tellement ancrée dans l'esprit de
toute la population juive qu'une modification
quelconque à cet usage provoquerait un très
grand désespoir parmi tout le peuple d'Israël.
Il est vraiment étonnant que toutes ces circonstances
aisnt été ignorées des gouvernements
; habitués qu'ils étaient à voir les offices
religieux de tous les rites célébrés par les ministres
du culte, ils ne pouvaient s'imaginer
que la religion Israélite fit exception et que
tout Juif fût à lui-même son propre prêtre ; il
est plus étonnant encore que le gouvernement
français ait persisté dans cette erreur, après
ce qui arriva à Napoléon I" lors de la création
du Senedrion de Paris, lequel, se changeant
bientôt en consistoire général, fonctionnait et
agissait dans lintérêt du judaïsme, tout en
entretenant les autorités de France dans l'erreur
sur le rôle sacerdotal des rabbins.
Telle est, en résumé, la nouvelle organisation
juive introduite en France dans le premier quart
de ce siècle, organisation qui a permis de maintenir
la base sur laquelle le peuple d'Israël a
traversé les siècles de son fanatisme... organisation
qui a malheureusement préservé ce fanatisme
de linfluence civilisatrice et fécondante
du christianisme au xix^ siècle Napoléon
ler, cet ennemi déclaré des Juifs, est considéré
par leurs historiens comme le sauveur
du judaïsme.
Et, en effet, cette nouvelle organisation,
tout en laissant à chaque Juif le droit de célébrer
les cérémonies religieuses, comme cela
s'était pratiqué jusqu'alors, servit surtout à
tenir en éveil l'esprit patriotique des Israélites,
Les discours des rabbins, très éloquents et
très habiles, au lieu de rouler sur les vérités
de la religion, étaient remplis d'allusions transparentes
ayant pour but de rappeler constamment
aux fidèles d'Israël les persécutions et
les souffrances endurées par le peuple saint,
et dont les chrétiens, au dire des rabbins,
étaient les auteurs. Et tout naturellement les
orateurs juifs cherchaient dans ces discours
à démontrer la suprématie sur tous les autres
peuples de la terre de ce peuple sublime qui a
produit les Spinosa, les Salvator, les Meyerbeer,
les Rachel, etc. (1).
C'est ainsi que l'organisation créée dans un
but d'union ne servait qu'à entretenir la séparation
du peuple d'Israël du reste de l'humanité.
Par l'introduction dans tous les pays
d'Europe d'écoles destinées à former la jeunesse
juive, on acheva d'assurer la conservation
dans l'avenir du drapeau du Talmud.
Les différentes confréries juives, qui, par
suite de la grande dispersion du peuple d'Israël
sur tous les points du globe, commençaient à

(1) On ne voulait pas avouer la franche vérité : que
ces granls talents ont été formés par la civilisation
chrétienne.]

disparaître, se relevèrent partout, à la faveur
de la nouvelle organisation des rabbins créée
par Napoléon ler Enfin, grâce aux puissants
protecteurs juifs qui, par leur position financière,
avaient acquis une grande influence
dans le monde politique, la nouvelle organisation
institua une « alliance », dont le but
fut de proléger l'élément juif partout où il se
trouvait. On peut s'en convaincre en se reportant
aux débats qui signalèrent la remarquable
réunion tenue par les rabbins de tous les pays,
en 1869, à Breslau, et aux décisions prises par
cette réunion, et dont voici les principaux
points :
« Nous voulons fortifier l'unité et la liberté
de toutes les communautés juives. »
« A lunanimité, il a été décidé que tous les
membres présents à la réunion doivent s'inscrire
comme membres actifs de cette alliance
formée dans lintérêt général du judaïsme, et
que chacun devra agir et soutenir de toutes
ses forces les actes de ladite alliance. »
« A lunanimité aussi, il a été décidé de provoquer
dans tous les pays allemands des
adresses et des pétitions aux gouvernements,
demandant la nomination d'une certaine quantité
de professeurs appartenant à la religion
israélite, dans les établissements d'instruction
supérieure (1) ».
Le gouvernement russe avait permis avec
empressement lintroduction de la nouvelle
organisation juive dans le pays et fonda à Vilna
et à Zytomir deux écoles de rabbins, ainsi
qu'une quantité de gymnases, exclusivement
destinés à l'éducation préparatoire de la jeunesse
israélite pour ces deux écoles. Pour soutenir
ces établissements d'éducation on institua
un nouvel impôt, qui pesait exclusivement sur
les Juifs habitant la Russie, sous la dénomination
d'impôt des chandelles, dont le produit
montait à 327,000 roubles argent, impôt qui
existe encore aujourd'hui.
Il s'agit donc de savoir quel résultat le gouvernement
de ce pays a obtenu par l'introduction
de la nouvelle organisation juive (organisation,
pensait-il, qui devait résoudre cette
difficile et interminable question juive, agitée
depuis si longtemps en Russie, et dont la solu-

(1) GamoQuidc, 1869, n° 28, p. 219.

tion satisfaisante n'a pas pu être trouvée jusqu'à
présent). Et à quoi avait servi cet énorme
capital de 10,000,000 de roubles argent,
perçu pendant les trente dernières années,
pour la plupart sur les Juifs de la classe
pauvre (1)?
Dans les comptes rendus administratifs, les
rabbins eux-mêmes donnent la réponse que
voici : « Les résultats de nos actes, disent-ils,
sont pour la plupart insignifiants; car 1° la
police de chaque localité écorche avec une
grande rapacité les Melamèdes (précepteurs),
entre les mains desquels le drapeau national
du judaïsme s'affaiblit de jour en jour; 2° les
autorités civiles nomment des inspecteurs
appartenant à la religion chrétienne dans les
séminaires Israélites; 3° cette organisation est
encore trop nouvelle. »
C'est en 1854 que sortirent les premiers
rabbins dont l'éducation s'était faite dans les

(1) Pour l'entrelien du rabbin et de sa famille, chaque
communaulé juive paie un impôt à part. La répartition
de cette imposition est, entre les mains du Kahal,
une nouvelle arme qu'il emploie contre ceux qui désobéissent
à ses ordres despotique-, ainsi que pour
protéger ses très humbles serviteurs.]

écoles établies à Vilna et à Zytomir. Depuis
ce temps jusqu'à nos jours, plusieurs réformes
importantes ont été introduites en Russie. Le
pays, dans une période de dix-huit années,
s'est pour ainsi dire complètement transformé;
et cependant pas un de ces rabbin^ qui, en
qualité de fonctionnaire public nommé par le
gouvernement pour présider aux affaires de la
population juive en Russie, n"a dû prendre
connaissance des livres où sont compilés les
renseignements sur la situation intérieure des
communautés Israélites; pas un, disons-nous,
n'a pu jusqu'à ce jour fournir lexacte statistique
de la population juive, comprise dans
son rayon, et cela sous prétexte de défaut de
temps.
Cependant la véritable réponse qui résulte
de plusieurs rapports, dont la citation serait
trop longue et ennuyeuse, est que tous les
règlements et ordonnances concernant les
rabbins, ainsi que leur fonction spirituelle, ont
subi le sort de toutes les lois qui avaient été
promulguées en Russie relativement à la question
juive; car la vie et la conduite de cette
population dans l'empire furent toujours diri
gées par le Kahal de manière à éluder ces lois.
La seule différence qui existe est que, depuis
l'introduction de la nouvelle organisation, la
population juive n'est plus restée sous linfluence
des membres fanatiques et ignorants
de chaque Kahal, mais bien des rabbins élevés
sous la protection et sous la surveillance du
gouvernement, ce qui ne les empêchera pas
d'agir toujours néanmoins dans le sens du fanatisme
talmudique... c'est-à-dire dans le sens
de l'influence de ceux-là mêmes qui avaient
été chargés de diriger dans un autre sens la
population juive, sur laquelle ils devaient avoir
acquis un grand crédit par leur science et leur
position officielle.
Dans ces écoles établies par le gouvernement
russe dans le but, comme nous l'avons dit plus
haut, d'arriver à une solution satisfaisante de
la question juive, on donna, dès le début, le
haut pas à l'esprit exclusivement tamuldonational,
et tous les rabbins qui sortaient de
ces écoles, pour occuper des positions officielles
dans un certain rayon, furent pénétrés de cet
esprit exclusif qui influait sur la conduite de
toute leur vie ainsi que sur leurs actions et
sur les principes qu'ils enseignaient aux leurs.
Les journaux Israélites Sion, Gamelitz-
Hakarmel et plusieurs autres, rédigés par la
nouvelle génération de rabbins sortis des deux
écoles établies en Russie, affirment que lesprit
et la tendance sont absolument les mêmes.
Dans ces journaux, on ne trouve que des lamentations
sur le sort du peuple d'Israël, des récits
de persécutions auxquelles ce peuple est exposé
de la part des chrétiens, des atrocités consommées
sur les Juifs au moyen âge, ainsi que de
longues dissertations sur la supériorité du
peuple d'Israël sur les autres peuples. Enfin
ces journaux sont remplis de toutes ces déclamations
surannées, qui depuis longtemps sont
oubliées par la génération actuelle des Juifs,
mais qui tendent à entretenir leur fanatisme et
l'idée de l'état de séparation complète dans
laquelle ils doivent se tenir vis-à-vis des populations
indigènes des pays qu'ils habitent.
Comme on le voit, la nouvelle organisation
introduite par Napoléon Ier en France, dans le
but d'exercer une influence sur la population
juive par les rabbins, organisation qui fut
imitée par lAllemagne et par la Russie dans
les anciennes provinces polonaises, a eu partout
un résultat négatif.
Si l'on ajoute encore que, de tous les moyens
imaginés pour se rapprocher et confondre la
population juive avec la population indigène de
Russie, le meilleur serait de faire élever les
enfants de ces deux éléments différents dans
les mêmes écoles, où la civilisation chrétienne
porterait un coup 'mortel au fanatisme du
judaïsmiO, on comprendra de quelle importance
fut pour les meneurs juifs cet établissement
de deux écoles de rabbins et d'une quantité de
gymnases préparatoires, et comment ces établissements
ont été contraires à l'intérêt général
de la Russie.
L'historien juif Jost, parlant d'un Israélite
auquel Charlemagne avait confîé une importante
mission, dit que les Juifs durent profiter
d'une circonstance si favorable pour servir
l'intérêt de leur religion (1). Ce n'est là
que la confirmation de cet aphorisme que les
Juifs savent toujours tirer profit pour leur

(1) Geschichte des Judenlhwns, t. II, p. 384.]

religion et le dra.peau du Talmud, non seulement
des circonstances favorables, mais
aussi des événements les plus défavorables
à leur nationalité.

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